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Découvertes – les manuscrits originaux des Troyens et des Contes d'Hoffmann retrouvés


En l'espace de quelques jours, deux annonces importantes dans la philologie de l'opéra romantique français. 

Jean-Christophe Keck, qui a déjà produit une édition très complète, recensant toutes les variantes légitimes des Contes d'Hoffmann d'Offenbach (ce qui permet des choix très différents, de l'opéra comique au grand opéra, différents numéros alternatifs, différents choix d'intrigue, en particulier à l'acte de Venise où les morts et les façons de la donner diffèrent du tout au tout…), vient de découvrir, avec l'aide de la famille Offenbach, le dernier chaînon manquant de l'état le plus ancien de la partition.

Offenbach a laissé, avant de mourir, une partition chant-piano de sa main, complète à l'exception de l'épilogue, parcellaire. Ernest Guiraud, à la demande d'Auguste Offenbach (le fils), a dû orchestrer la partition et remplir les manques de l'épilogue ; c'est également lui qui fut chargé d'écrire les récitatifs pour la diffusion européenne de l'œuvre (les dialogues parlés n'ayant pas cours dans certains pays importateurs).

Mais le matériel d'orchestre brûle en 1887 avec l'Opéra-Comique, et le manuscrit chant-piano fut démembré, éparpillé à travers le monde. L'absence de version originale définie autorise un très grand nombre de retouches et de fantaisies sur la partition ; dès la création, Carvalho, le directeur de la maison, avait coupé l'acte de Venise, rétabli par Albert Carré seulement en 1911, et la série se poursuit avec l'ordre des actes, l'addition de numéros apocryphes, les versions très disparates du Prologue et de l'Épilogue, les innombrables fins alternatives de l'acte de Venise…
Les spécialistes ont grandement peiné à retrouver la trace de cet original, reconstituant alors les parties incertaines ou manquantes à partir des éditions postérieures les plus fiables possibles. Au fil du temps, et après les tâtonnements de diverses éditions fondées sur des découvertes partielles, l'équilibre de l'œuvre se dessine mieux, en particulier grâce à l'édition Keck, qui contient toutes les alternatives et permet en quelque sorte de programmer des Contes à la fois à la carte et les plus respectueux possibles de la volonté d'Offenbach.

L'acte III (la courtisane vénitienne) est conservée dans les archives de la famille ; l'acte II (la cantatrice) et la dernière tentative de reconstitution de l'épilogue par Ernest Guiraud (qui a dû orchestrer toute la partition et remplir quelques manques, en particuler dans cet épilogue) se trouvent à la Bibliothèque Nationale de France ; cette dernière découverte (dont la localisation n'a pas été dévoilée) révèle ainsi le premier état du Prologue et de l'acte I (la poupée).

Jean-Christophe Keck promet, en conséquence, une nouvelle édition, encore plus informée que les précédente.

Sur l'histoire des représentations, l'existence et le contenu des diverses éditions et états de la partition, vous pouvez consulter cette notule rédigée à l'occasion de la création de la version grand opéra de l'édition Keck (2012) : Les Contes d'Hoffmann – La nouvelle (nouvelle) édition Keck. Avec, en bonus, un petit extrait de la version opéra-comique de son édition telle que créée en 2003 (Minkowski).



¶ De façon similaire, la Bibliothèque Nationale de France vient de préempter l'autographe piano-chant des Troyens de Berlioz. La maison Sotheby's l'a proposé en priorité, comme c'est l'usage, aux institutions potentiellement intéressées – et c'était en l'occurrence inespéré, puisqu'on croyait ce document irrémédiablement perdu !

On ne disposait à ce jour que de la version éditée par Choudens, simplifiée et coupée. De plus, s'agissant d'une réduction écrite en 1859, elle contient bel et bien l'état final de la partition (la version orchestrale ayant été composée de 1856 à 1858). Elle comporte en outre énormément d'indications scéniques, de précisions d'orchestration, de consignes pour l'emplacement ou le jeu des instruments.

troyens autographe
Extrait du manuscrit. (© Victor Tribot Laspière)

Pour fêter l'événement, la BNF donne un concert (privé, inutile de vous y présenter, sauf à mon bras) : un peu frustrant d'être tenu à l'écart, forcément, mais dans un lieu aussi exigu pour un tel événement, on suppose bien que les quelques invitations remplissent déjà la salle.

Heureusement, France Musique radiodiffusera ce concert en direct (France Mu dit le 29 mars, la BNF le 31…). Avec la participation de Karine Deshayes et du chœur Aedes.


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Commentaires

1. Le samedi 12 mars 2016 à , par Rémi

Bonne nouvelle ! Espérons qu'il y aura un enregistrement des Contes dans cette ultime édition... Merci pour ces infos :-)

2. Le samedi 12 mars 2016 à , par Benedictus

J'imagine que, comme dans les éditions critiques précédentes, il n'y aura plus ni Mélodrame ni Sextuor dans le III? (C'est-à-dire ce que j'ai toujours préféré dans les Contes.)

3. Le dimanche 13 mars 2016 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Rémi !

Il semble que les Contes se limitent désormais à des DVDs (avec la politique toujours très aléatoire d'accord avec les maisons et les vedettes plutôt que de recherche de l'urgence artistique), donc il faudra une coïncidence favorable (du genre Dessay revenant d'entre les morts) pour qu'on y ait droit, je le crains.
Cela dit, l'argument de la version enfin complète peut peut-être devenir plus clair et vendable, on verra.

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Oui, désolé Benedictus, le (superbe, en effet) sextuor de Gunsbourg est supprimé dans toutes les versions de Keck, qui sont très bonnes, mais avant tout des recherches musicologiques… un peu le contraire de Bonynge qui avait magnifiquement bidouillé pour rendre l'œuvre plus cohérente, quitte à tordre encore un peu plus certaines sources. Effectivement, les versions Choudens de J'ai de beaux yeux ou Une poupée aux yeux d'émail surpassent les alternatives (Voyez-là sous son éventail) ; il me semble aussi qu'il y a des états de la partition attestés par Keck dans Vois sous l'archet frémissant, que même les versions Choudens ajoutent désormais systématiquement, depuis son exhumation par Oeser.

C'est un peu le problème, il y a tellement d'alternatives qu'on doit faire des choix (et parfois des remplissages) pour arriver au bout de certains actes, et en particulier celui de Venise. La version opéra comique de l'édition Keck dans cet acte est celle qui m'a le plus convaincu, cela dit, malgré l'absence de sextuor.

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