Carnets sur sol

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[Billettes] Bach par Dieux : Patrick Cohën-Akenine & Béatrice Martin


Les lutins habituels n'ayant pu se rendre au concert des dieux de la musique ancienne, voici l'aimable compte-rendu illustré fourni par notre envoyée secrète, Chris :

Pour les lecteurs les plus avisés de cet aimable lieu, je tiens à préciser que votre dévouée découvrait toutes ces œuvres pour la première fois.

On s’était déplacé en nombre pour écouter les Sonates pour violon et clavecin n°1, 2 et 3 donné par Patrick Cohën-Akenine et Béatrice Martin aux Billettes vendredi 5 décembre.
La Toccata en ré majeur pour clavecin (BWV 912) ainsi que la Chaconne pour violon seul, extrait de la Partita n°2 en ré mineur (BWV 1004), figuraient aussi au programme de la soirée.



Parmi les œuvres jouées, citons en premier lieu la Chaconne, objet particulièrement insolite. Le programme indique que « le compositeur relève le défi de transformer en machine polyphonique un instrument a priori mélodique ». J’ai été plus que décontenancée à son écoute : sons discordants, impression générale de jouer faux, mouvement assez long (une quinzaine de minutes) pour une pièce en comptant cinq. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait devant mes yeux, j’ai pris une vraie claque et j’en suis restée toute étonnée !
Durant son exécution Patrick Cohën-Akenine est la concentration même. Il souffle, fort, à de nombreuses reprises. Cela me laisse entrapercevoir la virtuosité du morceau.
Écouter des pièces pour clavecin, et non pas l’instrument en continuo comme dans les opéras baroques, m’a laissé un peu sur ma faim : ça crisse, ça sonne un peu dur. Ne remettant pas en cause le jeu de Béatrice Martin, je me surprends à ne pas être captivée par la Toccata.
L’instrument nécessite peut-être une approche particulière pour se faire apprécier à sa juste valeur ?



Le cœur de la soirée était bien sûr les sonates. J’ai été particulièrement séduite par la troisième. Il s’en dégageait un sentiment de grandiose et d’espoir assez fulgurant, à la manière des symphonies de Beethoven. Je me sens transportée, tout est possible.
D’une manière très différente, une forte impression italianisante se dégage de la première, moins dans la seconde. Peu de qualificatifs pour les décrire, il me faudra les réécouter.



Mon exploration des œuvres de Bach commence et la Chaconne reste à l’heure actuelle, le premier jalon à franchir.


[Les illustrations, fournies par Chris, sont réutilisables sous licence Creative Commons (CC0) !]


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Commentaires

1. Le dimanche 7 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ce compte-rendu !

[Ah oui, je précise, c'est bien un zéro à la fin de CC0, mais la chouette police de [i]Carnets sur sol les fait ainsi…]

J'ai plein de questions à poser, je le fais lorsque j'ai terminé mon travail à moi.

2. Le mardi 9 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Merci encore, Chris, pour ce témoignage, précieux à tous ceux qui n'ont pu profiter de la glorieuse épiphanie de ces divinités au cœur de l'Avent.

Les gens s'étaient-ils déplacés pour ces noms, ou pour Bach programmé par Philippe Maillard, difficile à dire. Mais il est vrai que le cadre est assez parfait.

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La Chaconne est effectivement étonnante, une longue fulgurance, un peu comme la Grande Fugue qui arrive à la fin d'un quatuor en plusieurs mouvements, chez Beethoven. C'est une œuvre qui prend davantage la chaconne comme un principe de variations instrumentales (sur un mouvement de danse vraiment esquissé) qu'en tant que danse spécifique.

Dans la bande de la soirée, je n'ai pas remarqué les discordances (certes, l'intonation, du moins telle que captée par la prise de son, n'est pas aussi exactissime que chez les plus adroits virtuoses, mais ce n'est jamais faux en tout cas), tu parles sans doute des notes en accords, qui ne peuvent pas être vibrées et donnent cet effet d'accents un peu rêches ?

En tout cas, ne te prise pas d'explorer l'œuvre, il en existe des millions d'interprétations très différentes, et même des transcriptions très réussies — en particulier pour guitare… voire pour théorbe ou guitare baroque.

Si j'avais vu que PCA jouait ça, j'aurais encore plus hésité, malgré les contraintes techniques de ma soirée… J'avais bien dit que tu avais le meilleur concert !

Pour les respirations, effectivement les siennes sont sonores en général, mais c'est aussi parce qu'on entend d'ordinaire jouer ces œuvres dans des salles beaucoup plus vastes.

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Concernant le clavecin solo, effectivement c'est un monde à part : il n'y a pas de nuances dynamiques dans l'instrument (pour augmenter le son, il faut actionner plus de notes), et le répertoire lui-même est très formel… Tout passe par la gestion du temps, en fait, la façon dont les notes sont arpégées (on joue rarement les accords en une seule fois), les petits retards, les appoggiatures, les effets de résonance… Instrument passionnant, mais il faut goûter ces nuances internes pour vraiment pénétrer dans cet univers. À mon sens, Bach n'est pas du tout le compositeur le plus évident pour cela, même si les Partitas (des bijoux assez enthousiasmants et plutôt accessibles) sont ses œuvres les plus clavecinistiques.

Concernant Béatrice Martin, c'est une continuiste à peu près hors de pair (quelle imagination et quel goût, souverains !), et une grande virtuose à la netteté immaculée, la bande laisse entendre de très beaux Bach. Personnellement, j'aime mes Partitas un peu plus à la française, avec un plus grand déhanché (qu'elle n'attribue, à bon droit, qu'aux répertoires concernés), mais c'est quand même particulièrement irréprochable.

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Les Sonates sont effectivement très chouettes. On ne les joue pas si souvent, et pourtant elles sont très accessibles, beaucoup plus simples et mélodiques, inscrites dans leur temps, que le Bach qu'on étudie en modèle — même si la forme d'un accompagnement complètement écrit est inhabituelle, et relève d'un soin du détail et de la volonté de subtilités assez rares de son temps.
Comme je ne suis pas toujours séduit par l'univers le plus personnel de Bach, je trouve particulièrement mon compte dans ces Sonates, l'un des corpus les plus intéressants de toute la période pour soliste accompagné.


Bon voyage chez Jean-Séb !

3. Le mardi 9 décembre 2014 à , par Jean-Marc Bartand

Bonjour,

merci de parler de ce beau concert, mais vous nous aviez habitués à des contributions de meilleure qualité. Ici c'est encore plus décevant que du Christian Merlin.

4. Le mardi 9 décembre 2014 à , par Chris

« tu parles sans doute des notes en accords, qui ne peuvent pas être vibrées et donnent cet effet d'accents un peu rêches ? »
C'est exactement ça ! J'étais tellement surprise que j'avais l'impression que les notes étaient fausses (bien que je me doutais qu'elles soient justes).

« En tout cas, ne te prise pas d'explorer l'œuvre, il en existe des millions d'interprétations très différentes, et même des transcriptions très réussies — en particulier pour guitare… voire pour théorbe ou guitare baroque. »
Aurais-tu une version à me recommander ?

5. Le mardi 9 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Mes excuses, Chris, ce n'est pas ainsi que j'ai l'habitude de recevoir — je tiens à dire que ce n'est pas ainsi que j'ai élevé mes lecteurs.

Tu n'as pas daigné le faire toi-même, et c'est la bonne chose à faire, mais je précise tout de même à toutes fins utiles qu'il existe plusieurs distinctions entre CSS et Christian Merlin :
– Chris n'est pas rémunérée et a payé sa place (pareil pour moi) ;
– nous ne vendons pas non plus nos services, la nature à la fois personnelle et sans ambition de sérieux du site est indiquée dès l'entrée ;
– en l'occurrence, je crois qu'il doit être difficile de trouver d'autres recensions, et en tout cas certainement pas dans le Figaro ou l'Avant-Scène… Chris a accepté de rendre service en touchant un mot du concert, et c'est la remercier médiocrement que de dénigrer son travail.

Je suis très flatté qu'on place l'exigence haut quand on lit Carnets sur sol, et je n'ai rien contre le fait d'être contredit, mais étant donné que je suis ici chez moi, je défends qu'on parle mal de mes hôtes. A fortiori quand ils indiquent sans ambiguïté qu'ils s'expriment en candides.

6. Le mardi 9 décembre 2014 à , par DavidLeMarrec

C'est exactement ça ! J'étais tellement surprise que j'avais l'impression que les notes étaient fausses (bien que je me doutais qu'elles soient justes).

Oui, c'est un violon qui suggère l'harmonie par touches, et une harmonie plutôt aventureuse.

Aurais-tu une version à me recommander ?

Ce n'est pas ce qui manque, tout dépend ce que tu veux.

Moi, j'ai avant tout un faible pour les versions pour guitare. Galbraith et Korhonen sont très bons, mais c'est (Graham) Devine et surtout l'immense Yamashita (ma référence aussi pour les Goldberg…) qui me touchent le plus profondément.

Pour la chaconne seule, ce que j'ai entendu de mieux serait Nemanja Radulović, mais il ne l'a pas gravée, je crois, et en tout cas pas les Sonates & Partitas.

Pour les versions intégrales, mon premier conseil n'est pas de plus grande aide : Lara Lev chez Erato, un équilibre assez idéal entre l'énergie des HIP et la générosité sonore des tradis. Je crois que ça a partiellement été chez Apex, mais ce doit être épuisé quand même. Peut-être en dématérialisé.

La version que je dois avoir le plus écouté, c'est Sergey Khachatryan (Naïve) : totalement tradi, un son vraiment romantique, mais une énergie, une poussée permanence, sans chercher la pose, l'effet ou le contraste. Magnétique, je peux vraiment écouter les deux heures de musique sans faiblir, sans sentir l'étouffement de la musique très « pleine » de Bach.

Sinon, si tu veux du baroqueux, il y a Lucy van Dael (Naxos), phrasés courts, couleur ambrée un peu sèche. Un peu moins radical, il y a Isabelle Faust (HM), saluée par tous, et totalement à juste titre, pour ses élégants équilibres entre danse et plénitude sonore, alliant les qualités des deux partis pris.

Au contraire, pour le grain large des grands solistes, il y a Hilary Hahn (Sony) à l'orée de sa gloire… un son boisé exceptionnel, des phrasés frémissants. C'est une lecture plutôt hédoniste, mais tellement belle qu'elle suffit largement à rassasier.
Vraiment du côté tradi, tout baignant dans un fondu romantique, je me surprends à être très convaincu par Itzhak Perlman (Sony), qui fait tout ce qu'il ne faut pas (legato omniprésent, effets d'écho…), mais avec sa chaleur et sa conviction habituelles, si bien que cela fonctionne.
J'ai longtemps beacoup aimé Milstein II chez EMI (et on te le recommandera sûrement à un moment donné), mais je trouve que ça a décidément mal vieilli : lent, un peu rêche, pas sans charme, mais tellement loin de la maîtrise, de l'élan et de la diversité des violonistes de ces trente dernières années…

Sinon, pêle-mêle, quelques autres excellentes versions, si tu les croises : David Juritz, Leoš Čepický (premier violon du Quatuor Wihan), et même la redoutable (à cause des pochettes) Lara St. John, pas du tout irréprochable instrumentalement, mais pas sans chaleur.

Bonne chasse, et bonnes délices !

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David Le Marrec

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