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[Carnet d'écoutes] Mendelssohn - le Quatuor n°6 & le Quatuor Ebène


(Je m'aperçois en voulant en parler que le disque n'est pas encore sorti... qu'à cela ne tienne, j'ai la fantaisie d'en parler maintenant, vous n'aurez qu'à attendre pour vérifier derrière mon dos.)

J'avais découvert le quatuor Ebène encore jeune, en 2003 au Concours de Bordeaux. CSS n'était alors pas encore ouvert, aussi rien n'a été publié ici sur cette édition, mais on peut y lire quelques impressions sur le cru 2007.

C'était l'une des quatre années ou le Concours d'Evian-Bordeaux n'avait pas décerné de premier prix. Et en effet, si j'avais été très séduit par un bon nombre de quatuors, peu avaient manifestement le niveau technique pour accéder à la récompense. Les qualifiés m'avaient paru en effet assez ternes, sons robuste et un peu épais, sans beaucoup de grâce. Au nombre de ceux-là étaient les seconds prix ex-aequo, les quatuors Aviv et Ebène.

Il faut attendre 2009 et leur contrat chez Virgin Classics pour qu'ils accèdent réellement à la notoriété. Il est vrai que leurs talents ajoutés (comme en témoigne cette vidéo parmi d'autres) les rendent très attachants :



... et bien sûr très vendeurs, au même titre que leur jeunesse et leur aspect avenant.

Leur premier album chez Virgin (il y a eu auparavant Mirare, pour Haydn en 2006 et Bartók en 2007) avec le quatuor de Ravel était assez "dur", tout l'inverse de ce qu'on attend habituellement d'un son français. Le Debussy manquait même particulièrement de poésie à mon gré ; pas vraiment mon univers, mais la maîtrise technique avait clairement augmenté - alors l'aide, bien sûr, des prises multiples. Leur disque Fiction consacré à des arrangements filmiques était assez séduisant, reflétant une familiarité véritable avec l'esprit du répertoire arrangé, mais les points de comparaison sont évidemment rares dans ce registre mixte.

Puis arrive, en 2011, l'intégrale chambriste de Fauré (promue disque du jour !), largement vendue sous le nom des Capuçon, mais où les deux Quintettes comportent les Ebène - avec une profondeur de son et de ton insoupçonnée.

Un nouvel album paraîtra le 21 janvier, consacré aux Mendelssohn dans un assemblage astucieux : deux des plus beaux quatuors de Felix (l'opus 13 de jeunesse et l'opus 80 de maturité), et au centre le quatuor de Fanny - écrit dans un style similaire, et tout à fait réussi (à rapprocher des quatuors de Max Bruch également).

J'ai pu l'écouter [1], et je suis frappé dans le Sixième Quatuor, une oeuvre que je révère et pour laquelle j'ai multiplié la fréquentation de versions de très haut niveau, de la maîtrise technique et formelle extraordinaires... une lecture implacable, où tout est à sa place en permanence, sans excluer de petites fantaisies personnelles qui déjouent la routine des comparaisons. Vraiment très impressionnant.

Alors que d'autres que j'avais alors beaucoup admirés, comme les Terpsycordes ou les Sacconi, ne semblent pas s'être révélés au vaste monde (tout en laissant des concerts mémorables et quelques très bons disques, qu'on se rassure), les Ebène ont redoutablement mûri. Aussi bien dans leur homogénéité sonore que dans la construction de leur discours - et même dans leur plasticité vis-à-vis répertoire (alors que leur son initial paraissait rêche partout).

Alors qu'ils me paraissaient indifférents (superflus, d'une certaine façon), j'ai le sentiment aujourd'hui qu'ils offrent une voix singulière dans leurs parutions discographiques - qui attestent toujours d'une grande familiarité, presque une facilité, avec les oeuvres enregistrées.

Voilà qui fait plaisir, on n'a pas toujours les jours l'occasion de se dédire, plus encore qu'à cause d'un changement de goût, grâce au progrès d'interprètes.

Notes

[1] Je précise à toutes fins utiles que ce n'est pas un cadeau, et que cela ne provient ni du label ni des artistes : mon impartialité n'est donc pas engagée ici.


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Commentaires

1. Le vendredi 11 janvier 2013 à , par Cololi :: site

Je les avais vus il y a je crois deux ans au grand théâtre. C'était si je me souviens bien Borodine n°2 / Proko 1 / Brahms 2, j'avais adoré. Impossible pour moi d'analyser quoi que ce soit. Même le Proko et le Brahms, qui sont de bons quatuors, mais vraiment pas ce que ces compositeurs ont fait de mieux m'avaient paru transcendants avec eux.

2. Le vendredi 11 janvier 2013 à , par Passée des arts :: site

Bonjour David,
Avant toute chose, meilleurs vœux pour l'année 2013.
J'ai attentivement regardé et écouté la vidéo de présentation du disque Mendelssohn du Quatuor Ébène, le genre même de réalisation propre à retenir mon attention. Je trouve, tout comme vous, que ces quatre musiciens ne manquent pas de personnalité et ont des choses à dire sur cette musique; je déplore juste qu'ils ne se soient visiblement pas trop intéressé aux propositions des ensembles « historiquement informés », particulièrement en matière de contrôle (et non d'absence) du vibrato. Je suis très rapidement gêné par ce point qui met malheureusement une barrière entre cet enregistrement et moi que je ne suis pas certain de pouvoir franchir un jour.

3. Le dimanche 13 janvier 2013 à , par David Le Marrec

@ Cololi :

Oh, mais vous avez un bien joli site, dites-moi. Et déjà des commentateurs.

C'est juste, si tu as senti de l'urgence pour Brahms (encore qu'à l'usage, ses quatuors soient finalement assez nourrissants, même si peu spectaculaires d'emblée), ils ont dû jouer ça avec beaucoup d'enthousiasme. :) Qu'est-ce que ça donnait dans Borodine, ce devait être assez inhabituel par rapport à la rondeur paisible qu'on est accoutumé d'y entendre, non ?

--

@ Jean-Christophe :

Et recevez les chaleureux miens en retour !

Je n'ai pas de position de principe sur le vibrato (sauf lorsque son absence absolue, comme dans les expérimentations de Norrington, peut faire affaisser des lignes entières), je n'ai donc pas été sensible à ce que vous mentionnez. Pour Mendelssohn de toute façon, sans être particulièrement enclin aux interprétations épaisses, je trouve que l'approche très-romantique ou romantique-tardif fonctionne très bien.
Vous avez dû rester longtemps malheureux, parce que les enregistrements d'ensembles "informés" sont tout de même assez peu fréquents dans le domaine du quatuor post-1800, aujourd'hui encore, et manquent complètement pour un certain nombre d'oeuvres, même pas rares.

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