Carnets sur sol

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Paris Baroque, Gouvy chambriste et Vierne sacré


Bien qu'ayant déjà proposé une sélection de concerts pour novembre, je voulais insister sur quelques propositions, et en annoncer une autre.

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D'abord, du 23 au 9 décembre, le festival Paris Baroque, première édition très ambitieuse, qui s'ajoute à une offre impermanente et pas toujours claire. Ici, le projet est clairement impressionnant : réunir les meilleurs interprètes (pas forcément les plus célèbres) pour jouer de l'excellente musique (pas forcément la plus célèbre). C'est-à-dire s'adresser à un large public amateur de musique baroque, tout en lui proposant des découvertes.

Tout cela se déroule dans un assez grand nombre de lieux remarquables, si bien que suivre le festival équivaudra facilement à la découverte de quelques églises ou chapelles.

On peut détailler :

  • Le 23, grands motets de jubilation de Lully, Lalande et Charpentier, plus six petits motets de Bouzignac. On a donc du Lully et le Te Deum de Charpentier pour le grand public, le Te Deum de Lalande qui est tout de même un standard du répertoire sacré de cette époque, et Bouzignac pour les raretés, puisqu'il a été maître de chapelle en province sous Louis XIII - des lieux et une époque encore assez mal documentés par le disque, et à peu près jamais par les concerts.
    • Par Hugo Reyne et la Simphonie du Marais, qu'on entend très peu souvent dans ce répertoire, et ont pour eux de superbes couleurs et un sens de la méditation qui devraient faire merveille dans ces pages. Et les Choeurs du Marais figurent parmi les tout meilleurs de ce répertoire. En solistes, que d'excellents spécialistes dont il a abondamment été question sur CSS : Stéphanie Révidat, François-Nicolas Geslot, Sébastien Obrecht, Aimery Lefèvre...
  • Le 24, récital de la grande figure du luth Hopkinson Smith. Là aussi, Dowland et Kapsberger pour les standards, Milano et Holborne pour le moins fréquent (même si les récitals de luth brassent généralement pas mal de compositeurs).
  • Le 26, Patrick Cohën-Akenin et Béatrice Martin dans des sonates avec basse continue : le meilleur violoniste de tous les temps et la meilleur continuiste de tous les temps rassemblés, même si la musique instrumentale de cette école m'enthousiasme peu, je crois que je vais faire le déplacement... Leclair et Forqueray pour attirer les amateurs de ce répertoire, Geminiani déjà peu célèbre, et Guignon, dont on n'a presque rien au disque, que ce soit en musique vocale ou instrumentale.
  • Le 28, les Goldberg par Béatrice Martin à nouveau.
  • Le 29, deux cantates et un lamento de Johann Christoph Bach, une aria anonyme de la fin du XVIIe, et pour la partie célèbre la fameuse cantate BWV 4 : Christ lag in Todesbanden.
    • A nouveau avec un luxe considérable : Konrad Junghänel et Cantus Cölln, accompagnés à l'orgue de Saint-Louis-en-l'Île par Benjamin Alard (le meilleur claveciniste de sa génération).
  • Le 30, Stéphanie d'Oustrac (désormais adulée par tous les baroqueux) et son ensemble partenaire Amarillis (Héloïse Gaillard, Violaine Cochard...) dans un programme premier XVIIe italien, qui comporte aussi bien de l'ultracélèbre (Monteverdi) que du fort bien connu (Cavalli, A. Scarlatti), du moins connu mais bien documenté (Rossi), du bien connu mais moins documenté (Strozzi), et du beaucoup moins célèbre (Faggioli, Falconieri). Le tout autour de deux thématiques de caractère comparable, l'une sacrée, l'autre profane : Marie et Didon.
  • Le 2, Jan van Elsacker (excellentissime ténor) avec l'ensemble La Fenice et Jean Tubéry jouent des airs sacrés allemands rares, autour de la thématique plus fédératrice des Mystères de Noël - s'ils le mettaient en français sur le site, ça permettrait peut-être d'inspirer davantage de public.
  • Le 3, l'ensemble en trio La Canzona interprète Marin Marais sous tous ses aspects, avec les tubes intersidéraux Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont et La Follia, mais aussi des extraits pour clavecin d'Alcide et la moins fréquente pièce instrumentale La Gamme en forme d'un petit Opéra publiée en 1723 en même temps que la Sonnerie.
  • Le 4, un pot-pourri vocal et instrumental de Bach (tout sauf des tubes), avec l'ensemble Pulcinella d'Ophélie Gaillard. Christophe Dumaux et Emiliano Gonzalez Toro au chant.
  • Le 5, l'Academy of Ancient Music, ensemble très important dans les années 80 et 90, qui n'enregistre plus guère et qu'on n'entend pas beaucoup en France, vient pour programme Vivaldi (concertos et musique vocale sacrée). Ils sont considérés comme un peu dépassés, surtout dans ce répertoire où l'on est désormais habitué à une (agréable) hystérie permanente, un jeu très percussif comme le font Fasolis, Spinosi ou Sardelli, mais leur charme un peu détaché et leur son très spécifique peuvent être réellement intéressants pour une expérience en vrai et dans une église.
  • Le 7, Skip Sempé joue de grands standards pour clavecin dont je n'ai pas le détail : Forqueray, F. Couperin, Balbastre... mais aussi Marchand (qu'on n'entend d'ordinaire qu'à l'orgue), Armand-Louis Couperin et Gaspard Le Roux, considérablement plus rares.
  • Le 9, l'ensemble les Ombres (direction Margaux Blanchard & Sylvain Sartre) propose un magnifique programme Charpentier (dont le Magnificat H.73, sommet de la musique sacrée de l'époque, une immense chaconne très dramatique et chromatique) et Blamont (le rare Te Deum). Avec une fois encore d'excellents spécialistes comme solistes : Eugénie Warnier, Mélodie Ruvio, Jean-François Lombard, Lisandro Abadie...


Il existe aussi plusieurs programmes un peu plus tôt dans la journée, mais je ne parviens pas à y accéder sur leur site, que ce soit avec Opera ou avec Chrome. Pourtant, on doit y trouver des miniatures très intéressantes si on en juge par le reste...

En somme : dans chaque concert, du célèbre susceptible d'attirer le public, mais aussi beaucoup d'inédit ou de rare, et de qualité. Le tout joué par des interprètes qui figurent parmi les plus aguerris du répertoire, qu'ils soient célèbres ou non.

Et comme il semble que le milieu de la production baroque ne leur fasse pas de cadeaux pour leur installation, j'ai eu envie de contribuer, à ma mesure forcément limitée, à leur diffusion.

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Je signale aussi, à nouveau cette fois, le concert (le 23 à 12h15, choix très bizarre... il faut ne pas travailler loin, ne pas travailler jusqu'à 12h30, et avoir une pause déjeuner suffisamment longue) du jeune Trio Hoboken, consacré à trois figures françaises : trio de Gouvy, trio de Debussy et quatuor de Durosoir.

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Enfin, une petite nouveauté dans le planning, le 25, la Messe Solennelle de Vierne (avec deux orgues et choeur) sera donnée par le Madrigal de Paris (ensemble amateur de très bon niveau) et Pierre Pincemaille à Saint-Denis, à l'occasion des vingt-cinq ans de la nomination d'icelui à la tribune. Avec une création de sa main, et bien sûr l'improvisation dans laquelle il excelle brillamment - un style très accessible et assez spectaculaire, pour ceux qui n'en ont pas l'habitude. La Messe en elle-même, malgré son propos gigantesque (qui s'entend beaucoup dans le prélude), se fonde sur une esthétique très méditative et planante, à rapprocher de Fauré, Duruflé et Ropartz. Pas du tout sombre ou rageuse comme peut l'être le Vierne habituel - celui de la musique de chambre ou de l'orgue.


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David Le Marrec


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