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jeudi 5 novembre 2009

Wagner littéraire


Wagner a écrit absolument tous ses textes, seul. Ce processus fait évidemment partie intégrante de son ambition totalisante (la fameuse « oeuvre d’art total », le Gesamtkunstwerk).

Pour le Ring, Wagner a écrit son poème dramatique dans le sens inverse de la chronologie. Cela explique sans doute que Götterdämmerung soit franchement bancal, au moins dans les proportions et la progression, avec ce premier acte immense et fragmenté, chaque acte allant raccourcissant. Il a ensuite composé la musique, longuement, dans le sens chronologique que l'on sait, de l'Or au Crépuscule.

Aspect

D'un point de vue purement littéraire, il y a débat. On a affaire à du vers allitératif archaïque (censé évoquer la matière telle que notée au Moyen-Age), et il est par conséquent difficile de le rapprocher de la poésie romantique allemande (et du théâtre attenant) : on n'y trouvera ni les standards expressifs du romantisme, ni les aspirations archaïsantes vers la Grèce Antique à la façon des poèmes de Hölderlin ou Mayrhofer, ou de la spectaculaire et profonde Fiancée de Messine de Schiller. Encore que, dans ce dernier cas, la relecture des mythes (Oedipe en l'occurrence) et la profondeur de l'introspection sur des problématiques prépsychanalytiques puisse être considérée comme un précédent, en dépit de la fondamentale disparité stylistique entre les deux auteurs. [Qui, clairement, ne joue pas dans la même cour.]

Déjà, cet exotisme de la forme déroute, et rend le jugement plus complexe à formuler.

Fonctionnement

Les wagnerolâtres considèrent que le résultat est inspiré et génial. Ce qui l'est indubitablement, c'est que malgré des visées assez dogmatiques pour nous communiquer sa vision du monde, Wagner a laissé une kyrielle d'infractuosités dans le sens, qui fait qu'on peut s'y glisser à l'infini. Et habiter le texte d'une façon très personnelle et subjective. Contrairement aux opéras de (Richard) Strauss par exemple, qui sont extrêmement fins dans leur propos, plus littéraires, des portraits psychologiques merveilleusement détaillés (Arabella), des réflexions abouties sur l'art (Capriccio), Wagner a réussi quelque chose d'un peu mal dégrossi, à la façon des maladresses des mythes. Mais qui ont précisément leur universalité.

Du point de vue des prétentions littéraires en revanche, ça ressasse beaucoup : au lieu d'observer les facettes d'une idée, Wagner la rabâche sans cesse sous le même angle. C'est flagrant en particulier dans Tristan : sur une durée aussi longue, avec autant de texte, on pourrait attendre un brassage assez efficaces des grandes problématiques du mythe, par exemple la question de l'avilissement et de la désocialisation. Au lieu de cela, le duo d'amour de l'acte II (l'une des plus grandes pages de musique jamais écrites, au demeurant) se complaît dans une espèce d'exultation végétative, qui est certes tout à fait pertinente, mais un peu longuette pendant trois quarts d'heure.

Par ailleurs, la langue n'est pas spécialement belle, un peu épaisse dans ses martèlements très étudiés. Autrement dit, sans musique, ce serait à la fois inreprésentable et illisible, et pour tout dire sans intérêt.

--

Un verdict ?

Suite de la notule.

L'Italie crucifiée par la CEDH

L'Italie a tout récemment été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, relativement à la liberté de conscience, et particulièrement des plus jeunes : en effet, on trouve non seulement des crucifix dans les tribunaux, comme une affaire célèbre l'a appris au monde inégnu et ébahi, mais de surcroît dans les écoles.

Il est vrai que, vu de France, la réaction furibarde des anciens communistes italiens, hurlant qu'on mutile leur identité, qu'il s'agit tout de bon de nier leur histoire en enlevant ces symboles - dont apparemment il est difficile de déterminer s'ils sont 'sécularisables' ou non [1] -, paraît assez étonnante. A l'Ouest des Alpes, un signe religieux est un signe religieux, historicisé ou non.

Mais laissons là cet émerveillement profond sur les abîmes du différencialisme culturel, et venons-aux choses sérieuses.

Hier ou avant-hier, sur France Culture, un journaliste a laissé échapper, avec un certain esprit volontaire ou involontaire :

Le Vatican ne s'est pas encore prononcé sur cette question épineuse.

Grünewald n'aurait pas dit mieux.


Le fameux retable de 1515, détail.
Réalisé pour les Antonins d'Issenheim, il est désormais conservé au musée d'Unterlinden à Colmar.


Notes

[1] Après tout, il est tout à fait possible de laisser échapper un Mon Dieu sans connotation religieuse - peut-être moins vrai pour Doux Jésus, mais pourquoi pas. Le vocabulaire est truffé de semblables références de toute façon.

David Le Marrec


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