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Brèves savoureuses sur... Capriccio - 2, Le sextuor d'entrée


Strauss avait, depuis très tôt dans la conception de l'oeuvre, avant même que d'en fixer la structure précise, désiré introduire un quatuor à cordes pour débuter au coeur du problème - de la musique dans un salon, et sans mots. [1] La musique instrumentale n'était d'ailleurs pour Strauss qu'un genre mineur, et il considérait que son oeuvre, dans ces années, se limitait à ses opéras ; plus encore, il semblait vaguement mépriser sa production 'annexe', passe-temps alternatif au skat [2] [3], et même jusqu'aux compositeurs qui n'écrivaient que du symphonique. Il faut peut-être y voir un lien avec la prédilection de Strauss (hélas ?) pour la musique à programme dans ses oeuvres symphoniques.

Le fait de débuter par un ensemble instrumental, musique à l'intérieur de la musique, et pour un opéra dépourvue de paroles ou de programme, posait d'emblée les questions fondamentales de l'ouvrage : quelle priorité à l'Opéra ?


Vidéo de la pièce par le sextuor amateur néerlandais Doro, de très bon niveau. Cela dissonne un peu par endroits, mais l'ensemble reste d'une grande clarté, on saisit très bien ce qui se passe. Et notamment l'ampleur apportée par la formation sextuor par rapport au quatuor. (Mis en ligne par les interprètes.)
Evidemment, il ne faut pas perdre de vue, dans ces interprétations isolées du très beau sextuor, qu'il s'agit d'un pastiche XVIIIe dont les trois quarts de la durée accompagnent des récitatifs...


Strauss se tint à cette structure, mais on est amusé de constater que même au sein du dépouillement musical de Capriccio, où réellement la musique seconde (à tous les sens du terme) le texte, il lui a fallu, pour pouvoir exprimer tout ce qu'il avait à dire, changer le quatuor en quintette, puisque le quintette de sextuor.

D'où provient donc ce sextuor ? Simplement de ce que le quatuor, image emblématique de la musique de chambre, n'était pas suffisant pour accueillir l'amour de Strauss pour les harmonies raffinées et les contrechants travaillés... Il a fallu agrandir l'effectif pour tout mettre. [4]

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A suivre.

Notes

[1] Cette interprétation et les suivantes sur le statut de ce quatuor sont des déductions de ma part qui s'appuient sur la démarche et les désirs de Strauss pour Capriccio. Il se peut tout à fait qu'elles ne soient pas exactes : ce sont ni plus ni moins que des propositions. En revanche, les avis de Strauss sur la musique 'pure' et l'évolution de la forme de l'introduction de Capriccio sont documentés.

[2] Jeu de cartes traditionnel germanique, qui a quelques parentés avec le bridge. Strauss disait que c'était le seul moyen pour lui de penser à autre chose qu'à des sons, et y jouait abondamment à la fin de sa vie.

[3] C'est en effet ce qu'il exprime explicitement, une fois Capriccio achevé, à propos de son Second Concerto pour cor.

[4] Pour l'orchestre aussi, Strauss n'aimait que les grandes phalanges (malgré Ariadne, oui...). Lorsqu'il présidait la Reichsmusikkammer, il désirait interdire la représentation de réductions d'oeuvres du répertoire 'sérieux' et même les exécutions dans des théâtres aux effectifs orchestraux insuffisants !


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David Le Marrec


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