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Vampire-Roi


On avait prévu - afin de remettre les choses en perspective, exercice apprécié sur CSS, comme on peut s'en rendre compte - la lecture commentée du Vampire de Polidori (inspiré par Byron), l'une des sources (pas directe) du livret de Wilhelm August Wohlbrück pour Marschner. Mais on nous fit une recommandation sur un sujet similaire, en nous assurant que le mythique Dracula de Bram Stoker (1897), qui procède de Polidori, était remarquablement fait, avec le croisement de ses lettres et de ses notes, avec tant d'enthousiasme que j'ai voulu m'en assurer. N'étant pas véritablement amateur de littérature fantastique ou horrifique, ça a été l'occasion de combler une lacune de culture générale.


Le voilà fini, et à défaut d'enthousiasme, c'est toujours l'occasion d'en toucher un mot. Ce qui fait qu'aux antipodes des goûts de CSS, on se retrouve avec une ribambelle de commentaires autour du feuilleton et de la littérature gothique et merveilleuse horrifique. On tâchera de se rattraper avec une introduction à Ščepanović, ou quelque chose d’un peu plus propre à nos goûts...

En attendant, il y a bon nombre de remarques à faire sur l'ouvrage, qui se situe à la frontière de pas mal de problématiques aussi bien dans la construction d’un récit que dans la conception du monde en règle générale.

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1. Généalogie du comte Dracula et géographie

Stoker est le premier à nommer un vampire Dracula. Bien que l'ouvrage porte son nom, il n'est que le centre mécanique de la quête, et en rien un personnage dont la psychologie serait développée.

Son nom provient de Vlad III dit Ţepeş (« l’Empaleur »), un voïvode valaque (et non transylvain) du XVe siècle, qui tint bravement tête aux Turcs, provoqués par son geste de faire clouer les turbans sur la tête des ambasseurs refusant de se découvrir. Il est défait suite à l’invasion turque, mais non sans avoir empoisonné les sources, brûlé les villages, et laissé une « forêt de pals » de prisonniers turcs derrière lui.

Son nom de famille est Besarab, d’où provient le toponyme Bessarabie, qui désigne aujourd’hui le Sud de la Moldavie, mais qui autrefois était appliqué (très logiquement) à la Valachie. Son père Vlad II Besarab portait, lui, le surnom de dracul, c’est-à-dire « le dragon », en raison de son courage, et son fils fut logiquement désigné par draculea, c’est-à-dire « le dragonneau », « le fils du dragon ». Il est aisé de voir comment Stoker, qui s'était documenté sur lui, a pu en faire usage.


Portrait fameux de Vlad III Besarab.


A la lecture, on peut tout à fait vérifier que Dracula est assimilé aux Besarab, par le récit qu’il fait de ses propres combats contre les Turcs. S’identifiant à plusieurs épisodes historiques, et avec des détails très relatifs, il n’est pas toujours aisé d’en déceler le modèle véritable. Pour notre part, l’épisode glorieux de l’incursion (ratée) sur sol turc, avec cette retraite laissant périr l’armée sans remords rappelle plutôt Mircea II le Jeune, frère aîné de notre Vlad – mais les chroniqueurs, eux, n’en ont pas gardé un souvenir très flatteur, ayant remplacé son père rechignant pour la croisade, puis chargé par lui de l’échec...

Dracula n’est d’ailleurs, historiquement, pas comte, mais plutôt maître d’une principauté, la Valachie, celle où le Danube fait son delta. Son château, dans le roman, se situe en revanche à l’intérieur des terres, à flanc de Carpathes, en Transylvanie – qui a là une belle publicité, avec de très beaux paysages, les survivants y vont même se promener ensuite, voire s’émerveillent tandis qu’ils jouent leur âme, quoiqu’il y ait somme toute assez peu de descriptions dans le roman. On retrouve quantité de noms de localités réelles (ou à peu près) dans le récit de Stoker : le port de Varna (actuelle Bulgarie) où l’on guette le retour de la caisse fatale, le Pruth, le Seret, et la Bistritza, trois rivières que j’ai en réalité repérées comme des villes roumaines, sur le trajet de l’Ouest. Galati, la ville qui correspond de plus près à Goletz est déjà dans les terres contrairement à Varna, et on ne voit pas trop comment on aurait pu y débarquer en bateau. Et le col de Borgo se trouve de l’autre côté de la chaîne, au Sud-Ouest, de même que Bistriţa, d’ailleurs.
C’est ce qu’on appelle des effets de réel : ça existe, ça sonne comme des choses véritables, procure un cadre vraisemblable au récit – sans forcément être véridique. Dommage pour les marchands de voyage, en plus : au delà de l’aspect emblématique qui pourrait tenter un touriste draculaire, la région fait tout simplement envie.


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2. Structure romanesque générale

[Attention, pour pouvoir causer de ce type d’ouvrage, il est nécessaire de fournir des articulations-clefs de l’intrigue. Si les lecteurs de CSS ne souhaitent pas s’épargner la lecture ou la relecture du texte de Stoker, il peuvent au préalable en charger une traduction française ici, et la lire avant de poursuivre.]

Ce qui m’a convaincu de lire l’ouvrage, en dépit des mes inclinations coutumières, est précisément de l’ordre de la structure : il ne s’agit pas d’un récit linéaire conçu uniquement comme une fiction destinée à impressionner. Le récit est en effet constitué d’une suite de documents compilés, annoncés comme authentiques par l’éditeur (fictif), et en précisant qu’on saura au fil de leur lecture comment ils ont pu être réunis (pour ménager un minimum d’attente, évidemment). En effet, chaque rédacteur fictif prend le soin de dire où il écrit, quand, à l’occasion de quel temps libre ou de quelle préoccupation. Les sections sont assez courtes, quelques pages seulement, à l’exception du premier journal intime qui doit planter le décor avec un minimum de cohérence pour ferrer le lecteur, susciter son adhésion au propos irrationnel.

Pour parler plus concrètement : essentiellement huit personnages, et leur répartition dans le récit. Les plus gros contributeurs sont soulignés.

  • Jonathan Harker, clerc juriste, auteur du premier journal intime pendant son séjour chez le comte Dracula, en vue de régler l’affaire d’acquisition d’un château anglais. Il écrit assez peu par la suite, excepté dans les derniers événements – et pour le mot de la fin.
  • le comte Dracula, être étrange et protéiforme avec les propriétés que l’on sait. Il n’écrit rien (à part des lettres utilitaires), et ne laisse rien transparaître de sa propre pensée. Il agite mécaniquement l’action de tous les autres personnages.
  • Mina Murray (plus tard Harker), fiancée de Jonathan, qui l’attend en Angleterre, rédactrice d’un journal abondant qui fournit un bon tiers de l’histoire.
  • Lucy Westenra, amie de Mina, jeune fille aux nombreux soupirants généreux. Elle écrit quelques lettres, et un bref journal au moment du basculement de sa vie.
    • John Seward, médecin aliéniste, directeur d’une clinique spécialisée, dans un genre expérimental très XIXe. Il tient un journal essentiellement phonographié, qui constitue facilement l’autre tiers du récit reconstitué. Il est un soupirant rejeté de Lucy, mais lui fait serment d’amitié.
    • Quincey Morris, jeune et riche américain, ami de chasse de Seward, qui se déclare à Lucy le même jour. Il n’écrit rien, et ne dispose, malgré ses qualités et sa fermeté de caractère admirables, d’à peu près aucune psychologie.
    • Arthur Holmwood (Lord Godalming à la mort de son père), également ami des deux autres, est le troisième soupirant, déclaré le même jour, et celui qui est aimé de Lucy. A part quelques télégrammes, il n’écrit rien non plus.
  • Abraham Van Helsing [sic], éminent professeur spécialiste du cerveau et des pathologies mentales, dont la vie a été sauvée par Seward ; celui qui mène les opérations et ouvre la porte à l’explication vampiresque. Il n’écrit guère qu’un memorandum pour suppléer au journal de Mina souffrante, vers la fin de l’histoire – en réalité, il s’agit pour le romancier de mettre en scène la transformation de la femme blessée par l’être surnaturel, et l’effroi mêlé de pitié et d’amitié qu’elle suscite.


Tous les personnages sont indéfectiblement soudés, au delà même de la vraisemblance psychologique, contre le comte prédateur. Les trois prétendants sont d’une constance et d’un désintéressement qui passe l’entendement, ou plutôt qui excède la nature humaine en dehors des romans.


Une illustration très conforme à la topographie du château comtal transylvain.


Trois étapes essentielles dans le cours de l’intrigue.

  1. Le séjour du clerc Harker chez Dracula, où il s’aperçoit qu’il est retenu prisonnier et destiné à être dévoré tout cru. Le récit s’arrête au moment où il envisage le suicide pour ne pas être la proie des monstres (et on le croit perdu pendant des pages et des pages où l’on parle d’autres choses). On ne saura pas, par la suite, comment il a pu s’échapper alors qu’on en a vu toute l’impossibilité pendant cent pages, et c’est un trou très regrettable dans le texte.
  2. Le calvaire de Lucy. La proie de Dracula venue s’installer en Angleterre, elle s’affaiblit et malgré les transfusions de ses soupirants éconduits et jusqu’au professeur Helsing, finit par mourir de faiblesse.
    • Un autre épisode suit, mais plutôt bref, si bien qu’on peut l’adjoindre au précédent : le stratagème pour libérer l’âme de Lucy de ses nouvelles attributions vampirisantes. C’est le moment de bascule dans l’intrigue : une rupture fondamentale s’est faite du fait que trois amoureux, une amie, plus un professeur impuissant, sont désormais en contentieux mortel avec le comte.
  3. La chasse à Dracula. Elle n’occupe que le dernier tiers de l’oeuvre et se déroule assez rapidement (ce qui est plus confortable pour le lecteur que le grand tiers consacré à l’agonie saccadée de Lucy). Le comte se venge de ces velléités en contaminant Mina, l’autre femme du groupe, ce qui contraint le groupe non seulement à le chasser d’Angleterre, mais à le poursuivre par-delà les mers pour rendre son âme à la pauvre femme. C’est le second point de rupture : d’une volonté de vengeance, on passe à une nécessité impérieuse de salvation, qui condamne en réalité le comte, puisque ses ennemis n’ont plus comme solution que la mort de sa non-mort.


Certains se sont amusés à comparer l’évolution de ces situations à une progression psychanalytique : traumatisme et refoulement (le mystères découverts du château et la fuite), apogée de la névrose (« maladie » de Lucy, qui est plus vulnérable car déjà somnambule), première période de l’analyse jusqu’au début de la névrose de transfert (explication du décès et poursuite de Dracula), enfin poursuite de l’analyse jusqu’à liquidation du transfert (déductions, retrouvailles avec le vampire et fin de sa carrière criminelle).
Sans que ce puisse être attribué aux intentions de Stoker, il y a effectivement une évolution de ce type dans la dynamique du récit : choc initial, conséquences impuissantes et inexpliquées (interminable agonie de Lucy avec de fausses joies), puis renversement de l’attitude, active et non plus passive. Mais ce n’est pas propre à la psychanalyse, c’est aussi une structure dramatique efficace : Don Giovanni, à la fin du premier acte, de prédateur devient prédaté, et ne fait plus que fuir devant ses anciennes victimes révoltées.

Ce n’est pas tout à fait par hasard que l’on prend Don Giovanni en exemple, il existe quelque lien entre les deux figures, on y reviendra.

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3. Type romanesque

Le principe de faire de l’épouvante, du néogothique ou du merveilleux horrifique, comme on voudra, avec la mise à distance qu’implique le changement régulier de narrateur (selon celui qui rédige la lettre ou le journal intime), laissait entendre un projet un peu plus ambitieux et m’a donc décidé à la lecture.

Je précise tout de suite que je suis gêné aux entournures par la catégorisation fantastique, qui désigne tantôt une littérature de l’étrange, de l’hésitation entre rationnel et merveilleux, tantôt une littérature où le merveilleux féérique est dévolu aux démons. L’un cherche à troubler le raisonnement, à rendre floue la frontière entre la certitude et l’hypothétique ; l’autre cherche tout simplement à faire croire, le temps d’un roman, à un univers inconnu, où l’on affirme très nettement l’existence de forces surnaturelles.

La définition usuelle du fantastique porte sur l’hésitation (il y a souvent le rêve ou la folie dans les parages), tel ce double (au sens de Doppelgänger...) désarçonnant dans le roman homonyme de Dostoïevsky, dont on ne sait jamais s’il est un accident du destin ou bien une marque du servant déliquescent du personnage principal.
Dans la littérature romantique, cependant, on a quantité d’ouvrages où le fantastique désigne tout simplement l’usage d’un surnaturel improbable dans la vie réelle, mais accepté dans le cadre du roman. Il est vrai que, contrairement aux contes de fées, les personnages résistent souvent tout d’abord, à croire que ce soit réel – une façon de capter l’adhésion du lecteur. Mais en fin de compte, dans Dracula comme dans d’autres (on parlait du Moine de Lewis tout récemment), on termine sur l’acceptation de cette étrangeté comme bien réelle.

C’est pourquoi je préfère parler de merveilleux horrifique, ce qui n'est pas sans poser d’autres problèmes, parce que cela met l’accent sur l’épouvante là où d’autres choses peuvent être prioritaires (ni Lewis ni Stoker ne sont réellement terrifiants, du moins passé un certain âge – et encore...).

Quoi qu’il en soit, pour Dracula, le terme de fantastique n’est pas tout à fait inadapté. Le rapport à la science et à la divinité en témoignent.

On a déjà fait long, reprenons plus tard cet impromptu.


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Commentaires

1. Le lundi 13 juillet 2009 à , par Morloch

Ščepanović, c'est terrible comme nom pour un vampire !

2. Le lundi 13 juillet 2009 à , par Vladkergan :: site

Très bonne chronique de ce livre fondateur ! En plus de passer au crible les personnages ainsi que les étapes du roman, vous vous payer le luxe de revenir sur la catégorisation fantastique du livre, en donnant ce que je trouve être une réflexion intelligente sur ce genre un peu utilisé à tord et à travers.

Je m'étais moi aussi essayé à une chronique de ce roman mythique : http://blog.vampirisme.com/vampire/?2-dracula-de-bram-stoker

3. Le lundi 13 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Et imagine, Morloch, qu'en plus son prénom, Branimir, cadre bien avec son épouvantable bravoure. Je suis content de bénéficier de ton soutien opéristico-interlope dans cette épreuve qui consiste à ne lire que des bouquins hors de mon champ habituel en ce moment.

[Mais c'est très amusant, et instructif.]

4. Le lundi 13 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue Vladkergan !

Oui, je connais votre site, qui est une mine sur ce genre, et que je recommande vivement aux lecteurs de CSS.

Je suis d'autant plus touché de vos compliments.

J'aimerais revenir sur la question, parce que la chronique n'épuise pas, loin s'en faut, le sujet, et sur l'origine de la figure vampirisante, le statut de la science, la relation à Dieu et même l'évolution des procédés de narration au cours de l'ouvrage, j'aurais bien envie de dire deux-trois choses.

Et puis il y a l'effort de réécriture vraiment étonnant de Dracula's Guest, mais ça, ça mériterait une troisième notule.

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P.S. : Impressionnant comme vous avez si promptement trouvé le chemin !

5. Le lundi 13 juillet 2009 à , par Vladkergan :: site

J'attends donc avec impatience vos prochaines réflexions sur l'ouvrage, et suit tout à fait disposer à y ajouter, via les commentaires de votre site, mes quelques idées à ce sujet.

Quant à ma célérité à vous trouver, j'ai une source incroyablement fiable et efficace : http://www.wikio.fr/search/dracula

6. Le lundi 13 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Ah, vous faites donc de la veille draculaire intensive ! Merci beaucoup, je serai ravi de vous lire, et même de vous poser quelques questions que j'ai dans ma besace.

7. Le lundi 13 juillet 2009 à , par Vladkergan :: site

Ah bah oui sur tous les sujets ayant trait à mes amis aux dents longues, j'essaie de me tenir le plus à la page possible. Dracula n'est qu'un des sujets liés aux vampires sur lesquels j'essaie de traquer tout ce qui peut se faire à travers le net.

8. Le lundi 13 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Je vois cela, je vois cela. :-)

Un certain nombre de textes plus anciens, dont le ton m'est plus familier (j'ai cherché Byron, Lamb, Polidori, Wohlbrück, Nodier et Scribe) ne semblent pas chroniqués chez vous (où c'est pourtant terriblement copieux !), et en revanche vous avez Dumas - c'est une volonté de s'en tenir dans une autre fourchette temporelle, ou bien il y a une raison ?

Par ailleurs, tant que nous sommes à causer, je m'interrogeais sur deux points. Comment les grands amateurs et connaisseurs du thème réagissent-ils, précisément, au manque dans l'histoire de Jonathan Harker. A moins que ça m'ait grossièrement échappé, je n'ai pas trouvé la résolution de son séjour au château. On nous a longuement expliqué qu'aucune issue n'était possible, on imagine aussi la distance à parcourir parmi les loups, s'attend à un suicide, et on le retrouve hébété mais sain et sauf physiquement. C'est un manque logique, mais aussi un manque sur la connaissance de la figure vampire, il me semble.
En tout cas, ça m'a laissé perplexe : un romancier capable de faire tenir debout la contradiction entre une foi maintenue et une existence surnaturelle aussi malfaisante ne parviendrait pas à inventer un expédient pour libérer son personnage ? Une échelle de draps depuis sa chambre aurait amplement suffi, et puis de bonnes jambes pendant le plein jour... mais encore aurait-il fallu l'indiquer à un moment pour le lecteur.

Y voyez-vous un dessein particulier de l'auteur ?

Je vais peut-être réserver ma seconde question pour plus tard, parce qu'elle porte sur le bout de chapitre non épistolaire qui a été retrouvé après la mort de Stoker, et j'essaierai sans doute d'en toucher un mot.

9. Le lundi 13 juillet 2009 à , par Vladkergan :: site

Ah non ce n'est absolument pas voulu qu'il manque encore de très grands classiques du genre sur le site. J'ai une liste de lectures en attente à faire peur, même si je m'octroie de temps à autres une pause dans les nouveautés pour faire honneur à un texte fondateur. C'est auteurs sont donc bien au programme, mais je ne sais pas quand ils apparaîtront sur le site :-)

Le passage que vous citez et qui semble vous poser souci est, il est vrai, le sujet d'un raccourci de la part de l'auteur. Mais ce raccourci ne me semble pas injustifié, dans le sens où il va de pair avec une certaine amnésie de la part de Harker, qui a occulté complètement ce passage du récit. Trop faible psychologiquement (et n'ayant plus les moyens de le consigner par écrit), Harker échappe (du moins on le reconstitue ainsi) à la vigilance des tziganes et se retrouve à Budapest. Je pense que là-dessus Stoker s'appuie sur les limites de sa narration (le style épistolaire) pour faire un raccourci narratif. Je pense qu'il n'y a rien d'autre à y voir ici.

D'après Leslie S. Kilnger et son New Annotated Dracula (ma bible en la matière), Harker disparaît du château le 30 juin et est recueilli par les sœurs le 4 juillet, après avoir tenté, sans argent, d'obtenir un billet de train pour l'ouest de l'Europe.

10. Le mardi 14 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Ah non ce n'est absolument pas voulu qu'il manque encore de très grands classiques du genre sur le site. J'ai une liste de lectures en attente à faire peur, même si je m'octroie de temps à autres une pause dans les nouveautés pour faire honneur à un texte fondateur. C'est auteurs sont donc bien au programme, mais je ne sais pas quand ils apparaîtront sur le site :-)

Me voilà rassuré. Quel courage héroïque !


Le passage que vous citez et qui semble vous poser souci est, il est vrai, le sujet d'un raccourci de la part de l'auteur. Mais ce raccourci ne me semble pas injustifié, dans le sens où il va de pair avec une certaine amnésie de la part de Harker, qui a occulté complètement ce passage du récit. Trop faible psychologiquement (et n'ayant plus les moyens de le consigner par écrit), Harker échappe (du moins on le reconstitue ainsi) à la vigilance des tziganes et se retrouve à Budapest. Je pense que là-dessus Stoker s'appuie sur les limites de sa narration (le style épistolaire) pour faire un raccourci narratif. Je pense qu'il n'y a rien d'autre à y voir ici.

Merci. Donc je n'ai rien manqué, et il y a effectivement un trou. Oui, avec la forme épistolaire, il peut y en avoir, mais Stoker 'bétonne' au contraire la moindre prise de parole de ses rédacteurs, pour justifier leur ardeur littéraire dans des moments aussi critiques. La compilation des sources fait même partie intégrante de l'intrigue !

Il y a là une négligence qui me laisse perplexe.


D'après Leslie S. Kilnger et son New Annotated Dracula (ma bible en la matière), Harker disparaît du château le 30 juin et est recueilli par les sœurs le 4 juillet, après avoir tenté, sans argent, d'obtenir un billet de train pour l'ouest de l'Europe.

Le 30 juin, c'est certain ; pour le 4 juillet, c'est peut-être plutôt de l'ordre de la déduction, parce qu'en me replongeant dans les dates correspondantes de Mina (à partir du 19 août) et Soeur Agatha (12 août), je n'ai pas vu de date ou de durée formelles.
Peu importe, on fait confiance à la spécialiste et on est de toute façon dans ces eaux-là.

Ce n'est pas si étonnant au fond, parce que même si le lecteur attend forcément le dénouement, même plus loin dans le roman, Stoker ne semble pas très préoccupé de ce genre de chose. C'est surtout le processus qu'il travaille, assez efficacement d'ailleurs.

C'est la même chose pour l'anéantissement du non-mort : on aurait pu s'attendre à un affrontement titanesque, le jour tombant, les loups accourant, les tempêtes soufflant, les poussières blanches se rassemblant... et finalement en un instant, tout se finit. Il n'y a guère que les tziganes (fort chargés dans cette histoire...) qui représentent alors le danger, et la fin de Quincey Morris a un côté un peu gratuit - il était évident qu'un personnage serait sacrifié pour procurer un peu de relief à la lutte, mais c'est le seul qui soit tout à fait dépourvu de psychologie (et pour cause : il n'écrit rien et n'a aucun rôle pivot), et par un élément extérieur tout à fait banal (il aurait aussi bien pu se rompre le cou en tombant de cheval).
J'aurais plutôt imaginé que le deuil de Godalming ou l'âge de Van Helsing étaient des proies plus fortes d'un point de vue émotif et plus logique dans le cadre du 'rangement' romanesque des personnages à la fin de l'oeuvre.

Tout cela pour dire que le 'trou' dans l'histoire du face-à-face initial entre Harker et le comte entre dans une logique d'ensemble chez Stoker où la progression est plutôt soignée, mais où la résolution n'a absolument pas une place majeure.

Ca amoindrit assez le propos à mon avis, parce que le côté désinvolte et hâté de la fin (par deux fois, donc) diminue en apparence la portée de l'enjeu, sans compter qu'une conclusion un brin plus métaphysique aurait pu donner de l'épaisseur rétrospective au texte.


Merci pour cette petite causerie !

11. Le samedi 26 septembre 2009 à , par Bajazula

Je ne sais pas trop où le poster, mais voici un entretien avec Claude Lecouteux, auteur d'une Histoire des vampires, et de l'anthologie intitulée : Elle mangeait son linceul (slurp)

On entend même une chanson de Marie-Paule Belle !

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/concordance/fiche.php?diffusion_id=76899

12. Le samedi 26 septembre 2009 à , par Lord Ruthwec :: site

Ah, c'est l'émission de ce matin ! Je l'écoute souvent, mais en différé, et s'il y a une chanson de Marie-Paule Belle, alors...

Merci !

13. Le samedi 3 octobre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Bien, après écoute, j'ai trouvé ça un peu sinistre : à la fois très franc sur le caractère totalement imaginaire, et assez confit dans une rigueur hors de propos (sur l'orthodoxie du mythe par rapport à ses origines).

Du coup, on a peu de commentaire sur le sens et l'appropriation des mythes qui président à la naissance des vampires, et beaucoup de commentaires bizarres sur le fait qu'il est bien de rapprocher le vampire du loup-garou et pas bien de le confondre avec la dame blanche qui nous regarde et nous entend, par exemple.

Pas beaucoup de fantaisie dans tout ça, c'est dommage. Et pour une fois, l'entretien de Jean-Noël Jeanneney paraissait assez décousu.


Au passage, Claude Lecouteux est assez inconditionnel du roman de Stoker. Génial, j'ai du mal à voir comment on y parvient. Fondamental pour l'imaginaire collectif, regorgeant de chouettes trouvailles, tout à fait, mais le saut me paraît difficile à franchir, et l'émission n'y répond pas.

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