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Le Sigurd de Reyer (1884) - V - Sigurd, les coupures et leurs conséquences (c)

J'abandonne le compte-rendu des coupures. Le duo Hilda-Brunehild est dans le même état que l'air qui précède, il en manque la moitié. Tout y est expliqué : la méprise Sigurd-Gunther, l'indignation de Brunehild d'avoir été vendue, le signe ressenti pendant les noces qui lui révèle l'amour de Sigurd, l'usage du philtre, etc. Le mensonge d'Hilda sur la confidence de Sigurd s'expliquant par les interventions espionnes en III, 1, coupées elles aussi.

Bref, tout ce qui demandait à être explicité dans le livret est le fruit de coupes sauvages. Il doit manquer entre un tiers et la moitié de la partition.


Je poursuis néanmoins les rectifications par rapport à mon propos initial, afin de remettre de menues choses en place.



Quelques considérations amusantes qu'on peut restituer en rétablissant les passages coupés :


- Brunehild, avant le début de l'opéra, est venue en aide à Sigurd qu'elle aime déjà, en contrevenant aux ordres d'Odin. C'est pour cela qu'elle est endormie et rendue mortelle ; on ne sait rien des intentions du dieu. [On échappe donc aux arguties sur la volonté non exprimée...]
On apprend dans un passage coupé de son air du IV que Sigurd était sur le point d'être abattu par ses ennemis. Or, Hilda dit, dans la partie coupée de son récit qui ouvre le I, que l'épée de Sigurd flamboyait, qu'assailli par le nombre, les guerriers ennemis tombaient autour de lui comme des épis. C'est donc l'action de Brunehild qui, en venant au secours de Sigurd, le rend invincible, lui permet de délivrer le royaume de Gunther, et entraîne les soupirs de sa soeur pour le fier vainqueur. Puis le philtre, le réveil de Brunehild pour le compte de Gunther, les sentiments adultères, la révélation de la supercherie, le désenvoûtement, le duo d'amour et la mort. C'est donc l'action de la walkyrie qui rend Sigurd victorieux et désirable au point d'user du terrible sortilège.


- Le statut d'Odin, dans la prière de la moitié coupée de l'air du IV, est comparable à celui du Dieu chrétien, il y a un décalque amusant. iMais considère pour ma faute l'étendue de mon supplice/i, dit Brunehild. Comme si Odin se préoccupait de la rétribution universelle et valorisait la souffrance pour permettre la rédemption... [Tu parles, il est plutôt en train de jouer au Mah-Jong avec sa lance.]


- D'ailleurs, on ne sait pas exactement ce qui est voulu.
=> Est-ce le destin qui brise toutes les barrières, jusqu'à celles posées par Odin ?
=> Brunehild est-elle promise à Sigurd, comme elle l'affirme, ce qui serait une preuve de pitié du dieu au moment où il la plonge dans le sommeil, comme chez Wagner ?
=> Brunehild est-elle plongée dans l'épreuve d'être séparée de Sigurd, pourtant à portée d'anneau, pour un temps déterminé, ou jusqu'à la repentance ?
=> Brunehild parvient-elle seulement à fléchir sa punition par la prière qu'elle fait ? Comme je le disais dans une note précédente, tout s'enchaîne et se résoud une fois sa prière achevée, ce qui favorise cette hypothèse comme moteur dramaturgique fort.
=> La réunion de Brunehild et Sigurd est-elle due à un emballement ?

On le voit, de l'hyperdétermination par le destin jusqu'aux humains seuls artisans de leur sort, une fois que les dieux les ont déposés - des forces divines comme retirées du monde -, il y a une marge importante.C'est pourquoi il est difficile de deviner quelle est l'exacte conception dramaturgique qui préside à l'élaboration de Sigurd.
Quel est le moteur de l'action ? Les quiproquos, l'investissement individuel, les conflits de valeurs, la main d'Odin, ou plutôt celle du destin ? Avec les coupures, je parlais plutôt d'aventure humaine, donc avec mes trois premières propositions : quiproquos, investissement individuel, conflits de valeurs. En retablissant l'oeuvre intégrale, la prédestination par Odin devient beaucoup plus probable, puisque tout s'agence selon une visée précise : l'expiation et la rédemption de la walkyrie. A la rigueur le destin, qui trompe Odin et permet à la walkyrie de se sauver. Mais Brunehild devient, avec le rétablissement des sections supprimées (qui favorisent pourtant Hilda, quantitativement), non seulement le personnage le plus attachant, mais surtout le personnage moteur de l'action, le principe de toute la dramaturgie.
On aboutit ainsi à un résultat tout autre que ce que proposait ma première lecture, au début de cette série !


Suite à venir de l’aventure avec Salammbô.


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