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Carnet d'écoutes : fondation du Théâtre des Champs-Élysées et secrets de Karajan


En passant, je recommande l'écoute de la Grande Traversée consacrée à l'inauguration et à la première saison du Théâtre des Champs-Élysées. Elle a l'avantage d'aborder beaucoup d'aspects simultanément, et avec les témoignages précis des décideurs de l'époque (ou de leurs proches). On y mentionne notamment :

  • les difficultés pour trouver un terrain : refus par antisémitisme, puis refus du lieu prévu du Rond-Point des Champs-Élysées pour protéger la perspective ;
  • les volumes financiers ;
  • le détail artistique de la construction : modèle unique des poses d'Isadora Duncan pour le bas-relief des neuf Muses de Bourdelle) ;
  • le détail de la programmation : 40% d'œuvres contemporaines, mais aussi les mêmes standards qu'aujourd'hui (par ordre de fréquence décroissant : Beethoven, Chopin, Schumann, Wagner, Bach, Franck, Debussy, Liszt, Mozart) ;
  • les difficultés de l'ouverture : encore en travaux le jour même de l'inauguration, la demande d'Inghelbrecht (confirmée par une expertise de Weingartner dépêché spécialement) d'agrandir la fosse beaucoup trop étroite (sensiblement moins d'1m² par musicien).


Et d'autres détails intéressants. En une heure, l'émission a l'avantage de ne pas se limiter au seul aspect musical, et de bien remettre en perspective les enjeux de l'ouverture d'une nouvelle maison (la concurrence avec le Châtelet aussi...).

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Moins intéressant, plus drôle, le documentaire L'autre Karajan (titre de la version allemande : La seconde vie de Karajan), toujours disponible en ligne. Les documentaires de ce genre sont rarement intéressants, confits dans l'hagiographie ; et plus les personnages sont déjà très célèbres, plus le mythe, l'exagération et la désinformation s'en mêlent. Mais ici, le caractère (involontairement, je le crains) parodique mérite tout de même d'en regarder les cinq premières minutes (je ne suis pas allé plus loin en tout cas).

On commence par la promesse du diffuseur : « Une face méconnue, sinon cachée, de l'immense chef d'orchestre allemand. » (oui, né à Salzbourg et mort dans ses environs, qui eût cru qu'Arte au détour d'une phrase rétablît ainsi l'Anschluß ?)

Alors, à votre avis, quelle est cette face cachée de Karajan ?

Personnellement, j'hésitais entre sa collection de tricyles (pour illustrer une version inédite de l'œuvre concertante pour violon de Bartók, à mettre avec ses fougueux Beethoven et Dvořák) et sa recette maison de la bouillabaisse au currywurst. Mais non, plus spectaculaire encore.

... Karajan aimait enregistrer de la musique !

Si, je vous assure. Il était le seul, il a même inventé le phonautographe et le grammophone, et il a fondé la Voix de son Maître et Universal, a collaboré avec Bell pour la mise au point des micros. Il était même le père naturel de Walter Legge (les apparences sont trompeuses).

On peut se dire, pendant ces toutes premières secondes du film, qu'on a au moins le bonheur d'échapper à un débat sur le nazisme dans la musique allemande. Mais on change très vite d'avis.

Entre les « informations » complètement farfelues :

Karajan vend plus de disques que tous les autres musiciens.

les déclarations supposément autorisées de spécialistes choisis pour leur fanatisme ridicule :

Je ne peux pas entendre une œuvre qu'il a enregistrée par un autre que lui.

et les positions de principe assez ahurissantes :

La tendance actuelle de reproduire le son de la salle de concert est absurde. Le disque produit un son idéal par rapport à une salle de concert où l'on n'entend jamais aussi bien, quelle que soit la place.

... j'ai arrêté à ce moment-là, incommodé par la sensation persistante de regarder un spot publicitaire des années soixante sur les propriétés extraordinaires du tabac pour la santé.

Touy n'est pas à loger à la même enseigne ; les témoignages des musiciens qu'il l'ont fréquenté, quoique hagiographiques (« le seul visionnaire »), sont tout à fait respectables. Par ailleurs, avoir réussi à concentrer, en cinq minutes, une ribambelle de spécialistes capables d'assener des certitudes aussi divertissantes, constitue un exploit en soi.


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Commentaires

1. Le dimanche 23 mars 2014 à , par site :: site

Les photos de ce texte restent jolies ! Le théatre, il n'y a que ça de vrai !

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David Le Marrec

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