Carnets sur sol

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Intégrale des Sonates de Schumann et demi-intégrale Hindemith par Franck Peter Zimmermann


Superbe concert de Franck Peter Zimmermann et Enrico Pace au Théâtre de la Ville. Le programme était déjà exceptionnel : les trois Sonates pour violon et piano de Robert Schumann (Op.105, Op.121, et Op. posth. WoO 27), et les deux dernières des quatres Sonates de Paul Hindemith (mi majeur de 1935 et ut majeur de 1939).

Franck Peter Zimmermann y met de côté tous les attributs du concertiste (volume sonore, vibrato large, phrasés virtuoses) pour se muer en parfait chambriste, humble, tranchant et juste. Son timbre incisif se dépouille de toute ostension et dans la beauté plastique, et dans la légère acidité conservée.

Il étonne particulièrement dans la Deuxième Sonate dont il exalte toutes les ruptures et bizarreries (il y en a encore plus que dans la merveilleuse Troisième, qui en comprend aussi, et où il les avait moins soulignées). Le troisième mouvement se transforme ainsi, depuis les pizz de guitare désaccordée mangés par le piano jusqu'aux phrasés sans vibrato, avec mainte maladresse délibérée, en parodie de sérénade italienne, et le tout sans altérer en rien la cohérence structurelle - déjà préparée par un premier mouvement énigmatique et un scherzo rieur.

Comme on pouvait s'y attendre, même la belle Sonate en ut, tout en miniatures, souffre de la comparaison avec le corpus schumannien, à la fois évident et tellement traversé de ruptures bizarres et de fulgurances admirables... dans un esprit très proche du Concerto pour violon, en réalité. Et contrairement à beaucoup d'interprètes, les deux compères n'esquivent pas ces singularités, et les exaltent au contraire avec beaucoup d'esprit et de goût.

Il est assez vraisemblable que cette étrangeté en éloigne les solistes, mais pourquoi les chambristes aussi semblent-il si peu priser ces Schumann de maturité ?

Si j'ai peu à dire d'Enrico Pace, c'est qu'il excède amplement le rôle de l'accompagnateur servile sans atteindre tout à fait non plus le rang d'égal de son partenaire.

En bis généreux, le scherzo de la sonate F.A.E. de Brahms, diablement libéré (le public a fort goûté l'exercice).

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Le tout avait lieu dans le cadre d'un rendez-vous écourté, d'un rendez-vous manqué et d'un concert trop tôt... Mais en plus d'être remarquablement interprété, la seule somme présentée au public méritait le déplacement, on n'entend pas tous les jours, loin s'en faut, ni ces chefs-d'oeuvre, ni d'autres chefs-d'oeuvre de musique de chambre de cette envergure.


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