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jeudi 22 mars 2007

Friedrich HÖLDERLIN - Heimkunft I - Episode 3 - La phrase de Hölderlin

Hölderlin CSS Une poétique sinueuse tentée par l'organisation argumentative de la philosophie.

Rappelons les épisodes précédents :
Et voyons à présent l'incarnation de ces éléments dans la phrase 'philosophomorphe' de Hölderlin.

Drin in den Alpen ists noch helle Nacht und die Wolke,
   Freudiges dichtend, sie deckt drinnen das gähnende Tal.
Dahin, dorthin toset und stürzt die scherzende Bergluft,
  Schroff durch Tannen herab glänzet und schwindet ein Strahl.
Langsam eilt und kämpft das freudigschauernde Chaos,
   Jung an Gestalt, doch stark, feiert es liebenden Streit
Unter den Felsen, es gärt und wankt in den ewigen Schranken,
   Denn bacchantischer zieht drinnen der Morgen herauf.
Denn es wächst unendlicher dort das Jahr und die heilgen
   Stunden, die Tage, sie sind kühner geordnet, gemischt.
Dennoch merket die Zeit der Gewittervogel und zwischen
   Bergen, hoch in der Luft weilt er und rufet den Tag.
Jetzt auch wachet und schaut in der Tiefe drinnen das Dörflein
   Furchtlos, Hohem vertraut, unter den Gipfeln hinauf.
Wachstum ahnend, denn schon, wie Blitze, fallen die alten
   Wasserquellen, der Grund unter den Stürzenden dampft,
Echo tonet umher, und die unermeßliche Werkstatt
   Reget bei Tag und Nacht, Gaben versendend, den Arm.
Là dans les Alpes, c’est encore nuit claire et le nuage,
    Poétisant du joyeux, il couvre au-dedans la vallée béante.
Deçà, delà, tempête et s’abat le vent de la montage, le bondissant,
    Abrupt par les sapins vers le bas scintille et se perd un rayon.
Lentement se hâte et lutte le Chaos qui frissonne joyeusement,
    Jeune de stature, et pourtant fort, il fête un amoureux différend
Entre les rocs, il fermente et vacille dans les barrières éternelles,
    Car plus bachique s’étire au-dedans le matin vers le haut.
Car elle croît plus infiniment là-bas l’année et les saintes
    Heures, les jours, sont plus audacieusement ordonnées, mêlés.
Et pourtant il marque le temps, l’oiseau de tempête, et entre
    Monts, haut dans les airs, il séjourne et appelle le jour.
A présent aussi s’éveille et regarde dans les profondeurs, au-dedans, le village
    Sans crainte, familier de ce qui est haut, entre les pics amont.
Pressentant croissance, car déjà, comme des éclairs, tombent les vieilles
    Cascades, leur fond sous les chutes s’élève en vapeurs,
L’écho résonne alentour, et l’atelier immense
     Lève jour et nuit, distribuant présents, le bras.


(Trad. François Fédier)



            Il est en effet récurrent chez Hölderlin – et cette première section de Heimkunft ne fait pas exception à la règle – que le propos soit structuré selon des articulations logiques, certes floues, mais qui évoquent la démonstration philosophique plus que l'esquisse poétique. Le plus évident est l'usage causal et parallèle des deux « denn », en début de vers (v.8-9), raisonnement par induction assez rare en poésie, surtout de façon aussi ordonnée, comme un souci d'explication méthodique de ce réel – fût-il poétique. Dans le même ordre, deux « und » du texte (v.1, v.9), ceux qui coordonnent deux propositions, semblent investis eux aussi d'une valeur logique, consacrant à chaque fois deux plans de représentation, le second se superposant au premier. Sans revêtir la forme argumentative, qui se méfie de l'addition simple, on trouve pourtant ici une association qui dépasse le simple ajout linéaire : une hiérarchie de représentation, un ordre est signifié par cet emploi singulier de la coordination. « Dennoch » (v.11) exploite, lui, une forme quasiment concessive, accordant au paysage un caractère plus tourmenté que ne pourrait le laisser entendre la description abstraite, paisible et hardie des monts. Ailleurs, il pourrait être entendu comme une relance narrative (c'est dans cet esprit que le traduit François Garrigue), mais sa succession aux éléments logiques de la phrase précédente laisse entendre une poursuite du raisonnement, où les précédentes assertions se nuancent et se complexifient.
            Car c'est presque une forme dialectique qu'emprunte le poème autour de cette figure du Gewittervogel qui assombrit le tableau lumineux initial pour, lorsqu'il rufet den Tag, ouvrir sur une nature large et généreuse – Wachstum ahnend, gaben versendend...Cette allure philosophique du texte n'est pas étrangère, bien entendu, à cette certaine abstraction du paysage, comme happé par les concepts.

Suite de la notule.

David Le Marrec


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