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Castor & Castor (I)

Histoire de faux jumeaux.

I - Les sources. Leurs contradictions. Téléchargement des livrets et de la parodie.


Le récent Castor & Pollux[1] parisien, dans la version tardive de l'oeuvre, nous donnera l'occasion de comparer les logiques dramaturgiques à l'oeuvre dans les deux cas. Et elles sont très sensiblement différentes.

Il paraît toujours utile, dans ce cas, de commencer par se pencher sur les sources.




1. Les sources

1.1 Chez Homère

Pour mémoire, fin du VIIIe siècle avant notre ère. La source par excellence, celle qui ne peut être transgressée, on y reviendra.

1.1.1 Brève mention dans l' Iliade

Hélène présente les Achéens.

Et voici tous les autres Akhaiens aux yeux noirs, et je les reconnais, et je pourrais dire leurs noms. Mais je ne vois point les deux princes des peuples, Kastôr dompteur de chevaux et Polydeukès[2] invincible au pugilat, mes propres frères, car une même mère nous a enfantés. N'auraient-ils point quitté l'heureuse Lakédaimôn, ou, s'ils sont venus sur leurs nefs rapides, ne veulent-ils point se montrer au milieu des hommes, à cause de ma honte et de mon opprobre ?

Homère, Iliade (III,236-244) - traduction Leconte de L'Isle

A noter, car ce ne sera pas toujours le cas, Hélène est ici présentée comme la soeur de Pollux (et demi-soeur de Castor). Elle y est fille de Léda, et non, comme plus tard, comme fille de Némésis[3] et Zeus adoptée par Léda.


1.1.2 Le noeud du mythe dans l' Odyssée

Puis, je vis Lèdè, femme de Tyndaros. Et elle conçut de Tyndaros des fils excellents, Kastor dompteur de chevaux et Po-lydeukès formidable par ses poings. La terre nourricière les en-ferme, encore vivants, et, sous la terre, ils sont honorés par Zeus. Ils vivent l'un après l'autre et meurent de même, et sont également honorés par les dieux.

Homère, Odyssée (XI,298) - traduction Leconte de L'Isle




1.2. Chez Apollodore

Pour mémoire, il s'agit de Pseudo-Apollodore, dont on ne connaît que qu'une oeuvre, vraisemblablement écrite au Ier ou au IIe siècle après notre ère. Son oeuvre était jadis attribuée au grammairien Apollodore d'Athènes, mais il demeure couramment appelé Apollodore.

1.2.1 Histoire des Dioscures chez Apollodore

Zeus s'unit à Léda sous l'aspect d'un cygne et, la même nuit, s'unit aussi à elle son époux Tyndare. Léda eut Pollux et Hélène de Zeus ; et Castor et Clytemnestre de Tyndare. Certains, toutefois, prétendent qu'Hélène était la fille de Zeus et de Némésis. Un jour, Némésis, pour se soustraire aux violences de Zeus, se métamorphosa en oie ; Zeus se changea alors en cygne et s'unit à elle. Némésis pondit un oeuf ; un berger le trouva dans les buissons et le porta à Léda. Léda le conserva dans un coffre ; à terme, Hélène naquit et Léda l'éleva comme sa propre enfant. La jeune fille devint extraordinairement belle, si bien que Thésée l'enleva et la mena à Aphidna. Comme Thésée se trouvait aux Enfers, Castor et Pollux assiégèrent la ville et s'en rendirent maîtres ; ils prirent Hélène et emmenèrent comme captive la mère de Thésée, Éthra.

Apollodore, Bibliothèque (III,10,7) - traduction Ugo Bratelli

Parmi les enfants de Léda, Castor se consacra à l'art de la guerre, et Pollux à celui du pugilat ; en raison de leur courage, on leur donna le nom de Dioscures. Désireux d'épouser les filles de Leucippos, ils les enlevèrent de Messénie et se marièrent avec elles. De Phoebé, Pollux eut un fils, Mnésiléos, et Castor eut Anogon d'Hilaera[4]. Un jour, ils quittèrent l'Arcadie avec un troupeau en guise butin, en compagnie d'Idas et de Lyncée, les fils d'Apharée, et Idas fut chargé de faire le partage. Idas découpa une bête en quatre et déclara que celui qui aurait mangé sa part le plus vite pourrait choisir la moitié du butin, et le second aurait le reste. Plus rapide que tous les autres, il engloutit sa part, et même celle de son frère ; ensuite, avec lui, il mena le troupeau à Messène. Mais les Dioscures attaquèrent Messène, reprirent le bétail, et beaucoup d'autres choses encore. Puis ils tendirent une embuscade à Idas et à Lyncée. Mais Lyncée aperçut Castor, en avisa Idas et celui-ci le tua. Pollux les suivit alors, tua Lyncée de sa lance, puis se retourna contre Idas ; mais ce dernier le frappa à la tête avec une pierre, ce qui le fit tomber sans connaissance. Zeus foudroya alors Idas, et mena Pollux au ciel. Mais Pollux refusa l'immortalité, car son frère Castor était mort. Zeus leur concéda alors de passer alternativement un jour parmi les dieux et un jour parmi les mortels. Quand les Dioscures furent divinisés, Tyndare fit venir Ménélas à Sparte et lui confia le trône.

Apollodore, Bibliothèque (III,11,2) - traduction Ugo Bratelli


1.2.3. Dans l'histoire d'Achille chez Apollodore

Après cela[5], Pélée, avec l'aide de Jason et des Dioscures, ravagea Iolcos ; il tua Astydamie, la femme d'Acaste, mit son corps en morceaux et conduisit son armée vers la cité en passant à travers ses membres.

Apollodore, Bibliothèque (III,13,7) - traduction Ugo Bratelli

La Bibliothèque d'Apollodore constitue une sorte d'abrégé assez complet de la mythologie grecque, très fidèle à ses sources - ce qui permet utilement de préjuger du contenu d'oeuvres perdues. Ici, une synthèse assez complète des variantes est opérée, et le ressort non plus seulement du mythe (immortalité partagée) mais aussi de l'intrigue (amour et mort de Castor) nous est présenté.




1.3 Autres sources et contradictions

Elles sont nombreuses. On trouve notamment des sources historiographiques
=> (par exemple) Tite-Live, II,20,12 ; ou
=> Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines VI,13 ;
on raconte dans ces sources l'intercession en faveur des Romains pour la victoire du lac Régille, contre les Latins, en 499 ou 496 avant notre ère ;
et des sources topographiques
=> Ovide, Fastes, V,705-720
=> Pausanias, Périégèse, III,18,11 ; III,18,14 ; III,19,7 ; III,20,1 ; III,24,7 ; III,26,2 (ce chapitre III est consacré à la description de la Laconie, région de Sparte dont ils sont originaires) ;
on y trouvera les lieux de naissance, le rappel du retour sains et sauf de Colchide, les temples...

Tous deux meurent entre l'enlèvement d'Hélène et la dixième année du siège de Troie. Ce qui n'est pas très vraisemblable, puisqu'ils sont censés mourir en combattant Lyncée et Idas, parfois présentés comme les fiancés des deux captives. Ce qui supposerait qu'ils soient installés à Sparte occupés à badiner avec les belles et leurs amants, et non sous les murs de Troie au secours de leur soeur nymphomane.
Certes, c'est la même famille, tout s'explique.




1.4. Le livret

La version originale de 1737 chez Gallica. Je vous ai mis le téléchargement direct par FTP ; dans quarante-huit heures, le fichier aura expiré, il faudra donc s'y rendre par la page d'accueil du document. [RECTIFICATION : Je m'aperçois que contrairement à annoncé, il s'agit de la version de 1754. On peut voir la bonne version sur le site personnel de Yoshihiro Naito au format DOC ou, par le cache des moteurs de recherche, en html.]

Le livret révisé de 1754, sur le joliment complet site Rameau. A noter tout de même, étourderie amusante, que la date de 1754 ne figure même pas sur la page, et que la version employée n'est pas mentionnée, alors même que la moitié du drame diffère !

Et pour l'amusement, la parodie réalisée par les Italiens (Jean-Antoine Romagnesi), sur laquelle je ne reviendrai sans doute pas.

Notes

[1] Livret de Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard ; musique de Jean-Philippe Rameau.

[2] Pollux, bien sûr.

[3] La vengeance. Lecture allégorique du mythe tardive.

[4] Ou Télaïre.

[5] En III,13,6, il est question de l'adoption d'Achille sous son nouveau nom par Chiron.


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