Carnets sur sol

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Rifacimento


Rifacimento :
refonte d'un opéra en vue de nouvelles représentations dans un autre théâtre ou une autre langue.

Exemple : les différents états de la partition de Don Carlos / Don Carlo (changements de langue, d'actes, réécritures et suppressions...).

En italien moderne, il est utilisé comme synonyme de remake.

Or, ayant écouté docilement les leçons du serpent, Ève s’éleva au-dessus des vaines terreurs et désira goûter aux fruits qui donnent la connaissance de Dieu. Mais pour qu’Adam, qu’elle aimait, ne lui devînt pas inférieur, elle le prit par la main et le conduisit à l’arbre merveilleux. Là, cueillant une pomme ardente, elle y mordit et la tendit ensuite à son compagnon. Par malheur, Iaveh, qui se promenait d’aventure dans le jardin, les surprit et, voyant qu’ils devenaient savants, il entra dans une effroyable fureur. C’est surtout dans la jalousie qu’il était à craindre. Rassemblant ses forces, il produisit un tel tumulte dans l’air inférieur que ces deux êtres débiles en furent consternés. Le fruit échappa des mains de l’homme, et la femme, s’attachant au cou du malheureux, lui dit : « Je veux ignorer et souffrir avec toi. » Iaveh triomphant maintint Adam et Ève et toute leur semence dans la stupeur et dans l’épouvante. Son art, qui se réduisait à fabriquer de grossiers météores, l’emporta sur la science du serpent, musicien et géomètre. Il enseigna aux hommes l’injustice, l’ignorance et la cruauté et fit régner le mal sur la terre. Il poursuivit Caïn et ses fils, parce qu’ils étaient industrieux ; il extermina les Philistins parce qu’ils composaient des poèmes orphiques et des fables comme celles d’Ésope.


Ambiance sonore du banquet : retour d'Athanaël à Alexandrie. En réalité, le banquet proprement dit est plus tard dans l'opéra, mais la musique en est moins pittoresque, Massenet nous plonge davantage dans le drame intime.
Extrait de la version libre de droits de Georges Sébastian : Geori Boué (Thaïs), Jean Giraudeau (Nicias), Roger Bourdin (Athanaël, dont on peut entendre des extraits ici), Berthe Monmart (Crobyle), Odette Riquier (Myrtale), Choeurs et Orchestre de l'Opéra de Paris, 1952.


Vous avouerez que cela explique bien des divergences de Dieu avec lui-même dans ces livres-là.

Cet extrait savoureux est l'un des nombreux moment de prix dans Thaïs d'Anatole France (1890) : le banquet des philosophes. Zénothémis y fait la distinction entre trois forces surnaturelles : Dieu (non défini), l'esprit malin Iaveh et l'esprit bénéfique (le serpent ailé).

ZÉNOTHÉMIS
Nous lui ferons plaisir, sans doute, en amenant l’entretien sur la doctrine qu’il professe et qui est celle de Jésus crucifié. Pour moi, je m’y prêterai d’autant plus volontiers que cette doctrine m’intéresse vivement par le nombre et la diversité des allégories qu’elle renferme. Si l’on devine l’esprit sous la lettre, elle est pleine de vérités et j’estime que les livres des chrétiens abondent en révélations divines. Mais je ne saurais, Paphnuce, accorder un prix égal aux livres des Juifs. Ceux-là furent inspirés, non, comme on l’a dit, par l’esprit de Dieu, mais par un mauvais génie. Iaveh, qui les dicta, était un de ces esprits qui peuplent l’air inférieur et causent la plupart des maux dont nous souffrons ; mais il les surpassait tous en ignorance et en férocité. Au contraire, le serpent aux ailes d’or, qui déroulait autour de l’arbre de la science sa spirale d’azur, était pétri de lumière et d’amour. Aussi, la lutte était-elle inévitable entre ces deux puissances, celle-ci brillante et l’autre ténébreuse. Elle éclata dans les premiers jours du monde. Dieu venait à peine de rentrer dans son repos, Adam et Ève le premier homme et la première femme vivaient heureux et nus au jardin d’Eden, quand Iaveh forma, pour leur malheur, le dessein de les gouverner, eux et toutes les générations qu’Ève portait déjà dans ses flancs magnifiques. Comme il ne possédait ni le compas ni la lyre et qu’il ignorait également la science qui commande et l’art qui persuade, il effrayait ces deux pauvres enfants par des apparitions difformes, des menaces capricieuses et des coups de tonnerre. Adam et Ève, sentant son ombre sur eux, se pressaient l’un contre l’autre et leur amour redoublait dans la peur. Le serpent eut pitié d’eux et résolut de les instruire, afin que, possédant la science, ils ne fussent plus abusés par des mensonges. L’entreprise exigeait une rare prudence et la faiblesse du premier couple humain la rendait presque désespérée. Le bienveillant démon la tenta pourtant. A l’insu de Iaveh, qui prétendait tout voir mais dont la vue en réalité n’était pas bien perçante, il s’approcha des deux créatures, charma leurs regards par la splendeur de sa cuirasse et l’éclat de ses ailes. Puis il intéressa leur esprit en formant devant eux, avec son corps, des figures exactes, telles que le cercle, l’ellipse et la spirale, dont les propriétés admirables ont été reconnues depuis par les Grecs. Adam, mieux qu’Ève, méditait sur ces figures. Mais quand le serpent, s’étant mis à parler, enseigna les vérités les plus hautes, celles qui ne se démontrent pas, il reconnut qu’Adam, pétri de terre rouge, était d’une nature trop épaisse pour percevoir ces subtiles connaissances et que Ève, au contraire, plus tendre et plus sensible, en était aisément pénétrée. Aussi l’entretenait-il seule, en l’absence de son mari, afin de l’initier la première…

DORION
Souffre, Zénothémis, que je t’arrête ici. J’ai d’abord reconnu dans le mythe que tu nous exposes, un épisode de la lutte de Pallas Athéné contre les géants. Iaveh ressemble beaucoup à Typhon, et Pallas est représentée par les Athéniens avec un serpent à son côté. Mais ce que tu viens de dire m’a fait douter tout à coup de l’intelligence ou de la bonne foi du serpent dont tu parles. S’il avait vraiment possédé la sagesse, l’aurait-il confiée à une petite tête femelle, incapable de la contenir ? Je croirai plutôt qu’il était, comme Iaveh, ignorant et menteur et qu’il choisit Ève parce qu’elle était facile à séduire et qu’il supposait à Adam plus d’intelligence et de réflexion.

ZÉNOTHÉMIS
Sache, Dorion, que c’est, non par la réflexion et l’intelligence, mais bien par le sentiment qu’on atteint les vérités les plus hautes et les plus pures. Aussi, les femmes qui, d’ordinaire, sont moins réfléchies, mais plus sensibles que les hommes, s’élèvent-elles plus facilement à la connaissance des choses divines. En elles, est le don de prophétie et ce n’est pas sans raison qu’on représente quelquefois Apollon Citharède, et Jésus de Nazareth, vêtus comme des femmes, d’une robe flottante. Le serpent initiateur fut donc sage, quoi que tu dises, Dorion, en préférant au grossier Adam, pour son œuvre de lumière, cette Ève plus blanche que le lait et que les étoiles. Elle l’écouta docilement et se laissa conduire à l’arbre de la science dont les rameaux s’élevaient jusqu’au ciel et que l’esprit divin baignait comme une rosée. Cet arbre était couvert de feuilles qui parlaient toutes les langues des hommes futurs et dont les voix unies formaient un concert parfait. Ses bruits abondants donnaient aux initiés qui s’en nourrissaient la connaissance des métaux, des pierres, des plantes ainsi que des lois physiques et des lois morales ; mais ils étaient de flamme, et ceux qui craignaient la souffrance et la mort n’osaient les porter à leurs lèvres. Or, ayant écouté docilement les leçons du serpent, Ève s’éleva au-dessus des vaines terreurs et désira goûter aux fruits qui donnent la connaissance de Dieu. Mais pour qu’Adam, qu’elle aimait, ne lui devînt pas inférieur, elle le prit par la main et le conduisit à l’arbre merveilleux. Là, cueillant une pomme ardente, elle y mordit et la tendit ensuite à son compagnon. Par malheur, Iaveh, qui se promenait d’aventure dans le jardin, les surprit et, voyant qu’ils devenaient savants, il entra dans une effroyable fureur. C’est surtout dans la jalousie qu’il était à craindre. Rassemblant ses forces, il produisit un tel tumulte dans l’air inférieur que ces deux êtres débiles en furent consternés. Le fruit échappa des mains de l’homme, et la femme, s’attachant au cou du malheureux, lui dit : « Je veux ignorer et souffrir avec toi. » Iaveh triomphant maintint Adam et Ève et toute leur semence dans la stupeur et dans l’épouvante. Son art, qui se réduisait à fabriquer de grossiers météores, l’emporta sur la science du serpent, musicien et géomètre. Il enseigna aux hommes l’injustice, l’ignorance et la cruauté et fit régner le mal sur la terre. Il poursuivit Caïn et ses fils, parce qu’ils étaient industrieux ; il extermina les Philistins parce qu’ils composaient des poèmes orphiques et des fables comme celles d’Ésope. Il fut l’implacable ennemi de la science et de la beauté, et le genre humain expia pendant de longs siècles, dans le sang et les larmes, la défaite du serpent ailé. Heureusement il se trouva parmi les Grecs des hommes subtils, tels que Pythagore et Platon, qui retrouvèrent, par la puissance du génie, les figures et les idées que l’ennemi de Iaveh avait tenté vainement d’enseigner à la première femme. L’esprit du serpent était en eux ; c’est pourquoi le serpent, comme l’a dit Dorion, est honoré par les Athéniens. Enfin, dans des jours plus récents, parurent, sous une forme humaine, trois esprits célestes, Jésus de Galilée, Basilide et Valentin, à qui il fut donné de cueillir les fruits les plus éclatants de cet arbre de la science dont les racines traversent la terre et qui porte sa cime au faîte des cieux. C’est ce que j’avais à dire pour venger les chrétiens à qui l’on impute trop souvent les erreurs des Juifs.

A travers cet éloge du rôle du Serpent, Zénothémis propose une solution symbolique assez sympathique à la divergence des Dieu(x) de l'Ancien Testament et du Nouveau.

Au passage, le nom de Zénothémis apparaît au moins deux fois dans la littérature grecque.

D'abord pour les plaidoyers de Démosthène (I,16), où il représente la partie adverse.

Mais à ce moment Zénothémis s'oppose à ce que les blés soient déchargés. Il prétend qu'il a prêté à la grosse à Hégestrate sur ce même chargement, d'où naît la question de savoir si ce chargement est la propriété de Protos ou d'Hégestrate. Zénothémis intente donc contre Protos une action en revendication tendant à l'allocation de dommages-intérêts. Il en intente en même temps une semblable contre Démon, quoique Démon soit simplement créancier de Tirotos, et par conséquent représenté par son débiteur; mais pour comprendre cette procédure il faut remarquer que Protos n'est qu'un étranger, tout au plus un métèque, et offre peu de garantie , tandis que Démon est un Athénien riche et puissant. Aussi Zénothémis refuse de se laisser dessaisir par Protos, et consent volontiers à être éconduit par Démon qui, par ce fait de dépossession, se trouve ainsi mêlé personnellement au procès.

[...]

L'action de Zénothémis n'est donc pas recevable. Au fond sa prétention est invraisemblable. Toute sa conduite n'est qu'une fraude calculée pour s'approprier un chargement qui ne lui appartient pas. Hégestrate et lui ont voulu perdre le navire pour se débarrasser des préteurs à la grosse ; Zénothémis a voulu rompre le voyage sous de faux prétextes, et aujourd'hui il s'entend avec Aristophon, avec Protos lui-même, qui a disparu pour ne pas donner son témoignage. Enfin, il a été mis en demeure d'aller plaider en Sicile, où sont toutes les preuves et il a refusé d'obtempérer à cette sommation.

(Traduction de Rodolphe d'Areste, Plon 1875.)

Plus intéressant, chez Lucien de Samosate, dans le quatrième conte de Mnésippe à Toxaris (24-26) :

Tu as raison. Ma quatrième histoire est celle de Zénothémis, de Massalie, fils de Charmolée. On me l'a montré, il y a quelque temps, en Italie, où j'étais envoyé en députation par mes concitoyens. C'était un bel homme, d'une grande taille, et qui semblait riche. A côté de lui était assise, sur son char, une femme, affreusement laide : la moitié droite de son corps était desséchée, elle avait un oeil éraillé ; en un mot, c'était un monstre horriblement traité par la nature, un spectre effrayant. Je m'étonnais de ce qu'un si bel homme eût à ses côtés une pareille femme ; mais celui qui m'avait montré Zénothémis m'apprit la nécessité où il avait été de contracter ce mariage ; il connaissait parfaitement toute cette histoire, étant lui-même de Massalie. "Zénothémis, me dit-il, avait pour ami Ménécrate, père de cette femme si laide ; c'était un homme riche, honoré, et d'un rang égal à celui de Zénothémis. Plus tard Ménécrate se vit privé de son bien par une condamnation du conseil des Six-Cents ; pour avoir proposé un décret contraire aux lois. C'est ainsi que nous autres Massaliotes, ajouta-t-il, nous punissons ceux qui font des propositions illégales. Ménécrate fut sensible à une condamnation qui, en si peu de temps, de riche le faisait pauvre, et nul de considérable qu'il était. Mais ce qui surtout le chagrinait, c'était de ne plus pouvoir marier sa fille, déjà nubile, âgée de dix-huit ans, dont personne, fût-ce le dernier des roturiers et des pauvres, n'aurait voulu avec tout le bien que possédait son père, avant sa condamnation, vu sa laideur si repoussante. On disait de plus qu'elle tombait du haut mal au croissant de la lune.
Ménécrate se plaignait un jour à Zénothémis de ses malheurs. "Console-toi, cher Ménécrate, lui dit ce dernier, tu ne manqueras jamais du nécessaire, et ta fille trouvera un époux digne de sa naissance." En disant cela, il le prit par la main et le conduisit dans sa maison, où il lui fit présent d'une partie de son immense fortune. Ensuite il fit préparer un repas auquel il invita plusieurs de ses amis avec Ménécrate, comme s'il avait déterminé quelqu'un de sa connaissance à épouser la fille de celui-ci. A la fin du repas, après les libations faites aux dieux, il remplit sa coupe, et la présentant à Ménécrate : "Reçois", dit-il, "cette coupe de la main de ton gendre ; j'épouse aujourd'hui ta fille Cydimaque, et il y a longtemps que j'ai reçu sa dot, qui est de vingt-cinq talents. - Fi donc ! " s'écrie Ménécrate. "Ni toi, Zénothémis, ni moi-même je ne serai assez fou pour vouloir qu'un homme jeune et beau épouse une fille laide et contrefaite." Il parlait encore, que Zénothémis emmène la fiancée dans la chambre nuptiale et ne sort qu'après avoir consommé le mariage. Depuis ce moment il ne la quitte pas, l'aime avec tendresse, et, comme tu vois, la conduit partout avec lui.
Non seulement il ne rougit pas de l'avoir épousée ; il s'en fait même honneur, montrant par là qu'il n'a souci ni de la beauté, ni de la laideur, ni des richesses, ni de l'opinion, mais qu'il songe avant tout à son ami, à Ménécrate, qu'il ne croit pas devoir moins aimer à cause de la condamnation dont il a été frappé par les Six-Cents. Du reste, la fortune l'a déjà récompensé de ses sentiments généreux, et de cette femme si laide il a eu un petit enfant charmant. Il n'y a pas longtemps, son père l'a conduit au sénat, couronné d'olivier et revêtu d'une robe noire, afin d'inspirer plus de pitié pour son aïeul ; l'enfant sourit aux sénateurs et frappa dans ses mains. Le sénat, attendri par ce spectacle, fit remise à Ménécrate de sa condamnation et le réintégra dans ses premiers honneurs, grâce au nouvel avocat qu'il avait trouvé devant le tribunal." Voilà ce que le Massaliote me raconta de la générosité de Zénothémis envers son ami. Tu le vois, c'est une belle action, et il n'y a pas beaucoup de Scythes qui l'eussent faite, car on dit qu'ils ont grand soin de se choisir de jolies maîtresses.

(Toxaris, traduction d'Eugène Talbot, Hachette 1912.)

Ce parangon d'amitié a connu plus ample développement dans le beau conte d'Arnaud (François-Thomas-Marie de Baculard d'Arnaud) de 1773 : Zénothémis, anecdote marseillaise. Bien qu'il s'agisse d'un texte narratif, l'expérience dramaturgique d'Arnaud est palpable : il ajoute une fiancée à Zénothémis, qui rend plus complexe son héroïsme (puisqu'en étant fidèle à l'amitié, il trahit un autre noeud).

Zénothémis, accablé de douleur, porte ses pas chez Hermogène dont il devait épouser la nièce ; leur mariage avait été préparé, en quelque sorte, dès le moment même de leur naissance ; les deux familles s'étaient engagées réciproquement à cette union qui devait resserrer leur intimité. La jeune personne méritait tous les voeux de Zénothémis ; il ressentait le pouvoir de ses charmes, et en effet c'était la vertu même sous les traits de la beauté. Zénothémis, quelque fut [sic] son ardeur, aimait peut-être encore moins qu'il n'était aimé ; Agathée, c'est le nom de la nièce d'Hermogène, s'attachait tous les jours davantage à son amant ; les rares qualités de Zénothémis, son âme sensible et sublime foritifiaient cet amour dont cette femme, l'honneur de son sexe, s'applaudissait ; elle n'hésitait point à faire l'aveu de sa passion ; un sentiment noble et pur ne connaît pas ces déguisements que le vice a imaginés, et qu'il a décorés du nom imposant de bienséances.

(D'après la réédition de Laporte en 1815, dont j'ai modernisé l'orthographe.)

Bien que le procédé d'étoffement des modèles antiques en leur ajoutant des sous-intrigues galantes (typiquement ce qu'a fait La Fosse pour Callirhoé, avec une amante aimée pour Agénor, qui n'est pas Callirhoé, et malgré laquelle il se sacrifie [1]) ait été largement théorisé et mis en oeuvre au XVIIe siècle, on sent que le XVIIIe est passé par là, avec la remarque cinglante sur les normes.

C'est aussi le moment où la sensibilité est exaltée, et le héros véritable ne sera point Zénothémis, mais sa fiancée Agathée, qui se sacrifie pour sauver la famille de l'ami de son promis.

A peine la coupe a-t-elle paru, Zénothémis ne peut retenir un geste qui décèle son trouble ; Agathée lui parle encore à voix basse ; des impressions de curiosité sont sur tous les visages. La nièce d'Hermogène fait un signe à Zénothémis, comme si elle le pressait d'exécuter sa volonté ; elle se saisit elle-même de la coupe, la remet dans les mains de son amant qui se lève, porte la coupe au ciel et profère d'une voix entrecoupée ces paroles qu'Agathée, qui était près de lui, semblait lui dicter : je prends à témoin cette assemblée, et j'en jure sur cette coupe, par les dieux que je prie en ce moment de m'entendre ; je choisis pour mon épouse Cydipe, la fille de Ménécrate. Ma fille, s'écrie le vieillard ! Zénothémis me donnerait sa main, dit à son tour Cydipe ! oui, vous serez sa femme, réplique Agathée, et moi...

La femme montre ici l'exemple du dévouement, Zénothémis ne fait que suivre sa persuasive volonté, et le conte a plus à voir avec le zèle de l'amour que de l'amitié, même si l'auteur raccroche un peu les wagons après la mort de désespoir d'Agathée, avec un nouvel éclat de Zénothémis contres les préjudices faits à Ménécrate.

Divergences notables vis-à-vis de Lucien, Cydipe est présentée comme belle (inmariable seulement pour des raisons sociales), et Zénothémis reste fidèle au souvenir d'Agathée, lui érigeant même un monument. Le conte a totalement changé de visage - du don absolu de l'amitié avec la tranquillité du sage, il est devenu une image de la puissance et du désintéressement de l'amour le plus tendre. La langue d'Arnaud étant assez belle, et son invention agréable, il est tout à fait loisible d'aller y voir de plus près.

Manifestement, Zénothémis (sauf référence à la littérature qui m'échapperait, bien sûr) est simplement utilisé par Anatole France comme un nom grec, mais le titre de la notule s'adapte avec bonheur, je trouve, à cette seconde mutation.

Notes

[1] Au passage, malgré sa prétention de faire du neuf, Roy a généreusement pillé les trouvailles de La Fosse, en les adaptant il est vrai avec virtuosité pour la scène lyrique.


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