Carnets sur sol

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mercredi 4 mars 2009

Le disque du jour - XXIX - Nielsen, Symphonies 2 & 4 (Gould, Martinon, Chicago)

On a déjà évoqué une sélection possible d'intégrales (et radicalement révisé notre sentiment sur la queue de classement, comme indiqué à la fin de la notule en question), valable pour les trois premières symphonies, mais aussi pour l'ensemble du cycle - la Quatrième réclamant les mêmes vertus de spontanéité et d'articulation que les précédentes (la Cinquième et la Sixième nous passionnant sensiblement moins, nous sommes peut-être moins bons juges). On y trouvera quelques nouveautés (intégrales Bernstein et Saraste, version Karajan et Rattle de la Quatrième...).

En séparé, cependant, signalons les plus belles versions des Deuxième et Quatrième symphonies, par deux chefs différents à la tête de l'Orchestre Symphonique de Chicago.


Le soleil de l'inspiration radieuse appliquée aux sommets élancés des symphonies. Mais, un instant, il y a tant de montagnes que ça au Danemark ?


Morton Gould pour la Deuxième Symphonie, Jean Martinon pour la Quatrième. Avec en prime, pour un minutage généreux, la célèbre Ouverture Helios par Martinon (avec de très belles cordes) et un très bref extrait mignon de la musique de scène de Moderen (« Le pays maternel ») de Helge Rode, pour flûte (James Galway) et harpe (Sioned Williams) : « La levée du brouillard ».

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Oeuvres

Concernant la Deuxième Symphonie, on renvoie à sa présentation.

Pour la Quatrième, elle est assez connue, parfois jouée, et on ne rappellera pas l'originalité de ce début de deuxième mouvement poco allegretto aux bois seuls, ou le final avec solos débridés de deux timbaliers en vis-à-vis, sur des rythmes terriblement originaux. Son sous-titre Inextinguible renvoie au caractère même de cette musique, et plus généralement de la musique, pour Nielsen :

J'ai une idée pour une nouvelle composition, qui n'aura pas de programme, mais exprimer ce que nous comprenans de l'esprit ou des manifestations de la vie, et qui est : tout ce qui bouge désire vivre... Simplement la vie et le mouvement, cependant varié - très varié -, pourtant mis en relation, et comme incessamment en mouvement, en un grand mouvement ou un grand flux. Je dois trouver un mot ou un court titre pour exprimer cela - ce suffira. Je ne peux pas bien expliquer ce que je veux, mais ce que je veux est bien.

Tiré d'une lettre de mai 1914 adressée à sa femme, alors à Celle en Basse-Saxe.

Et plus nettement encore :

La musique est Vie : dès qu'une note isolée résonne dans l'air ou l'espace, c'est le résultat de la Vie et du mouvement. C'est pourquoi la musique est l'expression la plus sensible de la pulsion de Vie. Cette symphonie décrit les sources les plus primitives du flux vital et le bonheur de sa perception, c'est-à-dire ce qui touche l'être humain, le monde animal et végétal comme il peut être perçu ou vécu. Cette musique n'est pas basée sur un programme décrivant son évolution dans un espace et un temps limité, mais un aperçu des couches émotionnelles vitales qui restent semi-chaotiques et primitives…

Cette notice de 1938, par le compositeur, bien postérieure à sa création (1916), s'achève sur un Credo assez clair : « La musique est la vie, comme elle, inextinguible. »

Il ne faut donc pas voir dans les percussions folles du dernier mouvement une quelconque menace [1] et le Nielsen inquiet n'est pas exactement de mise dans ses symphonies - à l'exception bien entendu de la Cinquième.
Ce déchaînement au coeur du dernier mouvement n'est pas non plus, en dépit de son caractère général de contemplation tranquille, une figuration d'orage champêtre. Non, il s'agit bien d'une recherche de plénitude musicale sous toutes ses formes - assez réussie, il faut dire.

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Interprétation

Lire la suite et écouter.

Notes

[1] Rappelons, même si le rapport n'est pas nécessaire, que malgré la date, le Danemark était alors neutre dans la Première guerre mondiale, et ne subissait que les conséquences économiques, certes très néfastes, des affrontements.

Suite de la notule.

dimanche 1 mars 2009

Svetlanov par l'image

Un petit étonnement en observant Svetlanov diriger : sa gestique est essentiellement fonctionnelle. Il bat la mesure très clairement, et indique systématiquement les départs aux pupitres, même les plus évidents. Il semble plus observer son orchestre pour lui commenter sa prestation aux prochaines répétitions que songer au concert lui-même. L'expression se sent un peu dans la manière de produire les gestes, mais vraiment sans précision.

C'est évidemment le fait de travailler régulièrement avec le même orchestre qui permet de ce genre de miracles : produire des interprétations parfaitement construites en amont, et ne pas avoir besoin de recourir au geste en concert.

Les plus beaux résultats sont généralement obtenus par la collaboration prolongée, si bien que certains chefs pouvaient être catastrophique sans leurs troupes (ce que Fricsay a commis avec le Philharmonique de Vienne...). C'est aussi le cas des chefs d'ensemble de nos jours, et particulièrement visibles avec les instrumentistes devenus chefs d'ensemble baroque : ils ne connaissent pas les méthodes de répétitions hâtives qui doivent en quelques heures tout mettre en place, le son, les intentions, et bien sûr tout simplement les difficultés techniques - tout en s'adaptant un minimum aux musiciens en face de soi.

Et Svetlanov, en plus de son répertoire immense, produit des interprétations d'une urgence assez inégalée.

David Le Marrec


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