Histoire de l'opéra comique et de l'Opéra-Comique… jusqu'en 1899
Par DavidLeMarrec, vendredi 31 juillet 2026 à :: Genres :: #3455 :: rss
J'entame une sous-série dans l'an 1899, destinée à éclairer ce que représentent le genre (et la maison) opéra comique. Un rapide récapitulatif de son histoire, de ses caractéristiques et de ses mutations (du genre, et du répertoire de la maison) en cette fin de siècle.
C'est l'esprit de cette série : prendre une zone temporelle très courte et tenter d'en explorer la production artistique. Cela inclut l'histoire des nations – cf. l'épisode 2 sur l'affaire Dreyfus et sur la suspicion des critiques envers Isidore de Lara, en réalité Isidore Cohen – et l'histoire des maisons qui programment ces œuvres, pour mieux comprendre auprès de quel public elles sont reçues et dans quel contexte esthétique elle s'expriment.
J'imagine que je trouverai moins aisément de sources et de littérature secondaire à consulter pour les autres nations (je serai sans nul doute plus succinct sur l'opéra slovène, au demeurant très marquant), mais tant que nous en sommes à nous intéresser à la France, autant prendre le temps d'explorer, d'autant que rien ne vous astreint, vous, à écouter absolument chaque épisode.
Neuf vidéos sont à paraître, les samedis à partir de la fin du mois d'août, au sein de cette sous-série qui fait suite à celles consacrées à Messaline d'Isidore de Lara (1899), créée à Monte-Carlo, et à L'Angélus de Casimir Baille (1899), créé à l'Opéra-Comique.
1. → Origines distinctes de l'opéra et de l'opéra comique. Ampleur des sous-entendus grivois devant un public familial.
Extrait musical :
La Chercheuse d'esprit de Favart (1741), dont la musique (à l'origine ce sont des « timbres » sélectionnés par Trial) est récrite par Edmond Audran pendant le second XIXe (1864). Inspiré du conte libertin de La Fontaine Comment l'esprit vient aux filles.
¶ Air de déploration (de l'esprit) de Nicette.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Aucun enregistrement commercial. J'ai trouvé trace d'une diffusion par la RTF (quelque part vers les années soixante) avec Lina Dachary, Joseph Peyron et Aimé Doniat (direction Jean Bribion), sans pouvoir mettre la main dessus.
2. → Mutations du genre opéra comique.
Extrait musical :
L'Illusion (1829), livret de Saint-Georges & Ménissier, musique de Ferdinand Hérold. Le premier opéra comique où l'on meurt – et c'est un suicide, sur scène. J'ai été très frappé, en lisant le texte, par la rugosité extrême du dénouement, au sein d'une petite pièce montagnarde beaucoup plus tournée de prime abord vers les bons sentiments et la couleur locale. La musique reste plus lumineuse et distante, mais le final contraste tout de même avec les chants montagnards très suaves, naïfs – et répétitifs – qui émaillent le reste de la pièce, et qui sont un restés sur les pianos assez longtemps dans le XIXe siècle, parmi les morceaux de salon que jouaient volontiers les particuliers. En refermant l'ouvrage, j'étais pas bien.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Je n'en connais pas d'enregistrement, officiel ou non. (Et je serais surpris.)
3. → Les morts dans les opéras comiques. La diversité de l'offre lyrique – ses esthétiques, ses sujets : romantique tradi, archaïsant, post-wagnériens, opéras italiens traduits ou non, naturalisme et vérisme… – en 1899.
Extrait musical :
Marco Spada (1852) livret de Scribe, musique d'Auber. Un autre opéra comique avec une mort sur scène, le rôle-titre de surcroît : le brigand Marco Spada, qui de surcroît commet un (pieux) parjure au moment de mourir. Beaucoup de points communs avec la structure des Diamants de la Couronne, écrits par le même duo, plus Saint-Georges. Et des enjeux assez originaux, avec une fin atypique et touchante — le père met explicitement en jeu son salut au bénéfice de sa fille — et brave Dieu, ou plutôt lui tord le bras en barguignant.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
L'ouverture a été enregistré plusieurs fois à l'époque de la RTF, mais c'est je crois tout ce que nous avons. Le ballet d'Auber tiré du même sujet (1857) reprend des pages de l'œuvre homonyme, mais aussi beaucoup d'autres de ses opéras. Lui existe au disque (intégrale par Bonynge chez Decca, extraits plus récents par Salvi chez Naxos).
4. → Palmarès de l'Opéra-Comique.
Les œuvres les plus jouées de la maison jusqu'au début du XXe siècle.
Extrait musical :
La Dame Blanche (1825), livret d'Eugène Scribe, musique de François-Adrien Boïeldieu, l'œuvre la plus représentée à l'Opéra-Comique, encore régulièrement donnée en 1899 – Debussy avait pu l'entendre, et l'avait même utilisée dans une lettre pour critiquer l'arrivée des véristes italiens sur cette scène française. Dans la veine à la mode du fantastique, mais au second degré.
¶ et l'air d'attente (pentasyllabique) de George Brown « Viens, gentille dame ».
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Plusieurs (bonnes) versions commerciales, anciennes ou récentes, existent.
5. → L'opéra comique comme genre.
Extrait musical :
Haÿdée (1825), livret de Scribe (lointainement inspiré de Mérimée), musique d'Auber.
¶ L'aveu lumineux d'Haÿdée.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
DVD de la collection opéra français de l'Opéra Impérial Compiègne, épuisé mais trouvable chez les revendeurs. Peut-être même en ligne.
6. → Délitement de l'opéra comique. L'arrivée de nouvelles approches, moins de dialogues parlés, des intrigues plus sérieuses. La frontière se trouble et par ailleurs la maison Opéra-Comique invite beaucoup d'autres genres.
Extrait musical :
Lakmé (1883), livret d'Edmond Gondinet et Philippe Gille (d'après Loti et transposé dans les Indes britanniques), musique de Léo Delibes. Une œuvre adorée du public, qui montre les tournants de l'opéra comique : sujet beaucoup plus sérieux (et fin rude), dialogues parlés assez réduits.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Très disponible, dans quantité d'excellentes versions (Bonynge, Lombard et bien d'autres).
7. → Anecdotes & incendies.
Extrait musical :
Richard Cœur de Lion (1784), livret de Sedaine, musique de Grétry.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Ancienne version très figée d'Edgard Doneux, ou version récente CD et DVD particulièrement vivante de Pynkoski & Niquet.
8. → Salle Favart III : trois catastrophes.
Mal dotée, mal réalisée, mal-aimée, la troisième salle Favart ouvre ployant sous le souvenir émerveillé de Favart II. Outre sa réalisation architecturale très contestée, plusieurs incidents surviennent dès l'inauguration !
Extrait musical :
Fidelio, livret de Sonnleithner et Treitschke d'après le livret français de Bouilly (dont ils restent très proches), musique de Beethoven. Un des tout premiers opéras donnés à la réouverture. La représentation avait lieu en français, dans la traduction de Gentil Théodore Antheunis – créditée comme adaptation, mais est-ce simplement la norme de classement des auteurs consultés ? je n'ai pas encore mis la main sur la partition.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Autant qu'on en veut pour Fidelio, et au moins une intégrale pour Massé (ancienne avec Ninon Vallin, plus de vastes extraits un peu plus récents avec Michel Dens) et Thomas (le redoutable disque Almeida, pas exactement nerveux ni en style ; et tant que c'est en ligne, la remarquable version liégeoise).
9. → Voisins mécontents & loge de Choiseul.
Pour terminer avec cette sous-série qui fait le point – où en est l'Opéra-Comique en 1899 ? – , deux dernières anecdotes (la seconde va vous stupétonner). Déjà racontées en shorts, mais comme cela vous les aurez dans un cadre moins contraint et la série pourra s'écouter sans avoir à fouiller dans les archives de la chaîne.
Extrait musical :
Autant terminer par l'œuvre que je tiens pour le plus bel opéra comique jamais composé. Les Diamants de la Couronne, livret de Scribe et Saint-Georges (décidément !), musique d'Auber. Une histoire qui m'attrape à chaque fois, même sans musique, avec des personnages assez originaux, à front renversés (une jeune première courageuse, qui entreprend des tours d'aventuriers d'ordinaire réservés aux mauvais garçons et un jeune premier pleutre et qui n'agit qu'à travers un amour subi) et un sens du pittoresque assez extraordinaire.
Disponibilité en dehors de cette vidéo :
Une version totalement superlative en CD Mandala (épuisé) et en DVD dans la collection Opéra Royal de Compiègne. Se trouvait aussi en ligne.
Une fois ce point fait sur la maison qui accueille les ouvrages, la série se poursuit. À l'Opéra-Comique la même année, après L'Angélus de Casimir Baille, il nous reste à explorer Beaucoup de bruit pour rien de Paul Puget et bien sûr la star, qui émerveilla le public avec son usage complètement inédit de l'éclairage électrique : Cendrillon de Jules Massenet.
Ensuite ? Direction l'Opéra de Paris, avec Briséis de Chabrier, Les Troyens de Berlioz et une resucée amendée de Joseph de Méhul !
Et nous n'en aurons même pas fini de Paris, où il existe d'autres théâtres capables de passer des commandes. Puis, une fois épuisée la province, nous nous lancerons à l'assaut de l'Europe et du vaste monde. Je disposerai moins aisément de sources précises, mais il y aura tout de même de quoi s'émerveiller et essayer de comprendre les contextes et les œuvres.
Retrouvez les vidéos avec mes commentaires en longueur et les extraits musicaux faits maison, dans cette playlist. J'ai conscience que la forme est loin d'être avenante, surtout comparée au travail des vidéastes professionnels qui peuplent désormais les réseaux ; cependant si vous êtes curieux de contexte sur l'histoire de l'opéra, vous y rencontrerez des informations qui ne se trouvent pas toujours dans les livres – et qui sont trop nombreuses pour faire l'objet de notules.
Et je m'améliore lentement dans la gestion de ces nouveaux outils. En tout état de cause, ces contenus nourriront, bien sûr, de nouvelles notules.
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