10. Les compilations douteuses
↑ Arrangements pour guitare électrique de tubes du classique.
↑ T'es un vrai mec et tu veux quand même écouter du classique ?
↑ Ambiance paralysie du sommeil : Beethoven, seul éveillé, vient te regarder pendant que tu dors.
↑ Wölfchen le plombier autrichien.
« Mozart répare tout. »
Est-ce l'idée, fondée sur des études scientifiques mal faites et mal comprises, que la musique de Mozart aurait un pouvoir apaisant ou structurant ? Ou bien un disque destiné à accompagner vos menus travaux domestiques ?
La réponse au dos avec ces témoignages de clients satisfaits :
↓ Impossible de passer à côté des lestes compilations de musique en chambre. Cette série-ci, avec ses couvertures (et notices) dessinées, multiplie les allitérations expressives d'album en album.
↑ À l'intérieur, simplement les tubes habituels. Voici ce qu'en dit le service de métadonnées TiVo.
« While Mozart, whose death in 1791 coincided with the end of the Rococo age, which was swept away by the murderous fury of the French Revolution, believed in love, much of his music celebrates the spirit of pure eroticism. For example, the enigmatic opera Così fan tutte, represented in this interesting album of Mozartian eroticism by an instrumental arrangement of a tender aria, describes what modern parlance would call partner swapping. While the Così fan tutte goes beyond eroticism to explore the more serious subjects of love and faithfulness, this album's best selections capture the spirit of a pastoral, untroubled, and gentle eroticism beautifully illustrated by the exquisite paintings of Watteau. For example, the Andantino from the Concerto for flute and harp suggests the golden languor of an afternoon in Arcadia, with the flute, an erotic instrument par excellence, singing a melody of vague amorous yearning. As this afternoon turns into evening, night -- with its promises of mystery and erotic adventure -- finds its herald in the delightful "Eine kleine Nachtmusik" represented in this selection by the atmospheric Andante. Listening to this movement, the intoxicating enchantment of a summer's night wafts in as a time when nocturnal spirits reveal a world of charm, unexpected encounters, and secret pleasures. »
Bref, des généralités sur comment on pourrait éventuellement imaginer que la musique de Mozart soit érotique.
D'autant plus amusant lorsqu'on regarde le nom des musiciens retenus dans l'immense fonds RCA, comme Eugene Ormandy ou Colin Davis, pas exactement les plus excités ni les plus lascifs des interprètes de la musique de Mozart.
La mention « explicit content » est liée, apparemment, aux quelques graphismes vaguement suggestifs et à la mention d'une sélection constituée pour « maximiser chaque étape de vos plaisirs romantiques ».
(J'ai lu bien plus salé que ça dans des romans pour la jeunesse approuvés par les médiathèques municipales et les bibliothèques scolaires… mais j'imagine que RCA, qui publie ces compilations, prend garde à son public américain.)
↑ On prend note que Beethoven est davantage indiqué pour une relation avec une domina.
Il faut dire que les interprètes retenus ne sont pas exactement les sex symbols les plus souriants du circuit : Gerhard Oppitz, Jörg Demus, Sviatoslav Richter, Vladimir Horowitz et… Fritz Reiner.
Comme le précédent, il s'agit en réalité d'une sélection tout à fait paresseuse de hits de Beethoven ; pas nécessairement des plus clairement suggestifs (le pointé acharné de la Quatrième Symphonie, ou les motifs inlassables et tendres des mouvements lents de quatuor Op.59 n°1 et 2). Juste une façon d'écouler son fond de catalogue de façon tout à fait prévisible et sans décevoir personne. On achète Beethoven, on a le best of Beethoven des trucs vus à la télé.
J'aime beaucoup le commentaire fourni par TiVo, qui souligne l'inconfort d'entendre des thèmes aussi familiers et innocents être recyclés dans un contexte où les associations d'idées pourraient au contraire ruiner l'ambiance.
« Pourrait requérir un peu d'imagination pour les associer à une soirée d'étreintes, vu à quel point ces extraits sont familiers et associés à des films, des publicités et diverses autres expériences quotidiennes. N'avons-nous pas tous été forcés à jouer la Lettre à Élise quand nous avions dix ans, au lieu de jouer à Call of ? »
(C'est ma traduction libre de l'original que voici.)
« It might take some imagination for most people to think of them as appropriate to a romantic evening because they are so familiar from movies, commercials, or from other experiences. Didn't everyone play Für Elise when they were ten, being forced to practice piano when they really wanted to be watching TV? »
↑ Même principe ici : les riants Peter Serkin, John Browning, Abbey Simon et Vladimir Horowitz, qui jouent notamment « la » Marche funèbre et autres tubes sans grand lien ni avec la thématique de l'incarnation, ni simplement propres à un mimétisme de mouvement.
On peut élargir encore l'étendue des personnes concernées.
↑ (À l'écoute, je me suis rendu compte que c'était en réalité du jazz, alors que le principe est de se limiter au classique ici. Je le laisse pour sa fantaisie.)
↓ Évidemment, parmi les compilations gaudriolifères, tout n'est pas toujours de d'un goût parfait (ni réalisé par des professionnels).
↓ Outre que la couverture me paraît plus triste qu'affriolante, la liste des pistes supposément érotiques me laisse rêveur : la fin du Requiem de Fauré, un motet de Tallis, et même les Chants d'Auvergne de Canteloube !
↓ Je vous ai conservé le meilleur pour la fin, d'un trash parfois érotisant : des arrangements (plutôt gentils) pour violon et metal band de tubes du répertoire. Les couvertures extraverties de The Great Kat et les titres prometteurs font l'essentiel du travail – plutôt mieux que le contenu, à la vérité.