Carnets sur sol

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Les pochettes de disque les plus belles (et les plus dingues) — 9 — Les fantaisies d'artiste


9. Les fantaisies d'artiste

Vous pensiez que le plus dur était passé ? (Oui, certes, cf. pochette précédente, le plus dur c'est Don José.)
Ne soyez pas si définitifs.

Évidemment, à ce jeu, qui peut rivaliser avec Max Emmanuel Cenčić, dont chaque nouvel album constitue un évènement esthétique en soi ?

↑ En costume de ville inspiré de l'Ancien Régime.

↑ En aristocrate décadent de la Régence.

↑ En fauconnier antique.

↑ En Alexandre Le Grand de comics.

↑ En empereur égyptien à fourrure qui élève des loups domestiques.

↑ En barockeur.

↑ En boy next door.

↑ En pyjama.

↑ En pyjama vénitien.

↑ En jeune marié kidnappé par des rinceaux maléfiques.

↑ En, heu… Dresseur de magots ?

↓ Il n'est bien sûr pas le seul à creuser le sillon d'un baroque fantasmé et relu de façon fantaisiste à l'aune du Caravage, des chippendales et de Sofia Coppola… Les propositions sont légion dans le créneau du seria, avec un goût volontiers queer.

↓ Bartoli ajoute le jeu de mots, sa tête posée sur une statue masculine, Sacrificium pour des musiques écrites pour castrats – il manque en effet des bouts de statue !

Comme on n'aime pas trop mettre des têtes de gens vieux et morts, on se focalise souvent sur les têtes d'interprètes – ce qui constitue toujours une erreur. Sur ces pochettes-là, chaque artiste a l'occasion de présenter ce qu'il est, ou du moins tel qu'il se voit.

↓ Certains, tout en prenant certes la pose devant l'objectif, cherchent d'abord à rendre hommage aux compositeurs et aux œuvres – ici, un joli écho de l'architecture française 1900 (escalier du Petit Palais) aux œuvres pour violon & piano de Ravel.

Mais pour la plupart, il s'agit avant tout de démontrer de quel bois (coucou Don José) ils sont faits.

↓ Mario Del Monaco, coy-bow disco la nuit, fleuriste sublime le jour. Et stylé à chaque instant.

↓ Nigel Kennedy en sauvage du Nouveau Monde qui ne respecte pas toujours les usages musicaux britanniques.

↓ Xavier Sabata en… heu… nageur ? tennisman très fatigué ? mâle alpha sauce grindr ?
(pochette signalée par Laurent Amourette)

Avant que l'hypertrophie des services marketing ne lisse tout de peur de déplaire au moindre sous-segment de clientèle, ou bien pour les labels très artisanaux qui rééditent des artistes morts qui ne peuvent pas trop se plaindre, certains interprètes semblaient un peu surpris au milieu de leurs occupations par un photographe intrusif, et feraient presque pitié avec leurs vêtements d'un beige passé, aux cols déformés par un usage récurrent pendant les siestes.

Je ne les ai pas tous retrouvés, mais j'en tiens quelques-uns à votre diposition.

↑ Charles Munch fatigué entre deux prises, posé là comme un paquet de linge usagé. (D'autant plus frappant pour un disque célébrant ses derniers enregistrements.)

↑ Sélectionner la photo où l'artiste est prête à bâiller après une leçon de piano donnée à des terreurs de cinq ans, et le traitement graphique qui fait émerger la tête du brouillard bleuté comme une créature surnaturelle et menaçante… On pouvait sans doute mettre davantage en valeur France Clidat sans dénaturer son caractère ni cacher son âge.

↑ Trois messieurs endimanchés, on sent le costume d'entrée de gamme sorti de l'armoire pour une séance de photographies dans le jardin de l'ami qui leur a prêté la grange pour répéter.
(Au demeurant un super trio qui, dans les prises de son sèches et proches de Centaur, constituent souvent une référence de toute première farine. Leurs Mendelssohn sont particulièrement persuasifs, parmi les toutes meilleures propositions au disque !)

↑ « Sarah, regarde intensément l'objectif. »

↑ Scott Ross surpris dans le presbytère à l'heure de la sieste.

↑ Outre que la séance de cache-cache paraît assez incongrue, surtout endimanchée en robe simili-XIXe, pourquoi avoir choisi ce cliché précisément, immortalisant ce sourire crispé et joueur, presque menaçant.
Doremi a fait mieux avec Gloria Saarinen (la pianiste canado-néo-zélandaise ci-dessus) sur d'autres pochettes plus équilibrées.

↓ Elle n'est cependant pas la seule à rencontrer des problèmes de sourire, surtout lorsque le physique est atypique, la tête penchée et… la pose démultipliée !

↓ D'autres entendent montrer vraiment qui ils sont (de vieux prétentieux matérialistes nazis).

Mes bécanes.

Mon chalet.
(Comprendre « je suis le nouveau Gustav Mahler, la judéité en moins et le confort en plus ».)

Mes voitures de course. (Je l'écris dessus pour qu'on sache bien que ce n'est pas une Coccinelle.)

Mon jet. Comme moi, il dépasse allègrement le mur du çon.

↓ D'autres artistes ont la mégalomanie plus discrète.

Where is Sigiswaldo ?
(Surveillez bien les reflets !)
Au demeurant, pour le reste, ce sont de véritables natures mortes néerlandaise du XVIIe siècle (Clara Peeters).

↓ On rencontre aussi le risque, en plaçant la tête des artistes en pleine pochette, de sosies embarrassants et autres kakemphatons visuels.

Jack Lang présente : l'Orchestre Bruckner de Linz.

↓ Quelquefois les artistes n'ont pas toujours conscience de l'image qu'ils renvoient réellement.

↑ Cette pochette m'a toujours laissé profondément perplexe.
Mal à l'aise d'abord : la pose manque vraiment de discrétion et d'élégance dans ce qu'elle entend montrer, et tout, jusqu'à la titraille, oriente le regard lubrique…
Mais surtout perplexe : Barbara Bonney a mené carrière essentiellement du côté de Mozart et du lied, donc pas du tout un profil de Tosca ou de Salomé, où ce genre de pochette pourrait prendre son sens. Et dans ce disque, on ne trouvera que des mélodies anglophones du XXe siècle, pas vraiment dans le genre exubérant de cette robe-coquillage qui fait d'elle une sorte de moule omnisciente.

↓ Mais ne croyez pas que ce soit ce que l'on trouve de pire comme fruit de mer. Pour certains autres coques du littoral, l'ambiance est ouvertement humide.

↑ Les températures suggérées par le ciel et le relief proposent une sorte de recréation septentrionale (et upper class) des concours de Miss t-shirt mouillé.
Là aussi, le lien avec le sujet paraît plutôt ténu avec le programme plus austère.
(Au demeurant, il s'agit d'une très belle version, très animée, qu'il est tout à fait licite d'écouter une fois la pochette cachée dans un sac papier pour la soustraire aux regards dans l'espace public.)

Je m'étais dit qu'il s'agissait peut-être d'une simple mécompréhension, elle avait demandé « épique », tandis que le graphiste venait de terminer le visionnage de tous les génériques de Baywatch. Et puis j'ai découvert son disque des concertos.

↑ Comme on dit chez les Hébreux samsoniens, manifestement le souffle de l'Esprit a passé dans son âme.

↓ Ce genre de fantaisie court-vêtue existe aussi au rayon homme, même si moins expansif en général :



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Commentaires

1. Le mardi 17 février 2026 à , par Xavier

J'ai eu quelques cours avec France Clidat, je peux t'assurer qu'en vrai elle ne m'a jamais paru plus accommodante que sur cette pochette!

2. Le mardi 17 février 2026 à , par Benedictus

Mario del Monaco est vraiment collector...

Moi aussi, la pochette de My name is Barbara m'a toujours interloqué (et un peu gêné) - à moins d'imaginer un jeu de mot, mais alors réservé au public francophone (My name is Barbara Bonnet), pourtant a priori pas vraiment le cœur de cible d'un récital Bernstein / Barber / Britten / Copland / Griffes / Quilter...

3. Le mardi 17 février 2026 à , par DavidLeMarrec

Je retire ce que j'ai dit sur France Clidat alors. ^^ Pour une fois qu'un artiste ne feint pas une relation transparasociale d'une affabilité factice…

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Mario est presque poétique dans cette veine à côté du sujet, qui laisse pourtant transparaître un clair tempérament d'opéra…

Je suis rassuré de ne pas être le seul à sentir ce décalage entre l'ethos public (et le répertoire de Bonney) et cette pochette femme fatale à laquelle rien ne nous préparait. Et ça ne semble même pas simplement une forçage du photographe spécialisé dans d'autres genres, vu comment tout concourt vers cette interprétation. (Je n'avais pas pensé au jeu de mot francophone en revanche, peu probable mais particulière adapté ici, où l'on voit bonnet blanc et blanc Bonney.)

4. Le mardi 17 février 2026 à , par Benedictus

Eh bien, justement, je suis allé sur Discogs pour vérifier. Et là, je me suis rendu compte que si, sur les disques que je connaissais d'elle (lieder de Mozart, de Schumann, de Wolf et de Strauss ou Italienisches Liederbuch), son style vestimentaire était plutôt aux t-shirts à encolure serrée, aux cols montants et aux châles, il semble bien que ce My name is Barbara ait été en fait plus un cas extrême qu'un hapax: robes-bustiers pour F.X. Mozart, des airs d'opérette ou des mélodies nordiques, chemisier très échancré pour des lieder de Schubert, décolletés pigeonnants pour les Vier letzte Lieder, des airs de Mozart, un opéra de Lortzing ou même des... airs sacrés... Étonnant, non?

5. Le mardi 17 février 2026 à , par Benedictus

(Sinon, j'aime bien aussi l'apparence fripée du vieux Munch, et Scott Ross qui bédave au presbytère après avoir séché son demi de 1664.)

6. Le mardi 17 février 2026 à , par Benedictus

(Sinon, à « Sarah, regarde intensément l'objectif », il conviendrait peut être d'ajouter « Malcolm, si tu veux, j'ai l'adresse d'un bon dermato. »)

7. Le jeudi 19 février 2026 à , par DavidLeMarrec

Merci pour ton enquête !

Je connaissais la plupart de ces pochettes, pour moi l'ambiance n'est pas la même, certes il y a de l'échancrure, mais avec des poses un peu plus ingénues ou chic : on se montre, mais on ne montre pas ostensiblement qu'on se montre. Ou, quand c'est évident, plutôt dans des poses mignonnes – elle me fait davantage penser à la Dorothée du Club sur ces pochettes qu'à une photo un peu cochonne envoyée au terme d'une soirée riche en liquidités volatiles. (Ce dont My Name is Barbara ne semble pas très loin dans sa démonstration à la fois prosaïque et un peu plate.)

(Moi aussi je suis très amusé, parfois touché, par les pochettes moches et un peu nature comme celles de Munch et de Ross, j'en ai quelques-unes en réserve.)

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