Carnets sur sol

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vendredi 15 août 2025

Nos angles morts — Otto NICOLAI : mélodiste, contrapuntiste & dramaturge


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Cette playlist contient les meilleurs moments des bijoux que je mentionne dans cette notule ; je crois qu'il vaut vraiment la peine de la survoler rapidement, si vous n'avez pas le temps de la parcourir en entier pendant votre lecture – et j'ai l'audace de penser que votre niveau de français vous permettra de déchiffrer cette notule en moins de deux heures.
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Nous avons tous des angles morts.

Alors que je me suis appliqué à découvrir non seulement les œuvres du répertoire mais aussi les pépites (et les nanars, passionnant aussi) méconnues, je me rends compte aujourd'hui d'une béance.

Étrangement, quelques semi-tubes manquaient à l'appel – sans doute parce que l'allemand est une langue que j'ai mis longtemps à apprivoiser hors du cadre poétique. J'ai ainsi écouté assez tardivement Martha de Flotow… et aujourd'hui, alors que je viens d'entrer dans ma quarantième année, je découvre Die lustigen Weiber von Windsor d'Otto Nicolai (1810-1849).

Certes, je n'aime pas beaucoup l'opérette viennoise, et je n'ai pas beaucoup creusé le fonds abondant des œuvres scéniques de J. Strauß II, Suppé (son Requiem en revanche, incroyable puissance dramatique !) ou Lehár. Mais enfin… !  Nicolai est prussien, pour commencer, l'esthétique n'est vraiment pas la même. Et j'écoute sa musique avec ravissement depuis des années : musique orchestrale, musique sacrée, et même l'opéra – Il Templario, un opéra postbelcantiste au sens épique développé ; et surtout Die Heimkehr des Verbannten, un chef-d'œuvre de la trempe d'Alfonso und Estrella de Schubert, Die Räuberbraut de Ries, Gutenberg de Loewe (au disque, écoutez Johann Hus), la Loreley de Bruch

Alors, pourquoi ne pas avoir tout simplement écouté la seule œuvre qui lui vaille la célébrité ? Célébrité certes plutôt cantonnée en Allemagne, mais l'abondance en distributions prestigieuses donne vraiment envie d'y jeter un œil : Rother (avec Georg Hahn), Müller-Kray (avec Franz Fehringer, Gerhard Hüsch, Otto von Rohr… cette distribution masculine est folle), Altmann (avec Kuen, Kusche, Traxel, Hahn), Kleiner (avec Böhme), Leitner (avec Stader, Klose, Schlemm, Wächter, Borg), Knappertsbusch (avec Kupper, Kuen, Holm, Proebstl), Schüchter (avec Köth, Fischer-Dieskau, Frick), Löwlein (avec Lear, Sieglinde Wagner, Häfliger, Crass), Kurt Richter (avec Coertse, Rössl-Majdan, Hans Braun, Frick), Heger (avec Mathis, Wunderlich, Gutstein, Frick), Löwlein (Cervena, Unger), la radio d'URSS en russe dirigée par Orlov, et puis les studios « récents », Klee 76 (Mathis, Donath, Hanna Schwarz, Schreier, Dormoy, Weikl, Vogel, Moll), Kubelik 77 (Donath, Trudeliese Schmidt, Zednik, Ahnsjö, Sramek, Wolfgang Brendel, Ridderbusch), et pour finir une prise sur le vif pour CPO, Schirmer 2007 (Banse, Korondi, Maximillian Schmitt, Eiche, Alfred Reiter). Voilà qui devrait plutôt motiver !
J'imagine que la dimension comique m'a peut-être fait craindre une musique de qualité inférieure ou un livret trop rapide pour me permettre de bien suivre. Pourtant, je ne peux pas dire ne pas avoir souvent lu mention de l'œuvre dans les magazines ou chez d'autres mélomanes. Incompréhensible.

***

Me voilà donc à découvrir l'œuvre – hors de très courts extraits écoutés distraitement, ou peut-être d'une écoute intégrale à laquelle j'ai dû m'astreindre à un moment donné, mais à flux continu, en faisant autre chose et sans suivre l'intrigue…

Et je suis époustouflé !  La vivacité thématique, très immédiate, explique son succès ; ça verse à flux continu l'ivresse mélodique, assez facile – on peut y entendre un hypothétique pont entre Rossini et Offenbach –, au sein de numéros dont la construction polyphonique (beaucoup d'ensembles) ménage une grande richesse. Et pour couronner le tout, l'intensité dramatique y est particulièrement soutenue, avec un sens fin de la prosodie.

Un bijou, qui, alibi shakespearien aidant, mérite toute sa réputation ! 

J'imagine que la version que j'ai écoutée a joué un rôle non négligeable dans mon épiphanie – quand on est mélomane de vieille longue date, on sait à qui se fier. Bernhard Klee en l'occurrence : pas la plus acérée des baguettes contrairement à Maître FX, par exemple son enregistrement le plus célèbre, ses Szenen aus Goethes Faust de Schumann sont même assez molles, mais je savais pouvoir faire confiance aux prises de son et à l'ardeur perceptible dans ces studios Berlin Classics… Et en effet, quelle belle équipe, qui rayonne par les micros !  Kurt Moll d'une aisance folle, Edith Mathis et Helen Donath délicieusement fondantes, le liedersänger Siegfried Vogel en Reich, le Pelléas Dormoy en Cajus de luxe… Klee lui-même, s'il n'est pas le plus nerveux ni le plus anguleux, étage remarquablement cette musique, en la traitant comme du grand genre.
Surtout, on entend tout tellement bien, et d'une façon assez différente (plus ample et réverbérée) par rapport aux meilleures places d'un théâtre !  Kubelik, pourtant plus alerte et presque aussi bien distribué, ne m'a pas fait la même forte impression en l'enchaînant à Klee.

Je bats donc ma coulpe et vous invite donc à (re)découvrir Nicolai, y compris son Ouverture de Noël, sa belle Symphonie en ré, sa musique sacrée, ou ses autres opéras – je redis ici toute ma dilection pour Die Heimkehr des Verbannten.

La playlist en début de notule permet d'entendre quelques-unes des œuvres dont il a été question !

David Le Marrec

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