Les pochettes de disque les plus belles (et les plus dingues) – 1 – Les bizarreries artistiques
Par DavidLeMarrec, dimanche 3 août 2025 à :: Discographies :: #3372 :: rss
Les pochettes, c'est important.
C'est pourquoi il faut en parler.
… mais non, pas celle-là, on n'est pas chez les exhibeurs de jarret ici !
Je parle bien sûr des façades de disques.
J'en ai déjà fait état sur plusieurs supports en plus de vingt ans d'existence du site, mais je n'ai pas l'impression que ce soit spécifiquement apparu sous forme de notule.
Mais pourquoi parler de ça maintenant, aujourd'hui, après tout ce que j'ai fait ?
L'impulsion vient de cette nouveauté toute fraîche. (J'ai des blagues à faire, apprises auprès de la jeune génération, à base de votre sœur, mais je doute que mon digne lectorat apprécierait.)
L'illustre Rachel Podger, superstar du violon baroque, ose proposer (comment personne n'y a-t-il pensé auparavant) un nouvel album entièrement consacré à Heinrich Biber, ce qui promet d'être passionnant, mais de se vendre fort peu… à moins de se distinguer par un titre frappant.
Coup de génie, vraiment.
Ça m'évoque, dans le même genre effronté qui me réjouit, le choix onomastique du festival de musique de la Pitié-Salpêtrière, un des plus vastes hôpitaux de Paris :
« Fièvres musicales », pendant que des patients doivent rendre leurs âmes par hyperthermie dans les bâtiments en face, je trouve ça d'une insolence presque problématique – mais, je dois l'avouer, particulièrement spirituelle. (Je n'ai toujours pas compris comment ça a pu passer.) ((Sans doute parce que ça a été validé par un comité à l'humour carabin qui ne comprenait pas de représentants des patients, vous me direz.)) (((Et que les patients qui pourraient s'en offusquer sont précisément occupés à crever le nez dans leur fièvre.)))
Pour autant, ce ne sont que des jeux de mots, et leur insolence me ravit à chaque fois que le mois de juin me rappelle l'existence de cette invention-là !
Mais nous parlons des pochettes… c'est le moment !
Certaines sont astucieuses, d'autres poétiques… et pour certaines, on se demande vraiment comment personne n'a tiré la sonnette d'alarme avant de lancer la production du produit physique !
La pochette, c'est le premier contact (parfois le seul…), avec un disque, donc un objet destiné à l'écoute représenté par un signal visuel. Un paradoxe puissant, et un vrai défi pour convaincre l'auditeur potentiel de franchir le pas dans la pléthore de l'offre discographique.
¶ Aujourd'hui, il est aisé d'écouter tout de suite les sorties, mais personne ne peut écouter quelques instants de chaque disque… la pochette demeure un filtre. Et bien sûr, pour les disques déjà parus, pour la plupart sur des œuvres multi-enregistrées (hélas), il faut se distinguer visuellement ne serait-ce que pour être remarqué dans les listes de résultats de recherche.
Par ailleurs, bien sûr, une belle pochette en accord avec son sujet peut être un plaisir d'esthète, d'autant plus important que le public du classique est plus sensible que d'autres aux beaux objets et à la possession du support physique (pas moi, certes).
Pour y voir plus clair, je vous propose un petit tour d'horizon classé par typologie.
J'ai éclusé de façon assez minutieuse les fonds des fantaisistes vinyles Westminster, et puis des séries photographiques Arte Nova des années 2000. Pour le reste, je me suis fondé sur ma précédente collection, notamment esquissée dans ce vieux fil Twitter et sur plusieurs fils du Forum Classik.
Au programme :
| 1. Les bizarreries artistiques 2. Les références décalées 3. Les actualisations 4. Les jeux de mots 5. Les abstractions 6. Les manques de respect 7. Les olé-olé 8. Les fantaisies d'artiste 9. Les compilations douteuses 10. Les maladresses expressives 11. Les malaises 12. Les rêves 13. Les faussaires |
1. Les bizarreries artistiques
Avant de nous avancer vers les bas-fonds de l'invention humaine, un peu de douceur. Dans cette catégorie, j'ai inclus les pochettes qui attestent qu'il s'agit de musique, mais sans lien fort avec le contenu précis. Je ne vois pas toujours de lien fort avec le sujet, mais c'est joli ou agréablement fantaisiste. Westminster Gold est un excellent pourvoyeur de ce sujet, comme de bien d'autres, vous le verrez.
↑ Celle-ci est particulièrement belle. On voit certes des violons sur la pochette, mais le lien puissant entre les cordages et cette évocation de l'Espagne… ?
↑ De même, certes deux paires de mains se font face ; et puis, le lien spécifique avec Kaba' ?
↑ Pas mieux. Un violoncelle pour des œuvres avec violoncelle, soit. Mais dans son appartement neuf et blanc, il est assez élégant et évocateur.
(J'ai eu peine à trouver certaines pochettes en bonne qualité, la plupart du temps elle est décent, mais il arrive comme ici qu'il faille se contenter de peu. Il faut bien voir que ce sont des vinyles du début des années 70, d'enregistrements depuis multi-réédités, et qui n'ont donc plus couramment leur place chez les marchands en ligne.)
↓ La musique peut aussi être invoquée par les partitions :
↑ L'intégrale LULLY de Rousset a hélas beaucoup changé d'identité visuelle au fil du temps, et les suivantes, quoique sobres et réussies pour certaines (le Paon d'Isis), ont tourné le dos à cette esthétique. Dans Armide, on voit même la chanteuse de dos, alors que le choix avait toujours été d'évoquer plutôt l'œuvre jusqu'ici. Mais pour ces premiers volumes du déplacement chez Aparté de la série (après des débuts chez Ambroisie), la vue des partitions d'époque a beaucoup de charme.
↑ Ici aussi, on nous annonce du violon. Pour le reste, c'est arbitraire – et assez beau.
↑ Tchaïkovski = neige, mais encore ?
↓ « Quand le Ruisseau est tiré, il faut le boire. »
↑ Encore plus spectaculaire : on précise qui l'on va jouer, le lien entre le contenu sonore et le dispositif visuel m'échappe tout à fait, mais l'illustration surréaliste reste particulièrement divertissante.
On a commencé très doux. Vous verrez que, par la suite…
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