Pelléas & Mélisande – les cellules musicales de l'amour pour exprimer l'horreur
Par DavidLeMarrec, lundi 28 juillet 2025 à :: Autour de Pelléas et Mélisande :: #3369 :: rss
Autre élément que je voulais soumettre à votre sagacité, la structure du troisième grand duo entre Mélisande et Pelléas – II,1 ; III,1 ; IV,4 –, le retour à la fontaine pour le seul duo d'amour explicite de l'œuvre.
Comment mentionné dans la précédente notule, à l'inverse de l'acte I où les références transversales sont nombreuses, certaines scènes de Pelléas semblent exclusivement bâties sur leur propre matériau sonore : la dernière scène de l'acte II (la grotte), tout l'acte III à l'exception de la dernière scène (la torture d'Yniold), et à peu près tout l'acte IV.
Le duo d'amour n'est donc pas seulement l'occasion d'une récapitulation – les retours thématiques externes (la nuit de I,1, le destin de II,1, l'impatience de IV,1) occupent surtout le début de la scène, et ce sont plutôt des formules parentes qu'à proprement parler des motifs identiques. Ce duo, en réalité – en particulier après la déclaration de Pelléas – repose d'abord sur le développement de motifs internes à la scène.
Et leur évolution est assez spectaculaire. Je prends deux exemples frappants. Lorsque Pelléas arrive et prépare le public à son aveu à venir, on trouve cette une formule de ponctuation, par deux fois. Liée, donc, au départ, à l'impatience.



C'est à ce moment qu'intervient la version en miroir du même motif, quand le piège est refermé sur les amants et que le motif d'exclusion se change en motif d'amour éperdu. Renversement de matériau et de sens impressionnant.

Il se produit la même chose, plus évidente à l'oreille, pour le motif de l'amour des amants – la première chose que Debussy a écrite dans Pelléas ! Au moment où Pelléas s'émerveille de la réponse de Mélisande : « On dirait que ta vois a passé sur la mer au printemps », avec sa volute de quintolets (cinq notes groupées, ce qui est inhabituel dans des mesures où tout fonctionne par deux ou par trois) énoncée au cor puis à la flûte.



Dans tous les cas, je suis impressionné par le caractère très organique de l'écriture de Pelléas, et notamment de cette scène, où des couleurs harmoniques, des formules reviennent, pas toujours chargées de sens, mais très cohérentes entre elles – si bien que l'atmosphère de Pelléas diffère profondément de toute autre œuvre de Debussy. C'est un univers en soi, avec des moyens musicaux mobilisés très spécifiquement, qui ne relèvent pas simplement d'une habitude stylistique.
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Comme vous le voyez, il n'est pas évident de regarder tout cela sans extraits sonores, sans manipuler, sans s'interroger, nuancer chaque élément – surtout considérant la façon dont Debussy traite son matériau, tantôt signifiant à l'échelle de l'opéra, tantôt à l'échelle d'une scène seulement, faisant basculer des motifs porteurs de sens en accompagnement, ou faisant émerger des accompagnements liés à des types d'atmosphères définis… Il faudra donc être patient et attendre les vidéos consacrées aux motifs de l'acte IV, dans quelques mois… J'attendrai, j'attendrai…
J'ai une troisième notule à vous soumettre sur mes dernières marottes du côté de Pelléas. Elle arrive très vite, en principe, avant une grande notule consacrée à un panorama des pochettes de disque les plus remarquables (pas toujours en bien…) !
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