Carnets sur sol

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Émerveillements provençaux hivernaux


Je n'aime pas voyager. À la fin d'une journée, j'aime pouvoir reposer dans mon propre lit, écrire à mon bureau. Je ne me suis mis à l'exercice que très tardivement dans ma vie, et s'il est vrai que j'y ai pris goût, j'aime avant tout le voyage de proximité, au bout d'une poignée d'heures de train, celui que l'on peut improviser, celui qui donne accès à des lieux où l'on peut retourner – manière de ne pas accentuer inutilement la mélancolie de vivre ailleurs.

Peut-être faut-il voir dans cette méconnaissance la cause de ma naïveté, mais j'ai l'usage, lorsque je me promène, de noter mes surprises : les petites choses qui changent et qui montrent que l'on n'est plus en Île-de-France – je n'y ai pas grandi, mais j'y ai construit ma vie et mes activités depuis tant d'années, parcouru le réseau en tout sens, que je me laisse quelquefois surprendre par des contrastes très simples.

Je les partageais jusqu'ici sur Twitter et vous pouvez les remonter une à une, mais le processus est chronophage et la vie reprend son cours avec les concerts, les disques, les petites découvertes quotidiennes que je partage sans plan défini sur les réseaux. Je profite donc de ce nouveau format pour livrer les remarques collectées de ma dernière expédition.

[Je vous recommande, pour une mise en forme harmonieuse, la lecture directement sur le site consacré aux promenades de Carnets sur sol.]

Où était-ce ? Camp de base Avignon (que je n'ai pas du tout parcouru), pendant les quatre derniers jours de décembre : le village et la forêt de Rochefort-du-Gard (5), l'extrémité Est des Alpilles à Orgon (1,2), l'extrémité Nord-Ouest du Luberon du côté de Taillades et Robion (3,4), la remontée du Rhône à Tarascon jusqu'à Vallabrègues (6). Tout cela en transports en commun, à coups de TER, de bus de ville et de cars départementaux.

Qu'en ai-je retenu ?

Flore

1) La vraie raison pour laquelle je vais dans le Sud : tout est vert en hiver. Et pas du même vert que dans les contrées à feuillages caducs : le vert mat et un peu gris des chênes verts, des chênes kermès, des oliviers, du genévrier cade, du genévrier de Phénicie, du ciste cotonneux, du genêt scorpion, du buis des Baléares, du pin parasol… La filaire, la clématite, la salsepareille et surtout le cyprès tranchent avec leur vert beaucoup plus intense – et leur port fastigié beaucoup plus altier que les arbustes environnants !

À cela s'ajoutent la vue stupéfiante des vifs fruits de l'arbousier, ou l'odeur incroyable de la camomille – et dans une moindre mesure du romarin –, tous deux en fleurs.

La densité végétale peut être impressionnante, surtout du côté de Rochefort-du-Gard – je ne sais si le sol y est réellement siliceux, mais la végétation y forme, de fait, un maquis tout à fait impénétrable hors des grands sentiers prévus pour les pompiers qu'on trouve abondamment dans la région.

De surcroît, la faible hauteur des arbres qui le peuplent, hors la pinède, permet souvent d'observer l'ensemble de la canopée dès que le chemin est en devers, chose très rare dans les forêts de chênes pédonculés ou sessiles, plus à l'Ouest et au Nord de la France.
Impression d'immensité, facilité à appréhender la géographie du territoire.

Je trouve déjà cette végétation assez émouvante – en particulier ces chênes verts protéiformes, tantôt véritables arbres, tantôt arbustes à flanc de falaise, et parfois même simple broussaille au ras du sol ! –, mais en hiver, le contraste avec les bois nus des forêts de Francilie (hors les tristes pins sylvestres de Fontainebleau) dans lesquelles je me suis promené les jours précédents, cherchant à tirer le meilleur de la grisaille et de la boue, avait de quoi tirer des larmes devant cette nature vivante et épanouie.

Ces massifs et la garrigue sont au demeurant tout à fait de main d'homme, fruit de la fragmentation des forêts originelles de chênes-lièges et de chênes verts pour les besoins de l'élevage, notamment.

Faune

2) Découvrir une faune spécifique est toujours un plaisir – en particulier les oiseaux qui font écho à mes dilections musicales. J'y retrouve beaucoup de rouges-gorges, de pies et d'étourneaux unicolores, quelques merles et choucas, mais j'y entends aussi en nombre des fauvettes à tête noire (et quelquefois mélanocéphales ; les fauvettes des jardins sont plus fréquentes en Île-de-France), des grimpereaux des bois (là aussi, on entend plutôt les grimpereaux des jardins d'ordinaire), des mésanges à longue queue (et pas seulement charbonnières ou bleues), des accenteurs mouchets, des gros-bec casse-noyaux, des linottes mélodieuses, et je découvre même les essaims légers et pépiants de serins cini ! 

Ce n'est pas le grand dépaysement, mais tout paraît un peu différent. Je suis d'ailleurs frappé que les corneilles, dans les villes, n'aient pas tout à fait les mêmes cris qu'à Paris ! 

En dehors des oiseaux, je n'ai hélas pas croisé de sanglier, bien qu'ils soient attestés dans la région, et malgré mes horaires entre chien et loup où ils commencent en principe à devenir actifs dans les combes.
J'ai en revanche débusqué un petit chamois, assez peu serein devant ma présence – ils se sont installés dans le Luberon depuis une vingtaine d'années.
Le dernier loup, lui, a été aperçu (ou abattu ?) en 1922. Et les chiens qui se promènent ont très souvent des cloches – initiative salutaire considérant l'épaisseur des taillis !

3) Je ne sais lorsqu'ils sont en eau, mais tous les ruisseaux cartographiés que j'ai croisés étaient totalement à sec. Autour du 30 décembre. Est-ce simplement au printemps ou en cas de pluie qu'ils renaissent ? J'ai en tout cas pu grandement profiter de leurs vallons, par exemple dans la combe de Lavau, près d'Orgon, sur un sentier qui correspondait peu ou prou au lit de la rivière.

À l'inverse, à chaque fois que je passe auprès du Rhône ou de la Durance, l'hiver (troisième fois en cinq ans), c'est un festival de brume.

Lumière

4) Un autre plaisir insolite de l'hiver, profiter de la lumière rasante du soleil affaissé au Sud… à 11h du matin ! L'impression d'assister à un lever de soleil en plein zénith – je ne m'en plains pas, ce sont les plus belles lumières.
En ce sens, l'hiver a vraiment du bon : il permet, sans nuit trop courte et tout en attrapant sans difficulté le dernier bus, de jouir de la vue des deux crépuscules.

Le soleil méridional était même un peu chaud pour marcher : certes, mon corps a dû s'habituer aux températures hivernales – on sait bien qu'à la fin de l'été on grelotte à 13°C alors qu'en plein hiver c'est la température à laquelle on retire son pull… –, mais tout de même, au soleil triomphant, les 13°C avaient un ressenti plus proche de 25°C.

Sentiers

5) La nature de la végétation et le faible dénivelé des montagnes – surtout en les abordant par les transports en commun qui déposent aux franges, loin des sommets – permettent une expérience que j'avais peu pu pratiquer jusqu'ici, le hors piste. Dans les endroits de la garrigue les plus dégagés, que ce soit dans l'Est des Alpilles (Orgon) ou au Nord-Ouest du Luberon (Taillades), il n'existe pas toujours de différence notable entre le chemin et les degrés successifs de rochers partiellement couverts de végétation… aussi, ravins et buissons (piquants !) exceptés, il est réellement possible de se diriger dans tous les sens sur certains parcours pré-montagneux. Ce qui représente – comparé aux hautes herbes, aux branches mortes, aux trous boueux et aux nids à tiques d'Île-de-France – une nouveauté assez grisante !

Autre témoin de l'écart climatique entre Septentrion et Méridion : les accès pompiers des forêts sont immenses par rapport à ceux d'Île-de-France, beaucoup plus nombreux, ramifiés et même larges. Ce sont parfois – je l'ai appris à mes dépens – les sentiers privilégiés des promeneurs car ils évitent les grandes montées et quelquefois les rochers périlleux qui constituent les seuls accès. Ils sont un peu ennuyeux à parcourir – ils nous tiennent éloignés de la végétation ne favorisent pas le sentiment d'immersion dans un univers authentique ou sauvage –, mais permettent en général un tour de l'ensemble du massif sans risquer de mourir. (ce sera raconté dans une autre notule)

Urbanisme

6) Je suis toujours aussi frappé, en observant les cartes ou en circulant dans la région (y compris en voiture) par l'urbanisme terrifiant, y compris aussi loin des côtes : les autoroutes traversent les villes, d'immenses zones sans âme s'étendent auprès des centres, repoussant toujours plus loin la campagne. La traversée des Angles, banlieue qui sépare Avignon de Rochefort-du-Gard, m'a épouvanté – une ville-dortoir qui semble s'étirer à l'infini, issue de la pensée la plus dysfonctionnelle des années 70.

On le constate également lorsqu'on atteint les sommets, et que le tintamarre vomi par l'Autoroute du Soleil continue de nous assommer tant que l'on n'a pas mis deux, voire trois rangées de montagnettes derrière soi. On mesure aussi la pollution de la plaine lorsqu'à 300 mètres de hauteur, on sent soudain ses poumons s'ouvrir au monde comme une corolle après la rosée.

7) Je n'avais pas mis les pieds à Avignon depuis l'enfance (pour une visite du Palais essentiellement), et j'ai été frappé, de surcroît pendant cette période des quatre derniers jours de décembre, par le caractère très vivant, le nombre de boutiques, les ouvertures tardives… alors même que j'étais le plus à l'extérieur possible de l'intra muros, bien loin du Palais. Ce n'est pas illogique du tout – préfecture, au centre de plusieurs lignes de TGV considérables (vers Marseille, Nîmes, Montpellier, Lyon, Paris…), lieu touristique majeur et bien sûr siège du gigantesque Festival. La ville contraste avec la plupart des capitales provinciales que j'ai pu visiter, je n'y ai pas du tout retrouvé le relatif calme de Quimper, Rouen, Lille, Metz, Nevers… La ville est animée y compris le soir et les jours fériés, et au delà de l'hypercentre.

8) Déjà remarqué lorsque j'avais voulu marcher du côté de Montmajour : une tendance à la privatisation agressive des terres. Beaucoup de sentiers de randonnée doivent emprunter des routes passantes, quelquefois dangereuses, parce que les étendues de verdure sont clôturées. Un certain nombre de châteaux classés (et même la chapelle de Montmajour !), de moulins, etc. sont aussi sur des terrains privés et fermés en tout temps. L'impression qu'une partie de notre patrimoine est comme confisqué – impression bien évidemment exagérée dans la mesure où la collectivité n'a pas vocation à acquérir, entretenir et ouvrir au public toutes les constructions remarquables. Mais il me semble à chaque fois que dans les autres régions, lorsqu'on tombe sur un monument réellement hors du commun, on peut s'en approcher, et possession publique ou privée, il est souvent ouvert en certaines périodes – voyez Montgeroult, Anet, Cormatin…

On dirait qu'une folie de la possession (à cause) s'est emparée de la région, alors que j'ai l'habitude de traverser des champs partout, en Île-de-France les clôtures sont très rares (malgré les sangliers !) parmi les céréales et oléagineux, en Auvergne on peut monter sur les puys au milieu des vaches qui paissent, etc. Lorsque cela s'étend au point de cerner le promeneur, on finit par se poser des questions sur le cadastre et sur la prise en compte du bonheur de la population. Je me sens vite comme le personnage d'une fiction de Rousseau – que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables « Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne ».

9) Assez paradoxalement, cette tendance se superpose avec une conception plus ancienne de l'intersection entre espaces publics et privés : de nombreuses ruelles qui ressemblent à des entrées de cour intérieur ou de jardins sont en réalité de réels passages prévus pour tous, et il faut oser s'y engager pour vérifier son hypothèse. J'avais fini par prendre le pli dans le Forez, où tout laissait supposer que chacun était libre de vaquer à proximité de ces terrasses non clôturées ; ici, considérant la tendance alentour à posséder (et la pression touristique également, j'essaie de faire attention et de proportionner mes explorations à la récurrence potentielle de la gêne si le touriste se trompe !), je n'étais pas complètement à l'aise.

10) Pour autant, l'urbanisme provençal conserve aussi ses charmes ; peu de maisons colorées dans la zone explorée – j'en ai vu bien davantage de ce genre dans la Drôme ou dans les Monts du Lyonnais ! –, mais j'ai en revanche pu goûter les appareils des murs en pierres sèches, souvent par blocs massifs mais irréguliers, procurant caractère et relief. J'ai été très impressionné par ceux que j'ai observés. (Suivez mon mot-dièse #PassionMurs sur les réseaux.)

Transports

11) Assez peu de choix, si l'on désire marcher, en TER : les lignes qui desservent le Nord, du côté d'Orange et de Carpentras, desservent uniquement la plaine, et s'arrêtent au sein de vastes zones urbaines (cf. §6) dont il n'est pas aisé de s'extraire en une seule journée. À l'Ouest, de même, on peut aller à Nîmes, Montpellier, Béziers, et même jusqu'à la frontière espagnole, mais les villes intermédiaires sont plutôt de grandes villes résidentielles que des villages qui permettraient d'accéder aisément à la de la nature (cf. §6 again). Il ne reste plus que la ligne qui descend vers le Sud, où quelques dessertes (Orgon à l'Est des Alpilles, Lamanon à l'Est du Défens d'Eyguières) permettent de marcher au vert – mais à proximité des nuisances de l'Autoroute du Soleil.

À l'Est, ce sont les montagnes, et ce sont donc des cars qui desservent. J'ai été frappé par leur nombre, leur choix et leur régularité (en revanche ils peuvent passer assez en avance !), qui m'a permis d'effectuer des correspondances un peu périlleuses pour partir me promener du côté de Taillades / Robion, et qui mènent aussi à Saint-Rémy-de-Provence ou à Apt.

Je demeure donc partagé entre l'admiration pour leur réseau à roues clairement indiqué, opérant, avec des dessertes qui ne se limitent pas à l'embauche et à la débauche (six à huit trajets aller par jour, je dirais), et le sentiment tout de même qu'il est difficile de se déplacer confortablement et surtout en nature, entre l'urbanisation galopante, les terrains privatisés et l'offre de transports (fortement réduite le week-end) qui se limite essentiellement aux grandes agglomérations et qui propose assez peu de trains dans les endroits susceptibles d'intéresser le promeneur. 

En chemin

12) Pendant le voyage en train, quelques moments singuliers, certains personnels – émotion en retrouvant l'affirmatif Vercors, souvenir de ma découverte en débarquant en 2021 sans avoir rien préparé dans la Drôme… et me rendre compte que je méconnaissais totalement tout l'Est de la France. La vallée de la Drôme aux eaux d'un bleu surnaturel, le serpentin de la route environnée de montagnes herbues et de montagnes vite spectaculaires, jusqu'aux pâturages environnant l'abbaye de Valcroissant – je n'ai donc fait qu'effleurer le sujet –, le Sud du département débordant de patrimoine roman, de mas provençaux et de forêts de chênes verts… 
(ci-dessous, alpages de l'abbaye de Valcroissant dans la Drôme)

13) D'autres moments plus inattendus, comme ma rencontre dans un TGV vide, en quittant nos sièges respectifs pour admirer le lever du soleil sur les Alpes, avec le poète plasticien alpiniste Yves Bergeret, en route pour réaliser quelques-uns de ses nouveaux Leporellos. Nous devisons notamment du Prometeo de Nono pendant quelques dizaines de minutes.

14) Et d'autres plus évidents, comme l'architecture plus italienne à Valence – ce qui m'avait aussi frappé dans la Comté : pourquoi cette architecture italianisante dans des secteurs qui ne sont, a priori, moins exposés à l'influence ultramontaine que les zones plus frontalières ?
(ci-dessous, Baume-les-Dames dans le Doubs)

Rencontres

15) Alors que la suppression de la seule liaison entre Avignon centre et sa gare TGV (accessible uniquement par une rocade, je ne suis pas certain qu'un piéton puisse survivre à ce type de marche) me condamnait à courir (littéralement) jusqu'à la gare de Tarascon (dont je m'étais beaucoup éloigné) ou à prier pour un taxi. Après de nombreux refus, l'un d'eux accepte ma course. Quand je le remercie vivement d'avoir accepté une mission où ne devait guère gagner d'argent (en venant me chercher à vide au fond de la campagne), et discuté avec lui de la grossièreté et du manque de cœur des clients qui commandent sur plusieurs applications et annulent au dernier moment lorsqu'ils montent dans le premier taxi arrivé, il m'explique pourquoi il a accepté de me prendre : « j'écoute Dieu, Dieu m'envoie cette course, je prends cette course, j'obéis à Dieu et j'en fais mon devoir et ma joie, c'est ma sagesse ». Et il refusait absolument d'entendre mes louanges sur son mérite personnel de m'avoir tiré d'affaire (je dormais potentiellement dehors), s'en tenant à son obéissance aux puissances d'En-Haut, et au Destin.
J'étais décontenancé – et pas totalement convaincu par l'idée de l'intervention fine de Dieu dans la régulation des courses Bolt & Uber – mais assez touché par le dévouement et la ligne de vie simple de cet homme qui était venu à mon secours à perte, dans la croyance d'un devoir plus grand. Les grandes théories auxquelles l'ont croit ne font pas les hommes, et je me suis senti plus proche de cet homme que de n'importe quel philosophe flattant mes idéaux et sorti de mon propre moule social.

16) Seconde rencontre.

De passage sur le grand Chemin de Croix (tout en chapelles néobyzantines et en maximes édifiantes à la qualité théologique quelquefois discutable) de Rochefort-du-Gard, j'échange avec deux dames (nées dans le village) qui me parlent de la Basilique, de son musée d'ex-votos (effectivement un ensemble assez impressionnant par sa quantité et sa diversité – pas nécessairement par sa qualité picturale, comme vous vous en doutez) et surtout de sa « chambre des échos » car, à ce qu'il paraît, « il n'y en a que deux en France ».
L'anecdote m'a assez amusé, parce que j'ai souvent vu des guides proposer cette activité dans des pièces secondaires de châteaux ou d'abbayes – en réalité, cela fonctionne avec n'importe quelle voûte d'arête, et il y a donc quantité de celliers, ornés ou non, qui possèdent cette propriété (en murmurant à l'autre bout de la pièce, la voûte conduit le son). C'est typiquement le genre de fait remarquable qui, avant les voyages faciles et en tout cas avant l'Internet, étaient difficiles à réfuter et s'établissaient facilement dans les communautés locales.

Or, j'ai quelquefois été frappé par des rencontres délicieuses et fortement dépaysantes dans la campagne du Sud de la France, croisant des retraités qui n'avaient jamais quitté leur village au cœur de la Drôme ou du Gard, qui entendaient parler de Paris seulement par leurs enfants ou petits-enfants partis y étudier, qui rêvaient (sans y croire vraiment) de visiter un jour le Louvre, le comble du dépaysement. Ou bien qui y avaient été une fois, et avaient été épouvantés par la densité, l'odeur, le bruit persistant, la violence des interactions sociales, la peur des marginaux (et peut-être, car c'est impressionnant quand on vient de province, le nombre de visages extra-européens). Quand on vit dans des métropoles urbaines, qu'on aime aller voir les opéras dans les grandes villes, qu'on change de campagne à chaque promenade, on mesure mal ce qu'est cette vie régulière, et surtout cette perception de ce qui nous paraît le centre du monde.
(ci-dessous, Piégros dans la Drôme)

Et moi aussi, j'ai connu ces légendes urbaines auxquelles j'aurais cru toute ma vie sans l'Internet – la rumeur d'Orléans, typiquement, adaptée à la sauce bordelaise… Aujourd'hui, il est aisé de vérifier en un instant une information douteuse, ou à tout le moins trouver une référence fiable en ligne pour ensuite aller lire le livre en bibliothèque ou le commander. Mais pour les générations qui n'ont pas eu cette opportunité avant tard dans leur vie, ces croyances peuvent être implantées ; typiquement, si l'on n'a pas visité beaucoup de châteaux ou d'abbayes, on va croire le guide ou le moine qui va raconter l'anecdote.


Il faudra que je raconte aussi comment, lors de ce voyage et d'une innocente excursion d'une dizaine de kilomètres (en une journée !) j'ai failli mourir. Ou bien donner un aperçu des promenades, de leurs objectifs, de la constitution d'un parcours, de son ajustement, des découvertes.
Mais cette notule est assez longue pour aujourd'hui, et je vous salue jovialement en attendant une prochaine livraison, de Provence, de Francilie ou d'ailleurs !


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David Le Marrec

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