Carnets sur sol

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Une décennie, un disque – 1830 : les motets de Mendelssohn, pépites innombrables


mendelssohn motets féminins orgue bernius

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Herr, sei gnädig (1833)


Choisir 1830
    Nous pénétrons dans une période où beaucoup de nouveaux genres se sont développés et produisent leurs meilleurs fruits (sonates pour clavier, musique de chambre plus ambitieuse formellement, lieder, symphonies…), par rapport aux XVIIe et XVIIIe siècles où la production la plus densément musicale se trouvait à l'opéra et dans la musique sacrée. Difficile d'opérer des choix. J'ai tâché d'équilibrer au maximum les genres et les aires d'influence au fil du XIXe siècle, tout en ne proposant que des disques extraordinaires (œuvres comme interprétations), et en privilégiant les œuvres moins connues – bien sûr que j'aurais pu proposer les Sonates de Beethoven, les Lieder de Schubert et les Symphonies de Mendelssohn pour ces premières décennies du XIXe siècle… mais vous les avez très bien découverts sans moi.
    Même en doublant le nombre de disques par décennie, terrible de donner une image aussi partielle de la richesse musicale de ces années.
    Pour 1830, j'avais notamment songé à l'Ernani inachevé de Bellini, au Diluvio universale de Donizetti (deux très grandes créations belcantistes, plus riches qu'à l'accoutumée), Robert le diable de Meyerbeer, les premiers lieder de Clara Wieck-Schumann, l'esquisse de symphonie « Zwickau » de Schumann (ou bien ses fantasques cycles pour piano Fantasiestücke et Faschingsschwank aus Wien), les Quatuors 3,4,5,6 de Cherubini (ou bien son second Requiem ?) ou celui de Fanny Mendelssohn-Hensel… Pour le second volume de 1830, j'hésite entre la très méconnue Troisième Symphonie de Romberg (témoignage de ce qu'on écrivait encore de beethovenien après Beethoven, très dramatique !) et les Mélodies polonaises de Chopin (permettant de varier les langues…).

Choisir Mendelssohn
    Pour cette première livraison, c'est décidé, c'est Mendelssohn. Un Mendelssohn qu'on connaît mal, aussi pas de symphonique ni de musique de chambre, des chœurs. Ce qui représente une très large part de son catalogue !  La musique sacrée tient en 12 volumes chez Bernius, la plupart de très haute volée.
    Difficile choix à opérer entre les splendides chœurs profanes, moins bien servis au disque (beaucoup de versions aux timbres gris, ou très sèchement chantées, ou au contraire très lyrique et peu précises en diction, ou encore faites de cycles incomplets) et les motets cappella et cantates orchestrales de plus grande ampleur (comme ses fameux Psaumes), sans parler de tout ce qu'il existe d'intermédiaire, chœurs de femmes accompagnés à l'orgue, courtes pièces du Propre (prévues pour des moments spécifiques de l'année liturgique)… La plupart en allemand, mais, choix « commercial » ou usage de la licence luthérienne d'utiliser le chant en latin si les communautés sont conservatrices, s'il y a des étudiants en théologie, etc., on trouve aussi des œuvres en latin qui suivent des textes de l'ordinaire catholique – son fameux Magnificat, typiquement.


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Surrexit Pastor (3 Motets Op.39, n°3).

Compositeur : Felix MENDELSSOHN (1809-1847)
Œuvres : Symphonie à grand orchestre, en ré  (1824)
Commentaire 1 : Herr, sei gnädig (1833), 3 Motets Op.39 (1830), etc. [Vol. 7 de l'intégrale Bernius]
    Du fait de la qualité des versions et du caractère particulièrement varié des œuvres, mon choix s'est donc porté sur la musique sacrée, avec ici quantité de pièces a capella ou simple accompagnement d'orgue, dont un grand nombre pour voix féminines.
    On y rencontre de petits cantiques pour voix solo (les Geistliche Lieder Op.112), des pièces purement a cappella (Herr, sei gnädig, d'une calme plénitude qui n'a rien de la plainte), des chœurs féminins avec orgue qui, débutés en vibrant chant d'assemblée, s'achèvent en brillant fugato (Surrexit Pastor Op.39 n°3, où l'on sent la fascination pour les vibrionnantes codas de motets de Bach)… Une diversité très bienvenue, sur des œuvres qui, quoique toutes parentes dans l'harmonie et l'esthétique générale, sont publiées de 1830 à 1868. (La plupart d'entre elles datent des années 1830, ce qui motive aussi mon choix.)

Interprètes : Ruth Ziesak (soprano solo), Sonntraud Engels-Benz (orgue) ; Kammerchor Stuttgart, Frieder Bernius
Label : Carus (2006)
Commentaire 2 :
   
Un disque aux multiples avantages. D'abord, comme précisé, le choix des œuvres, cohérent dans le ton mais très varié dans ses formats.
    ♣ Ensuite les forces en présence : l'exécution très nette et cristalline du Chœur de Chambre de Stuttgart, sans sopranos opaques ni altos tassés ou tubés, offre une lisibilité formidable de l'écriture sobre et raffinée de Mendelssohn, tout en procurant par la clarté des timbres un véritable sentiment d'élévation. Compromis par le haut entre la conscience musicologique et la volupté vocale. S'y ajoute le bonbon de Ruth Ziesak dans les deux Chants Sacrés Op.112, l'une des interprètes les plus touchantes du lied mondial convoquée pour deux lieder avec orgue de trois minutes chacun.
    Pour finir, même si l'on peut trouver à peu près aussi bien ailleurs (le Mendelssohn sacré, en particulier les Psaumes-cantates et les oratorios, a été exceptionnellement servi au disque !), ce volume a l'avantage d'appartenir à une intégrale de qualité absolument constante, toujours au même degré extrême de finition. Très complète, répartie intelligemment en albums variés mais sans impression de disparité, interprétée avec un soin musicologique constant, une véritable éloquence verbale et une spectaculaire clarté de timbres. Pour les Psaumes avec orchestre et Elias, vous pouvez trouver encore mieux, mais vous pouvez très bien écouter toute la musique sacrée de Mendelssohn par ce prisme. (La très honnête intégrale de Nicol Matt et du Chœur de Chambre d'Europe chez Brilliant est beaucoup plus opaque, les mots disparaissent, et moins complète. Pas sûr qu'il y en ait beaucoup d'autres sur le marché.)
    Pour poursuivre, je recommande vraiment le volume n°3 puis pourquoi pas le n°6.



… Oui, pour une fois une notule courte dans cette série : présenter le texte et l'écriture de chaque motet, ainsi que Mendelssohn lui-même, serait l'objet d'une série complète ou d'un livre… J'ai été contraint, par l'impossibilité même de la tâche, à la raison. Je compte néanmoins produire quelque chose dans cet esprit (et ai déjà largement avancé) pour les Méditations pour le Carême de Charpentier, dont l'absence à peu près totale de documentation, le genre, le texte, la dramaturgie et l'écriture harmonique & contrapuntique le méritent bien !


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David Le Marrec

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