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Six (grands) ténors verdiens (méconnus) en activité


A. Il n'y a plus de vrais ténors verdiens !

    Indépendamment des discours éternels sur le déclin, que prononçaient déjà les bons pères de famille chez Térence, on peut avoir très légitimement l'impression d'une période maigre dans le chant verdien (et wagnérien, mais c'est un autre sujet que je n'aborde pas aujourd'hui) dans les années 80 et 90, et jusqu'au milieu des années 2000.

    L'internationalisation du chant d'opéra, dans les années 1960, avec les représentations dans les langues d'origine par des interprètes et pour des publics qui n'en sont pas familiers, le perfectionnement des moyens de transports qui permet de faire voyager les artistes… entraîne un flottement très notable dans les techniques et les styles.

    Il y a bien sûr toujours eu de grands artistes, mais en fouillant dans les bandes des maisons moins emblématiques, on ne trouve pas si facilement des ténors du niveau de Domingo, Carreras, Aragall ou Pavarotti. Alors que dans les années 50 et 60, les ténors peu enregistrés officiellement mais remarquables (Mirto Picchi, Giuseppe Campora, Eugenio Fernandi, Gianni Raimondi…), voire tout de bon fabuleux (Gianni Poggi, Angelo Lo Forese, Flaviano Labò, Bruno Prevedi…) se trouvent en abondance – avec toujours la même impression qu' « aujourd'hui, Lo Forese serait plus célèbre que Kaufmann ».
    J'ai adopté cet exemple du ténor puisque le ténor lyrico-dramatique à aigus est un peu l'oiseau rare des scènes lyriques, tandis qu'on ne manque jamais de sopranos, même s'il y aurait beaucoup à dire (et sans doute même plus que chez les ténors) sur l'évolution des techniques – beaucoup moins de voix antérieures aujourd'hui, la technique a totalement changé entre Tebaldi et Caballé !

    Bien sûr, si l'on regarde les disques (et les bandes désormais innombrables, puisque chaque théâtre, chaque spectateur même, peut capter et diffuser immédiatement toute représentation), il existe de grands noms qui font déplacer les foules et non sans raison, Kaufmann, Alagna, Calleja et Grigolo en tête, mais aussi Álvarez, Vargas, ou d'autres à la carrière internationale brillante malgré leur absence au disque (Michael Fabiano semble très en cour en ce moment).
    Mais on a l'impression que depuis les années 90 au moins, avec le déclin individuel des futurs Trois Ténors (concept qui souligne lui-même la pénurie, avec la possibilité de sa mise en scène marketée), quand on n'embauche pas les quelques princes des aigus, on se retrouve avec Richard Margison, Sergej Larin, Franco Farina, Fabio Armiliato, Francesco Meli, tous très valeureux mais aux timbres plutôt ternes, aux aigus blanchis (Meli) ou farineux (chez les quatre autres, on entend de plus en plus les armatures et de moins en moins le timbre en montant). Quand on les compare aux troisièmes couteaux qui tenaient ces mêmes emplois des années 60, sans vouloir du tout dénigrer nos contemporains, on a l'impression qu'ils pourraient être leur Ruiz ou leur Trabucco…
    Et puis il y a le cas Marco Berti (et celui des ténors sino-coréens) : ça fait beaucoup de bruit, c'est très impressionnant, mais la finesse de l'artiste n'est pas toujours évidente – encore que je trouve que Marco Berti n'est pas du tout un braillard univoque, simplement avec une voix aussi lourde, difficile de se mouvoir avec élégance.

    Les vrais amateurs qui collectionnent les bandes et ne se limitent pas aux disques auront tout de même relevé, pendant ces années, des pépites avec Francisco Casanova, José Cura (devenu toujours meilleur, mais ayant étrangement perdu son statut de superstar) ou Gregory Kunde qui, au lieu de décliner, enchaîne les prises de rôle verdiennes avec une finesse expressive rare. Mais la carrière de ces formidables titulaires est plutôt derrière eux et leur déclin progressif va inévitablement les conduire à se retirer, ou du moins à ajuster leur répertoire loin des jeunes premiers verdiens.



B. Connais-tu le pays ?

    Pourtant, au fil des années 2000, l'abondance exponentielle des bandes disponibles (et même des parutions discographiques et audiovisuelles) a permis de se rendre compte de l'existence de ténors plus confidentiels mais de premier plan, et même plus adéquats au répertoire verdien que Kaufmann (très sombré, peu d'éclat), Alagna (aigu un peu métallique), Álvarez (à l'origine un pur lyrique, un peu diminué dans les rôles trop médium)…

    On en rencontre partout, mais l'accessibilité croissante des témoignages de plus petites maisons permet d'observer un vivier impressionnant en Italie. Allons-y.

    Trois d'entre eux sont documentés dans la récente intégrale C Major des opéras de Verdi (CD et DVD), qui contient quelques versions de référence (Nabucco, Il Corsaro, Stiffelio… et pour la plupart des autres de très belles réalisations…), avec un soin en particulier apporté par le meilleur des jeunes chefs d'opéra de ce répertoire, qui travaillent véritabement le relief et l'expression d'accompagnements mordants (Daniele Callegari, Michele Mariotti, Massimo Zanetti, Andrea Battistoni, Carlo Montanaro, Antonino Fogliani…). Un fonds auquel puiser une vision renouvelée, moins grasse et déracinée, de la musique et du théâtre de Verdi.

    Évidemment, dans le choix de ces six ténors aussi bien que dans le conseil de cette intégrale, on bénéficie d'une adéquation vocale augmentée par le placement naturel de chanteurs dont c'est la langue maternelle. Sans même mentionner le plaisir d'entendre, pour une fois, un italien idiomatique, qui ne paraisse pas simplement correctement imité – dans les cas pas si fréquents où il l'est, même sur les plus grandes scènes !
    Et d'ailleurs, en ne regardant que les grosses maisons italiennes (Scala en tête), on pourrait croire que l'italianità s'est tout à fait perdue. Il n'en est rien.

    Dans le petit parcours auquel je vous convie à la rencontre de belles personnalités ténorines, je me suis efforcé, selon ma coutume, de vous proposer plutôt des ouvrages peu donnés – même si, en ce qui concerne le répertoire de l'ottocento, le disque reste très conservateur (et les raretés exhumées rarement convaincantes, pour l'heure Verdi plane de très haut, plus encore que Wagner en Allemagne, sur son siècle). Disons que j'ai choisi les (beaux !) Verdi moins fameux que les airs de Traviata ou du Ballo.
    De même, je ne vais pas consacrer de panégyrique (mérité) à Marc Laho qui est bien connu des publics francophones. Essayons des chanteurs qui ont tout autant (voire davantage) de succès, mais dont les noms et les enregistrements ne parviennent pas nécessairement jusqu'à nos oreilles. [Car je pourrais citer tous ceux que je souhaiterais entendre ou que je prévois comme futurs grands verdiens, mais entre ceux qui n'ont pas le format que veulent les recruteurs et ceux qui, au contact de la carrière, ne s'épanouiront pas dans Verdi, comme le remarquable Jean-François Borras…] Je m'en tiens donc à ceux qui chantent actuellement, et avec succès, les opéras de Verdi – plutôt les formats lyrico-dramatiques que les lyriques, beaucoup plus aisés à trouver : Stiffelio, Manrico, Alvaro, don Carlo, Radames, Otello…



C. Quatre ténors italiens

Roberto Aronica

L'une des figures les plus intéressantes de cette nouvelle génération. Il chante / chantait remarquablement les rôles légers (Nemorino !), avec une maîtrise complète du timbre et des équilibres vocaux, un aigu complètement timbré et jamais pris en défaut, mais il est aussi l'un des rares à s'être adapté aux carrures plus larges (il chante désormais Manrico, Alvaro, Radames et Calaf) sans avoir du tout altéré le timbre, toujours généreux et projeté – au contraire de Meli, par exemple, qui a complètement éteint sa voix en passant des rôles légers aux rôles larges, sans conserver la même qualité se focalisation du son.

[[]]
La fin de Stiffelio de Verdi, le moment du coup de théâtre où le pasteur trompé par sa femme lit en chaire l'épisode évangélique de la femme adultère et lui pardonne (voyez ici une msie en scène claire). Teatro Regio de Parme, direction Battistoni (C Major).

Disques :
1997 – La Traviata – Devia, Zancanaro ; Gênes, Callegari (Bongiovanni)
2003 – Simone Boccanegra – Gallardo-Domâs, Frontali, Scandiuzzi ; Cluj, Allemandi (RTVE)
2004 – Roberto Devereux (Donizetti) – Gruberová, Shagidullin ; Opéra de Munich, Haider (vidéo DG)
2012 – Stiffelio – Yu (Guanqun), Frontali ; Parme, Battistoni (CD & vidéo C Major)

Engagements actuels :
Pollione, Stiffelio, Don Carlos, Renato des Grieux, Don José, Alvaro, Pinkerton, Dick Johnson, Paolo il Bello…

Lieux :
Agenda extrêmement fourni. Toutes les plus grandes maisons d'Italie (Milan, Turin, Florence, Parme, Bologne, Venise, Cagliari, Palerme, Naples, Vérone, Novara !) à la seule exception de Rome. Sud de l'Europe aussi : Madrid, Barcelone, Bilbao, Épidaure. Et puis partout ailleurs : Met, Amsterdam, Deutsche Oper, Varsovie, Tel Aviv, Sydney, Pékin. Je ne suis manifestement pas seul à avoir remarqué la perle rare, même s'il est peu documenté et célébré dans les magazines – il est vrai qu'il est complètement absent de France et d'Angleterre, très peu présent en Allemagne, en Amérique (tous ces endroits d'où proviennent la plupart des nouvelles musicales couramment rapportées).


Renzo Zulian

Un joli cas d'illusion auditive dont je voulais parler dans le cadre du parcours autour de la couverture vocale. D'abord, la similitude de timbre (et d'accent italien) avec Pavarotti est frappante : Zulian provient certes lui aussi des provinces du Nord-Est (Venise au lieu de Modène), et ça explique possiblement l'ouverture des [a], mais pas une convergence vocale aussi spectaculaire. La voix n'a pas la même rondeur en revanche, quelque chose de plus franc et pincé, avec des attaques très fines et un son très antérieur. Malgré la couverture, les voyelles sonnent avec une liberté et une clarté impressionnantes.

[[]]
Le duo d'affrontement entre Montfort (Vladimir Stoyanov) et son fils (méconnaissant son père) Arrigo. Orchestre de la Fondazione Arturo Toscanini, Stefano Ranzani (RAI Trade).

Disques :
2002 – I Vespri siciliani – Nizza, Stoyanov, Anastassov ; Fondazione Toscanini, Ranzani (vidéo RAI Trade)
2006 – La Forza del destino – Branchini, Di Felice, Battaglia ; Filarmonica Veneta Malipiero, Karitynos (CD & vidéo Dynamic)

Engagements actuels :
Calaf, Manrico, Renato des Grieux, Alvaro…

Lieux :
Surtout au Sud-Est de l'Europe : énormément à Zagreb et Maribor (en Slovénie), mais aussi Salerno, Budapest, Sofia, Athènes. Et deux dates au Festival de l'Opéra de Pékin en 2013. Je l'ai peu entendu ces dernières années, la voix a sans doute évolué.



À votre avis, qui sont les quatre autres ?  Deux italiens, un portugais, un anglais. L'un d'eux chante quelquefois à Paris, les autres ne mettent pas, me semble-t-il, les pieds en France. (Mais je fais des vérifications avant publication, vous en saurez plus lors de la prochaine livraison…)

Et vous, qui proposeriez-vous ?


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Commentaires

1. Le mardi 12 septembre 2017 à , par alain

Le titre parle de lui-même:il n'y a pas plus de ténors verdiens (et pas vraiment plus de soprano, mezzo et barytons hormis nucci pour les barytons).
Nous sortir "Roberto Aronica" et l'acclamer dans des rôles de ténors légers comme Nemorino, il fallait oser. Il n'a rien d'un ténor léger pour ce rôle. A défaut, revoir les bases (Alva ou Araiza par exemple).

On peut prendre ce qu'on veut de n'importe qui. Par exemple, Aida version de maintenant même avec les "meilleurs", çà ne vaudra jamais les versions des années 50 ou 60. Et c'est valable aussi pour par exemple Paisello:
La soupe de maintenant:
https://www.youtube.com/watch?v=C6l8I4o76hw
Le dessert des années 50:
https://www.youtube.com/watch?v=LdYERvCejno

Le test est aussi valable avec l'opéra "le mariage secret" de Cimarosa. On peut en écouter plein, surtout des actuelles, mais aucune n'arrive à la cheville de la version 1957 de Nino Sanzogno.
Et on peut courir et courir encore, chercher et trouver quelques qualités à machin actuel ou machine de maintenant, mais il suffit de se retourner un bref instant quelques décennies en arrière et comme d'habitude, le présent devient insipide.

C'est dommage et c'est ainsi.
On peut dire et raconter ce qu'on veut: qui égalera jamais un "il trovatore" alors que Ebe Stignani ou Giulietta Simionato ne sont plus là pour donner la réplique à un ténor qui (selon les bons vouloirs des metteurs en scène actuels) sera en costume cravate ou en calecon à des années lumières des livrets de verdi.

2. Le mardi 12 septembre 2017 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Alain,

Je suis un peu attristé, outre que vous mettiez des guillemets à Roberto Aronica – qui est, même si l'étendue de son talent peu commun peut en laisser douter, une véritable et seule personne en rien fictionnelle –, que vous ne m'ayez apparemment pas vraiment lu avec toute l'attention qu'à défaut de mériter, j'espérais.

Je n'ai pas suggéré qu'Aronica était un ténor léger (encore qu'à l'époque de la captation, il semblait beaucoup plus lyrique que le dramatique-italien qu'il est désormais), ni pris son Nemorino comme aune de son talent verdien. Je crois en revanche que cela atteste d'une versatilité et d'une souplesse dont Alva ou Corelli n'étaient pas capables, ce qui, une fois de plus, fragilité les théories du déclin généralisé.

Le chant verdien a clairement vécu des années de crise (beaucoup moins à présent), avec des voix disparates issues de techniques internationales, un goût sans doute introduit par le disque pour les voix patinées (qui ne « sonnent » pas une fois en salle), un rejet de tout ce qui paraît un peu nasal (disgracieux capté de près, très convaincant en conditions réelles)… Mais enfin, dire que tout est mauvais n'a pas de sens, ou alors il faudrait des arguments suffisamment précis et englobants pour le démontrer. Le goût personnel est autre chose, et chacun peut se sentir plus proche d'une période, d'une école que d'une autre.

Parce qu'Alva est quand même un chanteur très honorables, mais à l'ampleur, à l'agilité, à l'expression et d'une manière générale aux moyens assez limités. On forme aujourd'hui des chanteurs, qui dans les mêmes tessitures, maîtrisent autrement la voix mixte et les demi-teintes.
Quant à Araiza, c'est un cas assez particulier, puisqu'il était plutôt un grand lyrique, qui a chanté un répertoire très éclectique (son timbre cuivré semblait à l'étroit dans Mozart et pourtant, il était à son meilleur dans le lied !), et pas beaucoup Verdi, il me semble. Difficile de l'attacher à un répertoire spécifique de toute façon, même s'il a (très bien) chanté Donizetti. Mais là, on parle tout de même des années 90, voire début des années 2000, donc pas vraiment les chanteurs d'autrefois, il s'inscrit totalement dans les nouvelles écoels techniques, et il y en a beaucoup d'autres comme lui. Il plaide plutôt en faveur de la qualité des artistes dans toutes les périodes.

Votre exemple de la Molinara de Paisiello est très parlant : on peut avoir ses goûts en matière de voix (j'aime vraiment beaucoup Remigio, Banditelli et Praticó mais il est sûr que Matteuzzi face à Misciano, et n'importe qui face à Bruscantini et Calabrese, mon cœur ne balance pas), mais il établit de façon assez nette la différence de maîtrise stylistique et instrumentale entre les deux périodes ! (la RAI napolitaine s'en tire vraiment bien, mais la variété d'articulations risque de manquer sur la durée, si j'en crois mon expérience).

Le Matrimonio segreto n'est pas un bon exemple : il y a peu de versions satisfaisantes au disque (et même sur scène). Sanzogno est vraiment pénible orchestralement (limité, mais aussi particulièrement lourd et sans nuances), ensuite la distribution est clairement au-dessus des autres, par circonstances notamment – et aussi parce que les artistes qui sont là sont pour certains parmi les grands du XXe siècle, avec une véritable personnalité sonore. Mais on pourrait à rebours prendre la discographie d'opéras mal servis dans les années 50 : si on regarde les Monteverdi, les Haendel et les Rameau, ça va piquer, même vocalement dans certains cas !

Ce qui est vrai, c'est que le style vocal (et, je le crois, l'impact physique du chant) a totalement changé, donc l'impression d'insipidité que vous dites ne me surprend pas, car il n'y a effectivement pas d'équivalent à ce qui existait. Il faut simplement accepter que les deux périodes sont différentes, et y prendre ce qu'elles ont à donner. En l'occurrence, grâce à ma modeste moisson, il n'y a même plus de raison de n'écouter que des Verdi avec des orchestres atroces sous prétexte qu'il n'y aurait plus de chanteurs verdiens décents !

Pour les mises en scène, c'est encore autre chose, vraiment une question de philosophie personnelle. J'en connais beaucoup qui sont scandalisés quand le metteur en scène ne change rien, parce qu'il ne propose aucune plus-value, un emploi fictif (et certains Zeffirelli ou Schenk n'en sont pas loin, en effet…). Et d'autres qui sont tellement déstabilisés par la distance entre la littéralité du livret et ce qui est montré que ça les prise de tout plaisir. J'essaie, là aussi, de prendre ma satisfaction dans les deux maisons – même s'il y a effectivement beaucoup de mises en scène qui imposent du caleçon pour ne pas en dire plus qu'avec les armures…

3. Le mercredi 13 septembre 2017 à , par alain

Alva était un peu limité, mais de Mozart (cosi fan tutte) à rossini (il barbiere di siviglia) en passant par Donizetti (l'elisire d'amore) jusqu'à Verdi (Falstaff), on a du mal à trouver mieux en matière de ténor di grazzia. Et ce n'est pas Aronica qui remettra cette chose en cause. Ce n'est pas un ténor léger (vous le dites d'ailleurs) mais alors pourquoi fait-il Nemorino?


Pour ce qui est du matrimonio secreto, la version de Sanzogno est la plus fraiche que l'on trouve. Ecouter juste le premier aria et les suaves "cara" du ténor et de la soprano n'ont absolument aucun équivalent. Du moins, je n'en ai pas trouvé un seul.
Ils est vrai que pour la distribution, on est au sommet et parmi les meilleurs. Mais ce n'était pas voulu en soit. Le niveau était très haut et il n'y avait pas besoin de se reporter sur la troupe de la Scala de Milan pour atteindre des sommets. vocaux.
Pour Haendel, encore une fois, descendons dans les années 50: 1959, Berlin: Alcina / June Sutherland et Fritz Wunderlich

Verdi a été joué des centaines de fois dans les années 50. Peut-être que les orchestres étaient parfois atroces (quoique j'en doute venant de Karajan ou de Votto ou de Serafin ou de Giulini). La réalité parle d'elle-même. Ce qu'on considère comme enregistrements de référence datent de ces années là. Ce qui prouve qu'on n'a jamais réussi à égaler la qualité de cette époque .
Et ce n'est certainement pas avec des mises en scènes insipides, des troupes mondialisées dont certains "acteurs" parlent l'italien phonétique et des orchestres qui se limitent à 3 répétitions avant la première, plus un grand renfort de mix informatique pour cacher les défauts des enregistrements en forçant les basses (pour faire plus rock n roll peut-être) qu'on n'y arrivera.

4. Le mercredi 13 septembre 2017 à , par DavidLeMarrec

Alva (et c'est une opinion qui me semble assez répandue) est loin d'être le Phénix des glottes de ces bois, même en ce qui concerne le répertoire léger : il suffit de considérer la vocalisation (il est heureux qu'on n'est pas rétabli « Ah, lo veggio » de Così pour lui), le coloris unique, l'expression assez peu sophistiquée… À la même époque, il y avait autrement mieux. À commencer par Misciano.

Aronica le chante parce que dans une carrière, la voix évolue, et on commence avec les rôles les plus légers pour évoluer vers les rôles plus dramatiques. Il ne doit plus guère chanter Nemorino désormais, mais dans la bande que j'ai entendue, la voix était celle d'un vrai lyrique très souple, sa distribution était complètement adéquate. Il faut vraiment l'entendre plutôt que de supposer sur des histoires d'étiquettes (toujours trompeuses) qu'il ne peut pas le chanter.

Vocalement, oui, la fraîcheur des voix (l'orchestre, c'est un peu le contraire, c'est sacrément frippé et défraîchi…) est extraordinaire dans le Matrimonio de Sanzogno, et tous avec un tempérament et une personnalité vocale très singuliers (Sciutti, Ratti, Bruscantini, Calabrese !), dans une discographie qui ne contient par ailleurs que peu de très grands chanteurs. Je ne vous contredis pas là-dessus – mais ça témoigne de l'état de la discographie (et de la faible popularité de l'œuvre), pour juger de l'évolution générale il faut plutôt écouter les ouvrages les plus joués. Et dans le même style, pour Mozart et Rossini, la supériorité de l'ancien temps est tout sauf évidente (ne serait-ce qu'en matière de style – pachydermique). Vous fustigez (à bon droit) le volapük qui sévit sur certains plateaux, pourtant les Noces d'Erich Kleiber sont un beau musée des horreurs en la matière, alors qu'il existe aussi des distributions très idiomatiques aujourd'hui.

Oui, précisément, pour Haendel : Joan Sutherland ne ressemble à rien côté italien, et Wunderlich sonne bien large pour cette musique, vous qui le reprochiez à Aronica dans du Donizetti qui n'est pourtant pas du baroque fragile… Et on ne parle pas de l'orchestre, qui est quand même un paramètre important, et sans commune mesure avec ce qu'on fait désormais.

Le répertoire est peut-être plus divers aujourd'hui, mais Verdi reste tout autant joué (peut-être moins abondamment en Italie, mais comme il est partout simultanément…). Les orchestres n'étaient pas tous atroces, mais les orchestres italiens étaient quand même incapables de jouer proprement ce qui était écrit (a fortiori dans Wagner et R. Strauss…), très loin du niveau actuel, ce qui ne change rien au talent des chefs – Serafin tirait des merveilles de phalanges modestes en effet. Quant aux autres, ils avaient leurs qualités (quoique Karajan dans ce répertoire, niveau subtilité…), mais on entend bel et bien les pains (beaucoup d'horreurs de ce côté dans le legs de Votto, chef très respectable au demeurant).

Ce qu'on considère comme enregistrements de référence datent de ces années là.

Qui est le « on » ? Pas moi en tout cas, ni même la totalité des critiques, et encore moins les musiciens qui admirent évidemment les grands chanteurs d'autrefois mais remarquent aussi tout ce qui manquait en langues étrangères, sûreté instrumentale, information stylistique…

Ce qui prouve qu'on n'a jamais réussi à égaler la qualité de cette époque .

Outre que des avis ne prouvent rien, je crois que le fait qu'on ait tendance à nommer comme enregistrements de références des enregistrements anciens tient tout simplement au fait qu'on les a éprouvés dans le temps ; souvent, ceux qui les nomment ont débuté ou passé leur enfance avec eux. On a eu une période où la critique ne jurait que par les Noces de Kleiber et le Don Giovanni de Giulini, parce que c'étaient les premiers témoignages en studio dans un son décent, puis une génération qui cite Pavarotti et Domingo comme les grands souvenirs de scène… aujourd'hui, il y en a déjà qui parlent de l'époque où Alexia Cousin chantait… Chacun a un Âge d'Or relié en général à sa propre jeunesse et à ses propres émotions de mélomanes. Ça prouve donc surtout que, par essence, on écoute les enregistrements anciens avant les enregistrements qui n'ont pas encore paru !

Quant aux bidouillages numériques : dans les anciennes prises, on mettait systématiquement les chanteurs à l'avant (ce qui enlevait les problèmes de projection de la vie réelle et cachait les défauts de l'orchestre), ça a toujours existait. L'épreuve de la salle remet bien des choses en perspective, et permet sans doute de se rendre compte également que, si, les chanteurs d'aujourd'hui ont aussi de la personnalité / du grain / des choses à dire. Mais il faut l'essayer avec bienveillance pour cela, plutôt que de chercher à se démontrer que plus rien ne vaut la peine, je le crois. :)

Bonne journée à vous !

5. Le mercredi 13 septembre 2017 à , par alain

Les versions de référence sont celles qui ont marqué leur temps. Et elles datent quasi toutes des années 50. Hormis les compositeurs que j'ai nommé (et j'en ai oublié comme Metropoulos, Bohm, Richter, Prêtre...), on y trouve Callas, Gobbi, Alva, Panerai, Siepi, DellaCasa, Ludwig, Janowitch, Gedda, Rothenberger, Scwharkoff, Fieskau, Stignani, Corelli, Moffo, Montarsolo, Simionato, Jobin, Solange Michel, Sénéchal, Angelici, et j'en oublie beaucoup tellement il y en a.
Si on mettait le chant en avant dans les anciennes prises, c'était parce qu'on était dans le BelCanto. Maintenant, on est dans le bidouillage informatique et lorsqu'une soprano ne sait pas tenir une note pendant 30 secondes, on joue avec le fichier son. Alors que Moffo qui chante dans Falstaff, la note tient et tient et tient encore. Et à l'époque, il n'y avait pas d'ordinateur.

L'age d'or, ca ne veut pas dire grand chose, mais il y'a un outil qui s'appelle Youtube, et on peut découvrir les breloques de maintenant face à des Simoneau ou des Tito Schipa.

Là, ou çà saute aux oreilles, c'est quand Ebe Stignani sort un peu de la partition pour donner un sentiment, et on trouve çà grandiose parce que c'est tellement bien chanté qu'en 1957, son aria du trovatore n'est pas fini (la scène ou elle brule son fils) que la salle explose de bravo et d'applaudissements. Maintenant, peut-etre que c'est mieux dans les notes mais c'est fade et puis c'est criard à volonté.
Il n'y en a qu'un seul qui tienne la route en ce moment, c'est Leo Nucci mais il se fait vieux. Le pauvre, face à toutes ses sopranos insipides qui n'arrivent pas à la cheville de Tebaldi, il doit se faire chier pour arriver à faire des Rigoletto aussi bons.
Le problème, c'est que le niveau a fortement baissé et qu'on fait n'importe quoi.
Pour preuve? Opera Garnier, Cosi Fan tutte où les chanteurs sont doublés par des danseurs/danseuses. Est-ce l'esprit de l'opéra de Mozart? Et que faut-il attendre de chanteurs qui ne sont que des doublures de danseurs sinon encore une fois un truc minable et qui n'est pas prêt de nous faire oublier Alva (par exemple).
Il suffit de lire Forum Opéra et surtout les commentaires. On y trouve grand nombre de "mise en scène nulle", "chanteurs catastrophiques".
Si on peut dire que Sutherland ne ressemble à rien dans Alcina (???) que dire de Anorina qui nous joue Nemorino en costume cravate. C'est un habit de paysan sans doute...

6. Le mercredi 13 septembre 2017 à , par DavidLeMarrec

Je ne vois pas comment les versions de références datent toutes des années cinquante. Il suffit d'ouvrir les magazines qui les décernent pour avoir un tout autre écho… il y a par définition moins de « références » admises dans les disques qui viennent de sortir, puisque ce sont des choses qui s'établissent avec le temps, mais on a des versions nommées « de référence » des années 70, 90, ce qu'on veut. (Concept de toute façon aberrant à mon avis, une référence est toujours relative à quelque chose.)


on y trouve Callas, Gobbi, Alva, Panerai, Siepi, DellaCasa, Ludwig, Janowitch, Gedda, Rothenberger, Scwharkoff, Fieskau, Stignani, Corelli, Moffo, Montarsolo, Simionato, Jobin, Solange Michel, Sénéchal, Angelici, et j'en oublie beaucoup tellement il y en a.

Mais il y manque Raphanel, Gillet, Šašková, Zanetti, Gens, Millot, Delunsch, Masset, Röschmann, Popp, P. Armstrong, Kaune, Patacca, Boylan, Giannattasio, Studer, Mattila, Bernardy, Gorchalova, Urbanová, Juntunen, Beňačková, Secunde, Herlitzius, Kožená, Vondung, Kirchschlager, Beaumont, Staskiewicz, Laurens, Z. Gal, Van De Sant, DiDonato, Verrett, Antonacci, Sophie Fournier, Minton, C. Melis, D'Intino, Diadkova, Fujimura, Stotijn, Breedt, Soffel, Stene, Denize, Veasey, Fassbaender, Larmore, Prina, Trullu, Watkinson, B. Mehta, Tamagna, Esswood, Milhofer, Auvity, H. Crook, Nigel Rogers, Mathias Vidal, S. Cole, Brutscher, Bernard Richter, Kozma, Piolino, Kunde, Burden, Stanley Jackson, Aler, Rügamer, Lipper, Laubenthal, Keith Lewis, Dempsey, Gilchrist, Beuron, Galvez-Vallejo, Bernheim, Ribeiro, Borras, Calleja, Carreras, Workman, D. Popov, Dunaev, M. Álvarez, Leech, Cura, Vinke, Jonanovich, Ch. Franz, McCracken, Dudziak, van Egmond, Le Roux, Théruel, Addis, Eröd, Dubroca, Gerhaher, Allen, Marlière, Laplante, Callahan, Bär, Mattei, Keenlyside, Hampson, Calès, Schoeder, Halstein Moe, Lécroart, McDaniel, Begemann, Iodachescu, Zancanaro, Agache, Pons, Hunka, Goerne, Nimsgern, Loges, Vassar, Rivenq, Claessens, Correas, Dumora, S. Alaimo, Vernhes, Raimondi, Medioni, Kotcherga, Bastin, Courtis, Bernadi, Reiter, Teitgen, Sotin, Courjal, Carmeli, Varnier, Milling…
Une fois qu'on a dit ça, on n'en a pas plus dit.


Si on mettait le chant en avant dans les anciennes prises, c'était parce qu'on était dans le BelCanto.

Pas du tout, puisqu'on le faisait aussi pour Wagner, Milhaud et même Boulez. C'est simplement une conception qui considère le chant comme premier, et l'orchestre comme vaguement accompagnateur. Le concept est explicable, mais c'est assez insupportable quand on sort du répertoire italien du XIXe.


Maintenant, on est dans le bidouillage informatique et lorsqu'une soprano ne sait pas tenir une note pendant 30 secondes, on joue avec le fichier son.

Non. Je ne vois pas l'intérêt d'inventer ce genre d'histoire. Les bidouillages ont existé (tel aigu « prêté » par un collègue en studio, ou collé hors contexte), et existent sans doute encore à la marge, mais aujourd'hui on publie essentiellement des bandes prises sur le vif, voire des bandes radio, dont on peut vérifier en salle ou sur les diffusions en direct l'exactitude – et croyez-moi, ce serait mortel pour la carrière de quiconque commettrait ce genre d'altération. On n'est pas capable d'imiter une voix numériquement de façon convaincante, en tout état de cause. Bref, un chanteur d'aujourd'hui ne vit pas de ses disques studio trafiqués, ce n'est pas comme cela que ça se passe.


L'age d'or, ca ne veut pas dire grand chose, mais il y'a un outil qui s'appelle Youtube, et on peut découvrir les breloques de maintenant face à des Simoneau ou des Tito Schipa.

Ou bien on peut s'en servir pour s'émerveiller de l'infinité de possibilités (de qualité) qui existent. On ne trouvera pas l'équivalent de Schipa (encore que, chez les jeunes qui mixent, il y ait désormais des convergences étonnantes !), mais on trouvera d'autres propositions qui le valent. Sur le plan de l'interprétation, en particulier (les voix italiennes restant majoritairement plus « saines » hier qu'ajourd'hui).


Maintenant, peut-etre que c'est mieux dans les notes mais c'est fade et puis c'est criard à volonté. Verrett, Bumbry, Fassbaender, Soffel – fade, impersonnel, criard ? Ça n'a pas de sens de dire des choses aussi générales, il y a des gens qui crient en toute période (Barbieri en Eboli, quel témoignage de l'Âge d'Or… ou bien Maria Caniglia, incapable de produire du legato ?), et des princesses aujourd'hui également.


Si on peut dire que Sutherland ne ressemble à rien dans Alcina (???)

J'ai parlé de son italien, pas de son physique. (En l'occurrence, son style vocal serait aussi sujet à caution, mais à cette date, difficile d'être sévère là-dessus.)


Il n'y en a qu'un seul qui tienne la route en ce moment, c'est Leo Nucci mais il se fait vieux. Le pauvre, face à toutes ses sopranos insipides qui n'arrivent pas à la cheville de Tebaldi

Tebaldi n'a jamais enregistré Gilda (et à mon avis jamais chanté, ces aigus-là sont assez loin de ses possibilités)… dès lors, si on compare des fantasmes avec des bouts sélectionnés de réalité, ça ne veut plus dire grand'chose.


Le problème, c'est que le niveau a fortement baissé et qu'on fait n'importe quoi.

Encore une fois, non ! Autrefois, oui, on changeait les rythmes, les hauteurs, on chantait volontiers en décalé ; aujourd'hui ce n'est plus du tout aussi bien toléré. Après, qu'on aime moins le style, oui, mais pourquoi parler de « n'importe quoi » alors que c'est l'inverse, et que les chanteurs n'ont jamais été aussi scrupuleux et informés de ce qu'ils chantent ?

Certains le présentent même comme la source des problèmes : on sélectionne aussi sur le solfège et le niveau d'études musicologiques, alors que les années cinquante on embauchait des garagistes et des bergers, sur le seul critère de leur voix. [C'est une présentation excessive bien sûr, mais elle n'est pas sans intérêt.]


Pour preuve? Opera Garnier, Cosi Fan tutte où les chanteurs sont doublés par des danseurs/danseuses. Est-ce l'esprit de l'opéra de Mozart? Et que faut-il attendre de chanteurs qui ne sont que des doublures de danseurs sinon encore une fois un truc minable et qui n'est pas prêt de nous faire oublier Alva (par exemple).

Ce n'est pas une preuve, c'est une production (où j'étais) ratée en effet. J'en ai plein de réussies à nommer (et d'impossibles dans les années 60, même si on a moins de témoignages visuels de la période). Quant à qualifier le travail de ces chanteurs de minable, honnêtement… Ça demanderait au moins une démonstration qui excède un peu le goût personnel.

Pareil pour la presse caniveau : que les gens aiment se hausser en dénigrant les productions, ou que ce soit les plus déçus qui parlent le plus fort, ce n'est pas une découverte. Je vais régulièrement au concert, et je vois surtout des gens qui applaudissent l'air satisfait (et pas seulement des naïfs). Le sentiment de déclin est vieux comme le monde, les pères tiennent déjà ce discours chez Térence…


7. Le jeudi 14 septembre 2017 à , par alain

Pour ce qui est du chant mis en avant dans les années antérieures, on en parlait avec ma femme hier soir, et elle m'a dit que "c'est de l"opéra" donc forcément, les voix sont mises en avant. Sinon, on en aurait pas et ce serait des symphonies.... Il faut peut-être dire que l'opéra est né de la déclamation chantée et qu'on n'a pas été cherché des castrats pour mettre en avant des clavecins...

Après, on peut dire ce qu'on veut, mais ce qu'on considère comme les meilleures versions donc versions de références viennent des années 50 et on eu comme interprètes Gedda, Callas, Gobbi, Panerai, Mathis...
Peut-être que Tebaldi n'a jamais chanté Rigoletto. Ce n'est pas grave en soit.

La qualité de maintenant:
https://www.youtube.com/watch?v=ZQgae4QGAQU
La daube d'avant:
https://www.youtube.com/watch?v=BrUYy_lcsmQ

La qualité de maintenant:
https://www.youtube.com/watch?v=LPBYZ8JhXYM
la daube d'avant:
https://www.youtube.com/watch?v=HmbDwqebCxw

la qualité de maintenant:
https://www.youtube.com/watch?v=mxAmmJcKm8s
la daube d'autrefois:
https://www.youtube.com/watch?v=btKhXHWK3uM

la qualité de maintenant:
https://www.youtube.com/watch?v=uax3mag3dTA
la daube d'avant:
https://www.youtube.com/watch?v=BVH9GdSUTNw
Remarquons dans cette dernière comparaison, la qualité des costumes de maintenant et les costumes anciens sortis sans doute des déchetteries italiennes. La version de maintenant est plus en accord avec le livret que la version ancienne. N'est-ce pas?

8. Le jeudi 14 septembre 2017 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Alain,

Pour ce qui est du chant mis en avant dans les années antérieures, on en parlait avec ma femme hier soir, et elle m'a dit que "c'est de l"opéra" donc forcément, les voix sont mises en avant. Sinon, on en aurait pas et ce serait des symphonies....

Sauf que ça s'applique à tous les répertoires, qui étaient tous placés voix en avant quitte à obturer l'orchestre. Dans Donizetti, oui, je vois bien le raisonnement, mais dans Wagner et R. Strauss, c'est absurde, l'essentiel du discours musical se situant à l'orchestre (et les lignes vocales n'étant même pas toujours pleinement mélodiques). C'était vraiment un choix technique (sans doute appuyé sur le raisonnement que vous dites), mais qui empêche d'entendre l'équilibre réel des œuvres telles qu'elles sont écrites. Je ne dis pas mettre les voix dans un placard au fond, mais simplement disposer d'un fondu qui représente un équilibre sonore vaguement vraisemblable.


Il faut peut-être dire que l'opéra est né de la déclamation chantée et qu'on n'a pas été cherché des castrats pour mettre en avant des clavecins...

Tout à fait. Vous trouverez d'excellentes notules sur ces sujets dans le présent carnet.

Toutefois, ainsi que le montre votre exemple lui-même, le caractère avant tout verbal / théâtral de l'opéra (parfois au détriment du chant, si l'on en croit les étrangers venus écouter de l'opéra français au XVIIIe siècle, ou les contemporains français qui comparaient avec les troupes italiennes !) a en fin de compte assez vite été éclipsé par la fascination pour la voix. À l'époque de gloire des castrats, les opéras italiens ne sont que des suites d'airs clos virtuoses vaguement reliés par des « récitatifs secs » (leur nom parle de lui-même) ; le théâtre n'est plus qu'un très vague prétexte habillant cette virtuosité de nom de personnages mythologiques ou historiques antiques.

Le cahier des charges de l'opéra a beaucoup évolué, et justement, la prééminence de la voix n'est pas partout évidente. Écouter Parsifal ou Pelléas avec des voix qui masquent l'orchestre dévoie tout à fait la logique même du compositeur.


Après, on peut dire ce qu'on veut, mais ce qu'on considère comme les meilleures versions donc versions de références viennent des années 50 et on eu comme interprètes Gedda, Callas, Gobbi, Panerai, Mathis...

Mais qui est on ? Les critiques qui écrivaient pour Diapason dans les années 70 ? Ou bien ceux qui vous disent qu'on allonge les notes aiguës des interprètes actuels en studio ?

Même chez les tenants de la théorie du déclin vocal, on est loin d'obtenir une parfaite unanimité sur Gobbi (voix très particulière, style « vériste ») ni surtout Panerai (« médiocre mozartien qui usurpe Verdi », etc.).


Peut-être que Tebaldi n'a jamais chanté Rigoletto. Ce n'est pas grave en soit.

Tout de même, si, un peu : disqualifier des chanteurs en leur opposant des modèles qui n'ont jamais existé, ça pose un problème de méthode, à tout le moins. On est dans l'achétype, dans ce qui aurait pu, plus exactement dans l'observation des faits, déjà suffisamment sujets à réception subjective !

9. Le jeudi 14 septembre 2017 à , par DavidLeMarrec

À présent, les extraits. Voilà de la matière concrète !

¶ « Unis dès la plus tendre enfance » dans Iphigénie en Tauride de Gluck.
Là, c'est facile. Les demi-teintes du mixage de Yann Beuron, la beauté du français face à Gedda qui chante tout fort avec un timbre dur (c'est souvent le cas, mais il a aussi de bons moments, ici pas vraiment) et avec des voyelles un peu grimaçantes, c'est tout vu. En plus, Beuron est accompagné par un orchestre « informé » et vivant, là où Gedda fait avec cette grosse pâte blanchâtre et épaisse. Ça passe encore pour un air « extatique », mais sur l'ensemble de l'œuvre, ça passe vraiment mal.

¶ « Ah ! lève-toi, soleil ! » de Roméo & Juliette de Gounod.
Ici aussi, c'est assez évident : Flórez a beaucoup gagné en souplesse et demi-teintes, et chante ça superbement, mais mon petit cœur fond quand Jobin ouvre la bouche, surtout ici. Éloquence extraordinaire en plus (alors qu'à l'époque la clarté de la diction n'allait pas si souvent de pair avec son investissement expressif). Néanmoins les deux témoignages sont excellents, c'est simplement Jobin est au-dessus de toute comparaison possible.

¶ « Mon cœur s'ouvre à ta voix » de Samson & Dalila de Saint-Saëns.
Encore un facile, mais pas très équitable : Stignani (même si la voix a toujours ce côté assez « mûr ») irradie avec un naturel confondant, tandis que Lemieux paraît toujours aussi empâtée, effectivement un raccourci de tout ce qui me paraît dévoyé dans certaines modes du chant actuel. Je n'aime pas beaucoup le chant de Lemieux (j'ai même des réserves techniques assez conséquentes : projection qui reste largement dans la gorge, diction épaisse, aigus qui ne sortent que criés à cause du placement arrière…), mais elle n'est qu'un des aspects possibles du chant actuel (pas celui que j'aime, clairement).

¶ « Sì, vendetta » de Rigoletto de Verdi : Sierra & Lučić vs. Scotto & Gobbi.
Celui-ci est vraiment difficile, parce qu'à part Sierra, les autres ne sont vraiment pas sous leur meilleur jour. Lučić en grande méforme, la voix asséchée, je ne suis pas fanatique du timbre (clairement, on l'embauche parce qu'il est très solide, mais son timbre souffre de la comparaison avec les Anciens et même les meilleurs titulaires d'aujourd'hui) mais il vaut mieux que ça. Gobbi n'est pas très en valeur non plus, la voix semble plafonner plus qu'à l'habitude, même si les moyens sont plus conséquents que ceux de Lučić – on pourrait aussi critiquer le style, avec ces dégoulinements supposés expressifs qui ne sont pas forcément appuyés sur la musicologie verdienne.
Quant aux dames, Sierra est certes impressionnante, mais là aussi représentante du chant « en arrière » à la mode (qui me paraît une aberration à la fois en termes de technique pure, de projection, de diction et de longévité), donc avec un côté un peu poussé dans l'aigu, et une diction assez vaporeuse. Mais étrangement, Scotto est ici aussi (contrairement à ses habitudes) assez peu intelligible – on dirait qu'elle applique sur toutes ses voyelles un aperto-coperto bizarre (la voyelle évolue comme si elle voulait vomitare la voce / vomir la voix sur les attaques).
Pas deux très grands témoignages, donc, même si côté baryton j'aime clairement plus Gobbi.

--

Néanmoins, ce ne sont que des exemples choisis. Je peux aussi en proposer d'autres qui démontreraient l'inverse.

Nessun dorma par Mario Filippeschi : aucune grâce, la voix pleurniche, grimace, le vibrato bouge.
https://www.youtube.com/watch?v=7N2y3Evp2F8
Au demeurant tout à fait respectable, il a indéniablement pour lui la vaillance, et une certaine crâne assurance qui n'est pas forcément si déplaisante dans les rôles de ténors du répertoire italien.

Et par Joseph Calleja :
https://www.youtube.com/watch?v=Nn16xQxo0vc
La voix a ce squillo, cet éclat trompettant qui n'empêche pas la délicatesse des nuances, avec l'impact glorieux à la fin. En principe, ce devrait vous plaire, il y a un côté assez rétro dans son style vocal (et son jeu, et son répertoire).


On pourrait poursuivre en confrontant Rossi-Lemeni à Courjal ou Kares, Caniglia à Villaroel ou Radvanovsky, etc. Vraiment une affaire d'individus, même s'il y a des communautés de style qu'on apprécie diversement, et tout à fait légitimement.

--

J'ai peu à dire sur les mises en scène ici, je ne vois pas trop ce qu'il y a de choquant dans le Guth avec Lučić par rapport à la vidéo studio avec Gobbi, à part que ça bouge davantage et mieux… Oui, les costumes sont différents et on aurait tout à fait pu faire la même chose avec des costumes respectant l'explicite du livret, je suis d'accord. Je dirais bien que le problème des mises en scène très tradis sont qu'elles sont toujours les mêmes, mais sur le plan de l'esthétique visuelle, on n'est pas en manque de complets-vestons non plus. Vraiment une question d'attentes : si on veut vraiment les vrais costumes qui correspondent aux didascalies, oui, il y a de quoi être frustré. Pour ceux qui s'intéressent d'abord à la qualité du jeu théâtral, c'est différent (même si on peut avoir les deux !).

10. Le samedi 16 septembre 2017 à , par @RealBenedictus

dlm :
Non. Je ne vois pas l'intérêt d'inventer ce genre d'histoire. [...] On n'est pas capable d'imiter une voix numériquement de façon convaincante, en tout état de cause. Bref, un chanteur d'aujourd'hui ne vit pas de ses disques studio trafiqués, ce n'est pas comme cela que ça se passe.
[...]
Tout de même, si, un peu : disqualifier des chanteurs en leur opposant des modèles qui n'ont jamais existé, ça pose un problème de méthode, à tout le moins.


@CarnetsSurSol incapable de distinguer une truthful hyperbole ou un alternative fact de fake news. TRISTE!!

(Et pourtant...)

Qu’importe: WE’LL MAKE OPERA GREAT AGAIN!!

11. Le samedi 16 septembre 2017 à , par D.J. Marrec

Les FAUX messages des commentateurs décadents continuent leur ridicule acharnement.
Mais nous aurons bientôt le plus beau MUR antispam, et c'est toi qui vas le faire, je vous le garantis.

Tu devrais prendre exemple sur mon commentaire, il est magnifique, c'est le plus beau commentaire qui sera jamais. GIGANTESQUE !

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