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La trahison de Château de Versailles Spectacles – † 2018


Révisez la leçon du jour.
À titre non excessif, notule non lue.



putti versailles chapelle contrejour
Putti de la Chapelle Royale, sous les derniers feux du jour de mars, après la fermeture du Château.



1. Les pépites

La saison 2017-2018 a été rendue publique dans le seconde moitié de mars. De très belles choses à signaler, bien sûr.

♫ Deux Cavalli scéniques par García-Alarcón, très bien distribués (avec Francesca Aspromonte dans Erismena !). J'aurais aimé d'autres compositeurs du temps plus à mon goût que Cavalli (à peu près n'importe lequel autre, en réalité), mais dans ces conditions, vraiment l'occasion de se laisser convaincre si on ne l'est pas déjà.

♫ Deux LULLY somptueux :
♫♫ Phaëton par Dumestre & Lazar (la meilleure distribution possible, avec Vidal, Auvity, Zaïcik et Tromenschlager ! – et sur quatre dates) ;
♫♫ Alceste par Rousset (donnée la dernière fois en France par Malgoire au TCE en 2006, et les précédentes étaient encore Malgoire en 2000, 1996 et 1992, dont seulement la plus ancienne en Île-de-France) ; la première fois qu'un ensemble baroque le donne en France sans la Grande Écurie et la Chambre du Roy, le seul à le produire (et l'enregistrer) depuis 1975 !

♫ Davantage d'oratorio italien du XVIIe siècle, genre jusqu'ici peu représenté en France :
♫♫ Messe de Saint-Louis des Français d'Orazio Benevolo (/ Benevoli) par Niquet,
♫♫ Le Tremblement de terre d'Antonio Draghi par Dumestre & Lazar,
♫♫ une Passion de Gaetano Veneziano par García-Alarcón.
D'autant plus salutaire que c'est un fonds très riche, aussi bien en quantité produite qu'en diversité des manières et des tons : au fil du XVIIe siècle, et assez indépendamment des dates, on trouve de la déclamation brute, des chœurs madrigalesques ou luxuriants, des airs galants avec instrument solo obligé (tirant parfois sur le futur Vivaldi), souvent assortis d'effets originaux, que ce soit dans l'harmonie, dans l'accompagnement, dans la vocalisation, dans les surprises dramatiques… En général des partitions très contrastées qui, tout en restant dans le cadre d'un langage baroque connu, apportent leur lot d'inédit, avec un véritable renouvellement de l'écoute. La période considérée (et la quantité produite, considérant la fragmentation politique de la péninsule) étant sensiblement plus large qu'en France, l'évolution y est encore plus grande – du moins avant que la fascination des voix, qui mène à la manière du seria XVIIIe, ne fige tout jusqu'au dernier quart du XIXe siècle…

♫ Les habituels concerts de musique sacrée française à la Chapelle Royale : peu de choses rares, les grands LULLY, Charpentier, Couperin. Beaucoup moins nombreux, me semble-t-il.

♫ Beaucoup de Bach, puisqu'il semble que tout le monde aime ça sauf moi (enfin, je veux dire aime ça au moins d'en faire le massif le plus intéressant de tous les temps, j'aime bien Bach, moi, mais pas forcément beaucoup plus que Pachelbel, Telemann ou Keiser).



2. Les prémices de la trahison

Château de Versailles Spectacles a repris, en 2011 (j'y reviens en §4), les attributions du CMBV dans l'organisation des concerts. But annoncé au public (la réalité se situe à un niveau un peu différent) : centraliser la prise de décision, rationnaliser la programmation, donner davantage d'assise financière au  développement des projets, et évidemment calibrer l'offre pour récolter davantage de sous.

Exactement comme pour Star Wars chez Disney la Philharmonie de Paris (où sont passés les programmes thématiques originaux de la Cité de la Musique, à part dans les noms des week-ends-festivals ?), on nous avait juré que le changement d'attribution administratif ne modifierait rien de l'ambition de l'ensemble (tout en apportant du mieux, ce qui est forcément contradictoire et suspect). Et ce n'était pas tout à fait vrai. Cela n'empêche pas la Philharmonie d'être une réussite à la fois commerciale et programmatique, mais à la fin une partie de l'offre d'origine a discrètement disparu et George Lucas a été viré.

Je n'étais pas particulièrement alarmé, considérant le cas particulier de Versailles, assis sur son image purement patrimoniale, et qui devra de toute façon toujours produire les concerts du CMBV – ce sont davantage les subventions et attributions d'icelui qui me paraissent (me parassaient, en tout cas) déterminantes. Par ailleurs, nous avons eu de magnifiques saisons depuis 2011, tandis que le nombre de spectacles augmentait très sensiblement (meilleure synchronisation des forces du Château ? – la lecture de la littérature de la Cour des Comptes éclaire assez bien cet aspect)

Or, à la lecture de cette saison, je sens un glissement assez déplaisant, qui n'était pas présent aux deux dernières, les premières de la transition – où s'était au contraire constaté un élargissement (en quantité et en styles) de l'offre.



3. Trois problèmes


♠ D'abord, une simple petite question de loyauté dans le programme.
♠♠ Le CMBV avait déjà vendu le Persée de 1770 (mais si mes compères et moi ne l'avions pas remarqué, je suppose que cela peut s'appliquer à une plus large part du public, un peu moins violemment obsédée du diabolique Florentin) comme le Persée de LULLY version 1770, alors que la commande du directeur de l'Académie Dauvergne en conservait surtout les récitatifs (et quelques numéros emblématiques, comme l'air de Méduse), et qu'une large part des musiques étaient dues à des compositeurs de 1770, par Dauvergne, Rebel fils et Bury. Mais enfin, la date de la refonte figurait (à un siècle d'écart de la période de gloire des spectacles louisquartorziens, ça se remarque), et le tout contenait une solide proportion de l'original (un tiers ?).
♠♠ Mais tout de même, vendre le Ballet Royal de la Nuit (essentiellement de Cambefort, avec contributions incertaines Boësset, Constantin et Lambert) comme une œuvre de LULLY, qui y a surtout dansé, peut-être chorégraphié (je n'ai pas vérifié), et en tout cas rien ou à peu près rien composé, c'est un peu de la tromperie sur la marchandise. On y entend de l'excellente musique, au sein d'une œuvre d'une notoriété (voire d'une importance) historique et politique considérable, mais elle n'est pas de lui, et il n'est pas très honnête de faire accroire que ce serait le cas.


♠ Ensuite, l'augmentation des prix.
♠♠ Déjà remarquée cette année sur certains spectacles de prestige (Don Giovanni par Minkowski & Ivan Alexandre, plus étrangement la reprise de L'Orfeo de Rossi, il est vrai une réussite éclatante), elle semble se généraliser à tous les spectacles scéniques. De 35€, la dernière catégorie (et il n'y a pas de réductions substantielles ni de mauvaises places de dernière minute) y passe à 45€, soit une hausse de 28,5%.
♠♠ Je ne dis pas que ça ne les vaille pas, au contraire : ce sont toujours des spectacles d'une réalisation très soignée, on y voit très bien même des places les moins chères (un théâtre de cour et non de masse, même si le confort y reste spartiate), il y a bien sûr le prestige extraordinaire du lieu (Château de Versailles + Opéra de Cour + Théâtre de Marie-Antoinette…), et la jauge réduite – maintenir la sécurité d'un lieu aussi vaste et fragile pour un théâtre de faible contenance doit être un défi logistique et économique assez redoutable.
♠♠ Néanmoins, je ne puis m'empêcher de remarquer que le seuil du prix minimal (déjà assez respectable à 35€ en dernière catégorie pour une scène subventionnée) empêche la fidélisation d'une clientèle de mélomanes, au profit du public occasionnel (soirées de prestige, cadeau exceptionnel, touristes). Pas d'abonnement non plus, à part pour les catégories les plus hautes.
♠♠ Cela ne me scandalise pas du tout pour les récitals, ou lorsqu'on y joue les Da Ponte (même si j'aurais beaucoup aimé voir la distribution de feu du Così fan tutte à venir, avec Minkowski, Gleadow et Bou et uniquement des Italiens !) ou le Requiem de Verdi : le public fait le choix délibéré de faire un effort pour le luxe de Versailles, il n'est pas révoltant que cela se monnaye. En revanche, pour les explorations du CMBV, ou les œuvres italiennes plus rares, et d'une manière générale le patrimoine que les institutions de Versailles ont à cœur de défendre, je trouve dommage d'en écarter un public d'amateurs fidèles, qui pourraient être rebutés par les prix. En tout cas, pour moi qui cours les productions de baroque français et dont les moyens sont bornés, ces prix m'obligent à choisir, quand j'aurais volontiers assisté à l'ensemble de la programmation un peu spécialisée (quitte à traverser deux fois les cinq feues zones d'Île-de-France comme je le fais régulièrement). J'ai conscience de ne pas être (du tout) l'étalon fidèle du public des salles de spectacle, mais le raisonnement de la destination de ces spectacles tient : les tarifs le réservent plutôt à une occasion prestigieuse, au lieu de diffuser et informer ce patrimoine, comme c'est en principe la mission du CMBV.


♠ Enfin et surtout, le plus grave (pour le reste, on s'informe, on économise, on choisit, rien n'est insoluble), l'évolution du contenu de la programmation.
♠♠ À l'origine, le CMBV produisait de « Grandes Journées » consacrées à un compositeur, destinées à susciter de la recherche scientifique à son sujet (se concrétisant en colloques et publications) et à établir des partenariats avec des ensembles spécialistes qui donnaient des œuvres jamais ou fort peu remontées. L'année où j'ai débarqué dans la région (2009), c'était Grétry : on a eu Céphale et Procris, Andromaque (au TCE), L'Amant jaloux. Trois recréations dans trois genres différents (« ballet héroïque », tragédie en musique, opéra comique), qui n'étaient pas documentées (à part une vieille version Doneux de L'Amant, d'une épaisseur pesante, et assez totalement dépourvue d'esprit), ainsi que plusieurs concerts spécialisés farcis de raretés, comme celui des Nouveaux Caractères (« Les Favoris de Marie-Antoinette » [format FLV], avec des extraits de Guillaume Tell, Les Danaïdes et Chimène qui font toujours autorité). À cette époque, Versailles donnait peu de concerts – et je me suis étonné de les trouver malgré tout abordables, me figurant, en bon provincial, que c'était réservé aux nouveaux aristocrates.
♠♠ À partir des « Grandes Journées Campra » à l'automne 2010, pas une grande réussite (surtout des œuvres mineures, peu de résurrections ambitieuses, des grèves et annulations, et même un concert où le public a trouvé porte close, sans aucune annonce préalable ! – sympa à 19h30 en décembre, quand on a traversé toute l'Île-de-France), la manifestation s'est faite plus discrète. Pour les dernières séries, ce n'était même plus un compositeur, mais des thématiques plus larges, une célébration de Louis XIV, puis des fêtes royales (reconstitution de grands moments politiques avec commande de musique) – ce n'est pas du tout un point de vue illégitime, même s'il n'est plus musical (on ne choisit pas les bonnes œuvres, mais les bons événéments historiques…), mais on va vite en faire le tour. Que fera-t-on quand on aura épuisé les Messes de sacre / mariage / baptême / obsèques et les Te Deum de victoires ?
♠♠ Dans la nouvelle saison, je ne vois que très peu de réelles explorations :
♠♠♠♠ L'Europe Galante de Campra (œuvre emblématique qui est quand même donnée de temps à autre) par Les Nouveaux Caractères, d'ailleurs à tarif doux (dans la vingtaine d'euros minimum) ;
♠♠♠♠ un programme Pro Capella Regis des Chantres à préciser ;
♠♠♠♠ deux Te Deum rares le même soir (Blanchard, et Blamont, celui-là donné il y a quelques années à Saint-Étienne-du-Mont par Les Ombres) par Stradivaria et chœur Marguerite Louise. Vendu sous le titre pas particulièrement scientifique ni subtil « La Guerre des Te Deum » – ce dont je me moque, mon propre titre prouve bien que je ne crains pas le racolage, mais c'est un indice de plus que la trace du CMBV s'efface dans la programmation.
♠♠ Et ces rares explorations ne comportent pas de cohérence particulière entre elles, de projet scientifique perceptible. J'ai cherché, manifestement les lieux d'accueil extérieurs des productions du CMBV ont également diminué – autrefois, les « nouveautés » importantes étaient rejouées à la Cité de la Musique ou au Théâtre des Champs-Élysées. Manifestement, plus de lieu d'accueil, hors un partenariat cette saison avec Favart pour Alcyone – reste à voir s'il se reproduira dans la prochaine saison.


Tout cela conjugué pose la question : que devient la programmation du CMBV, gérée par Château de Versailles Spectacles ?  Après avoir explosé dans les premières années de la nouvelle répartition des rôles voulue par la Cour des Comptes, à partir de 2011, elle semble bifurquer vers une programmation de prestige (on y jouera le Requiem de Verdi, des ballets de Béjart et Preljocaj…) et délaisser la partie exploratoire de sa mission. La saison en cours était aussi limitée en découverte, mais proposait au moins des productions scéniques



4. La vérité est ailleurs

Cela, c'est l'avis du spectateur qui lit la programmation. La réalité est un eu plus subtile et, une fois formulé mes ronchonneries et avertissements d'ordre artistique pour l'avenir, c'est l'occasion de regarder l'évolution de la situation sur une décennies, et les contraintes qui pèsent sur l'organisation des spectacles versaillais.

En effet, en 2010, la Cour des Comptes publie un rapport sur Château de Versailles Spectacles, et relève le peu d'intérêt de la structure (créée en 2009), essentiellement destinée à organiser les « Grandes Eaux ». Il s'agissait de donner plus de souplesse aux contrats (largement saisonniers) par rapport à l'Établissement Public du château de Versailles (EPV), notamment du fait des horaires qui ne concordent pas avec ceux des ouvertures

L'EPV a suivi les recommandations, et Château de Versailles Spectacles (CVS) a élargi ses interventions, aussi bien dans les formats (bals, concerts divers) qu'en quantité. Le CMBV n'est plus, depuis, l'organisateur des concerts qui se déroulent dans le Domaine, et le nombre de représentations a considérablement augmenté (13 en 2009 contre 74 en 2013 !). Bien sûr, le nombre indiqué doit être celui des concerts produits par CVS, excluant donc en 2009 ceux assumés par le CMBV. Mais il est vrai que la quantité de soirées a considérablement cru.

Les chiffres du remplissage (80% en 2013), des bénéfices et d'augmentation des bénéfices (30 à 70% pour les « Eaux Musicales » sur la période observée dans le rapport de 2015) sont assez spectaculaires, en effet.

La reprise en main des concerts organisés par le CMBV (alors recentré sur ses missions de recherche et de formation – ainsi que, bien sûr, du choix des contenus des concerts) s'est donc traduite par une augmentation de l'offre, et a permis plusieurs des saisons incroyables des années passées, où l'abondance et la rareté ne souffraient pas de remise en question.

Néanmoins, sur le long terme, je n'en vois pas moins une inflexion assez nette, qui abandonne progressivement l'aspect méthodique de la recherche, des propositions thématiques, pour une suite de concerts « Grand Siècle » assez généralistes : le CMBV ne remplit alors plus autant sa mission de diffusion, surtout lorsque les partenariats avec maisons parisiennes semblent dansle même temps se raréfier.

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Le nombre de tragédies en musique écrites est assez limité en réalité (quelques dizaines), et on semble ne plus rejouer que les mêmes, en dehors de la période, jusqu'ici très négligée, de la seconde moitié du XVIIIe siècle (parfois en collaboration avec Bru Zane, dont les moyens financiers semblent assez supérieurs), pas mal défrichée ces derniers temps. Que fait-on de la période qui s'étend entre LULLY et Rameau ?  Quelques Campra, mais pour le reste, silence à peu près total. Voilà qui mérite considération.

Pour préparer / prolonger : retrouvez l'intégralité des opéras de LULLY, classés, présentés. Avec leur discographie complète.


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Commentaires

1. Le dimanche 2 avril 2017 à , par Dardanus

Cher David,
Je lis avec beaucoup d’attention vos articles et vos critiques, qui sont souvent très pertinents et documentés. Sur celui-ci, je me permets toutefois quelques remarques car certains aspects me semblent mal posés. En effet, lorsque J.-J. Aillagon, alors président du Château de Versailles, a décidé de confier à la seule filiale du Château, CVS, la pleine et entière mise en œuvre de la saison de l’Établissement public (ce qui était, au demeurant, une décision pleine de bon sens), le Centre de musique baroque a intelligemment redéployé sa mission au niveau national et international. Certaines de ses productions sont toujours données au Château, dans le cadre de la programmation de CVS, comme – dernièrement – le Persée de 1770 dont vous parlez, mais aussi « Un Opéra pour trois rois » en lien avec l’exposition « Fêtes et divertissements à la cour », et de réguliers concerts de musique sacrée. Le CMBV n’est lié qu’à l’EPV et pas directement à sa filiale, qui n’a donc aucune prise sur les choix qui sont faits en termes de recherche ou de recréations. Si l’on en croit la communication du CMBV, et notamment son site internet, on constate que le CMBV n’a jamais été aussi actif que cette saison, puisqu’il revendique 30 projets, totalisant près de 150 dates de concerts en France et à l’étranger. En 16-17, je dénombre pas moins de 15 opéras coproduits, dont 14 en version scénique, ce qui est incomparable avec l’activité du même CMBV il y a encore 5 ou 6 ans. Rien que depuis le 1er janvier 2017, soit trois mois exactement, le CMBV a participé à la recréation de Chimène ou le Cid de Sachini avec l’ARCAL, en région parisienne (Massy, Herblay, Saint-Quentin), des Amants magnifiques de Lully et Molière, aussi en région parisienne (Massy) et à Avignon, Rennes et au Touquet, à la création d’une parodie d’Atys de Lully à Malte, reprise en région parisienne à Trappes, à la recréation de Naïs de Rameau à Budapest avec une distribution excellente (Santon, Sempé, Van Mechelen, Dolié). La plupart de ces projets semble avoir été captés ou enregistrés et devraient paraître dans les mois à venir. Je note aussi une Académie d’orchestre à Prague autour des 24 Violons du roi, et un ambitieux projet de formation professionnelle autour de la recréation scénique des Fêtes d’Hébé de Rameau avec l’Académie de l’Opéra de Paris et le Royal College of musique, joué à Paris et prochainement à Londres. Tout cela en trois mois... Dans le futur proche, le site annonce également la recréation du Temple de la Gloire de Rameau (version inédite de 1745) à San Francisco, Scylla et Glaucus de Leclair à Kiel en version scénique (une première depuis l’Opéra de Lyon), Phèdre de Lemoyne en scène coproduit avec le Palazzetto Bru Zane (à Caen et Paris), Le Carnaval de Venise de Campra en scène à Boston et, notamment, un concert de grands motets de Lalande à Versailles (repris semble-t-il à Prague) en juillet prochain. Je note par ailleurs la parution régulière de partitions dont, enfin !, des grands titres de Leclair, Couperin, Charpentier, ou des recueils d’airs de Lully et Rameau très pratiques pour les chanteurs, et des enregistrements toujours aussi originaux (Isbé de Mondonville et Persée 1770 de Lully et consort ; on annonce Les Horaces de Salieri sous peu). Je ne crois donc pas que l’institution ait revu sa politique ou soit en baisse d’activité, au contraire. Par contre, que CVS n’en programme que quelques projets est une autre question, qui semble être le choix de CVS... À la décharge de cette dernière filiale, il semble que la baisse de fréquentation touristique liée aux attentats, et que l’annulation de soirées l’été dernier dans le parc pour cause d’intempéries aient joué sur les finances de la saison prochaine… Au plaisir de vous lire !

2. Le dimanche 2 avril 2017 à , par Benedictus

Merci pour toutes ces précisions.

Pour autant, cette liste des productions auxquelles a participé le CMBV ne semble pas contredire, bien au contraire, le tout dernier paragraphe de David: les efforts semblent à présent surtout se concentrer, d’une part, sur Rameau (trois titres) et ses contemporains (un Leclair, un Mondonville), d’autre part sur l’extrême fin du XVIIIᵉ siècle (Sacchini, Lemoyne, Salieri).

Tandis que, pour toute la période antérieure, on ne trouve guère que Lully - mais sous les espèces d’une une parodie et une réécriture tardive (qui doit davantage à Dauvergne et consort...) - , encore Lully et Campra - mais sous les espèces de comédies-ballets - et Delalande pour le répertoire sacré. Et ce, alors que le corpus des tragédies en musiques de Destouches, Marais, Colasse, La Coste, Desmarest, Gervais, Lully fils - et même Campra - me semble encore bien loin d’avoir été suffisamment exploré.

3. Le lundi 3 avril 2017 à , par Faust

Bonjour

Pour avoir parfois entendu l'actuel - et très actif ! - directeur de CVS présenter ses saisons, il me semble qu'il s'adresse à plusieurs types de publics. Il n'en fait d'ailleurs pas mystère. Ceux qui sont intéressés par les bals costumés ou les grandes eaux ne sont sans doute pas les mêmes que ceux qui vont aux productions plus rares du CMBV ou que ceux qui s'intéressent aux grands opéras du répertoire ou encore ceux qui iront prochainement écouter le Devin du village, rare, mais totalement hors de prix parce que donné dans le minuscule théâtre du Petit Trianon !

Faut-il en conclure que la découverte patiente de compositeurs peu ou moins connus du XVIIIème siècle soit abandonnée ou, désormais, soumise aux exigences du remplissage des lieux de concerts, je ne sais pas. Il est assez probable que CVS soit astreint aux mêmes objectifs (financiers) que le Château de Versailles, devenu une entreprise commerciale de culture ... De ce point de vue, David a raison de poser la question.



4. Le lundi 3 avril 2017 à , par ophanin

La filiale CVS a été créée pour faire de l'argent, point à la ligne. Le directeur se contrefiche du répertoire, il peut bien dire vouloir toucher différents publics, les faits parlent d'eux-mêmes. Il a lancé avec son ami Aillagon les expositions d'art contemporain pour mettre en valeur les artistes de François Pinault, son ancien employeur. A partir de là...

En outre, pour les remplissages, il faut savoir que l'Etablissement Public achète des places à sa filiale quand les objectifs ne sont pas atteints. Les bons chiffres affichés ne sont pas si bons que ça.

5. Le mardi 4 avril 2017 à , par DavidLeMarrec

Merci à tous pour ces avis très contrastés, qui enrichissent considérablement ma proposition de départ, et en particulier à vous, Dardanus, pour tous ces exemples très circonstanciés !

Toutefois, je n'ai pas l'impression que votre contrepoint contredise réellement mon propos : je parlais de la programmation à Versailles (voire son écho à Paris), et ce que vous en dites conforte plutôt mon constat (nuancé, malgré mon titre purement racoleur).

¶ En effet, le nombre de spectacles, comme le souligne la Cour des Comptes, a spectaculairement augmenté – et j'ai été très impressionné que ce soit seulement possible, et à des tarifs tout à fait accessibles, à intervalles si réguliers, alors qu'il faut guider les spectateurs jusqu'à la bonne entrée d'un domaine aussi vaste, prendre toutes les précautions pour que rien ne soit dégradé ou dérobé, et cela pour des jauges limitées (et donc d'une rentabilité sans doute minime, voire négative)… Certes, la Chapelle et l'Opéra sont proches de l'entrée principale, et il n'y a rien à prendre sur le chemin dans les couloirs déserts, mais ce doit réclamer un certain nombre de précautions en amont, de personnel, avec les majorations pour les soirées (autre but de la création de la filiale, utiliser des contrats plus souples / précaires à conditions précises, qui coûtent moins que des statutaires qui feraient de l'exceptionnel).
Je ne nie absolument pas que le CMBV, sur cette assise financière et peut-être libéré de contraintes logistiques, ait élargi son rayonnement à l'étranger – très égoïstement, je me suis limité à ce qui pouvait intéresser le lecteur francophone (pour ne pas dire moi-même), c'est-à-dire les productions en France (peu de tournées ambitieuses en province, par exemple – à part Lemoyne, l'essentiel se passera à Versailles ou à l'étranger).

¶ Vous avez raison de souligner la cohérence entre l'exposition Feſtes & divertiſſemens (par ailleurs à la fois spectaculaire et remarquablement conçue, progression lisible, objets émouvants, reconstitutions inespérées de décors ou d'accessoires de Berain !) et la programmation musicale. Mais précisément, cela illustre le changement de pied : le Château et le CMBV ne produisent plus autant d'œuvres inédites, mais puisent plutôt dans le catalogue déjà joué, pour des programmes thématiques – très respectables, et sans doute plus accessibles à un vaste public.
En cela, il y a un réel changement au cours des deux dernières années (après la première période de faste au moment de la reprise), dans la mission même d'exploration du CMBV, ou en tout cas dans sa quantité.

¶ Sur l'activité du CMBV : oui, bien sûr qu'ils sont très actifs et admirables, j'y étais d'ailleurs pour Chimène (il y a même une assez longue double notule sur la question). Mais il n'en demeure pas moins que ce n'est plus une programmation thématique d'exploration comme pour les anciennes Journées du CMBV, et que la tragédie en musique XVIIe (hors LULLY) et premier XVIIIe n'y est plus du tout représentée. Je ne peux que louer l'effort actuel sur le second XVIIIe (je soupçonne que la coalition avec Bru Zane a été une aubaine financière en plusieurs occurrences…).
Remonter les Amants magnifiques ou produire (en crowdfunding, me semble-t-il ?) une parodie, même si c'est passionnante, n'est pas exactement ce que je visais ici.
Je ne réfute absolument pas les mérites du CMBV, au contraire (ce qu'ils offrent comme matériel pédagogique, comme remise au jour du répertoire, comme lieu de formation et de recherche, est à peu près sans exemple). Je souligne l'inflexion frustrante de l'association avec Château de Versailles Spectacles, qui après avoir permis une orgie de nouveautés, semble mettre l'accent davantage sur le caractère festif et grand public (fortuné) auquel le lieu semble naturellement se prêter. Pour l'instant, rien d'alarmant : mais au rythme où la mutation se produit, je crains que le modèle ne soit radicalement en train de changer.


Le CMBV n’est lié qu’à l’EPV et pas directement à sa filiale, qui n’a donc aucune prise sur les choix qui sont faits en termes de recherche ou de recréations.

Je n'en crois rien. L'EPV décide des orientations : il répartit les sous et donne les ordres… s'il dit à CVS de faire plus de bals masqués et de soirées VIP, il sera obéi (choses auxquelles je suis au demeurant très favorable, quel mal y a-t-il à financer l'institution avec des choses qui contentent un public… ils peuvent bien inviter le Crazy Horse dans la Galerie des Glaces, ce n'est pas un problème – et en l'occurrence, comme ils vendent plutôt le frisson Marie-Antoinette avec leur Devin du village de Trianon pour happy few, on ne peut même pas les accuser de dénaturer l'esprit du lieu).

Et de même, si la direction du Château demande au CMBV de produire des spectacles thématiques en rapport avec le lieu et l'histoire plutôt qu'avec la musique elle-même, le CMBV n'est pas libre. (L'ordre ne vient pas de CVS, oui, mais CVS a été créé pour permettre ce type de nouveau format.)


à la recréation de Naïs de Rameau à Budapest avec une distribution excellente (Santon, Sempé, Van Mechelen, Dolié).

(Je relève simplement que je n'aurais pas attribué à la même épithète à cette distribution – pleine de mérite, mais assez loin de l'idéal de déclamation et des voix franches décrites par les chroniqueurs du temps… C'est pas Daneman-Auvity-Correas, disons. Quant à l'urgence de jouer des Rameau – certes, pas forcément mineur en l'occurrence –, je n'en suis pas convaincu, peut-être une question de goût personnel aussi. Ce n'est pas du tout la question qui nous occupe de toute façon.)


Merci encore pour toutes ces précisions factuelles qui facilitent la vue d'ensemble !

6. Le mardi 4 avril 2017 à , par DavidLeMarrec

@ Benedictus :

Oui, on voit bien que ça se concentre sur des œuvres connues du milieu du XVIIIe (Rameau, Leclair), sur des remises sur scène de valeurs sûres (LULLY, Marais, Rameau), et le Mondonville neuf n'est pas très intéressant de surcroît (à tous les étages : distribution atone, Vashegyi très en deçà de ses enregistrements fin XVIIIe, continuo qui ressemble à celui des années 80 au mieux, œuvre qui est un ballet à entrées pas très inspiré).

L'accent porte clairement sur la fin du XVIIIe siècle, avec Sacchini, Salieri et Lemoyne, là de véritables redécouvertes très ambitieuses, et minutieusement préparées. Dans un répertoire qui était, il y a dix ans, une friche complète, c'est un événement considérable.

Mais voilà, l'année prochaine, je ne vois rien à Versailles, ni dans les programmes parisiens, de ce type. On annonçait Tarare en 2018, ce sera manifestement à l'automne. Et pour le reste ? Les Talens Lyriques ne font qu'un LULLY (certes, on avait besoin d'une nouvelle Alceste au disque, et je suis enchanté de pouvoir l'entendre), plus d'accueil de Bru Zane non plus…
Depuis deux saisons, on voyait se développer la programmation événementielle, à thématique historique, mais elle voisinait avec les redécouvertes du CMBV. Pour l'instant, je ne les vois pas dans le programme de l'année à venir. D'où la remarque que je fais : si c'est une tendance, elle va faire très mal aux amateurs de ce répertoire (et à la cause du patrimoine musical).

Effectivement, il reste beaucoup de bijoux à découvrir dans le premier / second flux de tragédies en musique – des pièces avec des livrets ambitieux de Roy ou Danchet, très sombres, et une influence italienne croissante (chromatismes, soin du contrepoint, batteries, instruments solos obligés…) qui ne pourraient que séduire le public. Le CRR de Paris a remonté il y a quelques semaines un acte de la Médée (et Jason) de Salomon, une sacrée musique, de la très belle ouvrage qui mériterait d'être entendue en intégralité…

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@ Faust :

L'adresse à plusieurs publics me semble non seulement légitime, mais nécessaire : il ne s'agit pas de limiter l'accès au spectacles aux geeks de la tragédie lyrique ou aux membres de la jet-set qui veulent privatiser le Salon d'Hercule pour faire danser fifille… Plus il y a de formats, plus on peut satisfaire de monde et de missions.

(Le Devin du village ne me fera pas trop pleurer : c'est une jolie œuvre, importante dans l'histoire des controverses, mais son intérêt musical n'est pas tel qu'en être exclus soit une perte immense. Bien sûr, il est dommage qu'ils n'en fassent pas une production de moindre prestige dans un Placard Royal ou une petite salle parisienne, quitte à en changer les interprètes et à supprimer la mise en scène, manière que tout le monde puisse en profiter.)

Jouer Don Giovanni permet aux gens qui n'oseraient pas payer aussi cher pour aller voir quelque chose d'inconnu de se rendre à Versailles, et surtout de faire augmenter les recettes (vu les tarifs délirants, la soirée devait être amortie).

Il est assez probable que CVS soit astreint aux mêmes objectifs (financiers) que le Château de Versailles,

C'est même davantage que cela : CVS a été créé pour permettre d'atteindre ces objectifs, essentiellement, c'est-à-dire rationnaliser l'exploitation des activités annexes et traire la poule aux œufs d'or (je viens de réécouter Bellérophon, pardonnez-moi).

Ce qui, pour un établissement public censé s'adresser au plus grand nombre et ne pas coûter exagérément au contribuable, est un objectif parfaitement respectable. Je posais uniquement ma question initiale du point de vue de l'exploration du répertoire, et du mélomane un peu intéressé par cette frange-là… Si j'étais directeur de ces filiales, je ne le verrais sans doute pas de la même façon en produisant des concerts Sacchini-Grétry complètement vides en semaine (Panurge dans l'Île des Lanternes, pourtant par Niquet…).

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@ Ophanin :

Je ne crois pas qu'ils s'en cachent tant que ça (de l'objectif de monétisation, je veux dire, pas des conflits d'intérêt que je n'ai pas explorés).

L'auto-achat, la distribution d'invitations (pas à Versailles) sont effectivement des expédients très souvent utilisés pour asseoir un taux de remplissage. Quand on pose les places gratuites à l'entrée d'un Conservatoire en espérant remplir la salle au quart, on fait entrer ça dans le taux de remplissage ensuite. Quand l'Opéra de Paris vend 50€ ses places à 250, évidemment qu'à la fin des fins ce sera bien rempli. La séparation des institutions versaillaises doit effectivement permettre ce type de passe-passe.

(Néanmoins, pour y aller souvent, je suis toujours surpris par le taux de remplissage : pas mal d'invités aux places les plus chères, mais pas davantage qu'ailleurs. Beaucoup de comités d'entreprise – au milieu d'Hercule mourant de Dauvergne « mais c'est qui, Alcide ? » –, mais surtout beaucoup de passionnés, ou de gens qui testent Versailles. Peu de gens qui partent à l'entracte, et vraiment bien rempli pour une programmation aussi spécialisée. La masse critique francilienne, un public étroit mais fidèle, l'attraction du lieu qui joue sa propre musique, ça fait qu'ils ne s'en tirent pas mal en général.)

7. Le mardi 4 avril 2017 à , par Falstaff

Par ailleurs, il est assez étonnant de trouver des redites trait pour trait avec les années précédentes : Vêpres de Monteverdi par Gardiner, couronnement de George II par King...

8. Le mardi 4 avril 2017 à , par DavidLeMarrec

Et puis les LULLY, c'est tous les mêmes !

(Sérieusement, oui, c'est vrai, certains titres reviennent toujours, mais ce n'est pas une exception, on a la même chose avec les Passions de Bach partout…)

9. Le lundi 21 août 2017 à , par Jacques H

Un commentaire "technique" sur la réservation des spectacles de Versailles : le site Internet est insupportable
. la sortie "naturelle" (par ESC ) de l'affichage du plan de la salle conduit à quitter la réservation
c'est très énervant car on perd les places quasi-réservées ... ou il faut attendre 20 minutes pour pouvoir les re-réserver
. juste après, en cas d'oubli du mot de passe ... celui ci est envoyé avec un long retard ... mais on est sous la pression de la limite des 20 minutes
Bref, c'est très énervant ... et on appelle par téléphone ... et là on a confirmation par les gentilles personnes au fil que nombre de personnes font le même constat.
Keep cool and smile ... grrrr !

10. Le mardi 22 août 2017 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Jacques !

Le Château de Versailles pousse la couleur locale jusqu'à conserver une billetterie très XVIIIe, oui…

Le site ne permet pas (facilement) de choisir ses places, il fait payer systématiquement un supplément de frais de réservation / de poste, ne propose pas de billets numériques (pour revendre ou même donner ses places en cas d'empêchement, bonjour… on n'annule pas Versailles, enfin !).

Ça va que leurs plans de salle ne sont pas très complexes (et que les places sont assez équivalentes en confort visuel), parce que c'est effectivement un peu la torture… certaines manipulations permettent d'ouvrir un grand nombre de réservations tandis que d'autres détruisent le panier, et les places manquées sont indisponibles pendant plus de 20 minutes à mon avis (plutôt quelques heures…).

C'est la dernière grande maison qui ait conservé l'infâme Orion-Sirius. Après, comme sa place excentrée, le plancher de ses prix relativement élevé, le caractère très spécialisé de sa programmation font qu'on ne s'y rend pas en général trop de fois par saison, c'est gérable. Mais oui, il y a clairement un grand progrès à faire là-dessus.

(Moi, c'est surtout sur la tendance qui se confirmera ou non l'an prochain que je frémis : que ferons-nous si les vestiges des Journées du CMBV disparaissent décidément ?)

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