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La bande son des huées – (Damnation, Hermanis)


Comme promis, l'ambiance de salle de la première de La Damnation de Faust à Bastille, avec les huées adressées à Alvis Hermanis (et les réactions pendant la musique).

Oui, c'est une drôle de façon de racoler les lecteurs sur un carnet qui se prétend amateur de musique, j'en conviens ; mais il faut le voir comme un document sociologique autour de la gent glottophile, comme on en a déjà publié quelques-uns : Salome au Met, Tosca en Italie et à Londres, Cléopâtre de Massenet à Paris, pour ne rien dire des ténors, ovationnés à l'occasion, qui disputent le chef en pleine représentation, ou qui demandent un verre d'eau pendant « Di quella pira » (où, pour mémoire, la mère du personnage est sur le point d'être brûlée vive).


Aux saluts, très courte apparition d'Alvis Hermanis et de son équipe, totalement couverte par les huées. Après avoir manifesté ses remerciements à la fosse et aux plateaux, le metteur en scène repart en coulisse avec les siens, manifestement pour ne pas gêner le succès des musiciens. La bande ne permet pas de percevoir complètement à quel point les applaudissements étaient couverts par les huées, mas on se représente déjà assez bien qu'elles étaient très nombreuses.


Premières franches huées : en guise de précipité, un intertitre entre les parties III et IV. Pendant ce temps, un texte de prêchi-prêcha sur l'avenir martien de l'homme défile, comme au début de la pièce. Vous pouvez aussi entendre quelques échanges délicats, à la gloire du public glottophile, que ma ligne éditoriale de défend de transcrire (mais que l'on entend très bien).


Le pompon : rires nerveux et commentaires pendant le solo de cor anglais. Mais pas pendant le chant, on n'est pas des sauvages non plus, chez les glottophiles : il faut quand même écouter les chanteurs si on veut pouvoir les huer honnêtement.



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Commentaires

1. Le samedi 19 décembre 2015 à , par Mazeppa

Le public parisien sortirait-il de sa léthargie ? On commence à noter, ici et là, quelques réactions que je trouve pour ma part très positives. Ce n'est pas parce que "la Damnation de Faust" n'est pas, à l'origine, un opéra que l'on peut s'autoriser à en faire n'importe quoi. Je n'ai pas vu la production, mais les photos parues sur le Web ont suffi à me convaincre de sa vacuité. Ce que l'on appelait autrefois "avant-garde" n'est plus aujourd'hui que du grand n'importe quoi. On peut aller très loin dans la mise en scène de certains ouvrages (certains, pas tous) à condition que cela ait un sens et apporte un nouvel éclairage à l'oeuvre. Mais combien de metteurs en scène prennent le temps de se frotter vraiment au texte et à la musique ? Il est si facile de les ignorer et d'inventer une autre pièce, sans se soucier de la musique. Il est donc sain que le public manifeste son mécontentement dès lors qu'il se rend compte que l'on se moque de lui. Merci d'avoir mis en ligne ces manifestations qui mettent du baume au coeur.

2. Le samedi 19 décembre 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Mazeppa,

Allons donc, se plaindre du manque d'attention au texte et à la musique tout en jugeant une production de théâtre sur des photos, pour un peu on pourrait y voir une contradiction ! Pour autant, c'est effectivement ce que fait Hermanis (comme tant d'autres), raconter sa propre histoire en essayant de la rattacher par-ci par-là à la littéralité du livret (ce qui est tout à fait médiocre, j'en conviens).

Le public parisien était tout aussi actif pendant l'ère Joel – et ce n'était pas faute de proposer de jolies mises en scène berçantes ! Non, il suffit de se rendre aux premières, où la tradition est de huer n'importe qui, pour n'importe quelle raison. Les chanteurs qu'on aime pour leur dire qu'il ne faut plus qu'ils fassent ce rôle, où qu'il faut qu'ils se retirent avant qu'ils ne commencent à décliner ; les scènes de nu ou les bisous d'escargots ; les opinions de tel artiste ; le manque d'audace de jolis décors ; et peut-être le confort des sièges ou la couleur du revêtement des couloirs, je n'ai pas vérifié.

Ce qui est fascinant, c'est qu'il se trouve toujours une portion significative prête à huer aux premières, que ce soit pour des mises en scène tradis (donc trop timorées) ou des mises en scène branchées (donc pas assez littérales). Il y a donc plusieurs engeances un rien bornées qui se succèdent en un perpetuum mobile qui aurait réjoui l'évêque Nicolas.

3. Le dimanche 20 décembre 2015 à , par Olivier

Bonsoir,

Aujourd'hui n'était pas la première, mais les huées étaient fort nombreuses, fort sonores; la majorité des spectateurs a manifesté son mécontentement envers D.Mercy, considéré sans doute comme le "représentant" de Hermanis. C'était gênant. Qu'y peut-il donc?
La mise en scène ne présente aucun intérêt et n'est même pas provocante (je n'ai pas vu les escargots). La question: par quel cheminement Hermanis a t-il pu aboutir à S.Hawking dans son fauteuil? à le placer dans cet instrument à plusieurs axes? à l'élever extatiquement? un vrai mystère.
Heureusement, Berlioz nous a offert sa musique et son orchestre. C'est ce que je retiendrais de ce dimanche après-midi.

4. Le lundi 21 décembre 2015 à , par David Le Marrec

Bonsoir Olivier !

Ah oui, ça arrive souvent, et accroît l'absurdité du phénomène, les danseurs prennent sur leurs épaules la mise en scène (plus que la chorégraphie, d'ailleurs).

Si j'ai bien suivi le principe, vieux scientifique = Hawking sur sa chaise, et tout déccoule de là. Je suppose que Hermanis s'est dit « Faust n'évoque plus rien à personne, qui pourrait le remplacer ? » – car, bien sûr, tout le monde est plus familier des trous de ver et de l'inflation sans bords que du mythe de Faust.
Pourquoi pas d'ailleurs, on peut voir la tentation que représenterait pour Hawking, figure scientifique cardinale de la pop culture, de retrouver sa mobilité ; mais là se trouve le problème de la transposition, rien n'est équivalent en tout point : tentation par rapport à quoi ? Si on parle de personnage réel, alors il n'y a plus de démon, et de là, plus de possibilité d'effectuer un échange standard d'âmes, plus de monnaie d'échange, bref plus rien ne tient. Un jour banal dans l'univers des transpositions théâtrales, en somme. Ce qui est original tient plutôt à l'absence de direction d'acteurs et à la lourdeur des soulignements du concept.

Les escargots ont été supprimés après la deuxième représentation, manifestement parce que les rires (plus que les protestations) couvraient la musique. Dommage, c'était l'un des rares moments où l'on pouvait percevoir un dialogue entre ce qui était montré sur scène et les développement musicaux. Après, a-t-on envie d'associer le cor anglais de « D'amour l'ardente flamme » à des bisous d'escargot, chacun se fait se propre religion.

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David Le Marrec


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