Carnets sur sol

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Opéras en province – saison 2013-2014


Petite sélection de raretés et autres friandises en France et dans le voisinage francophone pour la saison qui débute. En gras lorsque motivé par les œuvres, souligné lorsqu'il s'agit des distributions.

Quatre groupements : Renaissance, baroque & classique ; romantisme ; XXe siècle ; contemporain. Avec leurs commentaires pour aider au choix, et des renvois vers les notules contenant des informations.

Renaissance, baroque et classique

Bardi & friends - La Pellegrina - Dijon
Superbe ambition : reprendre l'ensemble de chants dramatiques et de ballets prévus pour le grand divertissement La Pellegrina, fruit des travaux de la première Camerata Bardi (la seconde donnera naissance au genre opéra). Avec les compositions inégales, mais pour large part intéressantes de Marenzio, Caccini, Cavalieri, Peri, mais aussi Malvezzi, Archilei et Bardi lui-même.
En revanche, s'agit vraisemblablement d'une intégration dans une architecture dramatique plus récente, puisque le livret est crédité au nom de Rémi Cassaigne.

Campra - Tancrède - Avignon
La production du CMBV de cet opéra (parmi la dizaine de ceux qui, jusqu'à la fin de l'ère baroque, on été les plus joués en France) est aussi jouée à Avignon. Avec les mêmes chanteurs et Schneebeli.

Cavalli - Elena - Lille, Montpellier
Déjà donnée cet été, cette œuvre de Cavalli qui n'était pas encore documentée a rencontré un franc succès, avec semble-t-il Leonardo García Alarcón sous son meilleur jour (pas trop fantaisiste avec la partition mais aussi inspiré qu'il peut l'être). Pas encore écouté la bande radio pour ma part.

Gluck - Orphée et Eurydice - Bruxelles
Mise en scène (possiblement surprenante) de Castellucci, direction de Niquet, et présence de Stéphanie d'Oustrac pour le rôle-titre.

Monteverdi - L'Orfeo - Lausanne
Ce n'est pas forcément une recommandation, mais Garrido exerce toujours tandis qu'il a (si vite) disparu des radars de la notoriété musicale, après une trilogie Monteverdi accueillie avec enthousiasme et quelques opéras du Nouveau Monde. Il est vrai que son ensemble (et ses chanteurs) n'étaient pas forcément du niveau des meilleurs, et je n'ai jamais été très convaincu par son Orfeo, malgré son originalité bigarrée intéressante. Mais je signale tout de même sa présence. Avec Kiehr, Rewerski, MacLeod...

Mozart - Lucio Silla - Bordeaux
Le plus beau seria de Mozart après La Clémence de Titus, à mon sens. Celui où l'énergie de la vocalisation sert les portraits et le drame ; on est vraiment dans la forme à numéros complètement cloisonnée, mais il demeure une électricité permanente assez rare dans le genre (du moins lorsqu'elle est indépendante de la qualité des voix). Dirigé par Jane Glover (donc semi-baroqueux, pas très nerveux mais pas trop mou), avec notamment Daphné Touchais et Léonard Pezzino (deux excellents choix).

Mozart - Le Nozze di Figaro - Saint-Étienne, Dijon
Coproduction de la mise en scène de Richard Brunel, qu'il faut absolument voir. Elle part pourtant d'une transposition commune (et idiote) : l'action se passe dans une entreprise, où l'aristocrate devient le patron. Évident, et cela ne peut fonctionner, à cause des spécificités de chacune des situations. Mais Brunel (contrairement à Wieler et Morabito qui s'étaient un peu enferrés dans leurs propres métaphores) ne cherche pas particulièrement à développer l'aspect politique ou philosophique de la chose, et on oublie très vite l'atmosphère de bureau pour être plongé dans l'une des plus exceptionnelles directions d'acteur qu'ait vu la scène mozartienne. Passionnant de bout en bout, en tout cas tel que réalisé avec les artistes d'Aix-en-Provence (bons acteurs, mais pas les meilleurs chanteurs du marché pour autant). Dirigé par Jonathan Cohen, qui avait un temps été pressenti pour succéder à Christie aux Arts Flo.

Mozart - La Clemenza di Tito - Nancy
Avec Bernard Richter en Titus, et la particularité (absurde, mais suivant la mode) d'un contre-ténor dans le rôle de Sextus. Franco Fagioli a pour lui de sonner avec féminité (vraiment Bartoli-like), mais on perdra forcément en impact physique, même si dans son cas la netteté de vocalisation ne devrait pas être trop affectée. Physiologiquement, un falsettiste ne peut pas briller dans les moments héroïques ; ce peut être très beau dans le trio de l'arrestation, par exemple, mais le rôle a d'autres aspects. Et la diction est forcément affectée par l'usage exclusif du mécanisme léger.
Cela dit, ce sera original, on ne le fait pas souvent.

Mozart - La Clemenza di Tito - Bruxelles
Autre distribution intéressante (et même très appétissante) : série A avec Gens, Bonitatibus et Streit, série B avec Penda, Losier (1,2,3,4) et Workman ! Direction Ludovic Morlot, prometteuse aussi.

Rameau - Nélée et Myrthis - Clermont-Ferrand
Un petit acte d'opéra d'une demi-heure de Rameau, très bien écrit, pas trop décoratif, qui mérite d'être entendu. Couplé avec la Serva Padrona, avec Chantal Santon et Marc Labonnette dans les rôles principaux. Ce devrait être plutôt bien.

Rameau - Les Indes Galantes - Bordeaux
Production intéressante, mise en scène par Laura Scozzi, qui quitte le seul rôle de chorégraphe pour régler tout le spectacle. Vu son talent à l'animation scénique (Platée !), on peut en attendre beaucoup dans une œuvre où la dimension chorégraphique est essentielle. Par ailleurs, Rousset lui aussi réussit mieux ses danses que ses récitatifs, et le plateau est superbe : Wanroij, Brahim-Djelloul, Dolié, Arnould, Warnier, Dahlin...

Rameau - Castor et Pollux - Bordeaux
La version de concert avec Pichon passe aussi à l'Opéra-Comique. Distribution hallucinante : Judith van Wanroij, Michèle Losier, Katia Velletaz (1,2,3,[4|http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2012/11/14/2126), Bernard Richter, Florian Sempey ! En revanche, décision complètement crétine de jouer cela dans la grande salle Dutilleux de l'auditorium, alors que c'est vraiment le format idéal pour le Grand Théâtre, quasiment contemporain de ces œuvres. Sans parler du frisson de voir l'architecture et la musique se répondre.

Rameau - Les Festes de l'Hymen et de l'Amour - Bruxelles
« Nouvelle » œuvre de Rameau dont l'édition critique vient de paraître. Niquet le joue avec un plateau enchanteur (Paris, Versailles également) et le disque doit être publié dans les prochains jours. J'avoue ne pas être persuadé de l'intérêt de l'œuvre (les opéras à entrée ont au minimum un livret déplorable, et souvent une musique plutôt superficielle), il faudra tester. Peut-être un écho dans ces pages de l'écoute du disque ou de la lecture de la partition.

Romantisme

Beethoven - Fidelio - Bruxelles
Pas certain que les fortepiani permanents de Jérémie Rhorer rendent complètement justice à l'œuvre, mais le son sera différent, et la distribution particulièrement sympa : Byström, Groves surtout dans un Florestan qu'on peut prévoir bien-disant, aisé et souple, Foster-Williams, Karthäuser...

Bellini - La Straniera - Marseille
On joue généralement toujours les quatre mêmes opéras de Bellini ; La Straniera est sans doute celui, dans les moins joués, qui mérite le plus l'intérêt. Et ici, dans une belle distribution, avec Ciofi, Deshayes, Furlan, Tézier, Courjal !

Bizet - Les Pêcheurs de Perles - Angers, Nantes
Distribution exceptionnelle et tellement adéquate : Anne-Catherine Gillet, Frédéric Antoun, Nicolas Courjal. J'aime moins Étienne Dupuis, mais il est familier de ce répertoire. Version de concert au Palais des Congrès (jamais testé).

Catalani - La Wally - Genève
Un classique du vérisme qu'on entend peu par chez nous (il faut dire que le livret est particulièrement limité, et la partition pas toujours vertigineuse), dirigée de façon vraisemblablement sans lourdeurs par Pidò, dans une ambiance agréable créée par Toffolutti, et avec une belle distribution : Frittoli, Kunde, Dober. J'aimerais plutôt entendre La Lorelei, beaucoup plus romantique et inspirée.

Chabrier - L'Étoile - Montpellier

Chabrier - Une Éducation manquée - Rennes
Avec Julie Pasturaud en Gontran ; ce petit bijou délicieux est couplé avec Pomme d'api d'Offenbach.

Chausson - Le Roi Arthus - Strasbourg
Merveilleux chef-d'œuvre du wagnérisme français, dirigé par Jacques Lacombe et mis en scène par l'inventif Keith Warner. Je suis un peu plus dubitatif sur la distribution hétéroclite et pas totalement prometteur : Elisabete Matos se caractérise plus par la larguer de sa voix que par la grâce de ses phrasés ou la précision de sa diction ; Andrew Richards est à l'opposé bien clair, presque translucide, pour ce profil vocal ; Franck Ferrari va rencontrer des problèmes de projection face aux volumes qui déferlent par endroit dans la partition. Ce ne sera probablement pas la représentation la plus marquante de la décennie ; mais s'il n'y avait la promesse de pouvoir l'entendre à Paris d'ici deux ans (avec Koch et Alagna, semble-t-il), il faudrait tout de même se précipiter.

Cilea - Adriana Lecouvreur - Nice
L'œuvre est davantage jouée en Europe ces dernières années, me semble-t-il, mais pas encore en France.

Delibes - Lakmé - Metz
Là aussi, retour en grâce qui semble en cours. Et très belles conditions : Boisvert (voilà qui doit être idéal, l'aisance aiguë sans transiger sur les mots, contrairement à plus ou moins 100% des Lakmé documentées par le disque), Ballestra, Cavallier, et Mercier au pupitre !

Delibes - Lakmé - Saint-Étienne
Avec Cyrille Dubois, Boris Grappe et André Heyboer, dirigé par Laurent Campellone. Prometteur.

Delibes - Lakmé - Lausanne
Avec Christophe Berry, Boris Grappe, Hanna Schaer et Élodie Méchain.

Donizetti - Anna Bolena - Bordeaux
Cet opéra (le cauchemar absolu de ceux qui considèrent l'opéra comme de la musique ou du théâtre) que je ne révère pas du tout ne peut survivre qu'avec des chanteurs hors du commun, et en l'occurrence, avec Elza van den Heever (belcantiste et verdienne absolument remarquable, et demandée sur les plus grandes scènes), Matthew Rose et Patrick Bolleire, on peut espérer de l'œuvre tout ce qu'elle peut donner (à peu près rien à mon avis, mais on n'est pas obligé de le partager).

Donizetti - La Favorite - Toulouse
Celui-ci aussi est désormais régulièrement programmé. Avec Koch, Pirgu et Tézier.

Grieg - Peer Gynt - Dijon
En 2h30, on doit disposer de l'essentiel de la musique de scène (peut-être même tout), avec quelques bons morceaux de déclamation. Et ce n'est pas une adaptation-résumé, puisqu'on utilise la traduction de François Régnault. Ce sera vraisemblablement déclamé en français et chanté en bokmål.

Humperdinck - Hansel et Gretel (VF) - Toulouse
Version dans la traduction de Catulle Mendès !

Humperdinck - Hansel et Gretel (VF) - Lausanne
Autre production en français.

Lalo - Le Roi d'Ys - Marseille
Comme les Pêcheurs de Perles, l'œuvre semble revenir à la mode et être désormais régulièrement programmée dans les pays francophones. C'est justice. Je ne suis pas sûr en revanche que ce soit la bonne série pour la découvrir : à part Rouillon et Courjal, je ne suis pas très enthousiasmé par le peu de mots que j'y prévois (Mula, Uria-Monzon, Laconi), ni par Foster qui a souvent abîmé ce type d'ouvrage ou par Pichon qui est quand même assez fort dans le genre littéral-plat-qui-ne-respecte-même-pas-le-livret.

Nicolai - Die Lustigen Weiben von Windsor - Lausanne
Classique dans les pays germanophones, presque jamais donné en région francophone. Dirigé par Frank Beermann, avec notamment Harry Peeters, Oliver Zwarg et Benoît Capt.

Offenbach - Croquefer, L'Île de Tulipatan - Compiègne
Reprise des deux spectacles des Brigands. Parmi les petits Offenbach, ces deux-là font partie des plus denses, et leurs parodies d'œuvres d'époque (Meyerbeer notamment...) sont assez réussies.

Offenbach - Le Voyage dans la Lune - Lausanne

Reyer - Sigurd - Genève
L'œuvre n'a pas été rejouée dans le monde depuis 1995 à Montpellier. Et mis à part Marseille en 1991, il faut remonter dans les années 70 et 80 pour en trouver des traces sporadiques sur les scènes, alors même que l'œuvre avait été, dans les années suivant sa création, particulièrement fêtée – c'était même l'un des standards dans les récitals français.
Le gros point fort à Genève est Frédéric Chaslin, personne ne dirigeant mieux que lui, à l'heure actuelle, la forme Grand Opéra, avec ce mélange d'urgence, de souplesse et de densité. Vocalement, le tableau est un peu plus mitigé : Antonacci en Brunehild et Courjal dans l'air du Barde constituent de grandes promesses, mais il ne faudra pas attendre beaucoup de grâce de la part d'Andrea Carè, une voix dramatique au timbre un peu farineux (et au français médiocre jusqu'à présent), ni de Todorovitch.
Je me demande si Chaslin rétablira les parties habituellement coupées (le duo entre Uta et Hilda à l'acte III, le second duo de Hilda et Brunehild à l'acte IV) ; c'est possible, du moins si le matériel d'orchestre existe encore (il se dit que les souris font le tri de la postérité dans les greniers de Choudens).

Rossini - La Gazzetta - Liège

Rossini - Il Turco in Italia - Angers, Nantes
Rarement donné en France, la musique est pourtant parmi la meilleure de Rossini, et le livret de très loin le plus astucieux de tout l'opéra comique italien du XIXe. Avec Franck Leguérinel en Geronio (pour la qualité de caractère) et Nigel Smith en Prodoscimo (excellent vocalisateur).

Rossini - Guillaume Tell - Bruxelles
Avec Pidò, Jaho, Gubisch, Cutler, (Nicola) Alaimo, Bolleire.

Saint-Saëns - Les Barbares - Saint-Étienne
Déjà donné en version de concert à Lille il y a peu, revoici l'ouvrage avec des moyens encore plus ambitieux. Pour avoir lu, chanté et joué le Prologue en préparation de la re-création, c'est un aspect assez inédit de Saint-Saëns, dramatique et tempêtueux, celui aussi de Frédégonde... sans verser dans l'opaque pudding pseudo-wagnérien (la choucroute étant en principe davantage contrapuntique) de Samson et Dalila. Une œuvre qui promet beaucoup.
Dirigé par Campellone, peut-être le chef le plus à même de rendre justice à ce type de musique, avec une distribution disparate (depuis les diseurs tonnants Rouillon et Teitgen jusqu'aux voix égales et opaques d'Aldrich et Gertseva, en passant par l'étrange Shawn Mathey). Peu importe, il faut l'entendre !

Tchaïkovski - Eugène Onéguine - Montpellier
Avec Lucas Meachem (et Piolino en Triquet !), dirigé par Ari Rasilainen. Ce devrait être assez merveilleux.

Thomas - Hamlet - Bruxelles
L'œuvre est désormais régulièrement programmée en Europe, mais c'est une occasion rare néanmoins : Minkowski pour en renouveler l'aspect sonore, mise en scène de Py et une distribution éclatante en alternance : A avec Yoncheva, Richter, Degout, Larmore, Le Texier, Varnier, et B avec Gilmore, Richter, Pomponi, Brunet, Le Texier, Varnier. En prime, Henk Neven en Horatio et Second Fossoyeur !

Varney - Les Mousquetaires au Couvent - Lausanne
Œuvre légère charmante mais complètement passée de mode, avec des spécialistes de ce type de comique : Guèze, Ferrari, Goncalves. Mise en scène Deschamps.

Verdi - I Due Foscari - Toulouse
Un des beaux opéras de jeunesse, où son langage progresse. Donné récemment à Paris, mais rare en France.

Wagner - Der Ring des Nibelungen - Genève
Simplement pour signaler qu'en plus de la direction de Metzmacher, on y verra deux incarnations particulièrement chères à CSS : Michaela Kaune en Sieglinde, et Michelle Breedt en Waltraute. (Ainsi que Diana Axentii en Deuxième Norne.)

XXe siècle

Barber - Vanessa - Metz
En coproduction avec Herblay, Vanessa revient, cette fois à Metz, avec Karen Vourc'h. Vu l'intérêt de la production et la rareté de l'œuvre en France, il faut s'y précipiter.

Bernstein - Candide - Nancy

Britten - Curlew River & autres opéras - Lyon
Riche programmation dans le cadre du festival Britten à Lyon : Curlew River avec Py et Ludlow, Peter Grimes avec Ono, Kaune, Foster-Williams et Plowright, The Turn of the Screw avec Ono et Tortise (enfin un premier rôle à sa mesure sur une grande scène !). Curlew River est peut-être l'opéra le plus étrange de Britten, et pas le plus mauvais musicalement non plus ; comme il n'est que rarement donné en France, c'est une occasion à saisir.

Britten - The Turn of the Screw - Tours
Avec Hanna Schaer et Cécile Perrin, deux grandes titulaires de leurs rôles.

Britten - Le petit ramoneur - Toulouse
Version française de Let's Make an Opera.

Debussy - Pelléas et Mélisande - Angers, Nantes
Stéphanie d'Oustrac en Mélisande ; je n'arrive pas à pronostiquer si une actrice et une voix aussi incarnées peuvent réussir dans cet opéra... mais considérant que d'Oustrac réussit absolument tout ce qu'elle touche depuis plus d'un lustre à présent, je suis tout prêt à lui faire crédit d'un succès éclatant. Jean-François Lapointe en profite pour faire son tournant traditionnel en Golaud. Il n'est pas impossible que cela convienne mieux à ses manières brusques que Pelléas.

Falla - La vida breve - Metz
Ici encore, je ne mentionne le titre que pour sa rareté, n'en étant pas féru moi-même. Et c'est tout de même sacrément court, je ne vois aucun couplage annoncé.

Gershwin - Porgy and Bess - Bordeaux
Très étonnant, douze représentations, au moins le double de la norme à Bordeaux (cinq pour Otello de Verdi, par exemple, où il n'est même pas sûr que ce soit plein).

Honegger - Le Roi David - Tourcoing
Avec Malgoire (je ne l'avais jamais vu diriger du répertoire post-mozartien, alors Honegger !) et Mesguisch (récitant).

Loewe - My Fair Lady - Avignon
On ne joue pas si souvent de la comédie musicale en France (même à Paris, à part les classiques intersidéraux du Châtelet et les nouvelles productions grand public de Mogador...).

Magnard - Bérénice - Tours
Je m'explique mal ces reprises de Bérénice ; est-ce à cause de Racine, qui le rend « vendable » ? Non pas que ce soit un mauvais opéra, je suis même très content de le voir programmé, et de l'écouter ; mais il existe beaucoup d'œuvres beaucoup plus riches ou beaucoup plus susceptibles de séduire le public (dans le genre un peu grisaille mais bon titre, le Macbeth de Bloch est considérablement plus spectaculaire). Peu importe, c'est une bonne occasion de l'entendre, n'est-ce pas ? En bonne compagnie de surcroît : Ossonce, Hunold et Bou.

Messager - Passionnément - Tours
Pas forcément vertigineux, mais rare.

Milhaud - Le Pauvre Matelot - Strasbourg
L'une des œuvres les plus touchantes de Milhaud... et la pièce de Cocteau que je trouve la plus réussie. Le retour du marin disparu, sans trop appuyer sur les parallèles avec Ulysse, mais posant les mêmes grandes questions sur l'idéalisation de l'absent, sans verbiage métatextuel, avec une pudeur et une épure inhabituelle chez son auteur. Musicalement aussi, beaucoup de simplicité gracieuse. Dommage que ce soit couplé avec La Colombe de Gounod, une œuvrette qui n'a pas grand intérêt, de l'aveu même des plus fervents admirateurs du compositeur (si le mien ne vous suffisait pas, ce que je n'ose croire).

Poulenc - Dialogues des Carmélites - Lyon
Avec Ono, Guilmette, Morel, Brunet, Marin-Degor, Devielhe et Alvaro, on dispose d'un plateau particulièrement prometteur, et essentiellement pourvu en voix franches et pourvues d'un beau français. Il reste Sébastien Guèze qui ne voyage pas dans les mêmes sphères, mais vu la nature du rôle, ses aspects déplaisants ne sont pas forcément hors de propos (comme pour les Yniold affreux, cela permet à l'auditeur de mieux épouser la psychologie de Blanche ou de Golaud).

Poulenc - Dialogues des Carmélites - Angers, Nantes
Encore plus fort qu'à Lyon : Gillet, H. Fassbaender, Lamprecht, Hunold, Barbeyrac, Caton, Vidal, dirigés par Jacques Lacombe ! Dans la mise en scène de Mireille Delunsch créée la saison passée à Bordeaux.

Poulenc - Le Mamelles de Tirésias - Bruxelles Version pour deux pianos de Benjamin Britten, avec Roger Vignoles.

Rota - Aladino e la lampada magica - Strasbourg, Colmar, Mulhouse

R. Strauss - Ariadne auf Naxos - Toulouse
Grand plaisir de retrouver Jennifer Check, doublure du Met dont la carrière semblait rester dans l'ombre. Il y a presque dix ans en tout cas (dernière fois que je l'ai entendue), une voix ample et saine, sans appuis outrés, glorieuse mais claire. Et puis Julia Novikova en Zerbinette et Cyrille Dubois en Brighella.

R. Strauss - Daphne - Toulouse
Superbe œuvre, presque jamais donnée en France. Et avec de beaux moyens : Tilling, Larsson, Selig, Haenchen...

Contemporain

Aboulker - Jérémy Fischer - Lyon
Aboulker est la princesse du langage ultratonal : avec des moyens musicaux extrêmement sommaires (même si cela ne sonne pas comme du XVIIIe, la grammaire musicale est assez comparable à celle du début du XIXe – et je ne parle pas, bien sûr, de Beethoven, Schubert, Chopin et Schumann !), elle parvient à planter remarquablement ses décors dramatiques, et avec de la très belle musique encore. Une sorte de comédie musicale dans le langage du classique. Je n'ai pas écouté ce titre, mais c'est forcément bien.

Adams - Doctor Atomic - Strasbourg
L'œuvre récente la plus célèbre d'Adams, et l'une de ses œuvres les plus abouties, où le minimalisme n'est que l'une des très nombreuses techniques musicales présentes ; le texte lui aussi mélange citations (des scènes entières écrites sur de la poésie, de la Renaissance anglaise à Baudelaire) et drame efficace. Dans une belle distribution.

Boesmans - Au monde - Bruxelles
Une nouvelle création de Boesmans à Bruxelles, cette fois inspirée du théâtre « flottant », typiquement contemporain, de Joël Pommerat (également metteur en scène). Je ne suis pas sûr que ce type d'œuvre se prête très bien à l'opéra, genre déjà suffisamment abstrait et « désembrayé » d'avec la réalité ; par ailleurs, l'intérêt d'Yvonne par rapport à Julie, Reigen ou aux meilleurs moments de Wintermärchen me paraît nettement déclinant, il faut voir ce que proposera cette fois la rencontre avec Pommerat. Une chose est sûre : Boesmans est un excellent baromètre culturel, capable de sentir les œuvres les plus à la mode de son époque.
Boesmans met moins à l'épreuve les voix que ses collègues, les met souvent mieux en valeur également ; conséquence : un plateau comme on en voit peu pour des œuvres neuves. Et, chose plus étonnante, tous rompus à l'interprétation avec instruments d'époque et diapasons anciens, qu'ils soient spécialistes quasi-exclusifs comme Mechelen ou Hellekant, ou plus polyvalents comme Petibon, Beuron et Degout. Si l'œuvre réussit, ce sera très beau ; si elle tombe, elle aura le plus bel enterrement possible pour un opéra.

Lauba - La Lettre des sables - Bordeaux
Compositeur quasiment officiel des institutions musicales bordelaises, Christian Lauba a l'avantage de proposer un langage assez sobre, qui ne rechigne pas à l'effet ou à la citation ; ce qu'il perd en profondeur, il le gagne en lisibilité, et ce peut être une qualité décisive pour réussir un opéra (ce à quoi de meilleurs compositeurs que lui ont échoué, faute de ces vertus-là).
En plus, les moyens ont été mis : mise en scène de Daniel Mesguich, et chanteurs de grande qualité : Bénédicte Tauran, Christophe Gay, Boris Grappe...

Pauset-Wagner - Die alte Frau, Die drei Nornen - Dijon
La compensation du Ring archi-coupé de Dijon est manifestement la présence, avant Das Rheingold et Siegfried, de sortes de prologues de Brice Pauset. Je n'ai aucun élément sur ce que ce sera, mais il est assez talentueux pour ménager une introduction un peu poétique. (Mais Wagner, même coupé, n'est-il pas assez bavard sans lui ajouter des prolégomènes ?)

Petit - Colomba - Marseille
J'ai vu assez peu de créations appétissantes dans le programme de l'année (mélanges d'opéras baroques et de sons contemporains, ou compositeurs assez caricaturaux de la contemporanéité, Raskatov à Lyon, Battistelli à Nancy...), mais celle-ci est intrigante. Au théâtre, ce serait éventuellement possible, mais je ne vois pas comment on pourrait rendre justice à ce qui fait le prix de Colomba (le badinage, et non l'histoire) sur une scène d'opéra. Sauf à composer de la conversation musicale avec la verve de Pierné ou Damase (1,2,3,4,5), mais peu en sont capables aujourd'hui.
Jean-Claude Petit entre dans le cadre de l'esthétique promue par les re-créations (Ibert-Honegger, Damase, Tomasi...) et créations (Cosma) marseillaises, et dans le courant qui tend à confier les opéras à des compositeurs d'esthétique filmique. En théorie, il en a les moyens, ayant tout de même reçu ses premiers prix d'harmonie, de fugue et de contrepoint du CNSM... mais après une vie passée à écrire des musiques de film peu ambitieuses et des arrangements pour les chanteurs de variété, sera-t-il capable de trouver l'ampleur et les nuances nécessaires à un opéra ; et a-t-il la culture lyrique nécessaire pour respecter les tessitures de la déclamation et du chant mélodique ?
L'entreprise, en adaptant un sommet de la gloire de l'esprit français, me laisse forcément pessimiste, mais si l'on n'en attend pas forcément l'adaptation définitive de Colomba, on peut sans doute y glaner de beaux moments dans la veine néo-romantique. Je ne me déplacerai pas sans avoir entendu la bande radio, vu les risques, mais c'est sans nul doute le spectacle de la saison qui me rend le plus curieux, Paris inclus.

La sélection de CSS

Pour des raisons de finances et surtout de temps, il n'est pas certain que les lutins, en dehors de leur escapade annuelle à Qaanaaq pour la sous-traitance de la logistique nativitesque, soient très nomades cette saison. Mais parmi les tentations, Hamlet à Bruxelles, Les Barbares à Saint-Étienne, Daphne à Toulouse, Doctor Atomic à Strasbourg tiennent la corde.

Pour le reste, Sigurd à Genève est trop malcommode (sans parler du prix des hôtels), Le Roi Arthus sera proposé à Paris, et j'attends que mes doutes soient levés sur Colomba à Marseille.

Mais c'est là choix personnel, tout ce qui est mentionné sur cette page mérite le détour, pour ne pas dire le voyage.


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Commentaires

1. Le lundi 23 septembre 2013 à , par Joël :: site

> (des scènes entières écrites sur de la poésie, de la Renaissance anglaise à Baudelaire)
En passant par des paroles attribuées au huitième avatar de Vishnu bien avant la Renaissance...

2. Le lundi 23 septembre 2013 à , par Passée des arts :: site

Bonjour David,

Je pense que je ferai le voyage de Dijon au début du mois de février prochain pour entendre cette Pellegrina à propos de laquelle j'ai pu m'entretenir, durant le Festival d'Ambronay, avec une des chevilles ouvrières de cette ambitieuse réalisation. Je pense que la mise en situation de Rémi Cassaigne, qui est un musicien d'une grande intelligence, ne déparera pas une partition de toutes façons quelque peu disparate par nature.
Autre tentation, Les Barbares de ma chère vieille barbe de Saint-Saëns, mais j'attendrai probablement le disque à paraître dans la collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane.

Belle journée à vous.

3. Le lundi 23 septembre 2013 à , par Cololi :: site

Bon pour Bordeaux :

Lucio Silla : ah ? C'est intéressant ? Jamais écouté, mais vu que c'est une oeuvre de prime jeunesse, j'ai plutôt peur de l'ennui. J'y vais dimanche ... je vais essayé d'écouter un peu d'ici là ...

Les Indes : on verra bien ! J'espère que tu dis vrai.

Castor : c'est vraiment n'importe quoi ! Il n'y a pas d'autres mots. Version 1754 + Auditorium ... ou comment tout gâcher. L'année dernière je m'étais bien ennuyé avec Hippolyte (que j'adore pourtant) car c'était la seconde version et que c'était à l'Auditorium (et diable que ça sonnait froid, glacial ... et noyé ...).

la création obligatoire : je crois que j'irai (je suis abonné ^^) ... mais c'est pas sûr ^^

4. Le lundi 23 septembre 2013 à , par Ugolino le Profond

Raskatov, compositeur caricatural de la "contemporanéité" ? A ce compte-là, Boesmans l'est nettement plus, alors que Coeur de chien est pas loin du chef d'oeuvre.
Pour le reste, que de poussière...

5. Le lundi 23 septembre 2013 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

En effet Joël, un non-détail qui ne pouvait pas te rester étranger. :)

Je suis curieux, Jean-Christophe, de voir comme tout cela s'articulera. Il y a beaucoup de possibilités, vu le caractère autonome des « numéros » (avant l'heure), tout dépend du degré d'adaptation, et surtout de son adresse.
Quant aux Barbares, c'est tout sauf un reflet de l'aspect académique de Saint-Saëns ; sans révolutionner le monde de la musique, la partition recèle beaucoup de recherches, de couleurs... ce n'est vraiment pas de la musique formelle. Mais de toute façon, à l'exception de Samson qui me comble assez moyennement, je suis très enthousiaste pour à peu près tous les opéras de Saint-Saëns, publiés ou non.

Je ne suis pas suspect, Cololi, d'indulgence pour le seria mozartien de jeunesse, et même Idomeneo ne me passionne guère. Mais dans Lucio Silla, il y a une forme d'ardeur démesurée (presque de la vocalisation di forza comme dans l'Armida de Haydn ou le seria rossinien !) que je trouve très impressionnante sur le plan musical et vocal. Bien sûr, ce n'est pas subtil comme la Clemenza, est-il seulement nécessaire de le préciser.

Je n'ai pas écouté Cœur de chien, Ugolino. Mais Raskatov, dans les œuvres que j'ai écoutées, utilise vraiment tous les effets qu'on attend d'un compositeur vivant. Boesmans, c'est autre chose, c'est un compositeur à la mode (et paradoxalement beaucoup moins localisable dans le temps, le « progrès » subissant quelques retours de bâton ces dernières années).

6. Le vendredi 27 septembre 2013 à , par Ouf

Tu as oublié le rare et délicat Fortunio (Messager), dans une production (et une distribution) fort prometteuse à Limoges....

7. Le vendredi 27 septembre 2013 à , par Jorge

Ah, c'est en te lisant que je deviens presque heureux de passer le plus clair de mon temps entre Saint-Etienne et Clermont-Ferrand... Que de petits bijoux dans ces lointaines bourgades grisâtres auxquels je n'avais pas pris garde ! Je me laisserai tenter par les Noces et par Lakmé à Saint Etienne et par le Rameau à Clermont.

J'ai fait mon aigri mais je trouve que les scènes lyriques de province présentent partout des choses de qualité (en général). A ce propos, l'opéra-théâtre de Saint Etienne mène une politique active en musique classique pour monter des opéras moins connus, notamment de ceux de l'enfant du pays, Massenet. Pour le symphonique par contre, la province est une contrée fâcheuse...

8. Le samedi 28 septembre 2013 à , par Ugolino le Profond

Coeur de chien fans dans le post-Chostakovitch avec un zeste de vernis contemporain, et est beaucoup plus proche de la musique russe de l'après-guerre que de la soupe contemporaine franco-italo-allemande. C'est en tout cas pas loin du chef d'oeuvre.

9. Le dimanche 29 septembre 2013 à , par DavidLeMarrec

Oui, Ouf, j'ai laissé pas mal d'œuvres légères (Offenbach surtout) de côté, mais c'est vrai que la production de Limoges est très alléchante (celle de Rennes aussi !).

D'accord avec toi, Jorge, cette saison en tout cas montre un soin dans la variété des programmes et dans la qualité des distribution, avec des artistes spécialistes des différents styles abordés. Ce n'est pas du tout l'expérience que j'ai eue à Bordeaux pendant des années, alors ça fait plaisir à constater.

Merci Ugolino, j'irai donc tenter ça ; sa musique instrumentale m'avait justement paru assez proche de ladite soupe, sorte de dégénérescence mal digérée du futurisme passé à la moulinette de l'esthétique (à défaut du langage) sérielle. Ton dernier conseil en la matière s'était révélé très bon.

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David Le Marrec


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