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Mélodies de Widor sur des textes de Hugo


Encore un programme de L'Oiseleur des Longchamps qui méritait grandement le déplacement. Moins inédit que d'autres fois (lorsqu'il joue La Presle, Delanoy ou Polignac, par exemple !), puisqu'il existait déjà deux disques consacrées aux mélodies de Widor : Rodde & Lee chez Etcetera, et plus récemment Bundy & Filsell et chez Naxos ; deux bonnes parutions qui rendent justice à cette musique ni neuve ni passéiste, davantage tournée vers le romantisme que vers les nouveaux langages, mais sans les épanchements ni l'académisme qu'on trouve généralement chez ses contemporains. Une forme de poésie sonore un peu distante, presque sévère.

Sans être le chef-d'oeuvre de son temps, le corpus mérite d'être joué, et la plupart des pièces données (la quasi-intégralité des mises en musique de Hugo) étaient complètement inédites.

Comme souvent chez les compositeurs, les poèmes retenus ne sont pas les plus magistraux de Hugo, en particulier tirés de recueils tous antérieurs à 1850, à l'exception des Contemplations : Odes et Ballades, Les Orientales, Les Feuilles d'Automne, Les Chants du Crépuscule, Les Rayons et les Ombres. La lecture des poèmes mis en musique mais non encore présentés par les musiciens était assurée par Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster, deux spécialistes de Hugo - la surprise n'en fut que plus vive, des lectures sans legato, souvent vers à vers, parfois même irrespectueuses des mètres (escamotant les "e" !). Sans doute ai-je une conception très "vocale" de la poésie, mais sans ce flux, l'essentiel de sa musicalité se perd et ne devient qu'une coquetterie théorique.
Déçu aussi par la présentation, essentiellement biographique (comme si le poète n'était que la forme vaguement esthétisée de l'homme !), très peu de considérations sur le contenu réel des poèmes mis en musique, et rien sur les partis pris de Widor. Manifestement, il n'y avait pas eu de concertation entre les musiciens et les conférenciers - c'était dommage, alors que le principe est en soi stimulant. A reprendre une prochaine fois.

Accompagnés par Juliette Regnaud, Sébastien Romignon Ercolini (ténor) et Jacques-François L'Oiseleur des Longchamps (baryton) alternaient dans ces mélodies - et se rejoignaient dans deux des trois duos écrits par Widor sur des poèmes de Hugo.

Tous deux faisaient valoir un français bien articulé. J'ai été un peu moins sensible à Sébastien Romignon Ercolini, de technique plus ouvertement italienne (harmoniques faciales importantes, ce qui n'est pas utile pour la mélodie comme ce l'est pour l'opéra) - beaucoup d'articulations du discours musical (pas facile, il est vrai !) étaient influencées par les difficultés de la partition, et s'échappaient donc parfois de la seule contrainte textuelle. Il faut dire que c'est aussi le propre de la tessiture de ténor, qui peut être particulièrement inconfortable, selon la spécialisation du chanteur, dans un répertoire aussi intimiste - et cependant écrit de façon tendue en certains endroits. Quoi qu'il en soit, le résultat demeurant probant et constamment bien chanté - même si par goût, j'aurais aimé plus de flexibilité et de demi-teinte.

Retrouvailles avec L'Oiseleur des Longchamps en pleine forme : alors que la couverture vocale est importante sur toute la tessiture, la diction est extrêmement soignée. J'ai aussi été frappé par une caractéristique qui ne m'avait jamais frappé : son émission sonore n'est pas directionnelle (la plupart des chanteurs émettent le son selon la direction de la bouche), et produit une forme de halo qui semble arriver de derrière le chanteur - lié à l'acoustique un peu étrange du lieu (en raison des tribunes latérales ?), mais pas seulement. Assez impressionnant, et très confortable auditivement, surtout dans ce répertoire où un son doux et enveloppant fait grandement l'affaire.
A cela, il faut ajouter une propension, rare dans sa catégorie de voix, à mixer ses aigus, ce qui procure un fondu et une douceur assez idéaux pour de la mélodie. La seule limite se trouve à la limite haute de la tessiture, moins délicate, moins timbrée, où la couverture s'entend beaucoup plus - mais ce type de pièces ne l'exploitant pas, tout n'est ici que bénédiction. J'ai même le sentiment que, depuis mes dernières écoutes en retransmission ou sur pièce, la voix a gagné en homogénéité et en élégance.

Je signale donc quelques dates où on pourra à nouveau l'entendre :

Le 26 mars au Théâtre byzantin de l'ambassade de Roumanie (VIIe de Paris), mélodies sur des poèmes d'Anna de Noailles, avec un pot-pourri toujours puissamment original : Saint-Saëns, La Presle, Dutilleux, Labori, Vierne, Marquiset, Béesau, Delanoy, Laurière, Naoumoff, Loiseleur, d'Ollone.

Le 10 avril à l'Auditorium de l'Usine Spring-Court (XIe de Paris), programme thématique autour de la lune : Bellini, Brahms, Chausson, Chaminade, Debussy, Fauré, Greif, Grétry, Holmès, Jadin, Koechlin, La Presle, Massenet, Messager, Mendelssohn, Pleyel, Saint-Saëns, Sauguet, Schubert, Schumann, Spohr.

Le 15 mai au Temple du Luxembourg (VIe de Paris), Die Dichterliebe de Schumann au Temple du Luxembourg.

Le 18 juin à France-Amériques (VIIIe de Paris), programme monographique autour d'Armande Polignac (1876-1962), dont les mélodies sont à mon humble avis très intéressants - plus d'ailleurs que celles de Widor.

On peut aussi acheter son album très transversal consacré au cheval.

Une souscription est en cours pour financer le disque contenant l'intégralité des mélodies de Widor sur Hugo, plus de renseignements ici.

Enfin, on peut retrouver une introduction plus générale à Charles-Marie Widor sur CSS.


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David Le Marrec

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