Carnets sur sol

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[Sélection lutins] Les plus belles oeuvres pour piano solo


De même que précédemment pour d'autres formations, une sélection d'oeuvres recommandées, pour inviter à la découverte. Impossible matériellement de parler de tout cela à la fois, mais les questions sont bienvenues, évidemment.

Cette sélection :

  • est, comme les autres, purement subjective, rien de plus qu'une suggestion, et certainement pas une représentation fidèle de la place de chacun dans l'histoire de la musique ou dans le panorama de l'aboutissement musical ;
  • exclut les oeuvres pour piano à quatre mains ou deux pianos, qui méritent une sélection autonome ;
  • inclut des oeuvres pour clavecin qui disposent d'une tradition d'exécution au piano.


En gras, les corpus qui me sont particulièrement chers, oeuvres isolées ou production entière. Présentation pseudo chronologique (par paquets totalement approximatifs).

Voici la liste :

Bach - Partitas / Suites Anglaises / Suites Françaises
Rameau - Suite en la du Troisième Livre (Nouvelles Suites)
C.P.E. Bach - Sonates H.133 A, H.85 a, H.86 D, H.74 Eb...
Beethoven - Sonates Op.13, Op.27 n°2, Op.31 n°2, Op.101, Op.106, Op.109, Op.110
Schubert - Moments Musicaux / Impromptus / Sonate D.960
Schumann - Carnaval de Vienne / Chants de l'Aube / Fantasiestücke / Waldszenen / Novelettes / Kreisleriana / tout le reste
Chopin - Ballades / Nocturnes / Préludes / Polonaises / Sonates / Rondeau Op.1 / Impromptus / Scherzi / tout le reste
Liszt - Consolations / Harmonies poétiques et religieuses / Années de Pélerinage
Wieck-Schumann - Soirées Musicales Op.6 / Scherzo Op.10
Brahms - tout
Franck - Prélude, choral & fugue
Bruckner - Adagio en ut dièse mineur (sa version de l'adagio de la Septième Symphonie)
Janáček - De la rue 1.X.1905
Debussy - Les soirs illuminés / Cahiers d'Images / Estampes / Suite Bergamasque / Isle Joyeuse
Pierné - Variations en ut mineur
Sibelius - Op.58 et autres recueils (à peu près tout)
Nielsen - Suite luciférienne / Pièces Op.3 / Chaconne
Koechlin - Les Heures Persanes
Vierne - Préludes Op.36
Hahn - Le Rossignol Eperdu
Tournemire - Préludes-Poèmes (et autres oeuvres)
Schmitt - Crépuscules / Ombres / Enfants / Tombeau de Debussy
Ravel - Miroirs
Decaux - Les Clairs de Lune
Zemlinsky - pièces de jeunesse
Roslavets - Préludes / tout le reste
Ireland - A Shropshire Lad
Busoni - Chaconne de Bach
Mossolov - Nocturnes
Barber - Sonate
Stockhausen - Klavierstücke
Takemitsu - Rain Tree Sketch II / Rain Tree Sketch I / Les Yeux Clos II / tout le reste
Ligeti - Etudes Livre I
Ohana - Etudes d'interprétation
Kurtág - Játékok
Boulez - Notations
Amy - Obliques II
Feldman - Palais de Mari
Rzewski - The People United Will Never Be Defeated !
Crumb - Makrokosmos
Corigliano - Fantasia on an ostinato
Mantovani-Pécou-Campo-Maratka-Escaich - Suite d'hommage à Rameau

Parmi les corpus que je trouve intéressants (mais non essentiels pour moi), il y aurait notamment Scarlatti (juste une modeste poignée), Dupont, Scriabine, Szymanowski (Métopes), Myaskovski, Rachmaninov (Préludes), Medtner (tout), Prokofiev, (Guy) Sacre...

Et quantité de réductions d'oeuvres symphoniques (par le compositeur ou non) peuvent être exaltantes ; elles sont trop nombreuses pour être mentionnées.

Parmi ceux qui me sont les plus chers, les plus anciens n'ont nul besoin de présentation (Rameau, Schumann, Chopin, Brahms, Debussy !) ; en revanche, il y aurait beaucoup à dire de Pierné (virtuosité extrême de ses Variations jubilatoires, et au ton plus sombre que de coutume), Hahn (son Rossignol représente un cycle d'une variété et d'une ambition qui surpasse largement Koechlin, et même Debussy sur certains aspects), Sibelius (sens de l'atmosphère bouleversant, sans être réellement figuraliste), Tournemire (les Préludes-Poèmes sont l'un des sommets de la virtuosité pour piano, et avec cependant une densité poétique rarement atteinte), Schmitt (le corpus regorge de très belles choses), Decaux (fulgurante "invention" de l'atonalité radicale dès 1900, des tableaux sonores incroyables), Roslavets (décevant à lire, mais des infractuosités fascinantes à l'écoute), Barber (Sonate, quasiment injouable dans les mouvements extrêmes, mais le mouvement lent, avec son thème à la fois atonal, lyrique et balancé, touche aux sommets de l'ineffable), Takemitsu (toujours le maître de la contemplation et du voyage immobile), Ligeti (furieusement ludique, et très accessible), Boulez (plaisir hédoniste des blocs sonores de ses Notations), Rzewski (gigantesque fresque de trente-six variations qui synthétisent en quelque sorte les possibilités du XXe siècle, très accessible également)... à chacun d'aller y regarder !


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Commentaires

1. Le jeudi 13 décembre 2012 à , par Cololi

Omg, la dose de contemporain les plus inbouffables :O (Sto, Boulez, Amy, Mantovani ...). Au piano solo en plus, qu'est ce que ça doit être :/
Ta liste fait peur ^^.

Bon t'as oublié les 20 regards quand même.

2. Le jeudi 13 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Il est un fait qu'au vingtième, le piano échappe aux formules toutes faites, avec un âge d'or remarquable pendant la première moitié du siècle.

Deux points de désaccord avec ta remarque :
- Amy (malgré sa chapelle dans la politique musicale) et Mantovani ne sont pas du tout des compositeurs arides, bien au contraire (l'opéra d'Amy ressemble à un film des années quarante, et Mantovani est assez accessible et tout à fait syncrétique) ;
- en fait, ces oeuvres pour piano sont à classer parmi les réussites de Sto et Boulez ; concernant Sto, c'est même la seule chose qui me convainque vraiment de lui, avec (à l'opposé du spectre !) Gruppen.

Les Vingt Regards, c'est fortiche, mais ça ne m'a jamais vraiment bouleversé jusqu'à présent. Tu es décidément messiaenique fervent, il ne te reste plus qu'à faire la promotion du Livre d'orgue et, pis que tout, de Mode de valeurs et d'intensités, et tu seras un parfait fanatique qui vénère TOUT chez lui. C'est vrai qu'il y a beaucoup, beaucoup de bonnes choses, mais je n'en suis pas à ce point. :)

3. Le vendredi 14 décembre 2012 à , par Xavier

Le Livret d'orgue et les Etudes de rythme, ce n'est tout de même pas aussi aride que les oeuvres pour piano de Boulez et Sto!...

4. Le vendredi 14 décembre 2012 à , par Ouf1er

Ben moi, je donnerais toute la fin de ta liste -- disons, aprés Ligeti -- pour une seule sonate de Medtner, n'importe laquelle, anyday !
;o))

5. Le vendredi 14 décembre 2012 à , par David Le Marrec

@ Xavier :
Ah si, pour moi ces Messiaen-là sont du niveau des Sonates ou du Livre de quatuor de Boulez, rien à voir avec les Notations qui sont bien plus hédonistes (d'ailleurs Boulez ne les aime plus guère, à ce qu'il paraît). Sto est rarement aride de toute façon, ça reste très expansif comme musique, même lorsque c'est peu accessible (ou moche, souvent...).

@ Ouf1er :
Medtner c'est très bien, mais ça reste quand même un peu lisse : du Rachmaninov intello, dans le meilleur sens possible... mais ça ne me touche pas autant que mes affreux contemporains, souvent c'est cette composante "sensible" qui me manque chez lui.

6. Le vendredi 14 décembre 2012 à , par Cololi

Pour te répondre sur Messiaen :
Oui plus ça va, plus j'aime Messiaen. J'ai découvert la Messe de la Pentecôte, que je trouve vraiment géniale, au point que je l'aime d'avantage que la Nativité (mais ce n'est pas ce que je préfère la Nativité).
J'ai découvert Les Corps Glorieux. Je suis partagé : des passages pas terribles, et au contraire des parties totalement géniales. Une découverte intéressante en tout cas.
J'ai écouté 1 fois le Livre d'orgue en entier, il y a qq jours. Franchement je n'aime pas du tout. Ca ne rime à rien je trouve. Heureusement Messiaen a vite pigé l'impasse que cette oeuvre représente.
Quand aux Vingts Regards, j'ai pas écouté en entier. Mais je suis déjà attiré par pas mal de choses à la 1° écoute (partielle). Donc oui il y a des chances que j'aime beaucoup cette oeuvre dans un futur assez proche. Cette oeuvre peut faire partie de celles qui me reconcilie un peu avec la piano.
Enfin à l'orgue Messiaen est de loin mon compositeur préféré (si de Gigny et Couperin avaient composé d'avantage d'oeuvres pour orgue - et du niveau de ce qu'ils ont laissé - ils pourraient venir le chatouiller).

Je m'étonnais juste de la présence d'autant de compositeurs contemporains, les plus arides. Tu es finalement un indécrotable boulézien. Enfin le seul boulézien qui vénère Meyerbeer :D

7. Le vendredi 14 décembre 2012 à , par Xavier

Dans les Etudes de rythme il n'y a pas que Modes de valeurs et d'intensités: les Iles de feu sont terriblement expressives!
Quant au Livre d'orgue, c'est duraille mais il y a des choses formidables: notamment les Mains de l'abîme et les Yeux dans les roues.
Pourquoi on est bien loin de Boulez...

8. Le samedi 15 décembre 2012 à , par David Le Marrec

@ Cololi :
Messiaen est effectivement extraordinaire à l'orgue (j'aime vraiment moins le reste du corpus, même s'il y a très peu de déchet), mais la Messe de la Pentecôte et les Corps Glorieux sont quand même beaucoup moins colorés que la Nativité - ou, un peu plus exigeant mais peut-être encore plus beau, le Livre du Saint-Sacrement. J'y entends une tentation de grisaille, des parentés avec Alain... C'est mal, oui, mais c'est un ressenti réel.

Sur le fait qu'il soit le "meilleur" compositeur pour l'instrument, c'est très possible.

Quant à mon boulézianisme, oui, il y a quand même un petit problème pour le relier à LULLY (place de la forme ?), Meyerbeer et Dubois. :) Quand tu lis la liste de postpostromantiques dans les symphonies que j'écoute souvent, ça fait bonne mesure avec le piano "méchant". Mais encore une fois, les pièces que je cite ne sont pas du tout arides comme peuvent l'être le piano des (deux !) écoles de Vienne.

--

@ Xavier :
Il faudra donc que je m'y intéresse à nouveau (perspective qui me laisse plutôt sans enthousiasme :) ), j'ai dû manquer des choses.

Loin de Boulez, assurément techniquement parlant, mais pas plus accessible et pas plus sévère d'aspect, loin s'en faut. Enfin, ce sont des considérations subjectives, bien sûr.

9. Le samedi 15 décembre 2012 à , par Olivier

Bonsoir,

J'ai commencé à écouter la liste que vous proposez: C.Koechlin (R.van Raat/Naxos) et N.Roslavets (I.Emeliansteva/Neos music). Je pense qu'il faut revenir plusieurs fois à l'écoute... .
Ce qui suscite une petite question: comment faut-il comprendre le qualificatif "belles"? Vous situez-vous dans le domaine de l'immédiat sensible ou dans un émerveillement réfléchi devant l'écriture musicale?
J'ai remarqué que toutes les pièces de F.Chopin et R.Schumann sont présentes. Comprenez-vous et approuvez-vous pour autant les propos d'A.Gide? selon lesquels "Schumann est un poète, Chopin est un artiste" (notes sur Chopin).

Bonne soirée (malgré ce temps détestable)

10. Le samedi 15 décembre 2012 à , par Palimpseste

Bonjour David,

Je vois que tu listes "tout" le piano de Brahms. Fort bien. J'ai un aveu honteux: je ne connais rien de son piano. Des conseils?

Pour le reste, je retrouve avec plaisir plusieurs de mes favoris du second 20ème siècle (Ligeti surtout et Crumb aussi). Kurtág, je le préfère aux cordes qu'au piano mais c'est à connaître également, bien sûr. Et c'est au moins la troisième fois que je vois la sonate de Barber reprise dans des listes de ce genre ces derniers jours. Il faudra que je m'y mette.

Pour le répertoire plus couru, je suis d'accord même si je suis loin de pouvoir faire une liste aussi fournie. J'ajouterai juste les Préludes de Debussy (quand même...) et les sonates 5-10 de Scriabine.

11. Le samedi 15 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Bonsoir tous deux !


@ Olivier :
Oui, ce sont des corpus très nourrissants, on peut se permettre d'y revenir régulièrement.

Quand je dis "belles", je dis "qui me plaisent" : donc pour des raisons musicales mesurables... ou au contraire un charme auquel je suis sensible et qui ne tient pas forcément à l'originalité ou à la profondeur de l'expression musicale. Cela dit, concernant cette liste en particulier, je crois que je n'y ai à peu près mis que des chefs-d'oeuvre. Il y manque d'ailleurs, côté tropisme plus personnel, les Sonates de Czerny (assez étonnantes) et le piano de Wagner (médiocrement écrit, mais qui m'amuse beaucoup).

En fait, je trouve plus honnête d'afficher sa subjectivité, d'une certaine manière, que d'essayer d'établir des hiérarchies objectives qui sont forcément, dans ce domaine, pleines de biais avant même d'avoir commencé. Au mieux, on pourrait faire des ratios de modulation par nombre de mesure, et ça ne prouverait rien (sinon le moindre tâcheron laborieux du début du vingtième exploserait Mozart).

Le propos d'André Gide est une formule... je peux concevoir ce qu'il veut dire pour Schumann (qui écrit effectivement sa musique pour piano comme des tableaux évocateurs), mais cela reste plus flou pour Chopin. Je ne suis pas très client de ce genre d'aphorisme de toute façon : sauf lumineuses exceptions, ils masquent au moins autant qu'ils ne dévoilent.

(En effet, pour m'être promené aujourd'hui, je confirme qu'on en ressort un peu humidifié. Mais de la pluie chaude, ce n'est pas si désagéable en hiver !)

--

@ Palimpseste :

Op.76, 79 et Op.116,117,118,119. Que des sommets là-dedans. Et puis beaucoup d'arrangements extraordinaires de ses propres oeuvres (quatuors, sérénades, symphonies, concertos...) pour piano à quatre mains.
Côté intégrale, Katchen reste indémodable (Decca), Rösel (réédité par Corona Classic Collection) est aussi une valeur sûre pour l'ensemble. Et pour les quatre mains, le duo Matthies-Köhn, gigantesque (Naxos).

Même avis pour Kurtág, ses sommets se trouvent, et de loin, dans la musique de chambre avec cordes (dont le trio avec piano), mais ça reste un ensemble très stimulant et étonnant.

Barber, vu dans un forum bien fréquenté ? Je mitonne cette liste depuis longtemps, mais j'ai vu que ça s'agitait là-bas sur le même sujet ces jours-ci, avec également d'excellentes recommandations. C'est surtout le mouvement lent qui doit être entendu, je crois que ce serait la pièce que je sauverais si la littérature pour piano devait disparaître. Les mouvements vifs sont plus bruyants et virtuoses, mais ont leur charme spectaculaire.

Evidemment, si je n'ai pas inclus les Préludes de Debussy et les Sonates de Scriabine, c'est par pure idiosyncrasie, je les considère comme des monuments même si je ne ressens pas souvent le besoin de les écouter. J'aurais peut-être dû ajouter quelques Etudes et Préludes de Scriabine, moins importants dans l'histoire du piano, mais plus séduisants pour moi.


Bonne fin de soirée !

12. Le dimanche 16 décembre 2012 à , par François

Bonjour ! Grosse déception il n'y a pas la tartine de beurre de Mozart. Comment va tout le monde, David, Xavier, Cololi et les autres lutins ? (désolé j'étais à la recherche d'un bac à sable mais je n'en ai pas trouvé un vrai, ce n'est plus ce que c'était ce blog...)

13. Le lundi 17 décembre 2012 à , par antoine

David, il est plus que difficile de faire de telles listes mais tout de même, omettre la D 959 de Schubert et en particulier son mouvement lent. Autre trou béant par ailleurs alors que vous visitez beaucoup de recoins, pourquoi n'avoir jamais passé à la loupe Casella et notamment ses symphonies (par exemple le mouvement lent de la première, un must à s'en faire exploser les tympans!)?

14. Le mardi 18 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Bonjour !

@ François :
Mais si, mais si, même ici on peut flooder. Grande satisfaction de te relire !

@ Antoine :
Etant seul à animer cet endroit (et n'ayant par conséquent aucune prétention encyclopédique), je n'ai tout simplement pas le temps d'aborder tous les sujets dignes d'intérêt. Je crois avoir déjà évoqué l'Orfeo de Casella (pas extraordinaire d'ailleurs), mais je suis d'accord, les symphonies sont vraiment séduisantes, même si elles ne sont pas forcément celles dont je parlerais en priorité (il faut dire que les symphonies remarquables dans cette période sont très nombreuses, plus qu'à aucune autre époque). Ca tient aussi beaucoup aux écoutes du moment, peut-être qu'en m'y remettant la fantaisie viendra...

Quant à Schubert, autre exemple de goût personnel : ses sonates me laissent froid, ça se répète de façon tellement méthodique. La dernière échappe partiellement au phénomène à cause d'une qualité mélodique très immédiate - et du rebond des deux derniers mouvements, plus dansants que de coutume -, mais globalement, je ne suis pas très emporté par cela. Dans le registre scandaleux, il manque beaucoup de grandes Beethoven également... ma sélection n'engage vraiment que moi, et n'a d'intérêt que pour les titres peu célèbres qu'elle peut amener à faire découvrir.

15. Le mardi 18 décembre 2012 à , par antoine

David,
Je ne prétend pas que vous ayez une fonction encyclopédique mais il n'est pas douteux que Casella soit une belle (re?)découverte, ce qui n'est pas si fréquent avec une telle intensité. Je suis donc surpris qu'elle vous ait échappé puisque vous souhaitez à juste titre faire découvrir.Je ne connais pas son Orfeo (son style semble avoir beaucoup évolué et sa manière de cette époque de composition ne vous convient peut-être pas) mais ce qui est désormais facilement écoutable à ce jour me ravit totalement puisque l'édition classique conduit trop souvent à la quasi répétition du déjà accessible. Quant à Schubert, je suis étonné aussi que les qualités mélodiques du mouvement lent de la D959 ne vous enthousiasment pas car je ne connais pas beaucoup de partitions qui atteignent à ce point la perfection mélancolique.

16. Le mercredi 19 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Bonjour Antoine,

Mais je suis tout à fait d'accord sur Casella, simplement il ne fait pas partie de mes priorités par rapport à d'autres : certains labels (CPO en tête, mais rien qu'avec des labels un peu plus "établis" comme Chandos ou BIS, il y a énormément à faire !) ressuscitent tellement d'oeuvres de premier plan qu'il est extrêmement difficile de tout écouter pour commencer, et de commenter ensuite tout ce qui mérite de l'être !

L'édition du classique ne reproduit qu'en apparence ce qui est déjà célèbre... en réalité, il existe une quantité astronomique de publication de raretés, sur des labels moins courus, ou en arrière-plan du 2000e Winterreise ou de la 27079e Cinquième Symphonie. Je ne m'explique même pas comment il est possible d'équilibrer les comptes, quand je vois que même les plus musicogeeks d'entre nous ne peuvent acheter qu'un nombre limité de ces productions - les intégrales CPO de compositeurs confidentiels, non seulement il faut aller les chercher, non seulement il faut franchir le pas de l'achat de compositeurs obscurs, mais ensuite il faut adhérer suffisamment pour tout acheter parmi les deux à trente autres volumes !

D'où mon opinion que cet âge d'or de l'offre discographique n'est pas forcément amené à durer, et que nous risquons bientôt de regretter ce temps. La voie évidente de sortie, pour les auditeurs, étant l'auto-publication des artistes, qui se répand très rapidement, ainsi que la documentation des captations amateurs, désormais ouvertement tolérée.

Pour l'équilibre économique du modèle, en revanche, je n'en suis pas sûr.


Pour Schubert, il faut tout simplement mettre cela sur le compte des attentes différentes que chacun a vis-à-vis de la musique - les paramètres auxquels je suis d'abord sensible ne favorisent pas tout un pan de la production de Schubert.

17. Le mercredi 19 décembre 2012 à , par Antoine

Bonsoir David,
Je ne suis pas fondé à vous critiquer puisque vous n'êtes pas un service public mais tout de même, pour ce qui est de l'encombrement des compositeurs à découvrir, vous venez de nous faire Bizet, Offenbach, Massenet, etc... qui, j'espère, de sont pas des inconnus des habitués du site. Donc, comme nous savons que nous n'aurons pas Schubert, maintenant Casella...

18. Le mercredi 19 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Bonsoir Antoine,

Mais si, mais si, on a le droit de critiquer. En revanche, comme je ne suis pas un service public, je parlerai forcément de ce dont j'ai envie, célèbre ou pas. Souvent avec des raisons, et quelquefois seulement parce que c'est ma fantaisie du jour. J'essaie de ne pas trop redire ce qui est accessible ailleurs, donc ce peut être un angle un peu différent (ou que je juge stimulant) sur quelque chose de célèbre, ou bien la promotion d'oeuvres plus rares.

En plus, je ne suis pas sûr que votre regret soit complètement fondé. :) En l'occurrence, si on regarde sur la semaine dernière : un inédit de Grétry, la musique concertante de Cartellieri (et prochainement un "disque du jour" pour les Symphonies), une symphonie de Spohr, une symphonie de Kalliwoda, les arrangements des oeuvres symphoniques de Brahms pour quatre mains par lui-même, une symphonie de Weingartner, des oeuvres relativement confidentielles de Bax, une symphonie de Schmidt, un grand cycle pianistique de Hahn, une liste de piano qui contient pas mal de choses qu'on n'entend jamais au concert, une première mondiale de Blamont, et, effectivement, un mot sur deux concerts non-rares auxquels je suis allé (Les Contes d'Hoffmann, mais c'est une version neuve de la partition, avec de vraies différences qui doivent toucher un tiers de la durée de l'oeuvre ; Thaïs de Massenet) ; enfin un bilan sur la genèse de Carmen, qui n'est pas si évident à trouver dans la documentation courante.

Traiter des raretés n'est pas un impératif absolu que je m'impose, mais je n'ai pas non plus eu l'impression d'avoir commis une véritable forfaiture cette semaine en ne parlant que de scies. :)

En plus, ça arrive essentiellement quand je parle des concerts où je vais, et les programmateurs ne pouvant pas faire des représentations que pour mon loisir, je ne vais pas forcément voir que des premières mondiales. Alors, sauf à m'imposer des concerts qui ne m'intéressent pas, seulement pour coller à ma "ligne éditoriale", ou à m'interdire de traiter des concerts où je vais, je pourrais difficilement échapper à ces petits moments de faiblesse mainstream...

Quant à Schubert, c'est aussi me faire un mauvais procès (manière de parler, évidemment !), la partie lied et lied en français déborde de notules autour de Schubert, sans doute un des compositeurs dont j'ai le plus parlé ici. Récemment aussi, j'ai publié un mot avec discographie sur les symphonies. On pourrait plutôt me reprocher de ne pas avoir parlé assez des lieder de Kinkel, Reger ou Křenek !

Et notez bien que pour Casella, je n'ai pas dit non, mais plutôt pas maintenant, ou pas forcément.


Quoi qu'il en soit, j'apprécie ces remarques et ces souhaits, ils sont stimulants et donnent de nouveaux sujets à traiter... et puis il est flatteur de considérer que les lecteurs espèrent ceci ou cela. Merci !

19. Le jeudi 20 décembre 2012 à , par antoine

Eh oui, mon art : mes protestations ne sont finalement que des éloges, dommage pour Casella...

20. Le jeudi 20 décembre 2012 à , par Cololi :: site

On espère tous, un article exalté sur les quatuors de Villa-Lobos, mais ne rêvons pas, David n'adore que les géants : Bach, Wagner ... :P

21. Le jeudi 20 décembre 2012 à , par David Le Marrec

Jamais satisfait, Cololi. J'ai déjà consacré une entrée entière au barbouilleur de vitraux, maintenant tu veux que je parle de la bossa-nova décadente...

Et je ne relève même pas les calomnies... seul ce qui est divin peut être adoré, les artisans laborieux comme les petites mains contrapuntiques ou les théâtreux incapables d'honorer une commande en moins de vingt-cinq ans (et seize heures) entreront difficilement dans la catégorie démiurgique. J'ai dit.

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