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Debussy : La Chute de la Maison Usher, des paris de reconstruction


A l'occasion d'un essai de représentation à l'Amphithéâtre Bastille, quelques mots sur les enjeux et les nombreuses tentatives de reconstitution de cet opéra inachevé. Archive d'une version récente de la radio-télévision néerlandaise (avec rien de moins que Henk Neven et Yves Saelens) :


Concernant le spectacle parisien du 3 mars, assez déçu par ce patchwork (esquisses mêlées du texte de Poe et de mélodies dépareillées de Debussy), qui fonctionne certes en tant que tel, mais n'a pas le potentiel de fascination de la version restituée et orchestrée de la Maison Usher - ces extraits avec piano sont certes de loin les plus intéressants de la soirée, mais le déséquilibre entre le piano, le récitatif ultra-ascétique et volume sonore assez considérable des chanteurs ne comble pas totalement.

Ce n'est cependant pas un pari illégitime, dans la mesure où ces deux courts opéras avaient vocation à constituer un diptyque pour la même soirée américaine (il signe un contrat à l'été 1908 avec le Met, pour ses deux Poe à venir).

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1. Le diable dans le beffroi

On n'a pas retrouvé de nouveautés pour Le diable dans le beffroi : ce n'est que la même poignée de mesures (essentiellement le carillon debussyste, assez jubilatoire), et divisée en quatre fragments (tous inachevés) : rien d'exploitable. C'est l'alibi employé pour en faire un "spectacle jeune public", grâce au surjeu délibéré d'Alexandre Pavloff, qui déclame le texte de Poe en faisant usage de force gesticulations, et en appuyant chaque mot de façon souvent artificielle (voix de fausset dès que le mot "femme" apparaît, par exemple). Une sorte de théâtre de foire pour amuser les plus jeunes (pas franchement hilares, et moi non plus).
Il est au demeurant sonorisé de façon assez outrancière (alors que sa technique ne le demande absolument pas dans la petite salle de l'Amphithéâtre), à croire que les comédiens-français ne se déplacent plus sans leur ingé son !

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2. La Maison Usher rafistolée

La Chute de la Maison Usher a bien sûr plus de substance, et cette prosodie artificielle de post-Pelléas - mais dans une atmosphère musicale totalement désolée et un contexte dramatique bien plus concret - laisse entrevoir des intuitions assez géniales pour la suite de l'oeuvre. Cela aurait assurément constitué une oeuvre majeure si elle avait été achevée, et justifie totalement les restitutions qui en ont été faites ces dernières années.

Jeff Cohen a au contraire fait le choix de n'utiliser que le matériau original, et les vides sont comblés par une suite de mélodies sur des textes de Verlaine, enfilées à la suite et censées développer un peu le caractère de chaque personnage. Ce n'est pas mal vu, mais dramatiquement, cela ne peut fonctionner (c'est de la poésie, pas du théâtre), et surtout musicalement, le langage en est beaucoup trop différent : ces mélodies sont pleines de rondeurs, de couleurs, alors que le langage implacable d'Usher est décharné, oppressant, cruel. Même « Colloque sentimental », en théorie judicieux, semble très généreux, presque romantisant en comparaison.
Pour qui ne l'aurait pas entendu, il faut rapprocher Usher de la vision de Pelléas par Desormière, quelque chose d'un monde permanent et profondément inquiétant.

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3. Interprètes et mise en scène

Les chanteurs sont très bons, mais choisis à partir de formats fonçus pour l'orchestre et les grandes salles : Philip Addis comme Alexandre Duhamel sont très convaincants, mais trop "vastes" pour un discret amphithéâtre et un piano aussi mesuré que celui de Cohen.

Valérie Condoluci qui dispose de très jolis [R] convient bien mieux, dans le peu qu'il lui est donné de chanter, à la couleur qu'on peut attendre, moins sonore, plus sensible à la demi-teinte, claire mais comme voilée...

Quant à la mise en scène, à défaut d'être vraiment opérants, le concept de la réunification des deux histoires, ou certains dispositifs comme la chute assourdissante de tous les livres de la bibliothèque (de façon presque invisible, en inclinant l'intérieur des étagères) pour figurer la destruction finale, sont assez bien vus. Et, dans le cadre qui a été donné (aucune reconstitution de ce que n'a pas fait Debussy), est d'une certaine façon le mieux qu'on puisse concevoir.
Même si ça ne marche pas, ce n'est pas dépourvu de mérite.

En réalité, vu la nature du matériau restant, sans un travail de "couture" et même de réécriture très conséquent, cela ne peut tout simplement pas fonctionner pleinement.

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4. Solutions

Le mieux est donc de se tourner vers les reconstitutions, il en existe un certain nombre.

=> 1977 - Carolyn Abbate (orchestration de Robert Kyr), dont il n'existe aucune version commerciale (ni même aisément disponible sous le manteau, à ce qu'il semble).

=> 1977 - Juan Allende-Blin, qui utilise les vingt minutes réellement écrites par Debussy, avec un résultat discontinu qui ne permet pas la représentation. C'est la version enregistrée par Georges Prêtre (avec François Le Roux et Jean-Philippe Lafont) chez EMI. J'en trouve au demeurant l'orchestration assez fade et très peu debussyste (beaucoup de cordes...).

=> 2006 - Robert Orledge, qui reconstitue l'ensemble de l'opéra (cinquante minutes de musique). Ici au contraire, le flux est naturel et l'illusion parfaite : l'orchestration est réellement du Debussy, et du Debussy opératique d'après Pelléas, alors même qu'il n'en a rien écrit ! En plus de proposer une vision tout à fait cohérente de ce qu'est cet opéra complet, Orledge est parvenu à inventer le style d'orchestration de Debussy à cette période, à partir de ses habitudes passées, mais en tenant compte du langage plus radical et tranchant de l'harmonie dans cette pièce. Coup de maître.
C'est la version utilisée dans le DVD Foster à Bregenz (avec Scott Hendricks), qui est dansé, et dans la vidéo indiquée en début de notule, vous pouvez donc en juger par vous-même.

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Il existe un assez grand nombre de notules autour des autres opéras de Debussy.


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1. Le mercredi 7 mars 2012 à , par Ugolino Le Profond

Le duo de metteur en scène a massacré Le martyre de Saint Sébastien fin janvier à la Cité. Là, ce n'était pas un massacre, mais je crois qu'ils ne comprennent fondamentalement rien à ce qu'ils mettent en scène : c'est deux-trois bouts de machins collés ensemble, sans précision ni intelligence des textes. Et théâtralement, en soi, c'est à peu près nul. C'est une honte qu'on leur confie deux spectacles, dans une période aussi courte, autour d'un même compositeur (même si cette mise en scène est plus ancienne que la nouvelle production de la cité).
Enfin, c'est l'Opéra de Paris, le Pelleas est déjà indigent.

Ceci dit, ca fait réévaluer le travail de Robert Orledge : n'ayant jamais vu les esquisses, je me suis rendu compte que certaines parties que je croyais de la main de Debussy étaient de Orledge. C'est vrai que c'est remarquable, et c'est clairement cette partition que l'on aurait dû donner à Paris.

2. Le mercredi 7 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Salut,

En l'occurrence, avec le matériau utilisé, ils ne pouvaient pas faire beaucoup mieux que créer une cohérence artificielle (qui ne pouvait pas fonctionner). Avec les moyens limités qui étaient à leur disposition, ça m'a paru très probe, même si je n'ai pas vraiment adhéré au résultat.

Il n'y a sans doute pas eu de concertation pour le Martyre (là aussi, va mettre ça en scène !).

Les esquisses originales sont contenues (et déjà complétées !) dans la version Allende-Blin enregistrée par Prêtre, donc il y a effectivement beaucoup de Orledge dans la reconstitution.

La question de fond est d'avoir choisi à Bastille cette version littérale qui porte plutôt tort à la partition, au lieu d'avoir fait, par exemple, une soirée couplant la version Orledge avec une fantaisie d'un compositeur vivant sur les thèmes du Diable dans le Beffroi.
Mais le budget n'est pas le même, et dans les frontières de ce qui est représentable à l'amphithéâtre, on ne pouvait pas faire beaucoup mieux (ou alors au prix d'une lourde adaptation pour tout petit ensemble). Devait-on alors le programmer, c'est effectivement ce qu'on peut se demander, mais j'étais content d'entendre ça plutôt que rien !

--

Au passage, j'ai quand même été très surpris que ce soit présenté pour le jeune public, encore plus après qu'avant la représentation : indépendamment du fait que ce devait être considérablement ennuyeux, c'est l'un des spectacles scéniques les plus noirs de la saison, non ?

Ces scènes avec les personnages blafards drogués par leur médecin de famille, je ne suis pas sûr que j'aurais adoré à cet âge...

--

Quel est le problème avec le dernier Pelléas ? Je ne vais pas chercher à le défendre sans l'avoir vu, puisque je n'y suis pas allé précisément parce que je n'étais pas trop tenté, mais je me demande ce qui t'a déplu plus précisément.

3. Le jeudi 8 mars 2012 à , par Ugolino Le Profond

Sur la cohérence artificielle, oui et non : d'une part, c'est un spectacle développé avec le pianiste/directeur musical, pas une mise en scène rajoutée à un matériau musical existant, donc ils avaient leur mot à dire sur la structure du spectacle, et d'autre part, il y a quand même, disons, le génie théâtral... parvenir en ne faisant à peu près rien du tout à réaliser des contresens, certes pas flagrants (sur le rôle de Madeline, notamment, contraire aux intentions de Debussy, et d'une vision bien stéréotypée de Poe), ca montre que la lecture des sources est superficielle. Autant je trouve Poe très difficile à adapter et même à simplement dire, autant je trouve là qu'on est dans l'incompétence pure et simple (et ca correspond bien à ce qu'ils ont montré avec le Martyre). Ces gens n'ont rien à faire près de Poe et de Debussy.

Je n'avais pas vu que c'était pour le jeune public... après vérification, c'est bien classé dans les représentations jeune public. C'est évidemment d'une complète imbécilité, c'est beaucoup trop noir et dur (dans tous les sens du terme) pour des enfants, et complètement inaccessible sur le plan du sens (et même pour beaucoup d'adultes...).

L'idée du couplage avec un compositeur contemporain, je l'avais eu sur le forum... à Garnier, cela aurait été parfait. Mais on parle de l'Opéra de Paris, hein... Pour ma part, je préfère entendre rien plutôt que ça, même si c'est "intéressant"...

Pour Pelleas, c'est rien que du classique pour l'OP : mise en scène consternante de vide (une amie metteur en scène qualifiait le travail de Wilson de "spectacle de fin d'année d'école, avec l'argent en plus"), et direction de Jordan nullissime. Ah, l'orchestre est joli... Tout le monde semble trouver l'orchestre beau et la direction "poétique", et un critique a tout dit en la qualifiant de "très propre" : Pelleas tout propre, c'est pour moi un contresens (ah, cette deuxième scène de l'acte 4 qui ressemble à une balade champêtre !). Enfin, tant mieux si les gens veulent du joli Debussy avec Mélisande qui prend la pose dans la lumière du clair de lune et un joli orchestre qui joue toutes les notes... ce n'est au fond pas honteux, mais on est tellement à des lieux de ce qu'il faut faire pour que ca soit grand, tellement dans des conceptions de l'oeuvre, du théâtre et de la musique fondamentalement grotesques, que... En tout cas, moi je ne supporte plus.

4. Le jeudi 8 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Je n'avais pas vu que c'était pour le jeune public... après vérification, c'est bien classé dans les représentations jeune public. C'est évidemment d'une complète imbécilité, c'est beaucoup trop noir et dur (dans tous les sens du terme) pour des enfants, et complètement inaccessible sur le plan du sens (et même pour beaucoup d'adultes...).

C'est ce que je me suis dit (en des termes plus mesurés) : je ne vois pas bien en quoi il s'agit d'un spectacle jeune public, sauf en ce qui concerne le surjeu du comédien dans la première partie. Même la satire sociale du Diable dans le beffroi a quelque chose d'inquiétant ou et d'abstrait...

L'idée du couplage avec un compositeur contemporain, je l'avais eu

Ah oui ? Et aussi d'une adaptation des esquisses de Debussy pour le Beffroi ?

Pour ma part, je préfère entendre rien plutôt que ça, même si c'est "intéressant"...

Tout dépend de quel point de vue tu regardes la chose. Oui, a posteriori, je me serais dispensé d'y aller, mais a priori, au contraire, j'étais ravi que ce soit programmé. Je trouve bien de l'avoir fait, même si le résultat n'est pas tout à fait abouti.


(une amie metteur en scène qualifiait le travail de Wilson de "spectacle de fin d'année d'école, avec l'argent en plus"),

C'est toujours le grand débat sur Wilson. Je n'ai vu en intégralité que ses Gluck, qui fonctionnaient très bien, mais je n'ai jamais eu très envie d'explorer des répertoires moins hiératiques où le principe me paraît plus douteux.
Ce que j'ai vu (je ne parle pas de Pelléas) m'a paru en revanche loin de l'amateurisme, argent ou pas (Del Monaco ou certains Deflo, ok, ça peut paraître peu sérieux) ; ce qui pose davantage problème est le recyclage permanent d'une esthétique unique, si bien qu'on verrait la même chose dans Wozzeck que dans Orphée & Eurydice.

et direction de Jordan nullissime.

Tiens, des sources informées m'ont dit exactement l'inverse. Ca ressemble à son Wagner, je suppose ? Discret, belles couleurs, légèrement mou ? J'ai beaucoup de mal à évaluer Jordan à Bastille : il paraît assez neutre, alors que les captations radiophoniques révèlent une beauté infinie de détails, de phrasés, de texture... extrêmement fouillés, mais inaudible dans un espace aussi vaste.
Et s'il était plus sonore, il couvrirait les chanteurs (je suppose que Tsallagova ne fait pas trembler les murs).
Alors, que dire de lui, où est la vérité ? La radio, la salle, les contraintes doivent-elles l'excuser ou l'accabler ?

Oui, j'ai ma réponse pour toi. :)

5. Le vendredi 9 mars 2012 à , par Ugolino Le Profond

"Ah oui ? Et aussi d'une adaptation des esquisses de Debussy pour le Beffroi ?"
Je crois que je m'étais contenté d'imposer la durée et le sujet (Poe).

"C'est toujours le grand débat sur Wilson. Je n'ai vu en intégralité que ses Gluck, qui fonctionnaient très bien, mais je n'ai jamais eu très envie d'explorer des répertoires moins hiératiques où le principe me paraît plus douteux.
Ce que j'ai vu (je ne parle pas de Pelléas) m'a paru en revanche loin de l'amateurisme, argent ou pas (Del Monaco ou certains Deflo, ok, ça peut paraître peu sérieux) ; ce qui pose davantage problème est le recyclage permanent d'une esthétique unique, si bien qu'on verrait la même chose dans Wozzeck que dans Orphée & Eurydice."
Pour moi, le problème c'est avant tout l'esthétique : la puérilité de la symbolique, l'échappatoire systématique de la gestuelle (ou de son absence) qui évite de se confronter au texte, le neuneuisme de l'importation du théâtre japonais, la tendance à la pose et à l'esthétisme, la fascination pour les jolis costumes et les jolies lumières, la scénographie extrêmement pauvre (ça, j'avoue, je m'y connais moins, mais je fais confiance)... Tout cela relève, derrière le joli decorum, du théâtre d'amateur, ou d'un goût d'amateur.

"Tiens, des sources informées m'ont dit exactement l'inverse."
Oh mais beaucoup ont adoré, évidemment : beaucoup de gens aiment Maazel et Rattle, aussi.

"Ca ressemble à son Wagner, je suppose ? Discret, belles couleurs, légèrement mou ?"
Pas entendu ses Wagner (il ne faut pas déconner !), mais il paraît oui. Enfin, c'est plutôt : éteint, joli, complètement plat.

"Oui, j'ai ma réponse pour toi. :)"
Voilà. Ceci dit, il paraît que le récent concert à Pleyel était du même ordre (je voulais y aller pour tester, je n'ai pas pu). Et pourquoi les autres chefs n'auraient pas de problème à Bastille, et Jordan si ?

6. Le samedi 10 mars 2012 à , par DavidLeMarrec

Je crois que je m'étais contenté d'imposer la durée et le sujet (Poe).

A ce compte-là, le risque de souffrir un machin prétentieux et peu comestible tiré de Poe est assez grand. Le couplage avec quelque chose de primesautier et lisible dans le genre de ce que Debussy a esquissé pour le Beffroi me paraît plus accessible pour des représentations. Usher est déjà assez abstrait (même chez Orledge, on n'échappe pas au sentiment simultané de grande inspiration et d'inachèvement manifeste). Deux oeuvres aussi complexes et sinistres qu'Usher (et très probablement moins inspirée pour la création...), ce serait un peu dur, ne serait-ce qu'en termes de concentration pour le public.


Pour moi, le problème c'est avant tout l'esthétique : la puérilité de la symbolique, l'échappatoire systématique de la gestuelle (ou de son absence) qui évite de se confronter au texte,

Précisément, cela peut fonctionner avec certaines oeuvres ; mais la réussite paraît assez aléatoire selon les oeuvres qui lui sont confiées. Je suis en accord avec l'aspect "décoratif" qu'on peut trouver superficiel.

Dans Gluck, c'était vraiment épatant, mais ne m'a pas donné très envie de voir la même chose dans Aida ou Frau ohne Schatten... Même pour Pelléas, je suis plus curieux qu'optimiste, puisque en ce qui me concerne, l'absence de gestuelle et la déconnexion d'avec le texte sont assez rédhibitoires en général.

Cela dit, il y a quantité de surprises possibles quand on assiste réellement aux spectacles, je n'ai donc pas d'avis définitif sur la question, il est probable que cela fonctionne très bien en salle, justement parce que c'est joli. :) Je n'aurais jamais cru pouvoir aimer Ronconi, et pourtant son Triptyque m'a enthousiasmé sans grande réserve. Parce que ça avait un véritable impact, et très adapté à la salle.

Mais je vois à présent ce que tu veux dire par "amateur", plutôt sur le goût superficiel que sur sa réalisation à proprement parler.


Oh mais beaucoup ont adoré, évidemment : beaucoup de gens aiment Maazel et Rattle, aussi.

Justement, ce ne sont pas ces gens-là. :)

Cela dit, Maazel et Rattle, si on choisit où on les écoute, ce peut être formidable (du moins Maazel). Dans la quantité de leurs concerts et enregistrements, ce n'est pas du niveau de la place qu'ils occupent dans le système, mais c'est le système qui veut ça, il y a beaucoup d'autres paramètres que la seule qualité artistique...

Rattle aurait été le dernier que j'aurais choisi pour Berlin, considérant ses réalisations avec Birmingham, mais je ne suis pas persuadé que Barenboim aurait forcément fait beaucoup mieux...


Et pourquoi les autres chefs n'auraient pas de problème à Bastille, et Jordan si ?

Précisément : je me demande si la technique de Jordan est compatible avec Bastille. A la radio, j'entends à chaque fois des choses extrêmement fouillées et expressives, alors qu'en salle, il y a quelque chose d'un peu lisse, précautionneux, presque tiède.

Oui, c'est dommage puisqu'il doit diriger les trois quarts de ses soirées dans cette salle. :)

7. Le jeudi 21 août 2014 à , par Palimpseste

Salut David,

Une fois tous les deux-trois ans, je repense à cette Chute de la Maison Usher avec ce regret immense que le projet n'ait pas abouti. Alors à chaque fois, je me remets en chasse des quelques informations au sujet de cet opéra et de ce qu'on en a. J'ai l'une ou l'autre question.

D'abord, est-ce qu'il y a du nouveau sur ce front depuis cette notule: représentation, CD, DVD?

Ensuite, quand tu parles de la reconstruction d'Orledge, tu dis ceci:

...le flux est naturel et l'illusion parfaite : l'orchestration est réellement du Debussy, et du Debussy opératique d'après Pelléas, alors même qu'il n'en a rien écrit !



Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Est-ce qu'Orledge a tu réécrit sans tenir compte des esquisses, quand même assez conséquentes de Debussy (ce qui me semble impensable) ou alors... ben alors, je ne comprends pas bien ta phrase.

8. Le jeudi 21 août 2014 à , par David Le Marrec

Bonjour Palimpseste !

Je n'ai eu aucune nouvelle privilégiée sur cette question depuis cette notule. Mais on dispose au moins d'une bande de la radio néerlandaise qui, en plus du DVD, circule avec la restitution d'Orledge. Pas si mal.

Est-ce qu'Orledge a tu réécrit sans tenir compte des esquisses, quand même assez conséquentes de Debussy (ce qui me semble impensable) ou alors... ben alors, je ne comprends pas bien ta phrase.

Je parlais exclusivement de l'orchestration, dans un genre très ce-que-Debussy-aurait-pu-écrire-après-Pelléas, alors que tout est de la main d'Orledge, parce que l'orchestration de la Chute…
Ce qui est fort n'est pas tant que ça ressemble à du Debussy — avec de l'étude, plein d'autres y sont parvenus, mais à ce que Debussy aurait écrit en continuant de mûrir (donc pas exactement du style Debussy-Pelléas ou Debussy-Mer).

9. Le vendredi 22 août 2014 à , par Palimpseste

Ah, l'orchestration, d'accord.

Il est donc bien parti des bribes orchestrales et des réductions piano/voix de Debussy (tout le I, un peu du II et la fin si je ne me trompe pas) et les a orchestrées en ajoutant quelques passages de son crû pour combler les trous, c'est ça?

Plus j'y pense et plus je me dis que c'est peut-être mon plus grand regret dans l'histoire de la musique. Il aurait dû finir ça plutôt que de perdre son temps sur les sonates alimentaires. Elles sont mignonnes mais elles n'ajoutent pas grand-chose à son oeuvre.

Merci pour les éclaircissements.

10. Le vendredi 22 août 2014 à , par David Le Marrec

Orledge a écrit sur le sujet, il faudrait le lire en entier pour avoir le détail, mais oui, c'est ça — il me semble qu'il y a très peu de choses orchestrées. En revanche, on a effectivement beaucoup de traces composées (à peu près tout le I et pas mal du reste) en piano / chant.

Le concert que je mentionnais dans cette notule (avec piano, donc) donnait quelque chose de très cohérent, rien qu'en exploitant ce qu'avait laissé Debussy — il restait quelques trous au II, c'est tout.

Chez Orledge, ce qui m'impressionnait, c'est justement d'arriver à se projeter dans l'orchestration que Debussy aurait crédiblement écrite pour une œuvre aussi différente de ce qui a précédé.

J'aurais bien aimé aussi avoir d'autres opéras de Debussy (le Diable dans le Beffroi promettait d'être encore très différent), mais les mystères donc je suis inconsolable sont plus radicaux : j'aurais aimé entendre les opéras de Mozart en 1820, les lieder de Schubert après Tristan, la production de Rudi Stephan dans les années 20 et 30…

11. Le vendredi 22 août 2014 à , par Palimpseste

... les mystères donc je suis inconsolable sont plus radicaux :j'aurais aimé entendre les opéras de Mozart en 1820, les lieder de Schubert après Tristan, la production de Rudi Stephan dans les années 20 et 30…

Ah oui, tu ouvres des perspectives auxquelles je ne pense jamais.

Mes interrogations portent sur des choses que les compositeurs avaient mentionnées comme projets plus ou moins bien définis (concerto pour flûte et concerto pour violoncelle de Tchaïkovsky par exemple)

12. Le vendredi 22 août 2014 à , par David Le Marrec

Ah oui, bien sûr, les concertos de Tchaïkovski, ou bien le Jésus de Wagner, je veux bien aussi.

13. Le vendredi 22 août 2014 à , par Palimpseste

Bon, je viens de mettre la main sur la reconstruction d'Orledge. Commentaires à chaud.

Beau thème de cor anglais pour commencer. Il réapparaît, ça va donc être un élément de repère. Première intervention de Madeline, dans un climat pas particulièrement oppressant, c'est à contre-pied de mes attentes.

Ah, la tension monte très subtilement avec l'entrée du narrateur. Finement fait. La noirceur se confirme avec l'intervention de Roderick même s'il y a quand même quelques rayons aussi faibles qu'éphémères.

Toutes les voix masculines tirent souvent vers le grave. Sans support visuel, elles se mêlent un peu mais ça accentue l'impression de désorientation. Par contre quand elles montent, le résultat n'en est que plus frappant ("... il fallait faire vite...").

Une sensation de changements brusques sans transition: déchainements brutaux puis calme plat. Peut-être un effet de l'état inachevé de la partition.

Sinon, c'est bien un autre monde que celui de Pelléas et Mélisande. Plus vénéneux bien sûr mais aussi avec des éclats plus violents.

Final absolument hallucinant.

14. Le samedi 23 août 2014 à , par David Le Marrec

Quelle version ? La (bande son du) DVD ou (celle du) concert néerlandais ? Ou une autre ?

Oui, il y a des trous à l'acte II, d'où l'effet de rupture sans doute. Je suis d'accord, beaucoup plus sombre : Pelléas gardait le charme légèrement distancié de la fable. Ici, on est plongé dans la maison d'aliénés, très concrète, et sans réel espoir d'en sortir. D'où, peut-être, la dureté des éclats, mais enfin, la fin du III ou du IV de Pelléas sont assez intenses aussi, malgré une veine moins spectaculaire.

Content que tu aies pu y trouver un peu de ce que tu y cherchais !



15. Le samedi 23 août 2014 à , par Palimpseste

Un autre semble-t-il:

Gottingen Symphonie Orchester, cond. Christophe Mueller. 10 December 2013 with William Dazeley as Roderick Usher by Robert Orledge 2002-2004

C'est sur youtube.

J'en ai profité pour jeter un œil au site d'Orledge et sa reconstruction a l'air de bien voyager. Elle vint d'être donnée Pays de Galles sera représentée à San Francisco l'année prochaine. Ça ferait donc cinq lieux depuis 2006. Pas encore énorme mais c'est peut être en train de se construire.

16. Le dimanche 24 août 2014 à , par David Le Marrec

Merci.

Il faut dire qu'au aurait un opéra de plus de Verdi, Wagner (à ce propos, pourquoi les fragments de Die Hochzeit n'ont-ils jamais été enregistrés, alors qu'on a plein de versions de l'Ouverture Faust ?) ou Ravel, on se jetterait dessus aussi, non ?

Et en plus, c'est bon, sur un thème célèbre, donc pas de raison de se priver. Ce serait assez chouette que ça s'impose au répertoire effectivement, comme dernièrement Eine Florentinische Tragödie de Zemlinsky, Die tote Stadt de Korngold et Hamlet de Thomas. Ça ferait un opéra court et sombre à programmer, ça changerait du Château de Barbe-Bleue ou de la Tragédie Florentine. Si bien qu'on pourrait glisser Sophie Arnould de Pierné en seconde partie dans les ruines du décor.

17. Le dimanche 7 septembre 2014 à , par DavidLeMarrec

Je découvre qu'une reconstruction du Diable dans le Beffroi par Orledge a été donnée à Montréal en 2012 ! J'en ai écouté des extraits, c'est très différent des autres Debussy (plus tradi et lumineux, étonnant pour le Debussy de cette époque, mais les esquisses tirent bel et bien dans ce sens), mais chouette.

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