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Ture RANGSTRÖM - Havet sjunger (Le chant de la mer)


(Extrait musical suit.)

Dans la foule innombrable d'évocations maritimes, il est étonnant de voir combien la fracture peut être visible entre une inspiration à programme un peu académique et le support d'une invention musicale sans cesse renouvelée.

Du côté de l'académique, on peut classer Chausson (Poème de l'Amour et de la Mer), Vincent d'Indy (Poème des rivages), Philippe Gaubert (Les Chants de la Mer), Cyril Scott (Neptune)... Britten (interludes de Peter Grimes) et Ralph Vaughan Williams (Riders to the sea) y parviennent mieux, sans toutefois proposer réellement du neuf.

Au contraire, outre Debussy évidemment, on verra chez Duparc (La Vague et la Cloche), Vincent d'Indy lyrique (L'Etranger), Vierne ("Marine" tirée de Spleens et détresses), Cras (Polyphème, Journal de Bord), Le Flem (La Magicienne de la Mer) ou Hosokawa (Concerto pour percussions) des caractérisations plus personnelles et plus fortes, pas forcément plus précises au demeurant, de l'élément maritime.


Le célèbre Moine au bord de la mer de Caspar David Friedrich.


Il faut adjoindre à ce second groupe Havet sjunger, une oeuvre écrite par Rangström en 1913 alors qu'il séjournait dans l'archipel de l'Östergötland (un län / land / county / district sur la façade Est du sud du pays). Dans le village de pêcheurs où il se trouvait, il entendait perpétuellement le son de l'onde, et pour ne rien arranger, lisait Les travailleurs de la mer de Hugo - on n'a pas trouvé la mention de la traduction utilisée...


Extrait au milieu de la pièce.
Niklas Willem dirige l'Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise.
Publié dans un excellent son (très compressé ici, pas question de mettre à disposition des enregistrements commerciaux !) chez Phono Suecia.


Il s'agit d'un poème symphonique particulièrement impressionnant, car tendu sans répit pendant un quart d'heure entier, bruissant perpétuellement. Et pourtant, si son large orchestre (renforcé, en particulier pour les vents) use de procédés accentuant la tension, le langage musical, quoique tout aussi dramatique, ne fait pas basculer l'ensemble dans la noirceur. On assiste à une bourrasque musicale formidable, mais qu'on contemple sans effroi.
Sans le programme, on pourrait songer à un fragment épique, où l'histoire, tragique ou non, reste toujours suffisamment à distance pour être contemplée d'un point de vue esthétique.

Rangström accordait un certain crédit à cette oeuvre puisque, en plus de servir, parmi d'autres oeuvres, de préparation à sa Première Symphonie (qui n'est pas extraordinaire de toute façon), il en réutilise le matériau pour sa Troisième Symphonie en... 1929.
Fait qui corrobore mon impression, puisque cette symphonie est sous-titrée Sång under stjärnorna, c'est-à-dire "Chant sous les étoiles" : le contenu musical de Havet sjunger était aisément appliquable à d'autres contextes, tant son figuralisme est plus un dramatisme, assez purement musical qui plus est.

Une oeuvre dont je recommande réellement l'écoute, d'autant qu'elle bénéficie d'une prise de son superbe, dans un magnifique couplage avec Häxorna, un cycle de lieder orchestraux parmi les plus beaux (et étonnants !) du répertoire.


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Commentaires

1. Le jeudi 9 juin 2011 à , par Ouf1er

Et tu as oublié de mentionner la splendide Sea Symphony de Vaughan-Williams... ;-)

2. Le jeudi 9 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

J'ai déjà fait la grâce de mentionner un RVW, c'est plus d'honneur qu'il ne mérite, non ? :)

J'aurais pu parler des évocations maritimes de Bridge aussi, qui sont de toute beauté dans la veine gentiment postromantique. Mais si on veut creuser ce champ-là, c'est quasiment infini, j'ai juste proposé une esquisse pour classer les attitudes plus ou moins inventives face à l'élément ondulant.

J'ai plutôt projet de revenir à Rangström pour parler de la musique de chambre (qui est très intéressante) et des Häxorna, ce cycle de lieder suédois pour orchestre, assez hallucinant.

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