Carnets sur sol

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Saison 2011-2012 à la Salle Pleyel : sélection de raretés


Pour des raisons évidentes de temps disponible, je ne fais que mentionner les oeuvres rares et ne cite pas les couplages s'ils sont plus traditionnels. A chacun d'aller voir dans les brochures si l'ensemble du concert est digne d'intérêt.

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Débutons par le petite événement de la saison :

=> Eduard TUBIN, Symphonie n°11. / Hans ROTT, Symphonie en mi.
Par Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris.

Réfrénez votre joie : sauf restitution musicologique dont je n'aurais pas eu vent, cette dernière symphonie de Tubin est inachevée et dure moins de dix minutes. Elle ne figure même pas dans l'intégrale de Neeme Järvi qui a largement diffusé sa musique hors d'Estonie. Elle se trouve cependant au disque dans l'admirable intégrale d'Arvo Volmer (avec l'Orchestre Symphonique National d'Estonie) chez Alba.
L'oeuvre, malgré sa date de composition (dernier quart du XXe siècle !), est extrêmement nielsenienne : les harmonies et l'orchestration sont celles des mouvements extrêmes de la Quatrième Symphonie, avec un brin moins de variété et d'arêtes. Pour ceux qui aiment la musique orchestrale de Nielsen, Tubin est de toute façon un réservoir à émotions simulaires. Globalement plus sombre (on n'y trouve pas, même dans sa Première Symphonie, les éclats lumineux intenses des quatre premières symphonies de son prédécesseur), mais l'ensemble demeure très prenant.

Quant à la Symphonie de Rott, mort vingtenaire, il ne faut pas croire les commentaires qu'on peut lire sur ses parentés avec Mahler (qui lui a certes empruntés certains thèmes de sa symphonie, mais pour un usage tout autre). Le lien est bien plus fort avec Bruckner, dont il est très parent, avec une forme de liberté et de souplesse supplémentaires.

On y trouvera certes le bien moins rare (et moins exigeant) Concerto pour violon de Tchaïkovsky, mais par Leonidas Kavakos, un des violonistes les plus intéressants du moment, à mon sens... et avec Paavo Järvi, sans doute sans grandes concessions au sirupeux. (Et comme personnellement, j'aime passionnément tout Tchaïkovsky, je ne suis pas le moins du monde incommodé par le couplage étrange.)


=> Stravinsky, Scènes de ballet & Symphonie en ut / Widmann, Concerto pour violon.

=> Grieg, Peer Gynt, malheureusement des extraits, mais avec récitant. (Paavo Järvi / OP)
L'ONF l'avait déjà fait sous Kurt Masur, avec beaucoup de bonheur. Voir ici pour une version française disponible au disque.

=> Szymanowski, Troisième Symphonie. (Davislim / LSO / Boulez)

=> Falla, Monsalvatge, Lara : extraits rares d'opéras espagnol. (Petibon / Capitole / Pons)
Je ne garantis vraiment pas que ce soit intéressant (pas des compositeurs majeurs concernant l'opéra, vraiment pas !), mais c'est assurément rare.

=> Gounod, Messe solennelle de sainte Cécile / Arriaga, Ouverture pour Los Esclaves Felices. (López-Cobos / OP)
Ici aussi, pas forcément des oeuvres majeures ; à coup sûr agréables, en revanche.

=> Gounod, Première Symphonie / Chostakovitch, Première Symphonie. / Saint-Saëns, Troisième Concerto pour violon.
Pas forcément des oeuvres qui me transportent (à part, l'avouerai-je, le Concerto de Saint-Saëns), mais on ne peut pas nier que les deux symphonies soient rarement données en concert. Couplage très bizarre, en revanche, tant les publics de Chosta et de Gounod / Saint-Saëns sont en général plutôt étanches.

=> Boulez, Pli selon pli. (Hannigan / Intercomporain / Lucerne FA / Boulez)
(Pour information, le Lucerne Festival Academy recrute de jeunes musiciens (notamment issus du CNSM) et collabore régulièrement avec Pierre Boulez.)

=> Transcriptions : Debussy, Faune / Ravel, Rhapsodie Espagnole & La Valse / Stravinsky, Le Sacre du Printemps. (Engerer / Berezovsky)

=> Brahms, Begräbnisgesang. / Stravinsky, Symphonie de Psaumes. / Bruckner, Deuxième Messe. (Gardiner)

=> Scriabine, Troisième Symphonie / Prokofiev, Deuxième Concerto pour piano. (Berezovsky / Kirill Petrenko)

=> Ligeti, Atmosphères & Lontano / Manoury, Concerto pour piano (création). (Metzmacher / OP)

=> Debussy, concert de mélodies. (Dessay / Cassard)
Pas sûr que cette écriture corresponde bien au profil vocal et interprétatif de Natalie Dessay (ne serait-ce que la clarté de l'articulation...). Mais il est rare de disposer d'un concert de mélodies françaises aussi homogène, c'est déjà beaucoup.

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Dans cet ensemble, tout ne me tente pas également (particulièrement intéressé par le concert Tubin, les Stravinsky rares et le couplage chez Gardiner).

Parmi les autres auxquels j'ai envie de me rendre, je me dis que certains peuvent être particulièrement intéressants par leur composition :

=> Stravinsky, Oiseau de feu intégral / Debussy, Faune & Mer (Chung / Philhar)
Rien d'original, mais un couplage du tonnerre, tout de même !

=> Ravel, Shéhérazade. (Vourc'h / Colonne / Petitgirard)
Lorsqu'on a entendu sa Mélisande, on ne peut que rêver de l'entendre dans ce cycle. Couplé avec du Escaich, en plus, donc un concert peu ordinaire.

=> Copland, Variations pour piano / Ravel, Miroirs / Brahms, Op.116 et Première Sonate. (Yuja Wang)
On pourra dire ce qu'on voudra de Yuja Wang sur le plan pianiste (oui, un brin lisse), mais elle, au moins, alors qu'elle est toute jeune, et assez nouvelle dans le grand circuit international, elle prend des risques, en se confrontant à des oeuvres considérablement difficiles, considérablement intéressantes et considérablement variées...
D'autant que les Variations de Copland, avec leur thème erratique, aussi disjoint et dissonant qu'une série, ne sont pas précisément avenantes pour l'auditeur ! On est loin des poèmes symphoniques à programme, très loin.

=> J.S. Bach, Passion selon saint Matthieu. (Minkowski / Louvre-Grenoble)
Les versions par les baroqueux spécialistes de tragédie lyrique sont toujours très différentes, la Saint Jean d'Emmanuelle Haïm était singulièrement dansante, colorée et dramatique.

=> Beethoven, Missa Solemnis. (Colin Davis)
Colin Davis était l'auteur, du moins avant l'arrivée d'un certain nombre de versions assez originales et abouties dans les années 2000 (Herreweghe !), d'une des versions traditionnelles les plus prenantes de la discographie (avec certains Karajan réussis, par exemple). S'étant beaucoup amélioré, il y aura sans doute du bénéfice à aller l'entendre.

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Et puis pas mal d'autres choses, parce même s'il y a beaucoup de redites comme chaque année, dans l'immensité de la programmation, il y a forcément des choses qu'on a envie d'entendre en concert, rares ou pas !


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Commentaires

1. Le dimanche 27 mars 2011 à , par Era

Également le prélude des Die Gezeichneten par les Pasdeloup, même si déjà vu l'année dernière dans un concert Schreker plus large, c'est toujours à signaler, d'autant plus que c'est couplé avec l'Adagio de la 10ème de Mahler !

2. Le dimanche 27 mars 2011 à , par Pois de senteur

Faut arrêter là, on va devoir se voir plusieurs fois.

3. Le mardi 29 mars 2011 à , par Jérémie

Oui, ça me fait plaisir, il n'y a pas que moi qui m'enthousiasme beaucoup des transcriptions pour deux pianos ! (On a vu le succès que ça donne à deux clavecins... :-)

4. Le mardi 29 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Salut à vous trois !

@ Era : Oui, c'est chouette, mais je n'ai pas signalé les raretés isolées dans des concerts plus conventionnels, sinon on pourrait citer un tiers des concerts.

@ Pois de senteur : Pas de panique, on parviendra bien à s'éviter discrètement.

@ Jérémie : Le Sacre est encore plus beau pour piano seul, dans les transcriptions que j'ai entendues (mais il faut un pianiste avec au moins trois mains...).
Mais la Valse, c'est mieux avec deux pianos qu'avec un, clairement, et je suis très émoustillé par l'idée de voir le Faune ainsi retravaillé !

En plus Engerer / Berezovsky, ça fonctionne assez bien en général. \o/

5. Le jeudi 31 mars 2011 à , par Gilles :: site

Parmi les raretés, on peut également citer la présence de Madame Gruberova sur une scène parisienne :)
Norma, même en version de concert, ça ne se rate pas... :)

6. Le jeudi 31 mars 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Gilles !

On ne peut pas dire que Norma, donnée la saison passée, soit une rareté terrible. Même chose pour la présence de Gruberová, qui a à peine plus d'un an... :)

Je parle bien sûr des oeuvres, sinon il y en a, des raretés d'interprètes (qui peuvent justifier qu'on se déplace !). Et pour beaucoup d'entre eux, on n'a même pas les disques ou les concerts retransmis de l'étranger pour se consoler : ils ne sont pas embauchés.

Rien qui se compare à la Onzième de Tubin, qui n'a peut-être même jamais été donnée à Paris !

Cela dit, pour être tout à fait franc, j'attendais votre message dans cette rubrique depuis quelques jours. :-)

7. Le vendredi 1 avril 2011 à , par Antoine

Chic! Merveilleuse symphonie de Hans Rott dont je détiens tous les enregistrements sauf deux (Piehlmayer et Campestrini) et je salive dans l'attente de la parution de celui de Paavo Järvi (même si je suis persuadé que Neeme aurait fait merveille!). Sa symphonie pour cordes et son quatuor sont aussi délicieux...Si je le pouvais, je le réssusciterais et le ferais vivre jusqu'à, bon, disons cent vingt ans.

8. Le vendredi 1 avril 2011 à , par Gilles :: site

J'aime quand on attend mes messages :-)

Vous comprendrez aisément que je me précipiterai entendre Norma avec plus d'empressement que la Onzième de Tubin !

Parmi les jolies affiches de Pleyel, je note aussi le concert de Madame Westbroek. Même si Paris a déjà eu plusieurs fois l'honneur de sa présence, j'ose écrire qu'elle fait partie des cantatrices qu'on n'entend/voit jamais assez.

Ceci dit, vous avez raison : d'excellents chanteurs, certains même dont on ne connaît pas les noms, ne sont jamais invités sur les scènes à l'entour ni ne sont enregistrés. A nous d'aller les voir là où ils sont.

Remarquez également que je n'ai pas fait de commentaires sur le récital Debussy de Madame Dessay (mais je n'en pense pas moins) !

9. Le samedi 2 avril 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine, ça faisait longtemps !

Chic! Merveilleuse symphonie de Hans Rott dont je détiens tous les enregistrements sauf deux (Piehlmayer et Campestrini) et je salive dans l'attente de la parution de celui de Paavo Järvi (même si je suis persuadé que Neeme aurait fait merveille!). Sa symphonie pour cordes et son quatuor sont aussi délicieux...Si je le pouvais, je le réssusciterais et le ferais vivre jusqu'à, bon, disons cent vingt ans.

Bien que je regrette beaucoup aussi la perte de Rott, je pense que je réserverais ce pouvoir en premier lieu pour Rudi Stephan, mais j'en ferais bien aussi un usage immodéré pour Schubert et Lili Boulanger...

10. Le samedi 2 avril 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Gilles,

Vous comprendrez aisément que je me précipiterai entendre Norma avec plus d'empressement que la Onzième de Tubin !

Je n'ai pas toutes les clefs en main pour appréhender cette évidence dans toute sa profondeur, mais je l'accepte volontiers avec la plus grande tolérance. (D'autant que j'adore Norma aussi, même si je parle peu et vais moins souvent voir des oeuvres aussi célèbres.)


Parmi les jolies affiches de Pleyel, je note aussi le concert de Madame Westbroek. Même si Paris a déjà eu plusieurs fois l'honneur de sa présence, j'ose écrire qu'elle fait partie des cantatrices qu'on n'entend/voit jamais assez.

Celui de Nina Stemme me tente plus, avec un programme bien plus dense. Mais la voix est moins impressionnante et moins belle, c'est vrai.


Ceci dit, vous avez raison : d'excellents chanteurs, certains même dont on ne connaît pas les noms, ne sont jamais invités sur les scènes à l'entour ni ne sont enregistrés. A nous d'aller les voir là où ils sont.

Ou de fureter dans les bandes radio où on en trouve trace, lorsqu'on n'a pas le temps et l'argent. Rien que surveiller les radios du monde peut donner accès à beaucoup de choses. Et plus si l'on a quelques réseaux mutualistes dans l'enregistrement de ces programmes.


Remarquez également que je n'ai pas fait de commentaires sur le récital Debussy de Madame Dessay (mais je n'en pense pas moins) !

Bah, même si l'on pense (et c'est mon cas) que ce n'est pas forcément très adéquat (là où je la trouve la plus intéressante actuellement, avec sa "nouvelle voix", c'est dans le belcanto romantique, où elle apporte vraiment une couleur singulière), ça reste un programme rare, et exigeant pour l'artiste, ce qui mérite grandement ma déférence. <|:-)

11. Le dimanche 3 avril 2011 à , par antoine

Bonjour David et navré (ou plutôt ravi) de vous avoir manqué. D'accord pour rallonger Stephan, mais il ne faudrait pas tricher. Rott (mort musicalement en 1880 et qui, lui, n'était pas un fils à papa) a eu six ans de création en moins, ce qui représente une belle masse d'oeuvres géniales supplémentaires à occuper toute une armoire de mon salon!

12. Le dimanche 3 avril 2011 à , par DavidLeMarrec

Oui, bien sûr, leurs vies n'étaient pas égales en longueur ni en disponibilité, mais disons qu'une dizaine de Stephan de plus me seraient (subjectivement) plus précieux qu'une vingtaine de Rott, pour faire simple. Encore qu'à son âge, il aurait pu changer et nous surprendre diablement.

Même chose pour Schubert qui, au stade où il en était, nous aurait inventé l'hyperchromatisme en 1835... :'-|

13. Le lundi 4 avril 2011 à , par Antoine

Je suis d'accord avec vous mais dans les proportions inverses. Curieux que vous n'aimiez pas Rott plus que ça alors que dans cette oeuvre d'un gamin bouillonnant d'à peine vingt ans on trouve un savoureux amalgame du passé (Schumann, Wagner) du présent (Bruckner, Brahms) et du futur (Mahler). Quoi qu'il en soit, deux génies cités, sauf Brahms génie réactionnaire, qui le connaissaient mieux que personne, sont de mon avis rendu ainsi irrésistible par deux à un!

14. Le mardi 5 avril 2011 à , par DavidLeMarrec

C'est impressionnant, c'est certain ; ensuite, il s'agit plus d'une affinité de styles : les inventions librement vénéneuses de Stephan me fascinent (et me séduisent) plus que les virtuoses renouvellements de la forme-sonate chez Rott.

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David Le Marrec


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