Carnets sur sol

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lundi 14 février 2011

Airs de cour à l'église des Billettes - Laurens / Yisraël


Rapide compte-rendu du concert en l'église des Billettes (attribuée au culte luthérien depuis Napoléon) avec Guillemette Laurens (bas-dessus) et Miguel Yisraël (luth).

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1. Le lieu

Edifiée de 1754 à 1758, dotée d'une haute nef et de bas-côtés très bas, soutenant trois étages de tribunes en bois, l'église est sans transept. La voûte en berceau (avec de larges embrasures plus baroques) de sa nef débouche très naturellement sur la voûte de l'abside, qui aurait pu être type cul-de-four, avec un tropisme pentagonal assez typique de ce néoclassicisme-là. Les piliers de la nef sont décorés de pilastres ioniques de type romain, qui affirment le classicisme face à une allure néo-romane. L'allure générale est elle-même tout à fait caractéristique, avec sa voûte haute sur une largeur assez étroite. Nombreuses figures géométriques simples pour orner les arcs, à la mode Renaissance. Tribune d'orgue en bois neuf.

Beaucoup de charme et de solennité dans le lieu, qui n'est éclairé que par les ouvertures près des voûtes. Si bien qu'en supprimant les éclairages artificiels, le soir, on se retrouve dans une pénombre assez complète - ce serait le lieu idéal pour des Leçons de ténèbres.


L'acoustique en est particulièrement flatteuse, avec une réverbération très efficace : amplifiant réellement les voix, mais sans jamais brouiller les contours du son.

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2. Le programme

L'annonce du site des concerts Philippe Maillard n'était pas tout à fait honnête : on annonçait non seulement du Moulinié (une seule pièce) mais aussi du Lambert (tout à fait absent).

En réalité, le programme était essentiellement constitué d'airs de Charles Bataille (en espagnol), et de plusieurs airs français d'Antoine de Boesset et de Charles Tessier. Ce à quoi s'ajoutaient trois préludes pour luth de Nicolas Vallet et cet air isolé de Moulinié.

Alors même que le programme papier (5€), seul moyen de disposer de la liste des pièces jouées, s'ajoutait au tarif relativement élevé du concert (20€ pour 1h15 dans une église avec deux interprètes, c'est plutôt le haut de la fourchette), les textes (pourtant libres de droits et peu longs...) n'étaient pas fournis. On disposait en échange d'une passionnante notice (non signée) sur l'évolution esthétique de l'air de cour à la française, mais le manque est considérable pour ce type de musique.

La diction de Guillemette Laurens étant ce qu'elle est, on avait peine, et plus encore dans son bizarre espagnol, à reconstituer tout le texte, malgré la discrétion de l'accompagnement. Une déception d'ordre programmatique (des airs espagnols faibles qui constituent une grande part d'un récital d'airs de cour français) et d'ordre pratique (absence des textes), donc - et qui retranche une part non négligeable au plaisir.

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3. Les compositeurs

Les plus vifs succès ont été remportés par les airs de Boesset, qui étaient en effet inhabituellement beaux - et tous spontanément acclamés par le public (ce qui n'est arrivé pour aucune autre pièce du concert). On ne peut pas soupçonner la posture, vu qu'assez peu de monde semblait avoir acquis le programme, que personne ne le regardait pendant le concert (où les pièces étaient imbriquées), et que la renommée de Boesset n'est pas unanimement positive comme celle de Lambert ni même de Moulinié.
De fait, il s'agissait de superbes ritournelles strophiques, où l'expressivité de Guillemette Laurens et son grain irrégulier faisaient merveille. Clairement, les interprètes avaient à l'avance l'idée qu'ils s'assuraient par elles des succès inévitables auprès de ce public - et j'étais moi-même surpris d'être aussi facile à deviner, et tellement à l'unisson du public !
Un peu comme lorsqu'on joue le final de la Septième de Beethoven : ça ne peut pas manquer, les plus ingénus aussi bien que les plus snobs tapent du pied dès que la musique cesse (voire pendant, mais c'est une autre question...).

Suite de la notule.

David Le Marrec


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