Carnets sur sol

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Sergueï Prokofiev - Les Fiançailles au Couvent - Sokhiev, Opéra-Comique


Une rareté sur les scènes internationales (et même peu présente au disque, où l'on totalise trois versions).

L'oeuvre en elle-même ne constitue pas un chef-d'oeuvre musical injustement négligé - sa mise en musique, assez continue, pourvue de peu de relief, ne suscite pas réellement l'enthousiasme, ni au disque, ni en salle. En revanche, sa conjonction avec l'excellent livret plein de vie et d'esprit en fait une oeuvre, en fin de compte, délicieuse - et très exactement dans la niche visée par l'Opéra-Comique, celle des opéras légers où le théâtre est premier.

A partir du milieu de l'oeuvre cependant, la musique se fait plus typée, avec le superbe quatuor vocal dans l'appartement de Mendoza, la musique de scène sans scène interrompue et prise à partie des répétitions du mariage, le grand lyrisme de la scène du cloître et la beuverie hypocrite des moines. Toutes ces scènes s'enchaînent, avec un renouvellement musical et dramatique très bienvenu.
Chose amusante, les airs amoureux sont conçus sur les mêmes harmonies et les mêmes effets d'orchestration que dans Guerre et Paix... qui n'était pas encore composé - c'est précisément le suivant dans le catalogue de Prokofiev.

Le livret (du couple Siergueï Prokofiev / Mira Meldelson), à l'exception d'une scène d'exposition un peu lourdement explicite, brille par sa vivacité et surtout par son usage incroyablement inspiré du comique de répétition. Là où le procédé est généralement lourdaud, il devient une sorte de motif récurrent particulièrement prégnant.

La mise en scène de Martin Duncan tire précisément toute la sève de ce livret, en mettant en valeur tout ce qu'il peut avoir de plaisant ou de drôle, grâce à une direction d'acteurs très précise.

Musicalement,

un plateau très homogène dont on peut saluer la qualité du russe, jamais mâchonné, malgré les origines linguistiques très diverses des participants. Triomphent en particulier le soprano aisé, coloré, moelleux et très bien projeté d'Anastasia Kalagina (Luisa) et le Frère Elustaphe au grand impact physique assuré par Vasily Efimov, saisissant.
Les deux mezzos Anna Kiknadze (Clara d'Almanza) et Larissa Diadkova (la duègne), ainsi que Brian Galliford (le vieux père avaricieux Don Jérôme), faisaient valoir des timbres voluptueux et de grands talents de phraseur.

L'enthousiasme était un peu moindre sur Mikhail Kolelishvili (Mendoza), une basse très sèche comme il en existe par opposition aux voix "grasses" de la même école russe - une seule couleur très grise, pas beaucoup de séduction vocale ni de variété d'expression. Mais le personnage et la ligne vocale très récitative étant ce qu'ils sont, c'était une distribution tout à fait adéquate (tout simplement, en ce qui me concerne, je n'aime pas trop ce type de voix).

J'ai été frappé par les sonorités très françaises de l'Orchestre du Capitole : cordes un peu raides, cuivres un peu stridents (mais pas seulement sur l'attaque comme les russes) - tout cela pas du tout en mauvaise part, au contraire, c'est un son disparu qui semble renaître. D'autant plus étonnant que je ne l'avais pas vraiment remarqué, ni dans leurs nombreux disques, ni lorsque j'ai déjà eu l'occasion de les entendre en salle.
La direction de Tugan Sokhiev prenait toujours garde à ne pas gêner les chanteurs, ce qui assurait une soirée très agréable sur le plan des équilibres, au détriment de la variété des dynamiques - mais la partition est en elle-même peu pourvue en contrastes.

Enfin, les Choeurs du Capitole sont absolument splendides, on croirait entendre des solistes qui ont l'habitude de chanter ensemble

Il ne reste qu'une cinquantaine de places pour demain, mais il vaut la peine d'y aller...


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Commentaires

1. Le mercredi 2 février 2011 à , par Dave

Salut !

Je suis en tout point d'accord avec toi, surtout en ce qui concerne les réserves sur Mendoza, que tu as très bien formulées, et ton opinion générale sur l'œuvre, que j'ai trouvé aussi très plaisante sans être essentielle.
Aussi, même si c'est le rôle qui est très payant, Brian Galliford en Don Jérôme était vraiment superbe !

En tout cas c'est rassurant de voir que les productions toulousaines sont appréciées en haut lieu :-)

2. Le jeudi 3 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Dave,

Merci pour ce passage ! :)

C'est typiquement le genre d'oeuvre pas exaltante au disque, mais qu'on prend beaucoup de plaisir à voir en salle, surtout lorsqu'on a une mise en scène aussi détaillée et attentive.

En tout cas c'est rassurant de voir que les productions toulousaines sont appréciées en haut lieu :-)

Comme l'indique le titre, en fait de hauteur, on se trouve assez à proximité des pâquerettes. :-)
Les productions toulousaines, à entendre ou à voir, m'ont rarement déçu... déjà avec un orchestre, un choeur, une tradition et une programmation aussi intéressants, difficile de faire de mauvaises choses. J'ajoute à cela que les distribution y sont généralement excellentes, alors c'est un plaisir.

En l'occurrence, les productions destinées à l'exportation étant toujours soignées (même l'ONBA est transfiguré lorsqu'il fait une tournée ou enregistre un studio), je n'avais pas beaucoup de doute.

J'en profite pour te demander ce que tu penses que l'acoustique au parterre, si tu as déjà testé. J'avais été frappé par la saturation intense du son dans une oeuvre lourde comme... L'Elixir d'amour ! En revanche, tout en haut, on est un peu loin mais on entend parfaitement.

3. Le samedi 5 février 2011 à , par Dave

Le parterre, j'y étais il y a 4 ans je pense lorsque j'ai entendu mon second opéra, Don Giovanni, pour ne plus jamais y être ensuite. Du coup, je n'ai plus trop de souvenir sur l'acoustique, d'autant plus que je n'avais pas vraiment l'expérience pour pouvoir la comparer avec le reste du Théâtre.
Je te dirai ça la prochaine fois que j'y serai, c'est-à-dire dans bien longtemps au vu de ce que tu me dis ^^

Par contre, je suis tout à fait d'accord, on entend plutôt très bien lorsqu'on est en haut, chanteurs et l'orchestre. C'est toute la partie haute de la mise en scène qui nous échappe...

4. Le dimanche 6 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Merci !

5. Le dimanche 6 février 2011 à , par Ouf1er

"C'est typiquement le genre d'oeuvre pas exaltante au disque, mais qu'on prend beaucoup de plaisir à voir en salle, surtout lorsqu'on a une mise en scène aussi détaillée et attentive."

Oui, c'est exactement cela.

Un peu la même chose, je dirais, pour l'autre production Toulousaine (enfin, à l'origine Zurichoise, mais invitée à Toulouse) des Quattro Rusteghi, de Wolf-Ferrari : une conversation en musique un peu longuette au disque, mais un petit bijou de théâtre à la scène, qui serait totalement à sa place sur la scène de l'Opéra-Comique.

6. Le dimanche 6 février 2011 à , par DavidLeMarrec

Et puis il y a les conversations en musique qui sont déjà géniales en son seul et qu'on voudrait voir (ou revoir) à la scène : Sophie Arnould, Colombe, L'Héritière... au hasard. :)

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