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Billy Budd de Benjamin Britten - Tate / Zambello - (Paris Bastille, 29 avril 2010)


Cette production célèbre m'avait toujours attiré ; on n'y attend pas de psychologie développée, mais un sens du spectaculaire qui procure à l'atmosphère maritime tout son lustre.

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1. L'oeuvre au disque

Dans le catalogue de Britten, il s'agit d'une des pièces où la rondeur de son langage, sans exaltation des tensions et des pôles, s'exprime le plus fortement, au détriment du caractère saillant de la musique et dramatique de la pièce.

En outre, les caractères des personnages sont assez rudimentaires : la bonté au naturel de Budd, la destruction gratuite de Claggart, les figures fantomatiques des camarades et officiers. Le Novice se tient certes assez bien (malgré le côté aussi trop tranché et absolu de ses résolutions), mais sa place est assez limitée (et par conséquent le développement de son personnage aussi). Seul le personnage de Vere offrirait des possibilités, écartelé entre l'image humaniste qu'il souhaite se renvoyer à lui-même et le rôle de Pilate, pour ne pas dire de Judas, qu'il choisit de tenir. Mais la dimension rétrospective de son récit (qui contient l'opéra tout entier) est en somme assez peu exploitée, si bien que le personnage n'apparaît pas réellement suspect - et pas le moins du monde sympathique.

A l'écoute, très souvent, se pose la question de l'à quoi bon : ni séduisant mélodiquement, ni d'une complexité nourrissante, toujours entre les deux sans jamais retirer de façon substantielle les qualités de l'une ou de l'autre posture.

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2. L'oeuvre en scène

(Représentation du jeudi 29 avril 2010 - merci au généreux parrain de la soirée.)

Tout en laissant un caractère persistant au ressenti discographique, la mise en vie scénique apporte tout de même quelques nuances positives.
Le second acte se révèle bien plus consistant musicalement que le premier, et finalement assez efficace : pas beaucoup de matière à réflexion, mais un déroulement implacable de tout de qui a déjà été mis en place, et de façon relativement concise.
La scène solo de Budd est assez touchante et réellement bien écrite. Et la scène de bataille, un peu lourdaude au disque, se suit avec beaucoup d'intérêt : les moyens sont proportionnés à l'épisode - pas énormément de matière musicale, mais suffisamment pour soutenir une scène de genre.

Les ponts mouvants du dispositif de Francesca Zambello sont assez peu utilisés au premier acte, et ne sont pas toujours exploités avec le meilleur sens du spectaculaire ni de la direction d'acteurs polyphonique, à telle enseigne que l'on se demande s'ils ne sont pas essentiellement conçus pour réussir brillamment les préparatifs de la bataille. Mais on se laisse séduire sur la longueur.

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3. Exécution musicale

Britten ne permet pas nécessairement des miracles de contraste entre deux versions. Mais Jeffrey Tate, malgré ses habitudes vers la rondeur douce, n'accentuait pas du tout les faiblesses de la partition en ce sens, et semblait au contraire faire sien ce mode d'expression.

Lucas Meachem, accueilli mollement par la critique à cause de la concurrence actuelle (Mattei, Keenlyside, Gunn...), assume en réalité très bien son rôle, avec une émission un peu dure qui s'assouplit lors de sa grande scène.

Les voix des autres rôles ne sont pas toutes bien belles (Kim Begley en Vere, Gidon Sacks en Claggart, Yuri Kissin en Dansker...), je me contenterai surtout de distinguer deux seconds rôles qui dominaient l'ensemble du plateau.

D'abord Paul Gay, qui parvient à offrir un relief inhabituel au rôle pourtant assez peu extraverti de Mr Flint, constitué essentiellement de minuscules répliques. La voix, très bien projetée, offre une grande autorité et une belle profondeur. Il aurait assurément valu le détour en Claggart...

Ensuite et surtout, François Piolino, rompu à l'école de la voix mixte (il a tenu des rôles de haute-contre), parfaitement audible malgré la clarté extraordinaire de sa voix, et la beauté pure d'une expression qui est versée au public sans filtre. Vraiment superlatif à tout point de vue, une des plus belles choses vocales que j'aie entendues cette saison.

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Je ne dissimule pas un peu de dépit en certains endroits, pas tout à fait de l'ennui, mais l'impression de quelque chose d'un peu interchangeable ou qu'il serait indifférent d'entendre ou pas.

Une bonne soirée cela dit, l'occasion de confronter un ressenti discographique avec la mise en action de l'oeuvre sur scène.


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