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Céphale et Procris de Grétry à l'Opéra Royal de Versailles - carnetage sur le vif

Pour la réouverture de l'Opéra Royal de Versailles, ce ballet de Grétry est recréé, et diffusé en direct sur Arte Liveweb. Nous commentons en simultané.

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Cephale_et_Procris_-_Grandes_journees_Gretry/

20h55 - Il s'agit comme prévu d'un ballet très vocal. La musique en est allante et très touchante. Plus qu'à Grétry, on pense au Déserteur de Monsigny (en mieux), à Méhul et surtout à La Mort d'Abel de Kreutzer, bref au meilleur de cette époque. On ne trouve pas l'originalité d'Andromaque, mais un charme très sûr qui dépasse le Grétry des opéras-comiques de quelques dizaines de têtes.

21h01 - Bénédicte Tauran (l'Aurore) et Pierre-Yves Pruvot (Céphale) sont comme prévu idéaux (diction parfaite, mordant des phrases, goût, beauté de timbre...). Les Agrémens admirables comme d'habitude, mais cette période dans cette nation est leur spécialité.

21h06 - Autant le visionnage du Guillaume Tell de Grétry s'est avéré franchement peu passionnant,

autant ce Céphale fait vraiment regretter de ne pas être là, comme la musique sert finement l'expression, comme le livret paraît tout à fait passionnant alors qu'il n'a rien de particulièrement supérieur à quelqu'autre ! Et avec de tels interprètes, quelle fière déclamation !
Mais tout était complet, réouverture oblige, les tarifs à deux niveaux seulement : 90€ et... 40€. Tenter le hasard jusqu'à Versailles pour débourser 40€, c'est faire preuve d'une constance un peu forte pour une oeuvre inconnue.
N'empêche, c'est vraiment l'une des oeuvres très inspirées de l'époque, sans le hiératisme de Gluck, on conserve l'aspect très humain de la tragédie lyrique typiquement française, mais dans une esthétique devenue classique. Ou même, ici, préromatique, avec tous ces trémolos de cordes, puisqu'on songe quand même Kreutzer et Méhul !

21h12 - Katia Vellétaz (Procris) est sur scène. On l'avait admirée dans Pyrame, on retrouve la même intensité ici.

21h14 - Dire qu'on se fait une image galante de Marie-Antoinette et de sa musique... (D'où, on se rappelle, notre méprise sur certain concert.) Ici, sans être d'un épique achevé, on ne peut qu'être impressionné par le ton grand genre, d'une expression très élevée, qui prédomine. Même les passages tendres n'ont rien de pastoraux, malgré le cadre forestier. Ce serait même plus austère que du Rameau ou même du Lully dans un même cadre.

21h22 - Les danses ont effectivement quelque chose d'un peu berliozien à certains égards ; pas forcément le même Berlioz, mais disons qu'on sens vers quelle évolution ira cette musique. Et, à l'autre bout du spectre, on a des mouvements vifs très ramistes (on peut penser à la Contredanse des Indes Galantes).

21h42 - Bénédicte Tauran est décidément magnifique. L'aigu est par moment un peu serré, il faut espérer que la voix ne s'abîmera pas, mais le médium est absolument fantastique, il est, quoique fort beau, suffisamment mat et ferme pour soutenir à la perfection une déclamation expressive. Ses extraits de Sangaride dans l'Atys d'Hugo Reyne (complet lui aussi...) promettaient, vivement le disque ! Assurément un très grand potentiel pour les rôles de dessus de la tragédie lyrique.

21h48 - En contemplant cette musique enthousiasmante, on finit par penser que l'état de connaissance de Grétry était comparable à celui qu'on aurait de Berlioz avec ses seules mélodies (hors Nuits d'Eté), de Meyerbeer avec le Croisé en Egypte et l'Etoile du Nord, de Chabrier avec España, de Stravinsky avec Apollon Musagète ou Oedipus Rex, etc. Bref, un pan de sa production nettement moins nourrissant que ses oeuvres réellement abouties.
Moi le premier, j'ai tordu le nez en voyant se pointer une année Grétry, en pensant que nous allions subir de gentilles platitudes parce que ce nom était relativement emblématique, au lieu d'exhumer des compositeurs moins renommés et plus valeureux. En réalité, Grétry, le vrai, le bon, fait lui-même partie de ces valeureux méconnus.

21h57 - Contrairement à Andromaque, les pièces dansées sont vraiment épatantes, d'une spontanéité naïve sans doute, mais jusqu'à émouvoir vraiment par leur joie simple. Il faut dire que Guy van Waas (le chef) est à son affaire dans ce répertoire.

22h07 - Une heure et demie de musique, et pour l'instant, pas de creux, que de la musique enthousiasmante en permanence, et un livret tout de même assez sympathiquement construit, malgré la platitude ses expressions. Fascinant comme la musique de Grétry neutralise la niaiserie potentielle des paroles écrites. Eh oui, tout le contraire de sa réputation, et de ce que l'on pouvait attendre de lui !

22h12 - A plusieurs reprises, des soli de bois en guise de ponctuation (traverso, bassons), assez avisé même si on est loin de l'orchestration de Don Giovanni ou des trouvailles d'Andromaque. Superbe musique en permanence en tout cas.
Le temps d'écrire ces lignes, c'est l'entracte.

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Commentaires

1. Le dimanche 22 novembre 2009 à , par WoO

La suite !

2. Le dimanche 22 novembre 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Merci. :-) Je n'ai pourtant pas eu l'impression d'être profond, le carnetage désordonné a son charme sur l'heure, mais ce n'est jamais très informatif par rapport à une notule structurée qui va essayer de faire la part des choses. Je suis donc d'autant plus sensible à ton commentaire rassurant. :)

Pas regardé la suite, ça attendra quelques jours que ce soit à nouveau en ligne.

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