Carnets sur sol

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Grosse fatigue

Quand on vous dit qu'il ne faut pas lire les revues musicales, et qu'un interprète est payé pour faire et non pour commenter... il faut croire son interlocuteur, sans plus discuter.

Dans un entretien paru dans le mensuel Classica (article disponible en ligne sur un site aux manières cavalières que nous ne citerons donc pas), Bertrand Dermoncourt et Franck Mallet ont interrogé (Sir) Simon Rattle à propos de son Götterdämmerung d'Aix-en-Provence, cette année, mis en scène par Stéphane Braunschweig (en toute petite forme pour ce dernier volet).

Traduction défaillante dans un sens ou l'autre, ou gros coup de bambou chez l'intéressé, on ne saurait dire, mais il y a comme du sable dans les rouages, en tout cas.

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Quel sens accorder au Crépuscule des dieux ?
— Ça ne s’explique pas en deux mots. Il faudrait plutôt se demander : « Qu’est-ce que cela signifie pour moi ? » L’humanité arrive à son terme, en même temps que le monde de Wotan. L’extase se mêle à la tristesse dans cette musique. L’appétit du pouvoir mène à la destruction totale.

Pour quelqu'un qui a travaillé d'arrache-pied sur la partition (et, on le voit, qui chante chaque parole en dirigeant), il y a comme une petite marche ratée. Parce qu'il n'est dit à aucun moment que les hommes meurent... et au contraire, dans la mythologie scandinave, la fin des dieux s'accompagne d'une nouvelle ère, qui s'apparente assez au règne du Messie sur terre (Baldr le Bon ressuscite pour un règne de paix avant la fin des temps).
Evidemment, il y a bien de l'inondation massive, mais l'humanité n'est pas éteinte, non, non.

Surtout, chez Wagner, la mort de Brünnhilde et la fin des dieux marquent au contraire le retour à l'ordre (avec quelques victimes humaines expiatoires sur son chemin comme Siegfried et Gunther). L'Or revient au Rhin, le monde peut recommencer à tourner. C'est sans doute le sens de la dernière image [1] de la mise en scène de Braunschweig : un retour à l'humanité pure des débuts. [Ou au contraire l'éveil d'une humanité encore balbutiante - tout est possible après tout, avec cette image finale.]

Bien sûr, Rattle précise bien qu'il s'agit d'un ressenti personnel, et c'est tout à fait son droit - mais son avis est notoirement en contradiction avec celui de l'oeuvre servie, ce qui est un peu étrange lorsqu'on s'y est plongé au premier chef comme il l'a fait.

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Et si on doutait que Rattle ou ses traducteurs se situent plutôt à l'Ouest ces jours-ci :

Cette expérience a-t-elle changé votre rapport à l’Orchestre philharmonique de Berlin ?
— Wagner a inventé l’orchestre du XXe siècle avec ces opéras ! Toute formation qui se lance dans une telle aventure ne peut qu’être affectée par cette musique. Les deux premières « journées » de la Tétralogie, L’Or du Rhin et La Walkyrie, ont été une épreuve pour l’orchestre, mais maintenant la question est plutôt de trouver le langage adéquat pour chaque opéra. À présent, si l’exécution est toujours aussi difficile, l’orchestre est plus imprégné du style.

On passe sur l'étonnement qu'il y a à lire que le Philharmonique de Berlin connaît des difficultés (lesquelles ? discipline de fosse ? longueur des exécutions ? mise en place technique d'une oeuvre qui n'est pas à leur répertoire régulier ?), mais il y a effectivement eu quelques gros ratés (énormes, en fait) dans les premières représentations.

On est plutôt frappé par ceci : la première chose que l'on apprend concernant la structure du Ring, c'est qu'il s'agit d'une Tétralogie organisée en un Prologue (Das Rheingold / « L'Or du Rhin ») et trois journées...

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Difficile de savoir ce qui est en cause, mais une chose est sûre : si l'on veut briller dans les dîners en ville, il faut éviter de s'appuyer sur Classica (et pas seulement sur l'entretien de Rattle, mais c'est une autre histoire).

Si c'est bien Rattle qui s'embrouille, ce n'est pas extrêmement rassurant, et cette extériorité aux à-côtés qui ne sont pas purement musicaux expliquerait peut-être la gêne stylistique que nous avions ressentie pour Die Walküre ? [Car on y trouve beaucoup d'éléments postmarschneriens, ignorés au profit d'un traitement homogène très Götterdämmerung, pour ne pas dire Gurrelieder...]

Notes

[1] Tout le choeur, entièrement nu sous d'incertaines lueurs rougeoyantes, émerge du noir complet.


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Commentaires

1. Le dimanche 26 juillet 2009 à , par Kia

Je comprends maintenant pourquoi je n'arrive pas à briller dans les soirées mondaines...

Je passe à Diapason !

2. Le dimanche 26 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Tu as survécu au billet d'Alain Duault toutes ces années ?

Le personnage est sympathique, et le vulgarisateur, il me semble, efficace ; mais alors, que d'approximations !

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