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Introduction à ARABELLA - [Richard Strauss ; Hugo von Hofmannsthal]

Comme nous avons préparé une petite présentation chez les voisins, autant en toucher un mot sur CSS.

Il s'agit simplement d'une introduction à l'oeuvre - et d'une invitation à la fréquenter.

1. La création. / 2. Introduction à l'intrigue / 3. Le pendant du ''Rosenkavalier / 4. ... en mieux / 5. Leitmotive comparés à Wagner


1. Création :

Arabella est le dernier opéra de la collaboration entre Hofmannsthal et Strauss. Strauss n'aimait pas trop ce livret au départ, et avait du mal à s'atteler à la musique, mais par respect pour la mémoire de Hofmannsthal, qui est mort avant les révisions communes au fil de la composition, il s'est engagé à terminer l'oeuvre. Qui a été créée en 1933. (Donc pas franchement la pointe de la modernité, sachant que Tristan a été créé en 1865, Salome en 1905, Elektra en 1909, Der Rosenkavalier en 1911 - date du début de la composition des Gezeichneten.)

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2. Synopsis :

Une famille d'aristocrates déclassés, les Waldner, vit ses derniers moments de crédit dans un prestigieux hôtel viennois. De ses deux filles, l'aînée Arabella remporte tous les suffrages de soupirants nombreux (cinq personnages dans l'opéra !), tandis qu'on a de longue date déguisé sa soeur Zdenka en garçon pour ne pas avoir à entretenir une toilette et à payer une dot pour deux filles, ce qui est impossible pour la famille.

Arabella attend cependant, tandis qu'elle badine avec ses prétendants, l'homme prévu pour elle, le fameux richtige (c'est-à-dire celui qui est « juste », au sens « qui convient », « qui est fait pour », « le bon » - que Strauss présente en recyclant un thème populaire d'Europe Centrale). Il va apparaître, néanmoins ce sera aussi au prix de lourdes déconvenues.

Zdenka, de son côté, cherche à faire épouser à sa soeur un jeune officier extrêmement impulsif, Matteo, car elle l'aime et ne veut pas que les refus d'Arabella le conduisent au désespoir et à la mort.

Tout cela va créer un ravissant imbroglio, jusqu'à un point de non-retour qu'il faudra bien prendre en compte...

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3. Le pendant du Rosenkavalier

On apparente, et à juste titre, Arabella au Rosenkavalier.

Le livret est comparable (un mariage entre aristocrates), mais bien plus fin dans Arabella : des psychologies délicates plus que les personnages un peu plus 'typés' du Rosenkavalier. [Alors même que ce n'est plus la haute noblesse, mais presque des bourgeois, plus attachés à l'argent qu'au prestige et aux hautes cures.]

C'est le même Strauss moelleux et très polyphonique, avec cette orchestration fine et ces entrelacs, ces voix de femme très ductiles.

On est donc clairement dans le Strauss galant et rond, mais versant lyrique, donc plus du côté du Chevalier à la Rose que d'Intermezzo et Capriccio, bien plus récitatifs.

C'est comparable, mais ce n'est pas tout à fait la même chose.

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4. ... en mieux.

Cependant, Arabella représente plutôt un compromis entre le Rosenkavalier et les Vier Letzte Lieder. C'est certes une conversation en musique, mais dans le même temps pourvu d'un lyrisme gracieux, omniprésent et souvent profond.

La différence fondamentale réside donc dans le constat qu'on est tout à fait dispensé de ce bavardage, aussi bien pour le livret que vis-à-vis du récitatif presque sprechgesang du baron Ochs, qu'on chercherait en vain ici. Ce type de grotesque et ces tunnels de non-musique sont heureusement bannis. De la musique, magnifique, tout le temps : les Quatre Derniers Lieder pendant trois heures... et sur un splendide livret.

Bien sûr, c'est de l'opéra psychologique, et on y parle avant tout d'états d'âmes, mais avec une succession bien plus active de saynètes, et des personnages, répétons-le, bien plus fins.

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5. Et les leitmotive, donc ?

Pour en revenir à la conversation qui est à l'origine de ce récapitulatif, les leitmotive d'Arabella sont peut-être plus précieux à mes yeux que ceux du Ring, pour plusieurs raisons.

1) En eux-mêmes, ils sont séduisants. Ceux du Ring se réduisent à peu de chose, plus des cellules que des motifs (pas toujours bien sûr, c'est une proposition assez schématique que je fais). Alors que dans Arabella, ce sont parfois quasiment des thèmes. Il y a un côté moins "carré" dans cette manière straussienne, aussi.
Strauss imite par ailleurs du folklore d'Europe Centrale et emprunte même la mélodie du Richtige (« l'homme attendu »), ce qui donne un aspect très persuasif à ces motifs, plus que des semis d'arpèges majeures comme on en rencontre dans la Tétralogie...

2) Leur usage et leur superposition sont beaucoup plus signifiants. Ne serait-ce que parce que le propos de cet opéra est avant tout psychologique ! Lorsqu'Arabella respire les fleurs qu'on lui a envoyées, on entend le thème de l'étranger, qu'elle n'a pas encore évoqué, et aussitôt que Zdenka lui a révélé qu'elles provenaient de Matteo, le thème du refus apparaît. Toute la psychologie du personnage, ses espoirs, ses motivations passent dans la musique, c'est assez exceptionnel. Pour plus de détails, voir la notule sur le sujet.

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Evidemment, Arabella n'a pas le caractère révolutionnaire du Ring, est même plutôt rétrograde, mais si on laisse de côté l'Histoire de la musique pour regarder la qualité, vraiment, cela me paraît assez vertigineux, alors même que cet opéra est plutôt minoré dans le discours général (une redite du Rosenkavalier...). Pourtant, Strauss et Hofmannsthal eux-mêmes considéraient, sans être pour autant sévères avec le Chevalier à la Rose, qu'ils avaient atteint un degré de maîtrise du flux et des longueurs supérieur dans Arabella.

Si l'on n'aime pas le Rosenkavalier, il reste donc une bonne raison d'écouter ces trois heures de Vier Letzte Lieder.

Bonne écoute !

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David Le Marrec


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