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Richard Strauss - ARABELLA, discographie exhaustive et commentée

Inutile de le marteler à chaque discographie, je n'aime pas l'exercice. Résumer ce qui, précisément, est conçu pour être suggestif et ineffable n'est pas simplement vain, c'est aussi une trahison du sens même de l'opéra. A quoi bon exhiber les ficelles trop grosses, les attentes déçues, alors que le plus important est précisément que demeurent l'illusion théâtrale et le transport musical ?

Toutefois, dans le cas d'Arabella, il ne restait qu'à mettre à jour quelque chose de déjà prêt et qui peut être utile vu la difficulté de trouver une version commerciale équilibrée et dotée d'un livret. Non pas que tout fiche le camp, mais les versions les plus intéressantes ne sont pas les plus luxueuses ici, et n'ont pas été publiées par un label. Il faut donc composer avec ce que l'on a, tout le monde n'ayant pas le loisir de fouiner dans les archives radiophoniques ou d'aller les entendre chez d'autres mordus.

Bref, tout cela se limite à des pistes. Il est vrai qu'il y a tout un monde de sentiments mêlés à exalter dans cet opéra, et que trouver la bonne chaussure à son pied est, comme dans les contes de fées, très utile pour que le rêve soit entier. C'est dans cette perspective de goûter les motifs orchestraux jusqu'au vertige, de s'enivrer de passions feintes mais nullement grossières qu'il faut voir notre entreprise de défrichage. Comme on a la chance de connaître, de près ou de loin, à peu près l'ensemble de la discographie, on se dit que ce peut toujours servir à l'un ou l'autre des lecteurs de passage.

Pour les habitués, ils peuvent peut-être s'épargner la médiocrité laborieuse de cette discographie (gentiment) critique.


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Au CD

Il existe en somme assez peu de versions : Krauss 1933 (studio, Ursuleac), Krauss 1942 (Ursuleac), Böhm 1947 (Reining), Keilberth 1950 (Goltz), Kempe 1953 (Della Casa), Kempe 1955 (studio en anglais, Steber), Solti 1957 (studio, Della Casa), Keilberth 1958 (Della Casa), Keilberth 1963 (Della Casa), Zallinger 1966 (Muszely), Rennert 1973 (Caballé), Sawallisch 1977 (Várady), Sawallisch 1981 (studio, Várady), Tate 1986 (studio, Te Kanawa).

On est bien en peine de recommander une version pleinement enthousiasmante, puisqu'il faudrait la chercher du côté de Dohnányi (Mattila) ou de Neuhold (Armstrong), c'est-à-dire des enregistrements existants, mais non commercialisés en CD.
Malgré la qualité des forces à chaque fois en présence, la délicatesse du ton, la difficulté de la mise en place, les exigences de ductilité vocale, d'endurance, de qualité de diction rendent l'exaltation des qualités de la partition difficile sur une longue durée et un nombre assez étendu de personnages. L'orchestre doit être précis, beau et poétique, les chanteurs souples, glorieux et articuler à la perfection. Pour qu'en plus la sauce prenne bien, c'est beaucoup demander. Contrairement à Elektra, l'énergie ne fait pas tout, et la joyeuse pagaille de Mitropoulos à Florence, avec un orchestre et des chanteurs totalement dépassés par la difficulté de la partition, mais absolument concernés, ne serait pas supportable dans cette oeuvre plus délicate.

A la fin de notre parcours, nous proposons un récapitulatif avec notamment les informations techniques relatives aux éditions (livret ou non, en particulier). N'ayant pas tous les coffrets sous la main, on ne peut pas certifier avec exactitude tous les paramètres ; on le signale dans ce cas-là.

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a) Version recommandée

Par défaut, il ne reste guère que Sawallisch (Orfeo) qui soit suffisamment équilibré pour assurer une recommandation pleinement respectueuse de l'oeuvre. [Golden Melodram a publié, au tarif prohibitif habituel, une version un peu antérieure, de 1977, avec le même couple et un entourage de 'grands anciens' dans leurs dernières années scéniques : Mathis, Töpper, Böhme, et même Mödl en Kartenaufschlägerin.]


Les timbres de Munich sont étonnamment frustes, mais Sawallisch y est fidèle à lui même, avec un maintien certes pas très souple (la modulation d'entrée d'Arabella n'est pas très apprêtée, comme si on débutait simplement un 'numéro'), mais toujours de l'élan (tempi vifs !), une absence de coupures en principe (on n'a pas eu le temps de vérifier ce point, mais il est le seul avec Solti à s'y être toujours refusé absolument), beaucoup de détails.
La prise de son récente et assez bien faite, même si elle ne flatte pas l'orchestre, permet d'entendre tous les motifs que Sawallisch exalte avec beaucoup d'esprit. Plus encore, il y a de la culture qui rejaillit : le thème du Richtige est énoncé dans un ton de Volkslied (et c'est en effet un des emprunts de Strauss dans cette partition...), ce qui peut se discuter dramatiquement ou musicalement, mais révèle la finesse de la pensée et de la réalisation de Sawallisch, parmi mille autres utilisations des motifs récurrents de la partition.

Côté chanteurs, c'est également la grande satisfaction. La grande tenue des seconds rôles (Helga Schmidt, Walter Berry... et Doris Soffel en cartomancienne !) force l'admiration comme nulle part ailleurs. Malgré son accent américain bien connu, Helen Donath se situe dans la très bonne moyenne des Zdenka d'une discographie très riche en grandes réussites ; l'aigu rayonne très bien même si la voix est celle d'un authentique lyrique (Edith Mathis était moins à l'aise) ; l'incarnation, sans être électrique, est tout à fait pertinente. Les deux ténors Hermann Winkler (Elemer) et surtout Adolf Dallapozza (Matteo) font valoir avec générosité leur assurance (et même, pour le second, son aisance - jusque dans l'égarement), parmi ce qu'on peut entendre de plus engagé dans ces parties.

Dietrich Fischer-Dieskau, enfin, alors qu'il n'avait pas encore rebondi du creux des années soixante-dix dans ses enregistrements de lied des années 1980, se révèle ici pleinement maître de ses moyens, comme dans ses derniers témoignages où, spectaculairement, il semble avoir retrouvé l'évidence de son inspiration et de sa maîtrise des années cinquante et soixante, avec des moyens vocaux à peine diminués. C'est véritablement un Mandryka magnétique, moins bien éduqué que dans ses témoignages avec Della Casa 1963, avec moins d'excès aussi ; très juste en fin de compte, et absolument fascinant. [1]

La réserve principale provient donc du rôle-titre, tenu par Julia Várady : non seulement la diction est très floue et le personnage assez lisse - où sont les fêlures, les caprices d'idéal, la mélancolie ? -, mais de surcroît le style lui-même est discutable. Beaucoup de portamenti, parfois aux confins d'une légère vulgarité ; un soin de la ligne qui se fait au détriment du geste théâtral. Quelque chose de narcissique, mais d'assez fortement plat. [Et l'accent est très bizarre.]
Oh, ce n'est pas rédhibitoire, on est loin de la transparence de Caballé, mais vu le relief de l'entourage, il est très dommage d'assister à une Arabella avec une Arabelle un peu pâle. Mais on fait avec ce qu'on a, et en l'occurrence, on n'est pas fâché d'avoir cet enregistrement-là à conseiller !

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b) Della Casa, quadruple Arabella

Car le reste du tableau est plus problématique : Della Casa en Arabella, à part peut-être sur le vif en 1958, reste toujours sur une certaine réserve expressive, et la voix est assez peu différenciée de ses partenaires, que ce soit Güden avec Solti ou Rothenberger pour Keilberth 63. La légèreté de sa voix fait manquer une partie plus altière et grave du personnage que ses efforts trop modérés d'incarnation n'équilibrent pas tout à fait.

Par ailleurs, ces versions sont assez figées, l'une par la raideur proverbiale de Solti (Della Casa y est plus animée, étrangement, mais flanquée de London, spécialiste de l'expression uniforme), assez gênante pour cette oeuvre, l'autre par la nature même de l'interprétation de ces années, malgré les très beaux vis-à-vis que sont Rothenberger et Fischer-Dieskau.

La version Kempe de 53 bénéficie cependant d'une direction très vive et du Mandryka magnétique (aussi fascinant que le portrait du Hollandais) de Hermann Uhde.

Comme les spécialistes en déclin vocal ont décrété que 63, c'était trop tard, Orfeo a publié une soirée de Keilberth en 58, quasiment équivalente, mais avec Vienne.

Voilà déjà, si on désire une Arabella plus ample et plus mélancolique, beaucoup d'excellentes versions qui ne sont pas des premiers choix.

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c) Réussies et marginales

On peut ajouter quelques sympathiques curiosités assez réussies.

- Kempe 1955 en anglais, avec une lecture très insistante de Steber, avec une ligne vocale un peu martelée, mais toujours avec cette élégance qui lui est propre. Malheureusement, le son est assez moyen et l'adaptation anglaise suit mal la prosodie dont Strauss a tant tenu compte dans sa composition, ce qui en fait une curiosité.

- Böhm 1947 avait tout pour être idéal. Le duo Reining / Della Casa représente une forme d'idéal dans la répartition des rôles et subtilement inspiré par le texte. La rondeur des manières de Reining se mêle à la grâce si présente de Della Casa - qui n'est jamais meilleure que dans les rôles androgynes comme en atteste également son Octavian. Hans Hotter, dans ses meilleures années, a tout de Mandryka, la force vivace, l'ampleur, l'endurance, et aussi le tempérament brutalement rêveur. Malheureusement, le Philharmonique de Vienne ne semble pas encore maîtriser la partition ; malgré les tempi très lents de Böhm, qui font tout se traîner un peu malgré les coupures, c'est une jolie pagaille - jolie, mais pas très affriolante. Le son un peu lointain n'arrange rien, et de ce fait, en plus de la grâce, on perd à peu près tout ce qui se fait à l'orchestre. De grandes qualités, donc, mais à écouter uniquement lorsqu'on sait déjà ce qui se passe... et uniquement pour les chanteurs.


- Keilberth 1950, récemment proposé par Walhall, est une curiosité également. On nous fait ici entendre Christel Goltz, glorieuse Elektra, qui malgré un timbre peu juvénile et un legato perfectible, dispose d'une véritable sensibilité au mot, pas si éloignée d'Erna Schlüter, sans en atteindre l'inspiration. La voix, un peu lyrique pour Elektra, n'est pas nécessairement propre à Arabella (Salome étant sans doute le moyen terme le plus adéquat), mais le résultat demeure intéressant. Anny Schlemm, également pourvue d'un timbre moins immédiat que d'autres Zdenka, se montre frémissante et exaltée de bout en bout, un plaisir théâtral de tous les instants. Mais l'atmosphère est pesante, Keilberth dirige vraiment lourdement, sans détails, ce qui ruine largement l'atmosphère. Par ailleurs, Metternich, qui aurait pu faire un Mandryka idéal, avec ses manières un peu histrioniques, demeure très vocal et finalement un peu extérieur à son personnage ; reste, comme d'habitude, la voix hallucinante, mordante, lumineuse, glorieuse, qui semble lui sortir par tous les pores... Mais c'est très frustant quand même.


- Rennert 1973, très bien dirigé (la RAI de Rome sonne superbement, ce qui est une vraie réussite à cette date), dans une distribution hétéroclite (Caballé, Miljakovic, Nimsgern, Kollo, Moll). Le résultat est agréable, mais déroutant : Caballé se trouve plutôt dans un bon jour, mais manque bien sûr de mots incarnés ; Nimsgern, que nous adorons par ailleurs, le choix à l'opposé de l'omniprésence bizarre de Fischer-Dieskau dans la discographie (on trouve plus prédisposé à la rustrerie que DFD), sonne tout de même un peu étrangement dans ce langage musical, et ses effets expressifs, soulignant des lignes lyriques, deviennent vite fatigants ; Moll, encore jeune, n'a pas acquis la patine de ses meilleures années ; le tout voisinant avec le bientôt wagnérien Kollo, alors mis à toutes les sauces en Allemagne (jusqu'à Offenbach et Funiculi Funicula pour la télévision). Bizarre.
De peur de bousculer le public, la valse-interlude entre les deux derniers actes n'est pas exécutée à la fin du deuxième acte, pour faire place à l'entracte. La pochette elle-même est une curiosité, toujours dans le goût parfait des récentes rééditions d'Opera d'Oro.

Il n'en reste pas moins qu'une Arabella sans diseurs pose quelque problème...

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d) Versions moins abouties

Pour le reste, on est plus gêné : les distributions de Krauss (que je n'ai pas eu l'occasion d'écouter) ne sont pas très avenantes, en particulier Mme Krauss (Viorica Ursuleac), qui a toujours eu un haut de tessiture plutôt crié, et qui n'est pas démesurément inspirée non plus, sans être le moins du monde indigne. La version de 1942 est même très terne orchestralement, alors que Krauss avait tout pour exalter les moirures de ce type d'oeuvre.

Il nous reste Meinhard von Zallinger sur les bras, mais à la Fenice en 1966, sachant que Mondo Musica n'hésite pas à publier des témoignages très mal captés, absolument pas en place, souvent mal chantés, on n'est pas très tenté d'investir pour combler cette lacune. Peu de chances que ce soit la version rêvée, mais pour le savoir, il faut l'acheter. (Dans l'attente, on utilise abondamment nos captations radiophoniques...)

Quant à la seule version discographique relativement récente, Tate 1986, on n'est pas gêné du tout : à part le superbe Matteo lyrique du jeune Seiffert, la direction est molle, l'incarnation de Te Kanawa est molle, et sa ligne musicale est molle. Assez ennuyeux, surtout que le studio fige tout cela assez peu gracieusement.

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Récapitulatif

  • Krauss 1933.
    • Studio Koch-Schwann.
    • Pas recommandé.
    • Epuisé. Sans livret.
  • Krauss 1942.
    • Sur le vif, Myto.
    • Pas recommandé.
    • Livret unilingue probablement.
  • Böhm 1947
    • Sur le vif, DGG.
    • Chanteurs exceptionnels. Mais direction atone et pas en place.
    • Pas de livret.
  • Keilberth 1950
    • Sur le vif, Walhall.
    • Original et intéressant, mais orchestre lourd.
    • Pas cher. Sans livret.
  • Kempe 1953
    • Sur le vif, Testament.
    • Bon enregistrement !
    • Cher. Probablement sans livret.
  • Kempe 1955
    • Studio (vraiment ?) La voce della luna.
    • Très bien (Steber...), mais en anglais.
    • Probablement pas de livret.
  • Solti 1957
    • Studio Decca.
    • Bon enregistrement.
    • Livret traduit.
  • Keilberth 1958
    • Sur le vif, Orfeo.
    • Pas de livret.
  • Keilberth 1963
    • Sur le vif, DGG.
    • Bon enregistrement !
    • Le livret figure-t-il dans la récente réédition ?
  • Zallinger 1966
    • Sur le vif, Mondo Musica.
    • Pas écouté mais pas très attirant.
    • Livret probablement fourni, peut-être traduit en anglais.
  • Rennert 1973
    • Sur le vif, Opera d'Oro.
    • Chanté bizarrement, très bien dirigé.
    • Pas de livret.
  • Sawallisch 1977
    • Sur le vif, Golden Melodram.
    • Pas de livret ?
  • Sawallisch 1981
    • Studio Orfeo (et EMI ?).
    • Très bon enregistrement, recommandé.
    • Sans livret probablement pour Orfeo, mais pour EMI ?
  • Tate 1986
    • Studio Decca
    • Pas recommandé.
    • Livret traduit.


On voit la petit difficulté pour le livret... (L'Avant-Scène Opéra de cet opéra est très bien fait, en particulier sur le détail des leitmotive et leur sens.) Si vous lisez l'allemand, il y a toujours le livret unilingue présent sur Impresario.

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On espère que ça permettra au lecteur de se repérer.

Il peut aussi se reporter pour complément aux autres notules de CSS autour de cette oeuvre :


Notes

[1] Par ailleurs, la voix a gagné en plénitude dans les emportements, le grave s'est élargi, les cris sont connectés au reste de la voix chantée. Le tout dans un goût nettement meilleur.


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Autres notules

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Commentaires

1. Le dimanche 10 mai 2009 à , par Bajazet


Elle est pleine de mystères, votre discographie.
Vous avez un avis sur la direction de Krauss alors que vous n'avez pas eu l'occasion de l'écouter ?
Et vous donnez votre avis sur les autres sas pouvoir nous dire s'il y a le livret ou pas ? Vous voulez que je vous envoie les huissiers de Mme Alabanel ?

Je ne dirai rien de vos choix. Je me doutais bien en commençant que Della Casa serait évacuée sûrement. Je m'étonne simplement qu'on puisse distinguer une version dont on trouve la protagoniste à côté de la plaque. Pour un tel opéra, j'avoue ma perplexité. Je n'aime pas d'ailleurs Varady là-dedans, quasiment hors de propos pour moi. Quand le disque est sorti, la critique française s'est extasiée sur le fait que cette Arabella originale débarrassait le personnage des viennoiseries. ^^ Mais à l'époque, Varady était une chanteuse pour happy few, ceci explique peut-être cela.

La version Solti a quand même un avantage sur ses concurrentes : chaque rôle, jusqu'au plus petit, y est vocalement impeccable. Je songe surtout à Matteo, régulièrement massacré (et j'inclus Dallapozza), que Dermota chante magistralement. La distribution de Keilberth 1963 est fâcheusement inégale en comparaison.

Juste quelques remarques matérielles alors.

0) Krauss 1933 n'est pas une intégrale, seulement 3 extraits (les deux grands duos et la scène finale).

1) Kempe 1955 en anglais n'est en aucun cas du studio, bien sûr.

2) Kempe 1953 (live avec Della Casa et Uhde) est d'une piètre qualité sonore, autant être averti.

3) Böhm 1947 n'est plus disponible chez DGG depuis un moment, mais se trouve édité pour pas cher chez Line (en vente sur JPC).

4) Keilberth 1963 : réédition récente chez DG en collection économique spartiate, pas de livret.

5) Zallinger : les coffrets Mondo Musica ne fournissent jamais le livret, que je sache.

6) Sawallisch 1981 : édité en disques noirs par EMI à l'époque, mais la réédition en CD s'est faite seulement chez Orfeo.

7) Jamais édité, un live de Munich avec Lucia Popp dans le rôle et Wolfgang Brendel (et Sawallisch bien sûr). L'Arabella de Popp n'est documentée que par extraits dans un somptueux disque Strauss qui offre aussi la Scène finale de Capriccio (Eurodisc, avec Alan Titus, suppr.).

2. Le dimanche 10 mai 2009 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Bajazet !

Merci pour le commentaire détaillé.

Beaucoup d'objections, et en conséquence quelques réponses :

Sur Krauss : vu ta remarque, j'ai dû laisser une trace de l'ancienne ébauche, mais évidemment, je l'ai écouté (seconde version). Je m'interrogeais sur la première que je n'ai pas entendue, je l'ai trouvée référencée dans une discographie d'intégrales.

Sur les affaires de livret :
- Je n'ai pas sous la main ceux que j'ai pu écouter en bibliothèque ;
- La radio a des mérites ;
- Et il existe de petites boîtes magiques parfaitement légales comme MusicMe qui permet de compléter sa culture lorsqu'on n'a pas en projet de dépenser pour faire des doublons ou des comparaisons un peu stériles dans le genre de cette note.

Donc, oui, je ne peux pas indiquer les livrets pour tous, c'est pour cela que je l'indique sous forme interrogative. D'autant que comme je l'ai et que je l'ai aussi un peu mémorisé, je n'y attache pas vraiment d'importance. Pour quelqu'un qui voudrait découvrir l'oeuvre, qui n'est finalement pas tellement fêtée, ce serait plus gênant de devoir en plus investir dans un Avant-Scène ou une méthode d'allemand.

Mme Albanel est cela dit un excellent sujet, que je me réjouis de traiter très bientôt.

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Sur mes choix dont on ne parlera pas :

Je ne dirai rien de vos choix. Je me doutais bien en commençant que Della Casa serait évacuée sûrement. Je m'étonne simplement qu'on puisse distinguer une version dont on trouve la protagoniste à côté de la plaque. Pour un tel opéra, j'avoue ma perplexité. Je n'aime pas d'ailleurs Varady là-dedans, quasiment hors de propos pour moi.

Il n'y a pas à dire, tu es le muet le plus éloquent du monde. :-)

Je pensais avoir insisté sur la question, mais je suis vraiment embarrassé, parce que je ne vois pas dans la discographie quelque chose qui convienne. Ce n'est pourtant pas faute d'équipes prestigieuses, mais je crois que cet opéra est fragile. Et puis il y a tellement d'affect là-dedans qu'on a sans doute tous un profil rêvé pour les personnages, dont il est difficile de ce défaire, j'imagine.

Alors, oui, Várady n'a pas beaucoup de relief, et ses portamenti seraient déjà vaguement vulgaires dans du Verdi, mais enfin, ça reste tout à fait honorable, et le reste autour d'elle crée l'atmosphère. Je fais avec ce que j'ai. Et je rougis de faire la fine bouche.

Le problème de Solti reste double : d'une part la direction, pas spécialement enthousiasmante, qui manque singulièrement d'abandon (mais il est vrai qu'en contrepartie Keilberth est plus prosaïque et moins détaillé, c'est vraiment une affaire de goût) ; d'autre part London, qui est tout de même le champion de l'uniformité vocale et expressive, c'en est même effrayant. Arabella sans Arabella, c'est terrible, mais sans Mandryka, ça reste frustrant.

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Sur la dimension pratique :

1) Kempe 1955 en anglais n'est en aucun cas du studio, bien sûr.

Merci de la précision. C'était noté ainsi sur Operaclass et je n'ai pas le disque sous la main. Vu la prise de son et surtout la localisation au Met, je m'interrogeais sérieusement sur l'éventualité d'une représentation pour la radio, éventuellement dans le genre du Ring de Furtwängler / RAI.

3) Böhm 1947 n'est plus disponible chez DGG depuis un moment, mais se trouve édité pour pas cher chez Line (en vente sur JPC).

Oui, c'est épuisé, mais se trouve en médiathèque (puisque cette collection s'est arrachée, à juste titre d'ailleurs - mais il n'y a pas de livret). Line / Cantus Classics est, pour le coup, réellement éprouvant à entendre dans la plupart de leurs éditions. Mais on trouve des raretés excellentes pour trois fois rien.

4) Keilberth 1963 : réédition récente chez DG en collection économique spartiate, pas de livret.

Merci, je m'interrogeais sur cette nouvelle collection (il y a aussi le Hollandais de Böhm qui peut être une excellente introduction à Wagner, mais recommander s'il n'y a pas le livret...).

5) Zallinger : les coffrets Mondo Musica ne fournissent jamais le livret, que je sache.

Sisi, pour le Satyricon de Maderna, il me semble bien que j'ai au moins le texte original, voir une traduction en anglais. Il faudrait que je vérifie.

6) Sawallisch 1981 : édité en disques noirs par EMI à l'époque, mais la réédition en CD s'est faite seulement chez Orfeo.

D'accord, c'est pour cela que je n'ai trace que d'Orfeo.

7) Jamais édité, un live de Munich avec Lucia Popp dans le rôle et Wolfgang Brendel (et Sawallisch bien sûr). L'Arabella de Popp n'est documentée que par extraits dans un somptueux disque Strauss qui offre aussi la Scène finale de Capriccio (Eurodisc, avec Alan Titus, suppr.).

Oui, le disque de duos avec Rothenberger, c'est ça ? Superbe en effet ; en revanche, en Arabella intégrale (il existe une vidéo de cette représentation, et également une à Tokyo ; aussi une Zdenka aux côtés de Janowitz sous la direction de Hollreiser), elle est sacrément empotée. Toujours la même chose, le timbre est magnifique (la musicalité aussi), mais pour le versant théâtral, ça reste chiche. Tout cela est bien confortable pour le rôle, pas très juvénile ni mélancolique non plus. Comme pour Várady ou Caballé, les mots me font défaut, même s'ils sont mieux articulés.
Et puis, vocalement, elle a toujours préféré les lignes très conjointes, les fragmentations et les sauts d'intervalle importants la flattent moins. Plus Sophie (et surtout Comtesse des Noces) qu'Arabella, à mon avis.


Tiens, au fait, je m'étonne que tu défendes Della Casa, on se retrouve à front renversé ; en principe, j'aime bien les voix plus légères que le format, et tu réclames de l'amplitude. Par ailleurs, j'aime beaucoup Della Casa dans ce répertoire et je ne savais pas que c'était aussi ton cas. Néanmoins pour Arabella, ça ne répond pas tout à fait à ce que j'en attends (un peu grêle et distant) ; c'est vraiment une voix idéale pour Zdenka. Mais avec l'image de la production de Rudolf Hartmann, c'est parfait.


Merci pour toutes ces précisions !

3. Le dimanche 10 mai 2009 à , par Sylvain

Je n'ai que la version Solti/Della Casa et en double en plus (CD et vinyle)... même pas une Varady pour happy few à me mettre sous la dent.

Heureusement que musicme est très bien fourni en R Strauss et m'a au moins permis d'écouter la version Kerlberth. En revanche, la fameuse vidéo de cette version Keilberth 1963 sans droits d'auteurs est tellement underground qu'elle en est introuvable ou au moins "non trouvée" jusqu'ici.

Et Elisabeth Schwarzkopf elle ne l'a jamais chanté à part dans des récitals Arabella ? http://tinyurl.com/o8y6oy et http://tinyurl.com/qpadvn

Ella aurait laissé Della Casa et Varady s'égosiller sans rien faire ? Y-avait-il une clause de non concurrence que lui aurait fait signer Walter Legge ou j'ai manqué un disque majeur ?

4. Le dimanche 10 mai 2009 à , par Bajazet

Réponse rapide : je suis charmé d'apprendre que je réclame "de l'amplitude".
Della Casa n'était pas du reste ce que j'appelle une voix "légère". Schwarzkopf n 'aurait guère pu tenir Ariane en scène, je pense, et Della Casa l'avait à son répertoire au théâtre : ça donne une idée. C'est bien simple au demeurant : quand j'entends Della Casa en Arabella, je me dis "voilà, c'est ça", et c'est une question d'esprit autant que de séduction vocale.

Schwarzkopf a enregistré Arabella en "sélection" (2 faces de disque noir, rééditées en CD dans la collection "EMI Raritäten") avec Metternich, Felbermayer et Gedda en Matteo, direction Matacic. C'est très beau, vraiment, mais le personnage lui échappe à mon avis ; son esprit (et il est là) n'est pas le bon, j'en ai peur. Mais dans le genre raffinement décadent maîtrisé, c'est un tour de force. Elle n'a jamais incarné le rôle au théâtre.

Sinon, dénier la mélancolie à Lucia Popp dans les années 80-90, j'avoue mon incompréhension totale !

Au fait, Popp n'a pas fait un disque de duos avec Rothenberger : vous confondez avec celui tardif de Della Casa (Berlin Classics), où les dames chantent des extraits d'Arabella et du Rosenkavalier (Della Casa faisant la Maréchale et aussi Octavian si je me rappelle bien).

Les extraits que chante Popp sont les suivants : monologue du I ("Mein Elemer !"), duo du II (mais juste à partir de "Und du wirst mein Gebieter sein"), scène finale.

Il existe aussi des extraits fascinants par Tiana Lemnitz, présents sur la splendide anthologie publiée naguère chez Références (Madrynka est chanté par G. Hüsch). Le texte est mollement articulé, mais c'est extraordinaire.

Une dernière remarque sur Line : la qualité sonore du report est très variable en fait, d'une version à l'autre. Mais c'est moins fiable que Walhall, c'est certain. Heureusement que Line est là, de toute façon, car aucune des médiathèques que je connais e possède cette édition Strauss de Böhm, donc pour Ariane avec Della Casa ou cette Arabella de 1947, le seul moyen aujourd'hui de les acquérir, c'est de passer par cet éditeur bizarre.



5. Le dimanche 10 mai 2009 à , par Sylvain

Tiens, le Tiana Lemnitz de 1940 au moins je l'ai au moins celui la (en vinyle), chanté avec le bariton Gerhard Hüsch et dirigé par Bruno Seidler-Winkler. Pour le reste je vais chercher.

Merci pour les pistes.

6. Le dimanche 10 mai 2009 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir à vous deux !

Sylvain :
Je n'ai que la version Solti/Della Casa et en double en plus (CD et vinyle)... même pas une Varady pour happy few à me mettre sous la dent.

Oui, enfin, c'est loin d'être rebutant comme version. Simplement, il manque quelque chose au portrait rêvé d'Arabelle (malgré la clarté verbale, l'expression reste relativement vocale, comme c'était le cas à l'époque). Et, surtout, London, j'ai toujours l'impression d'écouter un échantillonnage plutôt qu'un chanteur...

Heureusement que musicme est très bien fourni en R Strauss et m'a au moins permis d'écouter la version Kerlberth.

J'y voix aussi Böhm 47, Keilberth 63, Thielemann (bande-son du DVD).

En revanche, la fameuse vidéo de cette version Keilberth 1963 sans droits d'auteurs est tellement underground qu'elle en est introuvable ou au moins "non trouvée" jusqu'ici.

Elle n'est pas libre de droits, c'est bien pour cela qu'elle est introuvable. Il faut avoir de bonnes relations, disons...

Et Elisabeth Schwarzkopf elle ne l'a jamais chanté à part dans des récitals Arabella ? http://tinyurl.com/o8y6oy et http://tinyurl.com/qpadvn

Comme le précise Bajazet, ça n'existe qu'en récital (et elle ne l'a pas chanté en intégralité sur scène). Je suis assez totalement de son avis sur le sujet : c'est très intéressant, très raffiné, mais cette Arabelle-là est une coquette... pas forcément mélancolique.

Ella aurait laissé Della Casa et Varady s'égosiller sans rien faire ? Y-avait-il une clause de non concurrence que lui aurait fait signer Walter Legge ou j'ai manqué un disque majeur ?

Várady était encore dans les langes à cette époque-là. :) Je pense qu'il y a une différence de substance de la voix (il y a tout de même un orchestre conséquent, et qui ne double guère, dans ce Strauss-là), et surtout une prudence de Schwarzkopf, je pense. Elle faisait partie de ces chanteurs qui ont tenu à « respecter leur voix » ; les critiques (et les mélomanes pénibles de manière générale) adorent ça.
Della Casa, elle, a eu quelques projets un peu fous pour sortir des clous, elle a même chanté Salome. Il ne nous en reste que la scène finale (filmée). Et c'est franchement saisissant.

Donc prudence de Schwarzie, je devine.

7. Le dimanche 10 mai 2009 à , par DavidLeMarrec

Bajazet :
Réponse rapide : je suis charmé d'apprendre que je réclame "de l'amplitude".

Ne faites pas votre mijaurée, vous voyez parfaitement ce que je veux dire. Il vous faut de la substance dans une voix, les formats purement légers dans les rôles lyriques ne vous agréent pas vraiment, si je vous ai bien lu jusqu'à ce jour.

Della Casa n'était pas du reste ce que j'appelle une voix "légère". Schwarzkopf n 'aurait guère pu tenir Ariane en scène, je pense, et Della Casa l'avait à son répertoire au théâtre : ça donne une idée.

Je suis heureux de constater que j'avais prévu vos deux premières réactions. :-)
Della Casa reste tout de même un lyrique d'essence assez légère, et Ariadne, sans même parler de Salome, c'était clairement une subversion, il me semble qu'elle le reconnaît elle-même, si ma mémoire ne me trahit pas.
Il suffit d'entendre les graves très étranges de son grand air pour comprendre que ce n'est pas véritablement le format prévu.

Ou plutôt, si on veut être juste, Della Casa est un type de voix hybride entre les écoles d'avant-guerre et le style qui s'imposera à partir des années 50. Il n'existait pas alors le type de lyrique fluide qu'on a connu depuis.

Mais tout de même, la voix reste très concentrée dans un filet, certes généreux, et le timbre est relativement grêle.

Je dis tout cela alors même que j'aime beaucoup Della Casa, mais son tempérament me convient bien mieux en Zdenka, ce qui n'est en rien une rétrogradation pour moi. Il est vrai aussi que j'ai abordé cet opéra par Böhm 47, et que ça a sans doute influé sur ma perception de l'équilibre des rôles.

Mais enfin, entre Rothenberger et Della Casa, on sent bien que le contraste de couleur (le format est en effet différent) n'est pas bien fort...


C'est bien simple au demeurant : quand j'entends Della Casa en Arabella, je me dis "voilà, c'est ça", et c'est une question d'esprit autant que de séduction vocale.

Certes, certes, et je vous entends très bien ; mais c'est difficilement objectivable tout ça. Je ne sens cette plénitude qu'avec l'aide de l'imagerie naïve de Hartmann et bien sûr de la présence scénique (relative, d'ailleurs) de Lisetta.


Schwarzkopf a enregistré Arabella en "sélection" (2 faces de disque noir, rééditées en CD dans la collection "EMI Raritäten") avec Metternich, Felbermayer et Gedda en Matteo, direction Matacic. C'est très beau, vraiment, mais le personnage lui échappe à mon avis ; son esprit (et il est là) n'est pas le bon, j'en ai peur. Mais dans le genre raffinement décadent maîtrisé, c'est un tour de force. Elle n'a jamais incarné le rôle au théâtre.

Bien que peu fervent de Schwarzkopf, je suis en tout point d'accord, et particulièrement sur les qualités. L'esprit n'est pas tout à fait conforme à ce qu'on imagine d'Arabelle à la lecture de la pièce, mais c'est tout de même fouillé et beau.

Sinon, dénier la mélancolie à Lucia Popp dans les années 80-90, j'avoue mon incompréhension totale !

C'est que vous n'avez pas dû la voir en Arabella. Par ailleurs, c'est un problème récurrent avec Popp, timbre et musicalité fantastiques, mais des mots bien mous. Un peu le syndrome Janowitz.
[Vite, ouvrez les catégories et lâchez les comms, Bajazet fait un malaise.]
L'articulation est meilleure, l'incarnation un peu plus... charnue, mais il n'en demeure pas moins que c'est un peu léger comme esprit piquant pour une Arabella. Qui plus est, dans ce rôle, est elle particulièrement ronde dans ses manières. Et dire que je me suis entendu dire que Reining avait des manières un peu bonne fille ! [Ce n'est pas si faux, à y regarder de plus près. Mais Popp, en comparaison !]

Au fait, Popp n'a pas fait un disque de duos avec Rothenberger : vous confondez avec celui tardif de Della Casa (Berlin Classics), où les dames chantent des extraits d'Arabella et du Rosenkavalier (Della Casa faisant la Maréchale et aussi Octavian si je me rappelle bien).

C'est exactement ça. Je mélange allègrement les générations. Sans doute la frustration de ne jamais avoir acheté, malgré mainte occasion, ce récital qui m'a pourtant tant enthousiasmé.

Sinon, Hüsch en Mandryka, ce doit être très intéressant.


Une dernière remarque sur Line : la qualité sonore du report est très variable en fait, d'une version à l'autre. Mais c'est moins fiable que Walhall, c'est certain. Heureusement que Line est là, de toute façon, car aucune des médiathèques que je connais e possède cette édition Strauss de Böhm, donc pour Ariane avec Della Casa ou cette Arabella de 1947, le seul moyen aujourd'hui de les acquérir, c'est de passer par cet éditeur bizarre.

Bordeaux, centre du monde.
Line / Cantus Classics, disons que j'en ai acheté un nombre conséquent, écouté un nombre non négligeable d'autres, et que c'était toujours très mauvais (même lorsqu'il s'agissait de versions déjà publiées par des labels officiels, sachant que la restauration n'est pas protégée par la propriété intellectuelle). Beaucoup de graillon dans les bandes, un brouillard très épais... même pour moi qui suis particulièrement résistant à l'audiopathie, c'est éprouvant, aux limites de ma concentration dans certains cas.

8. Le jeudi 14 mai 2009 à , par Gilles fan de Grubi

Comment ?!? Pas un mot du DVD (certes un film de 1977) par Solti avec Janowitz, Weikl et... Gruberova en Fiakermilli ??!?

9. Le vendredi 15 mai 2009 à , par Sylvain

C'est à dire ? Ca vaut quoi ?

Guberova c'est celle qui ressemble à Bonnie Tyler ?
http://pixhost.ws/avaxhome/d0/fe/0009fed0_medium.jpeg

;-)

10. Le vendredi 15 mai 2009 à , par DavidLeMarrec

Sylvain, pour la vidéographie, il y a un lien en bas de la notule, je le remets.

Mais je crains qu'il faille surtout en déduire que les trolls ici sont très gentils.

11. Le lundi 17 août 2009 à , par telramund

Bonsoir tout le monde !

Je me dois de répondre à ce fil, car Arabella est un de mes opéras préférés...

Je voulais ajouter mon grain de sel en ce qui concerne la version Krauss 1933

Arabela: Viorica Ursuleac
Mandryka: Alfred Jerger
Zdenka: Margit Bokor
Adelaide: Gertrude Rünger
Waldner: Richard Mayr
Fiakermilli: Adele Kern
Choeur et Orchestre de l'Opera d'Etat de Vienne, Clemens Krauss
Enregistrement public du 29 octobre 1933

C'est pratiquement la distribution de la création à Vienne de cette même année...

Viorica Ursuleac est absolument splendide: aigu plein, ppp quand il le faut (voir les si bémols dans le duo final), legato parfait, souffle infini... et les couleurs du timbre et des mots ! C'est d'une simplicité diablement efficace et tout y est.

Margit Bokor est une Zdenka magique, avec un phrasé lié parfait (vous connaissez son Aithra ?) et un aigu facile et flottant.

Alfred Jerger ne peine pas non plus dans le rôle de Mandryka, qui a été écrit pour sa voix par Strauss et s'en montre digne, en particulier dans sa "confrontation" avec la turlututesque Fiakermilli d'Adele Kern, Zerbinetta préférée de Krauss, qui se rie de la difficulté des vocalises du rôle.

Richard Mayr (créateur de Barak) est un Waldner fafneresque, grandiose avec son timbre noir et Gertrude Rünger, future Brünnhilde, alto montée en grade (comme Anny Konetzni et Martha Fuchs et Mödl plus tard) est un luxe en Adelaïde.

On sent la présence de Strauss pas loin... Ces 20 minutes sont magiques, précieuses...


Sur le même album, on retrouve des extraits d'Ariadne:

Primadonna/Ariadne: Anny Konetzni
Tenor/Bacchus: Set Svanholm
Zerbinetta: Adele Kern
Komponist: Else Schulz
Musiklehrer: Alfred Jerger
Tanzmeister: Alexander Pichler
Haushofmeister: Alfred Muzzarelli
Offizier: Friedrich Jelinek
Perückenmacher: Hermann Baier
Najade: Dora Komarek
Dryade: Elena Nikolaidi
Echo: Elisabeth Rutgers
Harlekin: Alfred Poell
Scaramuccio: William Wernigk
Truffaldin: Alfred Vogel
Brighella: Richard Sallaba
Orchestre de l'Opera d'Etat de Vienne, Rudolf Moralt
Enregistrement public du 16 octobre 1941

Konetzni et Svanholm sont excellents, Kern la meilleure possible, Schulz aussi insolente qu'en Salome...

et surtout, la Création de Friedenstag à Vienne:

Kommandant: Hans Hotter
Maria: Viorica Ursuleac
Wachtmeister: Herbert Alsen
Schütze: Josef Witt
Konstabel: Hermann Wiedemann
Musketier: Carl Bissuti
Hornist: Nikolaus Zec
Ein Piemonteser: Anton Dermota
Offizier: Hermann Gallos
Front-Offizier: Georg Monthy
Männer: Franz Schramm, Erich Majkut, Raimund Loibnegger
Der Holsteiner: Karl Kamann
Bürgermeister: Willy Franter
Prälat: Viktor Madin
Frau aus dem Volke: Melanie Bugarinovic
Choeur et Orchestre de l'Opera d'Etat de Vienne, Clemens Krauss
Enregistrement public du 10 juin 1939

Je ne vais pas m'étaler, mais c'est tout simplement époustouflant (bon, faut aimer cet opéra aussi, c'est pour ça que j'en parlerais un jour, s'il y a un fil dédié).

Voilà... à plus tard !

12. Le mardi 18 août 2009 à , par DavidLeMarrec

Bonjour, noble Telramund !

Je m'aperçois que j'ai laissé une contradiction, ayant jeté une oreille à Krauss II entre le moment de la préparation et le moment de la publication. En l'occurrence, je n'ai pas apprécié du tout : déçu pour la première fois par Krauss dans Strauss, et Ursuleac à la fois placide et pas gracieuse.

En 1933, c'est beaucoup mieux ? L'inspiration verbale est donc vraiment là ? Ca me paraît essentiel pour le personnage. Vous me direz que Bajazet me faisait remarquer très justement que la version que je recommande est avec Júlia Várady... Mais enfin, comme il n'y a pas vraiment sur le marché de version qui rende pleinement justice à tous les aspects de l'oeuvre, alors que ça existe, on fait le difficile (et c'est très mal).

Vous attisez ma curiosité, parce que je n'ai pas souvenir d'une Ursuleac déchaînée interprétativement parlant (jamais catastrophique non plus, sa réputation négative est très exagérée).


Telramund scripsit :
Margit Bokor est une Zdenka magique, avec un phrasé lié parfait (vous connaissez son Aithra ?) et un aigu facile et flottant.

Son Aithra, c'est dans les extraits de l'Opéra de Vienne par Koch-Schwann, couplé notamment avec des extraits assez superlatifs de la Femme sans ombre, également par Krauss ?

J'avais ça, mais je ne suis pas sûr de l'avoir écouté, ou alors d'une oreille distraite. A l'époque, je n'avais pas découvert l'oeuvre (ou alors juste les premières mesures), et je trouve de toute façon les extraits frustrants. Si j'ai encore ça quelque part, j'irai entendre, parce que ce double CD était un petit bijou.

En Aithra, sinon, j'ai mon propre culte pour Mimi Coertse, qui a étrangement, avec une voix aussi ronde, facile et une expression aussi directe, fait une assez maigre carrière discographique et une impression assez lointaine sur la postérité. Peut-être parce que tout avait déjà été enregistré par Güden ?


Alfred Jerger ne peine pas non plus dans le rôle de Mandryka, qui a été écrit pour sa voix par Strauss et s'en montre digne, en particulier dans sa "confrontation" avec la turlututesque Fiakermilli d'Adele Kern, Zerbinetta préférée de Krauss, qui se rie de la difficulté des vocalises du rôle.

Les Fiakermilli propres sont denrée rare - il faut dire que la dimension parodique du rôle (et son peu d'intérêt musical) se prête bien à des choses un peu savonnées...


Sur le même album, on retrouve des extraits d'Ariadne:

Primadonna/Ariadne: Anny Konetzni
Tenor/Bacchus: Set Svanholm
Zerbinetta: Adele Kern
Komponist: Else Schulz
Musiklehrer: Alfred Jerger
Tanzmeister: Alexander Pichler
Haushofmeister: Alfred Muzzarelli
Offizier: Friedrich Jelinek
Perückenmacher: Hermann Baier
Najade: Dora Komarek
Dryade: Elena Nikolaidi
Echo: Elisabeth Rutgers
Harlekin: Alfred Poell
Scaramuccio: William Wernigk
Truffaldin: Alfred Vogel
Brighella: Richard Sallaba
Orchestre de l'Opera d'Etat de Vienne, Rudolf Moralt
Enregistrement public du 16 octobre 1941

Konetzni et Svanholm sont excellents, Kern la meilleure possible, Schulz aussi insolente qu'en Salome...

Ca aussi, je me demande si je n'ai pas dans un coin. Un des trop rares restes gravés d'Anny Konetzni.


et surtout, la Création de Friedenstag à Vienne:

Kommandant: Hans Hotter
Maria: Viorica Ursuleac
Wachtmeister: Herbert Alsen
Schütze: Josef Witt
Konstabel: Hermann Wiedemann
Musketier: Carl Bissuti
Hornist: Nikolaus Zec
Ein Piemonteser: Anton Dermota
Offizier: Hermann Gallos
Front-Offizier: Georg Monthy
Männer: Franz Schramm, Erich Majkut, Raimund Loibnegger
Der Holsteiner: Karl Kamann
Bürgermeister: Willy Franter
Prälat: Viktor Madin
Frau aus dem Volke: Melanie Bugarinovic
Choeur et Orchestre de l'Opera d'Etat de Vienne, Clemens Krauss
Enregistrement public du 10 juin 1939

Je ne vais pas m'étaler, mais c'est tout simplement époustouflant (bon, faut aimer cet opéra aussi, c'est pour ça que j'en parlerais un jour, s'il y a un fil dédié).

Ne vous en privez surtout pas : surtout pas.


Merci pour toutes ces précisions, il va falloir que j'aille en spéléologie pour voir ce qu'il me reste de tout ça...

Bonne journée !

13. Le mardi 18 août 2009 à , par DavidLeMarrec

Je profite de cette remontée du fil sur Arabella pour ajouter quelques précisions sur la tentative de discographie ci-dessus :

1) En essayant d'émettre un avis balancé sur les Arabella excellentes de Della Casa, je m'aperçois que j'ai essentiellement mis en avant ce qui était peu dit (et qui me paraissait gênant), mais en rien ses qualités incontestées.
Ca ne me paraît pas convenir pleinement au personnage au bout du compte, mais ça reste très bon, et dans le cas de Keilberth 1963, on dispose tout de même d'une version qui se tient admirablement. (Solti, plus figé, est intéressant orchestralement, mais il faut supporter les tonitruances uniformes de London, ce qui me cause personnellement quelques souffrances pénibles.)

2) Il faut insister sur la grande qualité de la version Keilberth 1950 : le son de radio est un peu gris et sec pour l'orchestre, malheureusement, mais on entend tout très bien (assez bien dirigé). Et le plateau est admirable. Pour une fois, l'histrionisme de Metternich est parfaitement calibré, d'autant qu'il dispose du mordant, de la projection et de l'endurance qui font défaut à la plupart des titulaires du rôle - écrit en lutte permanente avec l'orchestre. De très grands chanteurs, pour certains wagnériens aguerris, peuvent arriver assez fatigués au troisième acte.
Goltz se montre un peu irrégulière dans l'incarnation, régulièrement inspirée, parfois un peu plus indifférente à ce qu'elle dit, sans qu'on puisse deviner son investissement scénique. Mais on se situe tout à fait dans la fourchette haute du rôle : on a l'ampleur et les mots.
Le moins convaincant tiendrait dans la Zdenka d'Anny Schlemm, bien chantante et un peu sage comme de coutume.
Ce serait une très bonne version alternative, peut-être même une version à conseiller pour débuter avant Sawallisch qui souffre du rôle-titre un peu terne ? Du moins pour ceux qui ont de l'endurance au son un peu ancien : c'est toujours dommage pour ce type de répertoire, de perdre de la présence, des détails et des couleurs à l'orchestre.

14. Le mercredi 19 août 2009 à , par telramund :: site

Merci en tout cas pour votre site, que j'ai découvert par hasard, mais que j'ai immédiatement placé dans mes marque-pages et dans mon lecteur de flux RSS !

Je vais réécouter mes Friedenstag et je vous ferai part de mes commentaires (mais sûrement après ma semaine de vacance)
Continuez en tout cas !

15. Le mercredi 19 août 2009 à , par DavidLeMarrec

Au contraire, merci à vous, merci à vous !

J'attends donc votre commentaire sur Friedenstag (vous avez une très jolie brochette à réécouter, heureusement que ça ne dure qu'une heure, avec assez peu de gras superflu !).

16. Le dimanche 31 janvier 2010 à , par Mariefran

On trouvera le livret allemand/anglais en pdf sur le site de Testament : http://www.testament.co.uk/default.aspx?PageID=7

Bravo, David, pour tes articles toujours brillants !

17. Le dimanche 31 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Merci Mariefran, pour le livret et... :-)

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David Le Marrec


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