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[fragment] Joseph Guy ROPARTZ, Le Pays (1912)



On emprunte ce découpage très pertinent de la Tempête de Waterhouse, riche pourvoyeur d'illustrations sur beaucoup de sujets peu pratiqués picturalement (à défaut de bon goût), au site Classiquenews dans son article annonçant les représentations du Pays. Il masque en effet le bateau en train de faire naufrage pour ne conserver que l'insulaire rousse qui contemple la débâcle, quasiment l'équivalent exact du dénouement...


Impressionnant dans cet unique opéra de Ropartz comme le propos musical, en particulier rythmique, rappelle Tristan et Isolde. Ce n'est pas de l'imitation comme chez Chausson (Symphonie et surtout Roi Arthus) ou dans le Fervaal de D'Indy, c'est une véritable imprégnation-recréation. Qui se voit très nettement à la lecture de la partition, jusqu'à l'allure générale des groupes écrits. Très impressionnant, oui.

Le poème dramatique de Charles Le Goffic, en revanche, est assez faible, et sans grand rapport. La nouvelle « L’Islandaise » qui inspire Ropartz, tirée du recueil de nouvelles Passions Celtes, se fonde sur la tendance historique de marins bretons à construire un foyer éphémère en Islande. Peu d'action, et aussi beaucoup de scènes prosaïques où, littéralement, on sert la soupe.
Dans une volonté de poésie, beaucoup de choses se passent hors scène, via la contemplation du personnage présent sur scène, y compris pour le dénouement. De ce fait, il y a beaucoup de travail intéressant à réaliser pour un metteur en scène (la simple littéralité tuerait tout).

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La résurrection proposée par Timpani [1] est très belle orchestralement (les bois et cordes du Philharmonique de Luxembourg sont toujours aussi beaux...), et très confortable à écouter. Il faut simplement être un peu assidu au livret ou à la partition, parce que la diction de Mireille Delunsch n'est pas à son meilleur - et, il faut bien le reconnaître, tout fanisant qu'on puisse être, l'ingénuité assez considérable de Kaethe [2], ne lui sied ni vocalement, ni psychologiquement.

[Si on veut faire une phrase de critique pour parler du reste, qui n'est pas notre propos : Gilles Ragon n'apparaît ni séduisant ni raffiné, ce qui n'aide pas non plus, et ne reste que le troisième personnage, tenu par Olivier Lallouette, pour assurer de façon convaincante la stabilité tendre et bougonne de l'autorité paternelle.]

[On vous épargne aussi la pochette, particulièrement hideuse.]

A défaut d'être le meilleur opéra de son époque (ce serait plutôt Polyphème de Cras...), c'est une oeuvre extrêmement intéressante, qui gagne beaucoup à être suivie partition en main pour profiter pleinement de ses raffinements - dramatiquement, l'objet a peu de relief.
En tout cas quelque chose de vraiment singulier, à défaut d'être majeur.

Notes

[1] Jean-Yves Ossonce l'a aussi joué sur scène à Tours, dont on ne répètera jamais assez que la ville est délicieuse et la programmation lyrique passionnante.

[2] Rôle de surcroît écrit avec aussi peu de logique vocale qu'un vrai Wagner.


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Commentaires

1. Le lundi 18 mai 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Une autre réécoute ce soir. La fin, quoique attendue dramatiquement et musicalement, est tout de même d'une tension magistrale, avec l'apocalypse des corbeaux.

2. Le mercredi 20 mai 2009 à , par Sylvain

Bonsoir,

Dommage qu'il n'y en ai qu'un alors !

Mais justement, je lisais sur sa page wikipedia qu'il aurait reconstitué de mémoire l'opéra Guercœur de son ami Albéric Magnard après sa mort ? Cela parait tout de même un peu fou et même peu probable.

Selon vous David, ce dernier a-t-il plus de parenté avec Yolande et Bérénice ou avec Le Pays justement ? Ne peut on pas considérer que nous avons la, au moins en partie, un second opéra de Ropartz ?

Pour en revenir à Braunfels, j'ai cru déceler ce soir un clin d'oeil à Rimsky-Korsakov sur quelques mesures de l'acte II. Mais j'ai des doutes et je confond peut être car j'avoue que ca m'étonne un peu.

3. Le mercredi 20 mai 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir Sylvain !

Il y a aussi un opéra comique en un acte (Le diable couturier), dont il difficile de trouver trace.

Effectivement, il a reconstitué Guercoeur, c'est un peu fou. :-)

Guercoeur est vraiment du Magnard, c'est monumental, un peu pesant parfois, avec tout l'aspect hiératique et germanique de Magnard. Ropartz, c'est beaucoup plus fluide, très fortement mélancolique, mais jamais bavard comme peuvent l'être certains récits postwagnériens de Guercoeur. Bérénice est moins fulgurante, mais plus avenante sans doute ; il n'empêche que l'esthétique en est comparable.
Je ne vois pas vraiment la main de Ropartz là-dedans, qui même lorsqu'il se fait tristanien dans son opéra, reste toujours dans des couleurs harmoniques très françaises.

A quel moment précis, pour la citation de R-K ?

4. Le dimanche 24 mai 2009 à , par Sylvain

>> A quel moment précis, pour la citation de R-K ?

J'ai entendu ça en voiture et je ne retrouve plus le moment exact mais au moins deux fois je crois, dans "Horch!" et dans "Gruh! Gruh!" (entre quelques clins d'oeils mozartiens finalement).

J'adore vraiment l'acte 2, et à partir de "Horch!" justement, c'est tout simplement sublime.

5. Le dimanche 24 mai 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Sylvain !

Je vais regarder ça.

Bon dimanche ! :-)

6. Le lundi 25 mai 2009 à , par Sylvain

Verdict ?

7. Le lundi 25 mai 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir Sylvain,

Je ne m'en suis pas encore occupé. :-) Je le commente dès que j'y ai mis le nez.

8. Le lundi 25 mai 2009 à , par Sylvain

Ouf, pas pressé... c'était par curiosité ;-)

9. Le mardi 13 septembre 2011 à , par Jean-Christophe Maillard

Je reprends votre conversation 2 ans 1/ après : c'est de l'orchestration de Guercœur dont se souvenait Ropartz. L'opéra avait subsisté sous forme chant-piano, après l'incendie de la demeure de Magnard, qui avait péri lors de l'attaque de celle-ci par les Allemands en 1914. Cet incendie avait totalement détruit la maison - le Manoir des Fontaines - tout en emportant une grande quantité de ses partitions. Ropartz, très proche de Magnard amicalement et artistiquement, connaissait parfaitement cette musique et a pu en reconstituer la couleur orchestrale… Donc, c'est vraiment du Magnard, "au pire", réorchestré par un frère d'art, en supposant que ses souvenirs pouvaient être défaillants!
De toute façon, il suffit d'entendre "le Pays" pour s'apercevoir que Ropartz était, entre autres, un orchestrateur absolument magistral!

10. Le mardi 13 septembre 2011 à , par Jean-Christophe Maillard

Je reprends votre conversation 2 ans 1/ après : c'est de l'orchestration de Guercœur dont se souvenait Ropartz. L'opéra avait subsisté sous forme chant-piano, après l'incendie de la demeure de Magnard, qui avait péri lors de l'attaque de celle-ci par les Allemands en 1914. Cet incendie avait totalement détruit la maison - le Manoir des Fontaines - tout en emportant une grande quantité de ses partitions. Ropartz, très proche de Magnard amicalement et artistiquement, connaissait parfaitement cette musique et a pu en reconstituer la couleur orchestrale… Donc, c'est vraiment du Magnard, "au pire", réorchestré par un frère d'art, en supposant que ses souvenirs pouvaient être défaillants!
De toute façon, il suffit d'entendre "le Pays" pour s'apercevoir que Ropartz était, entre autres, un orchestrateur absolument magistral!

11. Le mercredi 14 septembre 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Jean-Christophe,

Merci pour cette remise en perspective.

Précisément, je disais que je n'entendais pas du tout Ropartz dans ces épaisseurs (certes colorées). Le Pays est magnifique en effet, mais je trouve les Odelettes de Régnier encore plus impressionnantes en matière de couleur orchestrale, peut-être un peu plus émancipé du modèle tristanien, même si l'on y conserve cette sorte d'héritage wagnérien à la sauce d'Indy.

Ce que vous précisez est assez concordant avec cette impression, finalement : Ropartz s'étant "diminué" pour restituer Magnard, qui a toujours orchestré de façon un peu compacte, et en tout cas assez peu chatoyante, même si Guercoeur n'est pas son oeuvre la plus aboutie de ce point de vue (à supposer que la restitution de Ropartz ait été assez exacte).

Merci, bonne soirée !

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