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Le baryton - I - une définition sommaire


Il existe quantité d'instruments nommés, en raison de leur tessiture dans leur famille, baryton (hautbois, saxophone, cor, tuba... dans certain cas également appelés ténor !). Ici, un cas rare, un instrument seul dans sa famille.
Un baryton, probablement joué par un baryton.



De même que nous avions procédé pour le ténor, on se propose de se pencher sur une histoire qui est souvent documentée par fragments, et qui nécessite parfois un abord assez global du répertoire pour être mise en ordre.

Le baryton représente une catégorie vocale étrangement récente, puisqu'il n'apparaît sérieusement qu'au cours du XIXe siècle.

Pourtant, le baryton est la voix d'homme la plus courante, et certains chanteurs soutiennent même de façon intéressante qu'elle s'opposerait à la voix de ténor, forcément fabriquée.

Mais débutons par le commencement.

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1. Etymologie, Nature et confusions

βαρύτονος peut être associé à l'adjectif grave, qu'il qualifie au sens 1 une accentuation ou au sens 2 une voix. Pourtant, le baryton n'est pas caractérisé par sa voix grave.

Le baryton est le type de voix masculine qui se situe entre la basse (voix grave) et le ténor (voix aiguë). Par glissement assez logique, il peut servir à désigner le chanteur lui-même qui porte cette voix.

Le baryton se caractérise par sa position centrale avant tout. A l'état naturel, une voix de basse descend plus bas et monte aussi haut, parfois plus, que le baryton. Le ténor ne descend pas forcément beaucoup moins bas, et dispose incontestablement de plus d'aisance dans l'aigu.
Bref, le baryton est la voix de la médiocrité, au sens du juste milieu.

C'est pour cela qu'elle fascine beaucoup le dix-neuvième siècle, dont l'art lyrique quitte les sphères du sublime exclusif pour se rapprocher des affects humains de tout un chacun, et le vingtième siècle qui en fait la voix de la plupart de ses héros, toujours perclus de fêlures.

C'est aussi pour cela qu'on a pu entendre certains connaisseurs de la voix théoriser l'idée que le ténor était ou une voix extrêmement rare, ou une voix créée de toutes pièces. Un ténor naturellement grave comme Roberto Alagna, dont le maintien aigu est toujours une lutte technique, déclare ainsi, un peu excessivement, mais avec une véritable intuition, que « le ténor n’existe pas dans la nature », c'est-à-dire que l'état naturel d'une voix parlée non chauffée a la plupart du temps bien plus à voir avec le baryton qu'avec le ténor.
J'ajoute à cela que l'augmentation spectaculaire de la taille moyenne des générations récentes favorise statistiquement le nombre de cordes vocales longues (cela ne va immanquablement pas de pair, mais c'est en général plutôt proportionnel à la taille du corps) ; or la vibration d'une corde longue est plus grave que celle d'une corde courte. [C'est pour cela que les violonistes mettent leurs doigts sur les cordes, pour la raccourcir la longueur du matériau en vibration, et ainsi obtenir des notes plus aiguës que la corde à vide.] D'où, sans doute, une raréfaction physiologique accrue des ténors.


Jérôme Corréas, le plus grand baryton de tous les temps.


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2. Le baryton

Le baryton est une catégorie un peu étrange, on l'a vu, puisqu'on a essentiellement parlé de ténor pour le définir.

Pis encore, à notre sens, il n'existe pas de différence technique fondamentale entre la basse et le baryton dans le grand répertoire : les modes d'émission sont assez semblables.
Evidemment, cela ne vaut pas pour les domaines du lied et de la mélodie, mais sur le gros des scènes internationales, il n'est pas toujours aisé d'opérer la distinction entre un baryton qui soigne son grave (très à la mode, baroque aidant sans doute, chez les jeunes artistes français, de Bertrand Chuberre à Thomas Dolié) et une basse un peu sèche (on en rencontre beaucoup aussi). La différence s'entend bien sûr selon la réaction de la voix aux tessitures, et assez bien en salle (l'impact vocal d'une bonne basse ne ressemble pas à un baryton), mais sur un extrait central au disque, cela peut induire en erreur pendant un petit moment.

C'est que le baryton est avant tout, contrairement au ténor et à la basse qui s'opposent nettement dans leurs manières techniques, une tessiture, c'est-à-dire un ensemble de notes dans lesquelles ce type de voix est à l'aise (indépendamment de son étendue totale). Le principe fondateur du baryton est bien, quelle que soit sa technique, d'être entre la tessiture du ténor et la tessiture de la basse. D'où la bizarrerie de son étymologie.

Ce caractère un peu flottant, cette distinction parfois ténue, cette parenté avec les basses se lisent très bien dans l'histoire du baryton.


Matthias Goerne, le plus grand baryton de tous les temps.

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A suivre.


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Commentaires

1. Le mercredi 5 octobre 2011 à , par fred

Bonjour. Non, la tessiture de la voix ne correspond pas à la longueur des cordes vocales : http://www.google.fr/url?sa=t&source=web&cd=1&ved=0CBwQFjAA&url=http%3A%2F%2Fhal.inria.fr%2Fdocs%2F00%2F28%2F53%2F99%2FPDF%2F55.pdf&rct=j&q=tessiture%20longueur%20des%20cordes%20vocales&ei=spyMTv2bFtHLsgbMnqSBAg&usg=AFQjCNGZNS02kbKpJaZpbP0huIsQdM8iYg&sig2=TNMvzu59XU-ZiHfyGrooAQ&cad=rja

Désolé pour la longueur du lien ! Voyez aussi le site de Mme Scotto di Carlo.

Bonne lecture

2. Le mercredi 5 octobre 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir !

Merci pour le lien.

Oui, j'ai opéré un raccourci un peu facile, mais la longueur des cordes a cependant une incidence : elle définit une limite grave, l'équivalent de la corde à vide des instruments à cordes. Les cordes courtes sont généralement l'explication avancée pour l'anomalie Mado Robin.

En revanche, oui, bien sûr, la longueur des cordes ne suffit pas à déterminer la tessiture, il y a beaucoup d'autres paramètres. Mais celle-ci n'est pas indifférente non plus.

Je concède tout à fait le raccourci simpliste dans mon explication, qui cède peut-être à une tentation de l'image facile.

Bonne soirée, et merci !

3. Le lundi 5 décembre 2011 à , par Sandrine

Bonsoir, je ne suis pas fan d´Alagna, loin de lá et je ne sais pas d´oú lui vient l´idée que la voix de ténor est fabriqué , c´est vraiment du grand n´importe quoi !
Ténor, on l´est ou on ne l´est pas . Certains, de par leur timbre et de par leur capacité á soutenir dans l´aigu et le suraigu sont bel et bien de ténors . Qui oserait dire que Pavarotti était un baryton au naturel ? Il y a des sonorités de voix qui, même quand on n´entend pas leurs extrêmes aigus, ne trompent pas et á ce niveau-lá , un ténor est facilement identifiable .
Quant á la voix parlée, il y a bel et bien une différence, peut-être pas toujours flagrante mais les ténors ont un timbre plus " vif" , plus sonore et les barytons un timbre plus chaleureux . Bref, parlé ou chanté , impossible de confondre les deux , á moins d´avoir affaire á un baryténor mais quand c´est vraiment tranché , la différence s´entend forcément .

Idem pour les femmes , il ne viendrait á l´idée de personne de dire que Natalie Dessay est une mezzo sans aigus , elle est bel et bien soprano de timbre et de tessiture et je ne crois pas qu´elle raconterait que la voix de soprano est une " fabrication" . D´ailleurs, est-ce qu´on peut vraiment " fabriquer" une voix ?
Je ne crois pas . Même s´il y a travail et évolution du timbre, des notes, etc .... un ténor reste un ténor et une soprano reste une soprano .

La longueur des cordes : j´y vais " avec des pincettes" car lá aussi, je ne sais pas si c´est si catégorique: il paraît que plus les cordes vocales sont courtes et plus la voix est aigue , moi je dirais plutôt que plus une voix possede des notes dans l´aigu ( j´entends voix naturelle sans sifflet) et moins elle en a dans le grave et plus ca part vers les stratospheres et plus le timbre est clair . Il s´agit donc plutôt d´une question d´épaisseur au moins autant sinon plus que de longueurs .
En revanche, j´ai entendu dire que les voix style ténor ou soprano de timbre tres clair sont plus fragiles que les autres .

4. Le mercredi 7 décembre 2011 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir, je ne suis pas fan d´Alagna, loin de lá et je ne sais pas d´oú lui vient l´idée que la voix de ténor est fabriqué , c´est vraiment du grand n´importe quoi !

Ah non, ah non, tout dépend si le ténor est "naturel" ou pas. Parce que beaucoup de ténors doivent construire le tiers de leur voix au delà du passage, c'est absolument énorme, et pas du tout comparable à ce que font les basses et les barytons (ni à la "facilité" des voix de femme).

Si on parle des ténors romantiques, de ces voix de lyriques larges (ou de dramatiques) qui doivent tenir de longues lignes entre le sol 3 et le si bémol 3, oui, ce n'est pas du tout naturel !

D'ailleurs les ténors baroques ou les voix aiguës de musique populaire se situent très rarement dans ces hauteurs, et peuvent se chanter sans couverture. C'est bien de ce procédé de la "couverture" massive des sons sur une longue distance que parlait Alagna.


Ténor, on l´est ou on ne l´est pas .

Vous croyez vraiment que la Nature a tracé un trait entre les voix claires et les voix sombres, les voix aiguës et les voix graves ? Evidemment, pour les rôles les plus exigeants, ceux du "grand répertoire", oui, tout le monde ne peut pas les chanter physiologiquement, mais la distinction ne me paraît pas aussi simple ni aussi évidente.

Il y a beaucoup de technique qui entre dans les questions de couleur et même d'étendue. Et justement, les "sonorités" dont vous parlez sont aussi dues à la technique (même si la nature n'y est pas pour rien, comme vous le soulignez).


Quant á la voix parlée, il y a bel et bien une différence, peut-être pas toujours flagrante mais les ténors ont un timbre plus " vif" , plus sonore et les barytons un timbre plus chaleureux .

Là, en revanche, je vous mets au défi quand vous voulez (et c'est encore plus flagrant pour les femmes). Oui, il y a des ténors qu'on entend comme tels (des hommes qui parlent assez haut et avec un timbre clair), mais aussi énormément de ténors qui cravatent quand ils parlent et qui ressemblent à n'importe quel baryton terne...

A plus forte raison dans notre société urbaine actuelle où :
- parler fort est mal vu ;
- où la voix grave (et même, jusqu'à très récemment, la voix de fumeur) est valorisée ;
- où l'amplification lors des pratiques vocales intenses n'oblige pas à élever le registre de sa voix lorsqu'on parle ou chante.

Et quantité de barytons plaçant mal également leur voix parlée...


mais quand c´est vraiment tranché , la différence s´entend forcément .

Oui, ok, entre la voix parlée d'Hugues Cuénod et celle de Ludovic Tézier, on entend une vraie différence. Mais entre James King et François Le Roux, n'est-ce pas... D'ailleurs s'ils avaient chanté d'autres répertoires, ils auraient possiblement inversé leurs catégories vocales, vu leurs couleurs respectives...


D´ailleurs, est-ce qu´on peut vraiment " fabriquer" une voix ?

Il est une évidence qu'il y a des voix "naturelles" déjà placées ou faciles et souples, et d'autres qu'il faut intégralement "rénover" pour pouvoir les utiliser. On a des descriptions de cela depuis que nous avons des témoignages des pratiques musicales...


Je ne crois pas . Même s´il y a travail et évolution du timbre, des notes, etc .... un ténor reste un ténor et une soprano reste une soprano .

Très franchement, ça me paraît davantage une croyance qu'une réalité. D'ailleurs les derniers travaux scientifiques semblent plutôt aller dans le sens contraire.


La longueur des cordes : j´y vais " avec des pincettes" car lá aussi, je ne sais pas si c´est si catégorique: il paraît que plus les cordes vocales sont courtes et plus la voix est aigue , moi je dirais plutôt que plus une voix possede des notes dans l´aigu ( j´entends voix naturelle sans sifflet) et moins elle en a dans le grave et plus ca part vers les stratospheres et plus le timbre est clair . Il s´agit donc plutôt d´une question d´épaisseur au moins autant sinon plus que de longueurs .

Oui, tout à fait, l'épaisseur est sans doute encore plus capitale que la longueur.


En revanche, j´ai entendu dire que les voix style ténor ou soprano de timbre tres clair sont plus fragiles que les autres .

Forcément, parce que si le timbre se fane, ça pose bien plus de problèmes que pour une voix très chargée en harmoniques et destinée à passer un orchestre qui masque en partie ses défauts !

Après, pas forcément fragiles techniquement, parce que les voix claires se produisant souvent dans des salles et avec des formations moins contraignantes physiquement, elles peuvent aussi se conserver bien mieux. Sans parler du naturel de leur émission, souvent plus sain.

5. Le mardi 3 juillet 2012 à , par Antoine :: site

Merci pour cet article et ces précisions, notamment dans les réponses aux commentaires.
Lorsque l'on parle d'Alagna, effectivement, on se rend compte des frontières parfois mal définies dans les voix. Lorsqu'on écoute sa voix parlée, très riche, et celle de Pavarotti, suraiguë et très chantante, c'est complètement différent !
Quant au baryton, il y a baryton et baryton. J'aurais trois exemples de rôles où la frontière est très mal définie :
- Leporello dans Don Giovanni : Classé parfois chez les barytons, il semble qu'il soit plutôt une basse-baryton (ou même basse-bouffe), avec des notes un peu tendues mais très accessibles pour une basse.
- Don Giovanni lui-même, quant à lui baryton-basse, avec des notes tendues vers le haut mais très "chantables" par les basses.
- Escamillo dans Carmen, normalement un baryton, mais avec des la graves difficiles pour les barytons et des fa aiguës tendus pour les basses... Un vrai casse-tête...
Rien à voir avec des rôles de Verdi tels que le Comte de Luna du Trouvère ou Germont dans la Traviata, pour lesquels les sols aiguës ne laissent que peu d'espoirs à des véritables basses.
Comme quoi, la voix peut difficilement être enfermée dans des catégories strictes et figées.

6. Le mercredi 4 juillet 2012 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine,

Leporello me paraît quand même nettement ressortir à la basse, vu le centre de gravité souvent fort bas (pour faire pendant à Don Giovanni), pas mal de lignes entre l'ut2 et le la2, et pas forcément à découvert... On peut trouver cela pour des barytons, mais plutôt dans le lied où ils sont peu concurrencés par l'instrument.

Don Giovanni, effectivement, est un rôle tellement central qu'il est chantable par toutes les voix d'homme, en fait. Le rôle n'ayant ni de graves ni beaucoup d'aigus, on ne peut pas affirmer grand'chose de définitif à son sujet, si on s'en tient à la lecture de la partition.

Effectivement Escamillo est délicat à distribuer, d'autant qu'il réclame éclat mais souplesse : il faut à la fois une voix pas trop lourde pour pouvoir ornementer et alléger l'aigu, et tout de même assez vaillante pour "claquer" dans les moments épiques.

On pourrait citer aussi Boris Godounov, écrit initialement pour baryton (le rôle ne descend pas sous l'ut 2, me semble-t-il), mais qu'on donne pour des raisons de couleur à des basses nobles ou profondes - ce qui est discutable pour la différenciation avec la "stabilité" de Pimène et le "gras" de Varlaam.

A l'autre bout du spectre, Danilo, Pelléas, Morris Townsend sont des tessitures très ambiguës (souvent écrites en clef de sol, tessitures assez basses pour des ténors, mais devant être chantées sans lourdeur dans l'aigu par les barytons).

Bonne soirée !

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David Le Marrec


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