Carnets sur sol

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Bruckner révélé

Gold MDG a publié un arrangement, commandé par Schönberg à Stein, Eisler et Rankl, de la Septième Symphonie de Bruckner. Pour ces formations d'orchestre de chambre qui se tenaient dans le cénacle de Schönberg, et qui ont permis la composition de maintes orchestrations parmi les plus géniales jamais écrites. (Extrait ci-après.)

Ici, pour quintette à cordes (deux violons, alto, violoncelle, contrebasse), clarinette, cor, piano à quatre mains et harmonium.

Le rêve de CSS depuis des années : pouvoir juger de la musique de Bruckner en tant que telle, sans subir cette orchestration lamentable (thème aux cuivres, trémolos de cordes dans l'aigu, bois totalement inaudibles). On avait pensé à l'orchestre sur instruments naturels, comme celui des Champs-Elysées dirigé par Herreweghe... mais on rêvait comme à jamais inaccessible une version pour orchestre de chambre schoenbergien, comme les Mahler arrangés par Schönberg, comme la Symphonie de chambre de Schreker.

Or, elle a existé, et le merveilleux label Gold MDG (prises de son en salle de concert vide, sans bruits parasites, sans retouches, idéal de naturel, impact toujours très proche de l'impact réel en salle), à qui l'on doit déjà de la musique de chambre de Czerny de premier choix, ou bien l'intégrale Schubert du Leipziger Streichquartett (inapprochable), nous l'offre !

Beau à pleurer. Quelle variété de couleurs et d'affects ! Cette musique devient même meilleure qu'elle n'est en réalité. On en saisit certes toute l'armature, toutes les évolutions, tous les détails internes, les textures ; mais on y gagne une infinie variété. Dans un esprit mi-salonnard (le fait du quintette, émotion bien plus humaine), mi-brucknérien (le son étrange de l'harmonium, parfois doublé par le piano, rappelle de façon étonnante le son du groupe vents dans la version originale). De splendides ruptures d'orchestration et de dynamique, des doublures très inventives, et un rendu il est vrai plus allègre que l'original.

Interprétation très naturelle du Thomas Christian Ensemble, d'une grande intensité, et toujours techniquement parfaite.




C'est chez Gold MDG et c'est indispensable.

Premières minutes.

Entendons-nous bien : les lutins aiment Bruckner (surtout les Messes, il est vrai), mais trouvent en revanche cette musique terriblement mal orchestrée, opaque, systématique, pesante. Et ici, lui aussi bien que nous, tout le monde est sauvé.




Merci à B. pour le divin tuyau.


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Commentaires

1. Le dimanche 2 mars 2008 à , par sk†ns

C'est étonnant ton histoire. Ça me rappelle les arrangements de Bétove par Liszt, joués par Planès.

2. Le dimanche 2 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Ah, mais ça n'a rien à voir, parce que le Beethoven de Liszt est un excellent palliatif lorsqu'on n'a pas d'orchestre sous la main, mais pas un équivalent fascinant qui révèle plus.

Je vais tâcher d'ajouter un extrait.

3. Le dimanche 2 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

C'est chose faite.

(Mais pas de panique, je dois bientôt reprendre du service pour la promotion de toute une collection de... Timpani.)

4. Le dimanche 2 mars 2008 à , par sk†ns

Oui, d'accord avec toi, et on perçoit bien le travail sur les cordes et les bois : ramenée à une plus simple expression, cette symphonie apparaît très feutrée, très coquette. C'est câlin à souhait, mais ça manque justement de gonades, avec ces pauvres cuivres en sourdine…

5. Le dimanche 2 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Je ne la trouve pas que coquette ; dans les climax de fin de mouvement, on trouve toute l'ampleur requise. Certes, ça ne pétarade pas comme du vrai Bruckner, et ça n'a sans doute pas le même impact physique en salle. Mais on ne peut qu'y gagner au disque (et même tout court à mon goût).

Je trouve précisément qu'on ne rend pas le discours trop charmant, qu'il reste la beauté éclatante et profonde de ce cor (Andrew Joy) - doublé par l'harmonium, c'est impressionnant.

6. Le lundi 3 mars 2008 à , par sk†ns

Oui, je suis une brute épaisse.

7. Le jeudi 6 mars 2008 à , par Papageno :: site

Moi, je les trouve très bien les orchestrations de Bruckner, il a un son à lui, qu'on reconnaît instantanément quand on entend un bout à la radio. C'est comme Sibelius ou Mahler. Si les cuivres font trop de bruit c'est que le chef est mauvais car l'équilibre entre les pupitre c'est son boulot. Avec peu de moyens (le même orchestre que Beethoven), sans utiliser de percussions autres que les timbales ou d'instruments exotiques (cor anglais, célesta, etc) Bruckner donne une dimension énorme à son orchestre, ce qui est à l'origine du mythe selon lequel il faut un orchestre surdimensionné pour le jouer.

Cela dit, je ne suis pas du tout contre les arrangements et transcriptions, au contraire. Il y a quelque temps j'avais fait une version pour quatuor à cordes du mouvement lent de cette même 7ième, pour faire plaisir à la violoniste qui adorait Bruckner. J'ai tout de même enlevé la section centrale pour que ça ne soit pas trop long. Le tout sonne plutôt bien ! (la partition est sur http://www.lafluteenchantee.fr)

8. Le vendredi 7 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bienvenue Patrick !

En effet, Bruckner, on reconnaît instantanément, y compris les tournures mélodies. Mais ce n'est pas une preuve de qualité non plus : Glass aussi, on le reconnaît instantanément. Sa fameuse orchestration par pans est sans nul doute impressionnante en salle, mais on a tout de même devant les oreilles un exemple de manque d'imagination flagrant. Il n'y a guère que les mouvements lents qui m'impressionnent : on y entend bien les bois, et l'alternance de couleurs orchestrales est bien plus soignée - à défaut de s'y montrer follement imaginative.

Sibelius, ma foi, je ne le trouve pas si personnel que ça, il existe beaucoup d'autres compositeurs assez proches. Enfin, si, l'intégration assez personnelle des bois est décelable - mais à condition qu'on puisse les entendre, ce qui malheureusement, dans la tradition sirupeuse d'interprétation de Sibelius, c'est pas si souvent le cas (du moins au disque, puisqu'en salle, il est toujours plus aisé de différencier les timbres). Ce n'est pourtant pas particulièrement mal orchestré, mais encore faut-il l'exécuter de façon suffisamment limpide.


Si les cuivres font trop de bruit c'est que le chef est mauvais car l'équilibre entre les pupitre c'est son boulot.

En l'occurrence, c'est l'écriture qui veut cela : trémolo de cordes + chant aux cuivres, ça ne laisse pas de place dans le spectre sonore aux bois. Bien sûr, un bon chef peut améliorer les faiblesses du compositeur, mais je ne classe vraiment pas Bruckner parmi ceux qui maîtrisent avec talent l'art de l'orchestration.

On peut aimer quand même, cela dit : je suis à titre personnel très sensible aux orchestrations de Schumann ou de Gounod, qui ne sont pourtant pas particulièrement géniaux en la matière (je mets de côté les Scènes de Faust qui sont tout de même redoutablement bien écrites).


Cela dit, je ne suis pas du tout contre les arrangements et transcriptions, au contraire. Il y a quelque temps j'avais fait une version pour quatuor à cordes du mouvement lent de cette même 7ième, pour faire plaisir à la violoniste qui adorait Bruckner. J'ai tout de même enlevé la section centrale pour que ça ne soit pas trop long. Le tout sonne plutôt bien ! (la partition est sur http://www.lafluteenchantee.fr)

Dommage qu'il n'y ait pas d'enregistrement, le principe me plaît beaucoup ! Parce qu'avec la partition en midi, on ne profite pas des équilibres et des timbres, bien sûr.


Merci pour ces considérations stimulantes ! :)

9. Le samedi 21 juin 2008 à , par Franck

Certes Bruckner n'est pas Ravel! Mais de là à dire que son orchestration est lamentable - surtout pour la 7è Symphonie - que les bois sont inaudibles... A mon avis vous devez être un grand sourd ou être inculte en musique (chez les français ce n'est malheureusement pas une rareté). Une bonne orchestration d'autre part ne siège pas forcément dans une richesse démesurée de couleurs, mais dans la clarté de ses fonctions: ce à quoi Brahms et Bruckner (ne vous en déplaise) sont parfaitement parvenus. Le discours chez ces deux compositeurs est clair et transparent (même dans les grands tuttis brucknériens), les thèmes et leurs développement parfaitement compréhensibles. Je ne comprends donc pas votre jugement!

10. Le samedi 21 juin 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Franck,

Je vous rappelle simplement qu'il s'agit ici d'un site personnel, et que, chose extraordinaire, comme dans la vie en général, un peu de courtoisie ne fait pas de mal lorsqu'on entre chez quelqu'un. Je vous prierai donc de garder vos considérations sur l'état de mon ouïe pour vous, que je n'aie pas besoin de me poser des questions en public à mon tour sur vos yeux.

Je vais cependant tâcher de vous répondre gentiment, puisque du fait d'avoir posté un commentaire, vous êtes mon hôte.

Première chose : il ne s'agit pas d'un jugement, mais d'un avis. Si l'on parcourt un peu ce site, et si l'on prend la peine de lire attentivement, on voit que je truffe mes textes jusqu'à la nausée d'"à mon sens" et autres "il me semble", pour bien signifier qu'il ne s'agit en rien d'une position ex cathedra. D'autant plus que, lorsque j'émets des réserves, c'est toujours avec beaucoup de précautions.
Je dis souvent qu'il s'agit d'un bac à sable personnel, où il n'est pas question d'imposer une norme, juste d'apporter des informations ou simplement un peu de divertissement aux lecteurs. Evidemment, si on réagit sur la première note sans vérifier le contexte, on peut faire des contresens, mais je ne puis pas tout rappeler à chaque fois, vous le comprendrez aisément, ce serait pénible pour les autres lecteurs.

Il vous a cependant échappé quelque chose dans cette notule : la petite provocation malicieuse qu'il y a à recommander pour un grand symphoniste une réduction en musique de chambre. La musique de Bruckner y gagne beaucoup, en l'occurrence, et c'est pourquoi je me permets de pousser le trait. (Quant à Brahms, je trouve ça parfaitement orchestré pour les symphonies, où l'on entend précisément beaucoup de contrepoint aux bois.)
D'autant que vous n'avez pas dû beaucoup parcourir ce site pour accuser les français d'être hermétiques à la musique allemande. :-)

L'orchestration est de toute façon un élément bien plus subjectif que pas mal d'autres paramètres musicaux. Mais je peux étayer mon avis. Oui, comme dans beaucoup d'autres oeuvres d'ailleurs, les bois sont largement inaudibles au disque dans les symphonies de Bruckner, à l'exception des mouvements lents. On peut tout à fait défendre que l'orchestration par pans, et ce peut être efficace en salle, est délibérée pour Bruckner.

Il n'empêche qu'elle ne varie jamais, et que le discours en devient très monochrome. Si l'orchestration ne permet pas de varier les effets, alors je préfère une version pour piano. Il en existe d'ailleurs une très belle de la Troisième chez Gold MDG également, pour deux pianos. Ici aussi, la musique de Bruckner gagne.


Je ne suis pas totalement le seul à penser que c'est mal orchestré (pourquoi tous les compositeurs seraient-ils égaux dans tous les paramètres ? Verdi n'a pas l'imagination harmonique de Wagner, et alors ?), et je conçois bien qu'on puisse défendre une autre position. L'orchestration des mouvements lents, sans être follement habile, est il est vrai souvent tout à fait réussie.
Néanmoins, j'avance des arguments, et je ne vois pas bien en quoi un propos malicieux mais argumenté appelle des procès d'intention et des jugements de valeur sur ma personne, sur les français, etc.

Je compte sur vous pour en tenir compte.

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David Le Marrec


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