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Semaine lyrique : Scarlatti, Gossec, Petitgirard, Piccinni

Outre la Santissima Annunziata d'Alessandro Scarlatti diffusée hier soir sur France Musique[s], quelques rendez-vous parfois cachés qui s'annoncent très intéressants cette semaine.

Le Triomphe de la République de Gossec, une oeuvre importante dans le tournant politique que prend l'opéra comique si naïf à la Révolution - Richard Coeur de Lion de Grétry devenant pour longtemps le symbole de ralliement des légitimistes et Le roi et le fermier de Monsigny apparaissant comme la relique d'un temps révolu.
Dans le même temps, des oeuvres flattant le pouvoir se développent, avec spécialisation politique des théâtres qui se partagent ainsi des publics bien différents, jusqu'à la censure provisoire (puis définitive par le décret de 1794). Le Théâtre Feydeau, l'ancien Théâtre de Monsieur (dirigé par Viotti et secondé par Cherubini), regroupe les royalistes, tandis que la salle Favart programme des oeuvres favorables à la Révolution dès 1790.
On trouve ainsi Les Rigueurs du cloître d'Henri-Montan Berton (sur la pièce de Joseph Fiévée), où une jeune religieuse est sauvée de ses voeux par son amant à la tête de la Garde Républicaine, avec final obligé façon hymne à la liberté. Quelques titres amusants :

  • Le chêne patriotique ou la matinée du 14 juillet 1790 (Dalayrac)
  • Mirabeau aux Champs-Elysées
  • L'ombre de Mirabeau
  • Marat dans son souterrain
  • La veuve du Républicain
  • Le cri de la Patrie
  • L'intérieur d'un ménage républicain
  • La prise de Toulon par les Français
  • La discipline républicaine
  • L'Enfance de Jean-Jacques Rousseau


Sont restés à la postérité Euphrosine et Corradin ou le tyran corrigé de Méhul - dont Grétry rapprocha le talent de Gluck à cette occasion - et Le congrès des rois, par douze compositeurs du temps, comme c'était à la mode (plus souvent à six qu'à douze), la chose étant rendue possible par la division de la musique en numéros indépendants qui a cours à l'opéra comique. On y trouvait Méhul, Cherubini, Grétry, Dalayrac, Berton, Kreutzer, Devienne, Blasius, mais aussi Deshayes, Jadin, Solié et Trial qui nous sont moins connus.
L'oeuvre nous est connue pour le caractère farfelu de son livret (dû à Desmaillot), qui a beaucoup fait jaser, mais qui doit être assez amusante à voir.
Rapide synopsis inspiré de la chronique théâtrale du temps :

  • Acte I : Les rois s'assemblent pour méditer le partage de la France après leur inévitable victoire. Le pape envoie Cagliostro. Celui-ci, ainsi que les dames, sa femme comprise, est un ardent patriote amoureux de la Révolution, et médite la perte des ennemis de la Liberté.
  • Acte II : Cagliostro, après avoir installé les rois chacun dans une cruche, leur fait voir un théâtre de spectres, où apparaissent la Dame Blanche, puis des sans-culottes leur prédisant « le triomphe de la Raison et de la Liberté sur l’Erreur et la Tyrannie », ce qui « effraye singulièrement les lâches couronnés ».
  • Acte III : Emettant des avis ridicules, les rois décident du partage de la France, mais les troupes françaises investissent la place. Les souverains reviennent alors sur scène déguisés en sans-culottes, en criant « vive la République ! », et parviennent à s'enfuir. « Les Français, après avoir planté l'Arbe de la Liberté et brûlé les attributs de la Servitude forment des danses en chantant le Réveil des Peuples et la Chute de la Tyrannie. »


Joli, n'est-ce pas ? Mais ce fut sifflé à la création, si bien que la Commune de Paris dut l'interdire, arguant de ce que :

  1. La pièce favorisait honteusement les royalistes en élevant les Cagliostro comme patriotes, en abaissant Marat à jouer les ombres.
  2. La pièce faisait injure à l'intelligence du peuple.
  3. La pièce pouvait plaire autant aux Révolutionnaires qu'au ennemis de la Patrie, et il n'en était pas question.


Peccato.

Bref, ce dimanche à 21h sur Radio Classique (qu'on peut écouter en ligne à 128 kbps), Le Triomphe de la République de François-Joseph GOSSEC, seul opéra publié au disque du compositeur, dans une très belle distribution.

D'abord Diego Fasolis dirigeant l'ensemble I Barocchisti. Puis Salomé Haller, Guillemette Laurens et Philippe Huttenlocher, notamment. Le tout chez Chandos.




Dans la nuit de dimanche à lundi, vers 2h25, l'opéra du mois sur TF1, avec souvent des choses intéressantes - mieux-disant culturel oblige.
Cette fois-ci Joseph Merrick/Elephant Man de Laurent PETITGIRARD.
Avec notamment Nicolas Rivenq (Doctor Treves) et Magali Léger (La Colorature) pour les plus célèbres. Jana Sykorova dans le rôle-titre, et également : Robert Brault, Valérie Condolucci, Elsa Maurs, Nicolas Courjal, Marie Laurila-Lili. Direction par le compositeur à la tête du Philharmonique de Nice et des choeurs de l'Opéra de Nice, mise en scène Daniel Mesguich.
L'oeuvre, récente, est tout à fait tonale, un peu sage même, mais ses suavités s'écoutent avec plaisir - très accessible. Ensuite, il faut passer par quelques bons sentiments qui sont l'une des plaies béantes de l'opéra contemporain, souvent la seule alternative au refus du drame et de la convention théâtrale. A connaître cependant, vivement recommandé.




Enfin, lundi à 20h sur France Musique[s], le retour tant attendu, depuis plus de vingt ans, de l' Iphigénie en Tauride de Piccinni à Paris (disons à portée accessible et diffusée à la radio, c'est l'essentiel). A mon goût, dotée de bien plus de relief et d'urgence dramatique que celle de Gluck. Ici, avec Gregory Kunde en Pilade, Luca Pisaroni en Oreste et Enrique Mazzolà à la direction (beau travail sur les bois), ce devrait être particulièrement intéressant, et moins flou que lors de la précédente exécution. Pour le reste, Twyla Robinson en Iphigénie (prions pour l'élocution), Jean-Vincent Blot (Thoas), Daniela Nuzzoli (Elise), Dorothée Lorthiois (Diane), Richard Tronc (un Scythe), Orchestre National de France[1], Choeur de Radio-France.




Louons une fois de plus la vigilance tutélaire de l'Angelo Caro.

Notes

[1] Qui a dit « J'ai peur » ?


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