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Faut-il acheter les intégrales à prix minuscule ? - II - Mozart, Bach, Chopin, Beethoven et Brilliant Classics

N.B. : Le commentaire de la dernière intégrale (Brahms) figure ici.


Un essai d'étude rationnelle du phénomène des intégrales à prix plancher. Les raisons ; les enjeux, avantages et inconvénients ; le moyen de se décider ; les alternatives.
Commentaire également du contenu précis du coffret Beethoven.


Suite de la réflexion amorcée avec Mozart et Bach.

J'apprends aujourd'hui qu'un site maudit [l'histoire sera pour une autre fois] a dévoilé la prochaine intégrale Brilliant, à savoir une intégrale Beethoven. [J'ai l'honneur de vous annoncer que, devant témoins, interrogé sur le contenu possible d'une intégrale en cent disques, j'avais avancé le nom du sourd grincheux de Bonn. Un emploi de directeur de la communication m'attend à Brilliant.]


Comment cela fonctionne-t-il ? 

Faut-il acquérir ces intégrales ?

Avec en bonus les recommandations si l'on choisit de se passer d'intégrale.


1. Comment cela fonctionne-t-il ?

Le principe est simple.

1. Proposer beaucoup en tassant les coûts au maximum, communiquer habilement, de façon à vendre à une grande quantité de personnes. Une petite marge, mais étendue à un grand nombre d'articles.
2. Pour ce faire, on utilise
a) Des enregistrements sous licence, c'est-à-dire un rachat de fonds de catalogue de façon à pouvoir publier des enregistrements, parfois prestigieux, que les firmes originales n'entendent plus exploiter - leur modèle économique étant fort différent.
b) Des enregistrements réalisés avec de jeunes interprètes, qui pour avoir leur nom diffusé, jouent quasiment gratuitement. Il est vrai par exemple que les belles interventions de Jed Wentz dans le seria mozartien inciterait volontiers à se rendre à un concert ou à acheter un disque dans un autre répertoirel;
3. On propose un grand nombre d'oeuvres d'un coût, à tout petit prix. On pourrait proposer à l'unité, moins d'un euro le CD, mais le modèle serait invivable. Ici, le principe des gros coffrets Brilliant est de faire raisonner le client au prix par CD, tout en lui faisant acheter plus qu'il n'aurait dépensé.
La chose est efficace, surtout parmi le public plus généraliste : qui aurait spontanément dépensé 99€, ou même 40€ pour du Mozart ?  Peu de monde parmi ses clients.
4. Brilliant remporte particulièrement de succès avec ses intégrales, parce que le client a l'impression de tout posséder, d'acquérir un savoir et une position rassurante. On est plus sûr qu'en achetant "l'essentiel" où manquent certaines pièces célèbres ou aimées.
Cela intéresse aussi bien le néophyte qui est sûr de ne pas se tromper et "d'en avoir pour son argent" que l'amateur qui peine à réunir l'intégrale pour des raisons pratiques (les doublons) ou financières (tentez de réaliser l'intégrale Mozart, même au moins cher... le prix serait incomparablement supérieur)
5. Excellent format aussi pour les cadeaux de fin d'année : peu cher pour la somme de musique que cela représente, mais une somme significative qui n'en fait pas un cadeau au rabais (comme trois disques à 5€, vus en tête de gondole avec autocollant indéchirable "les meilleures pubes"). On a réellement envie de faire un petit effort pour faire plaisir à un mélomane : TOUT, vous vous rendez compte !
6. Brilliant vend avant ses intégrales des coffrets (Masterworks, ou bouts d'intégrale), déjà à prix très avantageux, mais moins. Si bien que les acheteurs qui suivent de près les publications achètent souvent des interprétation en double.
Exemple : On achète le couplage Così fan tutte / Il Sogno di Scipione, volume 17 de la "Mozart Edition". Couplage déjà généreux et très peu cher. Un an plus tard sort l'intégrale des opéras de Mozart. On achète, vu le prix. Six mois plus tard sort l'intégrale... On nous a vendu trois fois le volume 17, deux fois les opéras... Et encore, sans compter si l'on a acheté le grand coffret des "Masterworks", avantageux mais coûteux dans l'absolu (40 CDs à un peu moins de 2€ l'unité). Bien entendu, cette politique d' "intégralisation" n'est pas révélée à l'avance, de façon à opérer ce bonus significatif dans les ventes de Brilliant. Ici, le phénomène touche plutôt le public averti, mais vendre plusieurs fois le même article n'est pas un bénéfice négligeable. Surtout que tout le monde fait réellement une bonne affaire...


Avantages ?
1. A l'échelle de la société, amélioration significative de la diffusion (et, partant, de la connaissance) du classique.
2. Economie substantielle pour un vaste spectre d'écoute.
3. Mise à disposition d'oeuvres très rares dans ces quasi-intégrales.
4. Interprétation qui va souvent du bon à l'excellent. Quand on pense aux sonates de Mozart par Ingrid Haebler vendues par Phillips au prix fort...
5. Incidemment, les acheteurs plus "grand public" semblent ébaubis et ravis du monde qu'on leur propose de découvrir, cette joie quasiment enfantine n'est pas à négliger dans l'intérêt du produit, puisque l'interprétation, le coût, les quelques absences d'oeuvres ne semblent pas leur causer de regrets.


Inconvénients ?
1. On écrase un peu plus les petits compositeurs, bien que Brilliant fasse parallèlement des publications intéressantes. Le rôle de Brilliant n'est pas celui du très philantropique CPO (ou Berlin Classics, etc.).
2. On "force" l'acquisition d'interprétations pas toujours idéales, qui peuvent donner une impression déformée des qualités des ouvrages. Par exemple les cantates par Schreier dans l'intégrale Bach, très amollies.
3. On porte l'attention sur la production mineure de grands compositeurs, alors que, musicalement parlant, mieux vaudrait une anthologie des meilleures oeuvres des contemporains - comme l'a par exemple fait Hyperion avec les lieder des amis et contemporains de Schubert. Cela dit, une anthologie est toujours un choix, alors qu'une intégrale donne l'opportunité de tout connaître d'un créateur précis, sans choix et vers une véritable possibilité d'érudition.
4. On fait faire des économies virtuelles et des surdépenses réelles.
5. Le public généraliste a de grandes chances de n'écouter que les oeuvres les plus célèbres ou les plus séduisantes/réussies, et de ne jamais venir à bout du coffret : c'est-à-dire de se contenter de ce qu'il aurait eu en mieux pour moins cher. [A condition bien sûr d'être bien conseillé... ce qui est toujours le problème lorsqu'on est extérieur à un domaine ; ce qui paraît évident aux familiers ne l'est pas du tout. Surtout pas en art où le prix du produit n'a aucun lien direct avec sa qualité, mais seulement avec les contraintes de production et de distribution.]


Autant dire que face aux avantages de la mise sur le marché de coffrets très complets à tout petit prix, bien interprétés, les inconvénients ont peu de poids : on n'est pas obligé d'acheter. Sachant que le public qui achète d'habitude du Mozart (ou peu de classique) n'est vraisemblablement pas la clientèle principale de CPO, on ne peut même pas en déduire la mort des autres répertoires.

Mais cela ne signifie pas qu'il faille résolument acheter tête baissée !



2. Faut-il acquérir ces intégrales ?

Cela dépend intimement de :
1. Votre degré d'adhésion au compositeur.
2. L'état de votre discothèque.
3. Votre budget musique classique.
4. Votre sensibilité à l'interprétation.
5. Votre attitude à l'écoute.


1. Si vous aimez particulièrement un compositeur mais le découvrez petit à petit, avec délices, autour de vos interprètes favoris, sauter le pas n'est pas nécessaire. Si vous adulez l'un des compositeurs proposés, ou si vous pensez que des pans entiers de sa production sont méconnus pour de mauvaises raisons (c'est par exemple le cas des folksongs de Beethoven), c'est une proposition intéressante.

2. Si vous disposez d'une discothèque déjà étendue sur le compositeur, et qui vous satisfait, le coffret a peu de chances de vous satisfaire. N'espérez pas entendre votre meilleure quarante-et-unième de Mozart en achetant en "vente liée" cette symphonie à l'intégrale... Pas la peine d'investir pour les oeuvres les plus célèbres, on peut les trouver peu chères ailleurs, et interprétées à son propre goût.
En revanche, si l'on possède simplement un double disque de favoris, en sachant que les interprétations ne seront pas toujours les meilleures, et qu'il faudra oser retenter ailleurs en cas de doute (oui, la quête ne s'arrête jamais...), si l'on désire véritablement découvrir une montagne d'oeuvres indispensables, l'investissement pour Noël n'est pas absurde.

3. Toujours penser qu'il ne faut pas raisonner seulement en termes de prix au CD, mais aussi de prix global, et d'utilité du produit.
=> Aurais-je dépensé 99€ en disques de ce compositeur ?  Si c'était acheter les derniers DVD de Don Giovanni et de la Flûte chez Arthaus à la FNAC, pour un montant total de 60€ (en restant pudique), oui, mieux vaut ajouter la moitié de la somme et disposer de cette intégrale. Si on ne dépense jamais plus de 20€ par compositeur, c'est à méditer...
=> L'utilité. On dispose de tout, mais que va-t-on écouter ?  S'il s'agit simplement des oeuvres les plus célèbres, l'acquisition du coffret, à moins d'une discothèque vraiment réduite et d'une sensibilité peu chatouilleuse aux interprétations, ne s'impose pas.

4. Bien que quelques grandes interprétations figurent dans certains coffrets Brilliant, la plupart du temps, le bon et le très bon n'excluent pas qu'on puisse se régaler amplement plus ailleurs. Si l'on n'est absolument pas sensible à cela - en général, nous le sommes tous, à défaut d'en être tous (et toujours...) conscients, ce qui amène parfois à rejeter une oeuvre à cause d'un rejet de l'interprétation -, le coffret se révèle "définitif" et par conséquent bien plus précieux.

5. Le point peut-être le plus important. Quelle est votre attitude à l'écoute ?  Si vous aimez écouter la radio au kilomètre, découvrir de nouvelles oeuvres, varier les plaisirs, à défaut de changer de compositeur, assurément ces coffrets sont intéressants !  Si vous avez tendance à passer en boucle vos quelques oeuvres préférées au contraire, vos 99€ ne seront pas nécessairement "amortis". Cela dit, Brilliant fera remarquer non sans raison qu'il s'agit toujours d'un investissement pour ses enfants, neveux, filleuls...


Et CSS ?  Pour l'instant, nous n'avons acquis aucun de ces coffrets intégraux, mais simplement des coffrets isolés.
Par exemple les opéras de Mozart, puisque nous étions déjà tenté par certaines interprétations (nous nourrissons en effet une passion inavouable pour Max Pommer), notamment le Così fan tutte de Kuijken (qui se révèle un peu fade à la réécoute) et surtout certaines pièces rares. Acheté en promotion pour 40€ (au lieu de 120), c'est-à-dire le prix d'un coffret Philips avec seulement deux de ces petites oeuvres... D'où l'intérêt de l'achat, même si certaines gravures se révèlent indigestes, en particulier l'Idomeneo pachydermique de Schmidt-Isserstedtou les Da Ponte polaires de Kuijken. Très belle musicalité de la Flûte de Mackerras malgré Lloyd et Anderson franchement irritants (l'accent et le style...), excellente surprise avec la Clémence de Jed Wentz.
Une acquisition qu'on peut considérer amortie, mais pas nécessairement enthousiasmante par rapport à toutes les nouveautés CPO qui nous attendent !


Je rappelle aussi le raisonnement que nous tenions il y a quelque temps :

Pour que le raisonnement financier soit valable, il faut étudier le nombre de disques écoutés, le nombre de disques valables et leur qualité. Pour le coffret Bach, pas certain du tout qu'il soit amorti.

99€ est infime pour le contenu, mais représente une somme en elle-même.

Mode parallèle simpliste on. Une voiture pour 3000€, c'est une grosse affaire, à condition qu'elle ne roule pas un jour sur deux - sinon on aura perdu beaucoup d'argent : ce n'est pas cher pour une voiture, mais c'est cher pour une voiture qui ne roule pas. Off


A partir de ces critères, à présent, l'avis consultatif de CSS.


2.1. Intégrale Mozart

Comme dit précédemment :

L'intégrale Mozart était paraît-il fort inégale, mais recelait, je peux en témoigner pour les parties séparées que j'ai acquises, suffisamment de beautés pour justifier un achat très amplement amorti. (Les sérénades étaient remarquables, et plusieurs opéras de très bon niveau.) A condition de ne pas avoir déjà beaucoup de Mozart en magasin, auquel cas on peut affiner plus conformément à ses goûts.
Aussi, j'aurais eu tendance à conseiller l'achat de cette intégrale Mozart (pour peu qu'on ait beaucoup de curiosité et peu de répertoire brassé).


2.2. Intégrale Bach

Pour Bach, le cas est plus épineux. Bach ne fonctionne pas aussi facilement que Mozart, et les interprétations ici présentes sont, pour celles que j'en connais et si j'en crois des échos concordants, assez moyennes, voire franchement pas exaltantes. Dans cette perspective, avoir une intégrale tiède ne me paraît pas nécessairement la meilleure idée.
L'écriture de Bach, fondée sur le contrepoint et la progression harmonique, bannit les silences et dispose, selon les pièces, de peu de variété rythmique ; l'atmosphère devient vite étouffante (ou soporifique) si l'on ne travaille pas précisément les respirations et l'inégalité des valeurs agogiques[1].

([1] Dans la langue secrète des musicologues, agogique vaut tout simplement pour rythmique, et nous épargne ici une répétition disgracieuse.)

Autant pour du Brahms, on trouve aisément de très bonnes versions, autant pour du Bach, l'exercice est plus déclicat. Le risque est grand, au bout du compte, de tout racheter dans d'autres versions, ou de se détourner de cet univers monotone. Qui plus est, on trouve souvent les mêmes interprètes. Le langage de Bach étant lui-même très homogène, cela ne facilite pas le sentiment de diversité.

Cette homogénéité des compositions mêmes justifie peu, à notre sens, l'achat d'une intégrale... l'esprit de système se fait sentir.


2.3. Intégrale Chopin

Le principe du coffret Chopin peut être intéressant dans la mesure où :
  • On trouve plus aisément de bons pianistes qu'une distribution lyrique entière avec orchestre, homogène et à son goût.
  • Le prix est nettement inférieur, ce qui constitue un investissement moindre dans l'absolu, par rapport à une anthologie chopinienne d'un grand pianiste, par exemple.
  • Les auditeurs se limitent généralement à la musique pour piano seule et aux deux concertos, alors que que certaines pièces concertantes, et surtout la musique de chambre et les mélodies, sont véritablement passionnantes - dans une veine assez différentes de ses autres oeuvres.
Cependant, reste à voir l'intérêt des pianistes, pas trop scolaires si possible... La musique de chambre demande aussi une grande familiarité (souvenir assez épouvanté du trio par Argerich & friends - méconnaissable) ; les mélodies ne semblent pas interprétées par une polonophone, du moins pas comme langue maternelle (Anna Haase), ce qui peut être fâcheux si la prononciation et surtout le sens sont flous.

Il s'agit d'une bénédiction pour les amateurs de Chopin qui se seraient limités à sa musique pour piano seul. Pour les autres, on peut peut-être s'attarder sur des enregistrements de haute volée.



2.3.1. Alternatives à l'intégrale Chopin
  • Intégrale pour piano seul (contient aussi la sonate pour deux pianos) par Nikita Magaloff, chez Philips. Une leçon de style et de grâce, d'une égalité qualitative parfaite. Chopin était la grande spécialité de Nikita Magaloff.
  • Musique de chambre par le trio Pamela Franck / Yo-Yo Ma / Emmanuel Ax (Sony). Y manque le grand duo concertant sur des thèmes de Robert Le Diable de Meyerbeer. Egalement les esquisses de variations pour flûte et piano sur le rondo final de La Cenerentola de Rossini ("Non più mesta"), qui ne sont pas formellement authentifiées et ne figurent pas non plus, sauf erreur, dans l'intégrale Brilliant. L'oeuvre n'est pas intéressante en soi, sans doute même le seul véritable déchet de la production de Chopin : une suite de variations brillantes sans grande imagination, que le piano accompagne avec de simples accords alternés entre main droite et main gauche...
  • Les Mélodies par Elzbieta Szmytka et Malcom Martineau (DG). Ou, éventuellement, plus sombre et diction moins précise ; moins ébouriffant mais réellement touchant, l'anthologie très brève de Teresa Zylis-Gara (Erato, donc plus distribué). L'intégrale d'Ewa Podles (Forlane), malgré l'accompagnement de grande pertinence d'Adbel Rahman El-Bacha, souffre grandement d'une unité de ton et d'une indifférence au texte décevantes.
  • Ne reste plus qu'une petite intégrale en deux disques, selon ses goûts, des oeuvres pour piano et orchestre. Eviter le ton d'automate de Weissenberg, mais à part cela, le choix est libre. Les concertos par Zimerman sont particulièrement superlatifs côté poésie, mais ne règlent pas le souci de l'intégrale.
On dispose là d'une discothèque intégrale (au duo sur Robert près) véritablement idéale de la musique de Chopin. Cependant... le prix ?

Magaloff + Ax + Szmytka + concertant, voilà qui fait, à vue de nez : 100 + 7 +15 + 25 = 147 €. 
A ce compte-là, on peut aussi  penser à l'intégrale Deutsche Grammofon, avec force Zimerman et Luisada (et Szmytka/Martineau), qui paraît assez intéressante globalement. [Même si on n'aimera pas nécessairement Pollini, par exemple ; ce qui prêche pour notre intégrale choisie.]

Forcément, la proposition de Brilliant, avec certaines oeuvres en double par de grandes interprètes du passé, et avec tout cela pour quatre fois moins cher est bien tentante...

Cette intégrale nous semble, à ce compte-là, une véritable affaire, puisque deux disques au prix fort vaudront le prix du coffret tout entier... A condition cependant que les interprétations, particulièrement côté musique de chambre et mélodies, soient de bonne qualité.

CSS, qui dispose déjà des enregistrements proposés ci-dessus, parmi bien d'autres friandises, n'entend pas se procurer ce coffret non plus. Mais les jeunes gens désargentés qui débutent leur découverte de la discographie pianistique ne pourront qu'être séduits.


2.4. Intégrale Beethoven

Et la dernière venue, annoncée pour septembre, l'intégrale Beethoven.

Il en existait déjà une, chez Deutsche Grammophon, qui avait pour principal défaut son prix à faire défaillir (plusieurs centaines d'euros, on a pudiquement oublié combien).

Vous pensez peut-être qu'ici aussi CSS jouera les rabat-joie, coupera les cheveux en huit, et proposera un avis modérément favorable comme pour Chopin, nuancé comme pour Mozart, ou plutôt réticent comme pour Bach ?  Il se pourrait que non.


(Il s'agit ici du coffret de l'intégrale des oeuvres instrumentales jugées majeures, et pas du coffret "intégralement intégral" à venir, bel exemple du processus d' "intégralisation" progressive que nous décrivions précédemment.)

Voici le contenu du coffret annoncé. Il diffère en plusieurs points (symphonies par exemple) du coffret de 40 disques "Masterworks" et du plus vaste encore "Complete Masterworks".
Nos commentaires en gras, les choses appétissantes soulignées. Exégèse suite à cette liste.


Symphonies
Gewandheusorchester Leipzig, Kurt Masur
Issu du fond Teldec désaffecté qui se vendait déjà à des prix minuscules en allemagne. Risques d'une petite mollesse habituelle, un peu gênante dans ses Mendelssohn (très loin de son travail beethovenien formidable avec l'Orchestre National de France, actuellement) mais belles sonorités assurées.

Piano Concertos 1-5; Piano Concerto in D major (after violin concerto)
Friedrich Gulda, piano
Wiener Philharmoniker, Horst Stein

Violin Concerto; 2 Romances for violin & orchestra
Henryk Szering, violin
Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink

Triple Concerto; Piano Concerto in E flat major WoO4; Rondo in B flat major WoO 6
Kalichstein-Laredo-Robinson Trio; English Chamber Orchestra, Sir Alexander Gibson
Martin Galling, piano; Berliner Symphoniker, Carl-August Bünte

Leonore Ouvertures 1-2-3
Fidelio Ouverture Op, 72b
Funeral March from Leonore Prohaska WoO 96
Die Weihe des Hauses Op. 124
Minnesota Orchestra, Stanisław Skrowaczewski

Ouverture Coriolan
Wellington’s Sieg
Ouverture Namensfeier Op. 115
Gratulationsmenuett WoO 3
Triumphal March from Tarpeja WoO 2
Organ Works
Minnesota Orchestra, Stanislav Skrowaczewski

German Dances WoO 8-9-14-15-17
Kammerorchester Berlin, Helmut Koch

Dances WoO 7-10-42-24-83-23-11-13
Capella Istropolitana

Music for Wind Instruments WoO 18-19-20-21-22-26-28-29-30-Opus 87-Adagio for 3 Horns-Hess 19
Ottetto Italiano
Music for Wind Instruments Op. 71-103-WoO 25-27
Ottetto Italiano
Ces oeuvres contiennent quelques nanars, par exemple le trio pour hautbois et cor anglais en forme de variations, qui ne se réalise pleinement que lors de la brève fugue finale. Avec une attente assez longue, du fait de sa platitude.

Music for Flute Op. 41-105-WoO 26-37
Jean-Pierre Rampal, flute

Music for Flute Op. 107-Anh. 4
Jean-Pierre Rampal, flute

Sextet Op. 81b-Septet Op. 20
Academy of St. Martin-in-the-Fields Chamber Ensemble

Piano Quintet Op. 16-Clarinet Trio Op. 11-Horn Sonata Op. 17
Klara Würtz, Zoltan Kocsis, piano; Kalman Berkes, clarinet; Miklos Perenyi, cello a.o.

Variations WoO 40- Trio Op. 38 (after Septet)
Kobayashi-Saito-Wagner Trio

Serenade Op. 25-Rondo WoO 41-Trio Hess 48-Works for mandolin WoO 43-44
Milan-Williams-Brown Trio a.o.

Piano Quartets WoO 36
Anthony Goldstone, piano; Cummings Trio

Piano Trios Op. 1-44-70-97-121a-WoO 38-39
Borodin Trio

Works for Cello & Piano Op. 5-66-69-102-WoO45-46
Heinrich Schiff, cello; Till Fellner, piano

Violin Sonatas Op. 12-23-24-30-47-96
Arthur Grumiaux, violin; Clara Haskil, piano
Assurance d'une valeur stylistique et d'une délicatesse de ton peu communes.

Works for String Trio Op.3-8-9
Zürich String Trio

String Quartets Op. 18-59-74-95-127-130-131-132-133-135
Guarneri Quartet
Interprétations remarquables, bien structurées.

Preludes & Fugues for String Quartet Hess 29-30-31-33-40
String Quartet Op. 14/1 (after Piano Sonata)
Works for String Quintet Op. 4-29-104-137
Zürich String Quintet

Piano Sonatas
Friedrich Gulda, piano
Ce sera... personnel.

Piano Variations-Bagatelles-Miscellaneous works
Alfred Brendel, piano
Beethoven est l'un des répertoires où Brendel se dispense d'affetteries.

Works for Piano 4-Hands
Frank Zabel, Stefan Thomas, piano duo

Leonore
Polster, Adam, Casilly, Moser, Ridderbusch, Donath, Büchner, Lorenz
Staatskapelle Dresden, Herbert Blomstedt
Une distribution superlative, sur le papier, la meilleure Leonore imaginable.

Fidelio
Krause, Welker, Protschka, Schnaut, Rydl, Ziesak, Heilmann
Wiener Philharmoniker, Christoph von Dohnanyi
Le duo d'amoureux (Schnaut/Protschka) fait peur, mais ce sera vraisemblablement la fête orchestrale - à défaut de la fête théâtrale.

Egmont Op. 84
Elisabeth Breul, Horst Schulze
Staatskapelle Berlin, Heinz Bongartz
Egmont en entier !

Die Geschöpfe des Prometheus Op. 43
Musik zu einem Ritterballett WoO 1
Rochester Philharmonic Orchestra, David Zinman
Musique des Créatures de Prométhée pas hors du commun passé l'ouverture, mais agréable de pouvoir en profiter, même sans le drame que cette musique suit assez servilement. Zinman est vraiment intéressant dans ce répertoire.

Die Ruinen von Athen Op. 113
König Stephan Op. 114
Germania WoO 94
“Ihr weisen Gründer” WoO 95
Berliner Symphoniker, Hans Hubert Schoenzeler
Ici, aussi, excellente nouvelle de pouvoir entendre cette musique de scène.

Italian Arias, Singspiel Arias Op. 65- 116- WoO 92-92a-93-89-90-91/1-91/2
Hannelore Kühse, Eberhard Büchner, Siegfried Vogel
Staatskapelle Berlin, Arthur Apelt

Cantatas WoO 87-88
Italienische mehrstimmige Gesänge WoO 99
Estonian Philharmonic Chorus & Orchestra, Tonu Kaljuste
Des oeuvres très surprenantes pour du Beethoven. Le niveau musical des Estoniens est habituellement très haut, même s'il faut s'attendre à une interprétation très romantisée.

Der glorreiche Augenblick Op. 136
Orchestra of St Luke, Bass

Meeresstille und glückliche Fahrt Op. 112
Chorphantasie Op. 80
Elegischer gesang Op. 118
Bundeslied Op. 122
Cantata campestre “Un lieto brindisi”WoO 103
Birthday Cantata for Prince Lobkowitz WoO 106
Kurz ist der Schmerz, for Louis Spohr WoO 166
Opferlied Hess 91
Hochzeitslied WoO 105
Abschiedsgesang an Wiens Bürger WoO 121
Kriegslied der Österreicher WoO 122 (pas vraiment son oeuvre la plus essentielle...)
Opferlied WoO 126
Es ist vollbracht WoO 97
Opferlied Op. 121b
Saint Louis Symphony Orchestra, Jerzy Semkov
Schedel, Wagner, Schreiber, Altvater, Tetenberg, Raschinsky Ensemble

Christus am Ölberge Op. 85
Gächinger Kantorei, Helmuth Rilling
Rilling avait déjà tonné dans Paulus et Elias de Mendelssohn, à voir s'il renouvelle le miracle dans cette oeuvre également inspirée du genre de la Passion. Appétissant, sans doute plus charnu que le très bon Spering.

Missa Solemnis Op. 123; Messe Op. 86
Tomova-Tintow, Payne, Tear, Lloyd
London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
Excellente interprétation de la Missa Solemnis, peut-être la plus enthousiasmante de la discographie courante si l'on excepte le souffle de Karajan. Son très large, évidemment, mais belle ferveur, belle homogénéité. Ici, Brilliant récupère un enregistrement jadis répandu de Philips (collection Duo)...

Songs/Lieder
Peter Schreier, tenor; Walter Olbertz, piano
Schreier n'est pas un mauvais interprète du lied : malgré une voix très nasale et assez disgracieuse, une vraie compréhension de ce qu'il chante. Hélas, le piano d'Olbertz est bien fade et timoré. L'ensemble des lieder par ce duo risque de se montrer un peu indigeste. Ce n'est de toute façon pas la part la plus aboutie de la production de Beethoven.

Kanons, Epigramme und Scherze; Folk Songs WoO 152 & 153 (Part 1)
Berliner Solisten

Folk Songs WoO 152 & 153 (Part 2)
Folk Songs WoO 154
Folk Songs WoO 155
Folk Songs WoO 156
Folk Songs Op. 108; Folk Songs WoO 158/1
Folk Songs WoO 158/1, 158/2, 158/3
Schedel-Wagner-Schreiber-Raschinsky Ensemble (also 81-85)
Les Folks Songs pour trio avec piano et solistes vocaux, sans doute l'ensemble le plus méconnu de la production de Beethoven, sont une collection de bijoux d'une grande fraîcheur, dans une dizaine de langues. Nous en avions parlé ici. Remarquable interprétation chez Deutsche Grammophon, qu'en sera-t-il ici ?

Parution le 13 Septembre 2007 - 100CD - Prix public conseillé : 99€, comme les précédentes.


Vous le voyez, le haut niveau des versions proposées, la perspective de découvrir des oeuvres très peu enregistrées, la haute densité du catalogue en chefs-d'oeuvre font de cette intégrale une bénédiction.

A CSS même, quoiqu'il soit vraisemblable que nous investissions dans les nouvelles parutions de CPO plutôt que dans des Beethoven déjà largement connu de nos services, nous réfléchirons devant ces quelques choeurs, ces piécettes ou ces raretés de musique de chambre qui nous ont échappé.

Si vous ne connaissez pas les pièces que nous vous recommandons chaleureusement, assurément vous devriez être heureux du voyage. Il y a plus à découvrir dans les tiroirs de Beethoven que dans ceux de Bach et Mozart, assurément. Aussi bien pour les surprises que pour l'essentiel.



3. Où se fournir ?

En allemagne. Par exemple amazon.de ou zweitausendeins.de .

Pour deux raisons :
  • assez nettement moins cher ;
  • évite de passer par le distributeur français, Abeille Musique, qui n'est pas du tout sérieux. (Et assez cavalier avec ses clients.)


CSS espère avoir un peu éclairé les enjeux économiques de ce modèle et aidé à voir plus clair sur la nécessité (ou non) d'acquérir ces fameuses boîtes à chaussures musicales.



P.S. perso : On attend toujours une intégrale de qualité, sans voix délabrées, pianistes indifférents et orchestrations farfelues, de l'oeuvre d'Alma Mahler. Seize lieder, un disque suffit...
Une véritable intégrale : prière de ne pas négliger les deux Rilke inédits chez Universal.

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Commentaires

1. Le jeudi 12 avril 2007 à , par ednaberoC

Dans la série des integrales, quelle intégrale de Chostakovitch est la meilleure puisqu'il en existe plusieures. Un petit conseil de la part des CSS serait très bienvenu ! ;)

2. Le jeudi 12 avril 2007 à , par ednaberoC

Désolé j'ai oublié de préciser que c'étais des integrales des symphonies dont je parlais ! Je penche d'ailleurs pour la version EMI dirigée par Mariss Jansons...
Milles excuses pour ce petit oubli qui m'oblige à faire un doublon :-$

3. Le jeudi 12 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Soyez le bienvenu en ces lieux, dulce (doble) Ednaberoc.

Si vous passez aux choses sérieuses, c'est-à-dire aux quatuors, c'est le quatuor Eder, chez Naxos, que je recommande. Un équilibre idéal entre beauté du son et incisivité. Et pour une misère.

Pour les symphonies... vaste question.

Il existe l'intégrale Barshaï, pour trois fois rien, dont on a dit le plus grand bien mais qui ne m'a pas réellement renversé. Sinon, les valeurs sûres sont toujours les légendes Kondrachine et Mravinsky, à défaut d'intégralité.

Haitink fait des choses somptueuses, mais on peut trouver la chose un rien hédoniste, si on désire chipoter.

Quant à Jansons... il paraît que ses dernières interventions sont très intéressantes, mais j'avoue avoir renoncé devant la tiédeur répétée de ses disques passés. Un excellent technicien de l'orchestre, mais qui semble parfois doté de peu d'ambition. Et il faudrait veiller à ce qu'EMI ne lui sabote pas la prise de son. J'aime beaucoup la petite EMI, mais elle n'a pas, disons, des mains tout à fait expertes en la matière.

Tout dépend de ce que vous en attendez en termes de prix et de résultat sonore... quelques précisions ?

4. Le jeudi 12 avril 2007 à , par Bajazet

Les Créatures de Prométhée, c'est splendide, je trouve ! Très beau disque d'Harnoncourt. Pour les lieder, quelques joyaux dans une petite masse d'aimables platitudes.
Dans Fidelio, Schnaut chante Pizzaro, n'est-ce pas ?

Achtung, la Messe en ut (méconnue, hélas) est avec Eda-Pierre en soprano solo.
Et Hannelore Kuhse, sauf erreur, est indemne d'Umlaut ;-)

5. Le jeudi 12 avril 2007 à , par ednaberoC

Très bien pour la misère des quators ! :-)
Maintenant pour les symphonies, je cherche quelque chose qui soit d'un bon rapport qualité/prix (sans rire) où la prise de son soit trèèès bonne. Côté chef, puisque je ne m'y connais pas du tout je ne pourrais pas dire si untel est audacieux, si untel sait manier l'orchestre, si ceci, si cela.
Peut être que dans ce cas là Jansons serait un bon choix ? Ce qu'il a fait avec Lady Macbeth à Amsterdam étais vraiment bon j'ai l'impression, mais si la prise de son EMI est mauvaise... Sinon Barshaï, si ce n'est pas renversant... mh, peut être pas. Je veux marcher sur les mains en écoutant Dimitri moi !
J'ai lu quelque pars qu'il existe une integrale chez Capriccio dirigée par Dimitri Kitaenko qui est bonne apparament mais certains enregistrements sont en "live" comme on dit.

Mon coeuuur balaaance ! Je ne sait lequel choisiiir !
(Cet antispam ma parole ! Comment on est censé savoir combien fait 9-7 sans calculatrice ?
Yeah ! I'm a human !)

6. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Les Créatures de Prométhée, c'est splendide, je trouve !

La musique de scène est un peu faible, il me semble. En tout cas, je préfère les Ruines ou Egmont !
L'Ouverture est splendide en revanche.


Très beau disque d'Harnoncourt. Pour les lieder, quelques joyaux dans une petite masse d'aimables platitudes.

Les joyaux, je n'en vois guère. Bien sûr, la structure si singulière de sa Ferne Geliebte, mais sinon, guère d'émerveillement de mon côté. Au passage, ses Faust-Lieder sont aussi mauvais que ceux de Wagner.

Dans Fidelio, Schnaut chante Pizzaro, n'est-ce pas ?

Bien sûr, elle y chante sa glorieuse devise : In meiner Stimme wühlen, O Wonne, großes Glück !.
[Partiellement doublée depuis la coulisse par Siegmund Nimsgern, bien sûr : elle a des problèmes d'aigus.]


Achtung, la Messe en ut (méconnue, hélas) est avec Eda-Pierre en soprano solo.

Oui, cette messe est aussi belle que la solennelle. Je ne disposais pas, à l'heure où nous imprimions, des références. C'est la version avec Davis, donc ?
Je ne sache pas qu'il y ait d'autre version avec elle, et tu n'en mentionnais pas d'autre dans ton portrait.


Et Hannelore Kuhse, sauf erreur, est indemne d'Umlaut ;-)

Très bien, on lui offrira un háček à la place.
Manifestement, tu as lu ça avec plus d'attention que moi ! <]8-o

Tu sais, tu n'étais pas obligé de lire le nom de tous les solistes, je ne t'en aurais pas voulu. :)


Merci pour la rectification, je lui rends justice à la première occasion.

7. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Kia

N'écoutez pas ces SS :D

Pour ma part, je trouve le terme "intégrale" un peu exagéré... Lorsqu'un éditeur de livres nous sort les oeuvres complètes de X , c'est une intégrale: c'est cela la production de l'auteur.
Ici, ça serait plutot "Differents points de vues sur l'oeuvre de Beethoven". Tout ça cache en fait une volonté de réduire la production musicale d'un compositeur à un objet commercial qui n'a aucun sens. Une interprétation, c'est (ou ça essaie d'être) une appropriation et une traduction d'un materiau, c'est tout! L'intégrale -sauf lorsqu'elle est cohérente (ex: toutes les sonates par un meme pianiste...) n'est rien d'autre qu'un slogan!

A quand l'intégrale des oeuvres de Beethoven, la vraie , c'est à dire toutes ses partitions dans une édition peu chère ?

8. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Ednaberoc, si tu veux du très bon son, Haitink me semble assez indiqué. Je n'ai pas en tête le prix, mais il risque être élevé. Le problème de Barshaï est que la prise de son est un peu mate et les interprétations un peu rondes, pas très incisives. (Mais le prix est très engageant...)

9. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Bajazet

Oui, bon, le joyaux est sans doute de trop. Disons breloques, alors.

Pour la Messe en ut, si c'est Davis, c'est forcément Eda-Pierre.

Je lis le nom de tous les solistes, parce que ça me rappelle l'époque heureuse où je lisais en continu l'index du Dictionnaire des disques.

10. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Je t'attendais bien sur la brèche, infâme aimable Kia !


Kia :
N'écoutez pas ces SS :D

Mon ingénuité naturelle a fait que je n'ai relevé l'allusion perfide qu'à la troisième lecture... C'est bas. :-))


Pour ma part, je trouve le terme "intégrale" un peu exagéré... Lorsqu'un éditeur de livres nous sort les oeuvres complètes de X , c'est une intégrale: c'est cela la production de l'auteur.
Ici, ça serait plutot "Differents points de vues sur l'oeuvre de Beethoven".

Pourquoi, il manquerait quelles oeuvres selon toi ? Il en manque toujours dans les intégrales, souvent des esquisses, des versions divergentes, des oeuvres très mineures... mais ici, je n'ai rien relevé de significatif. Il est vrai que je n'ai pas compté les numéros d'opus de la musique de chambre, par exemple, et qu'on ne dispose pas du nom des lieder.


Tout ça cache en fait une volonté de réduire la production musicale d'un compositeur à un objet commercial qui n'a aucun sens.

Aucun sens, tout dépend pour qui ! Pour ceux qui achètent émerveillés et surtout pour ceux qui encaissent, cela fait assurément sens !

Cela dit, si tu veux médire de la stratégie d'Abeille, mes colonnes te sont obligeamment ouvertes. :-)


Une interprétation, c'est (ou ça essaie d'être) une appropriation et une traduction d'un materiau, c'est tout! L'intégrale -sauf lorsqu'elle est cohérente (ex: toutes les sonates par un meme pianiste...) n'est rien d'autre qu'un slogan!

C'est vrai. Mais.

=> C'est un moyen de connaître plus intimement la production d'un compositeur. J'avance l'idée qu'elle fera un peu sortir de l'oubli certaines oeuvres à mon sens de premier ordre, et jamais jouées, comme la musique de scène, les oratorios, les folk songs.

=> Il y a une affaire de coût. Il ne faut pas se laisser abuser, 100€ est une somme, mais lorsqu'on voit le prix d'une intégrale pour piano solo, certaines plus chères que cette intégrale, on se dit qu'il y a matière à connaître beaucoup pour un investissement réduit.

=> Certaines personnes ne connaissent pas les interprètes, et elles sont largement parmi la clientèle visée par Brilliant.

=> Les interprétations sont largement appétissantes/remarquables, ici.


Autant l'intégrale Bach est un non-sens à mes yeux, tant le catalogue du compositeur est homogène, tant les interprétations, souvent pas les mêmes, sont aussi peu variées dans leurs choix - mais ça n'est jamais que mon sentiment.
Autant celle-ci présente tout de même un produit fini très avantageux pour aller à la découverte de Beethoven autrement qu'avec les Symphonies, Sonates ou Quatuors.

Il ne faut pas non plus négliger que Brilliant s'adresse à un public qui n'est pas que mélomane. Lorsqu'on voit le prix auquel on vend Obispo, on peut se dire que c'est finalement ici une démarche assez honnête. :)


Par ailleurs, tu as raison, si l'on excepte le raisonnement quantité-(qualité)-prix, ce n'est pas une démarche artistique particulièrement pertinente dans le sens où l'intégrale n'est pas un but en soi, mais plutôt la connaissance du compositeur : tout livrer d'un bloc n'est pas nécessairement très pédagogique, ne donne pas nécessairement une image structurée du compositeur, etc.
Mais c'est au fond un moyen puissant de dé-hiérarchiser les classements traditionnels. Dans le cas de Beethoven, la chose est bienvenue.

Une intégrale Schubert aurait été moins intéressante, je crois, vu leurs interprétations de lieder et le risque si la musique instrumentale, particulièrement les pièces de jeunesse faibles dans le domaine du quatuor ou de la symphonie, sont mollement interprétées.


En revanche, du côté de Mendelssohn, il y aurait à faire. Une très belle anthologie a déjà paru, et le choeur qui chante les dix heures de musique chorale est absolument extraordinaire (Choeur de Chambre d'Europe, direction Nicol Matt). Je te le recommande. ;)


Merci d'être passé, ça fait plaisir.

11. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Bajazet :
Oui, bon, le joyaux est sans doute de trop. Disons breloques, alors.

Je vois déjà mieux. :)

Cela dit, il y a un petit manque d'imagination dans la mise en musique qui fait parfois songer aux meilleurs Mendelssohn. ;)


Pour la Messe en ut, si c'est Davis, c'est forcément Eda-Pierre.

Je pense, oui, qu'ils ont dû réutiliser le double disque Philips.


Je lis le nom de tous les solistes, parce que ça me rappelle l'époque heureuse où je lisais en continu l'index du Dictionnaire des disques.

:-)

12. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Bajazet

À propos des Ruines d'Athènes… Peter ustinov avait fait pour la radio une parodie de la Tribune des Critiques de Disques, où c'était toujours la même version de cette marche assommante des Ruines qui était commentée. Il faisait tous les personnages, bien sûr, dont Goléa et Sylvie de Nussac (en voix de fausset). Ça donnait :
— (bougon) Que voulez-vous, je l'admire sans l'aimer !
— (fausset hystérique) Oh, comme c'est curieux, moi je l'aime sans l'admirer !

Quand Ustinov est mort, plusieurs de ses sketchs "musicologiques" ont été rediffusés à la radio, mais pas celui-là.

13. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Bajazet

À propos d'Egmont : c'est en effet une œuvre extraordinaire, mais souffre-t-elle la médiocrité ? Je ne veux pas préjuger des vertus de Bongartz, qui n'est peut-être pas mauvais bougre, mais bon… Splendide version d'Abbado chez Sony avec Studer et Bruno Ganz. Karajan avec Janowitz (DG) est magnifique aussi, même si l'acteur ne fascine pas comme Ganz. Je ne connais pas le disque viennois de Szell avec Lorengar (Decca).

14. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Je m'aperçois à l'instant que j'ai tout de même oublié, dans l'intérêt d'une intégrale Schubert, tous les opéras que l'on n'a jamais entendus ! Et vu l'intérêt très réel des publiés...

15. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Philippe[s]

"Le langage de Bach étant lui-même très homogène, cela ne facilite pas le sentiment de diversité."

Je tombe de mon siège !!

16. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Bra :: site

Cette dernière proposition d'intégrale, de coffret en tout cas, me semble vraiment être la plus intéressante des quatre ! Oeuvres rarement enregistrées ou difficilement disponibles, choix d'artistes de qualité, versions qui semblent, à la lecture du moins, très intéressantes...

17. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Bajazet :
À propos d'Egmont : c'est en effet une œuvre extraordinaire, mais souffre-t-elle la médiocrité ?

Je ne sais pas. Assurément, il vaut mieux ici comme ailleurs une interprétation de valeur, mais j'ai remarqué, à titre personnel, que la musique de Beethoven est l'une des plus résistantes qui soient.


Je ne veux pas préjuger des vertus de Bongartz, qui n'est peut-être pas mauvais bougre, mais bon…

Là, détrompe-toi. La parution était originellement chez Berlin Classics, et chez eux, on peut y aller les yeux fermés.
Elisabeth Breul est une voix qui ne t'émerveillerait sans doute pas, assez légère, mais avec une franchise d'émission remarquable. Quant à la direction, c'est largement honnête. De toute façon, la Staatskapelle Berlin est capable de jouer toute seule ce genre de répertoire. :)
Dans cette version, on conserve même des bouts de monologues, ce qui n'était pas garanti... Chez Berlin Classics, le disque durait trois quarts d'heure (pas de complément).
Je te concède que l'acteur manque assez d'abandon.


Philippe(s) :
"Le langage de Bach étant lui-même très homogène, cela ne facilite pas le sentiment de diversité."

Je tombe de mon siège !!

Mais non, mais non.

Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur.

J'avais déjà eu cette discussion à propos de l'opéra seria. Quoi qu'on pense des valeurs respectives des oeuvres, on trouvera plus de diversité de ton et de langage dans le catalogue de Massenet que dans le catalogue de Haendel. Les imitations stylistiques, la diversité des sujets et des trames, la mobilité du langage pour épouser le thème choisi en font un univers plus divers - plus bariolé si on veut. Haendel, bien que disposant d'une véritable variété, différencie plus ses différentes oeuvres dans l'esprit de la nuance que du contraste. Ce n'est pas un jugement de valeur, simplement une observation du mode de fonctionnement de l'écriture.

Quant à Bach... il faut bien reconnaître qu'il écrit de façon très similaire pour tous les genres qu'il aborde. Evidemment, il ne traite pas les récitatifs de la même façon que ses oeuvres pour clavier, mais le langage reste immédiatement reconnaissable, très typé. Et peu différent d'un type d'oeuvre à l'autre.
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas riche en soi.

Mais très honnêtement, ingurgiter une intégrale de choses très moyennement interprétées, et toutes bâties sur une esthétique assez rigoureusement comparable, cela me semble relever du courage. Ou d'une certaine forme d'ébriété ; un culte bachique en somme.


Bra :
Cette dernière proposition d'intégrale, de coffret en tout cas, me semble vraiment être la plus intéressante des quatre ! Oeuvres rarement enregistrées ou difficilement disponibles, choix d'artistes de qualité, versions qui semblent, à la lecture du moins, très intéressantes...

Entièrement d'accord. :) L'avantage étant comme toujours la masse de découvertes possibles pour le prix. Parce que tout a déjà été enregistré, et même beaucoup de choses rares en dehors de l'intégrale DG (dont les parties sont judicieusement disponibles séparément), notamment les musiques de scène.

18. Le vendredi 13 avril 2007 à , par Philippe[s]

Ce que tu écris pour justifier ton assertion me fait encore plus tomber de mon siège, et je pense que tu ferais bien d'écouter une intégrale Bach pour t'apercevoir de ton erreur.
Il me semble que l'on reconnait immédiatement une oeuvre de Mozart, de Beethoven, de Monteverdi, de Schumann, de Brahms... et que cela ne signifie pas que leur langage est stéréotypé, mais simplement que ce sont de grands compositeurs.
Quant à Bach, entre ses premières oeuvres dans le style de Buxtehude, ses concertos inspirés des italiens ou des français, les grandes fugues de la fin ou ses pièces dans le style galant, sans parler des cantates qui sont un monde en soi, c'est faire preuve de mauvaise foi que de ne pas reconnaître un langage extrêmement varié.

19. Le vendredi 13 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Ce que tu écris pour justifier ton assertion me fait encore plus tomber de mon siège,

Parfait, j'affûte mes baïonettes et j'arrive. :-)


Il me semble que l'on reconnait immédiatement une oeuvre de Mozart, de Beethoven, de Monteverdi, de Schumann, de Brahms...

Si c'est vraiment le cas, tu es doué. Ne pas prendre certains Vanhal pour du Mozart, deviner à la première écoute que les folk songs sont de Beethoven, identifier à coup sûr certains Schumann orchestraux ou vocaux... ça ne me semble pas si évident ! Bien sûr, la plupart du temps on trouve, parce qu'on connaît leur style, mais dire qu'à coup sûr une personnalité nettement définie rejaillisse, non, certes pas.


et que cela ne signifie pas que leur langage est stéréotypé, mais simplement que ce sont de grands compositeurs.

Je ne vois pas de lien entre ces deux affirmations. On peut être un grand compositeur sans être particulièrement original. C'est largement le cas de Mozart, par exemple. Ca sent un peu Bach comme étalon du génie, cette phrase. ;-)

Au demeurant, sur le fond, je ne parlais pas de stéréotypes, mais d'une attitude de l'ordre de la nuance qui n'est pas celle de l'ordre du contraste. Bach me paraît ressortir à la première catégorie, contrairement à Beethoven par exemple. Entre les pièces d'inspiration populaire, les concertos classiques, les symphonies les plus romantiques, les sonates pour piano dépouillées, les audaces des derniers quatuors et sonates, difficile, sans le savoir, d'établir qu'il s'agit du même compositeur.


Quant à Bach, entre ses premières oeuvres dans le style de Buxtehude, ses concertos inspirés des italiens ou des français, les grandes fugues de la fin ou ses pièces dans le style galant, sans parler des cantates qui sont un monde en soi, c'est faire preuve de mauvaise foi que de ne pas reconnaître un langage extrêmement varié.

Les genres abordés, à la rigueur les styles, oui, mais le langage est franchement proche dans ces cas. Encore une fois, on est dans l'ordre de la nuance, et ce n'est pas un jugement de valeur.

L'ensemble de ces genres passent au travers du filtre Bach : si l'on prend les suites françaises, par exemple, elles ne ressemblent en rien à leurs modèles affichés. Harmoniquement, particulièrement, rien de français là-dedans. Bach conserve simplement la structure de la danse, et encore, généralement de façon très stylisée.

Il faudrait attraper des partitions pour nous départager. Mon fonds numérisé connaît quelques soucis (techniques) en ce moment, mais c'est volontiers que je me prêterai à l'exercice.

20. Le samedi 14 avril 2007 à , par Xavier :: site

Coucou David! (il est pas si surbooké que ça le David finalement! :) )

Je pense que ton analyse pourra être utile à certains, pour ma part j'ai déjà beaucoup de choses essentielles à découvrir chez Beethoven pour me lancer dans l'intégrale...

21. Le samedi 14 avril 2007 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Xavier,

Coucou David! (il est pas si surbooké que ça le David finalement! :) )

Je ne sais pas si tu as vu à quelle vitesse je réponds à mes commentateurs ?

Je pense que ton analyse pourra être utile à certains,

Tant mieux si ce peut être le cas !
(Incidemment, je suis sensible à l'appel du pied. :)

pour ma part j'ai déjà beaucoup de choses essentielles à découvrir chez Beethoven pour me lancer dans l'intégrale...

A la réflexion, je ne m'y lancerai probablement pas non plus, puisque j'ai déjà sous la main pas mal de choses. Et je n'ai pas 100€ à mettre dans du Beethoven.
Mais je te sais peu beethoveenien. Peut-être que les musiques de scène (Egmont en particulier) et les deux messes pourraient te convaincre plus aisément (intégrale ou pas).

22. Le lundi 3 septembre 2007 à , par Czar

Personnellement, j'ai profité de ces intégrales pour découvrir les "cadors" de la musique classique. Devant la multiplicité de l'offre (par quelle oeuvre commencer la découverte ? Quel distributeur privilégier ?), les intégrales sont les bienvenues.

J'ai beaucoup apprécié le Coffret MOZART dans lequel je pioche un peu au hasard et je découvre quelques perles ("Jupiter" est est vrai plaisir !), mais j'avoue que le coffret BACH m'a un peu laissé de marbre. CHOPIN est moins varié tant en quantité qu'en "type" d'oeuvres, mais le coffret vaut aussi le détour.

Vivement la suite...

23. Le lundi 3 septembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir au Czar de toutes les Bulgaries Carnéties.

C'est un problème lorsqu'on ne sait par où commencer, mais j'ignore s'il est résolu par l'intégrale, si on n'est pas d'emblée un gros consommateur de musique : comment trouver les plus pièces les plus intéressantes au milieu de cette somme ?
On risque le découragement si on pioche dans la mauvaise pile.

Au passage, les probabilités de tomber sur la dernière symphonie ("Jupiter") en achetant au hasard du symphonique mozartien doivent bien atteindre les deux tiers. :)
En revanche, le prix n'est jamais un indicateur de qualité sur le marché classique (au contraire : les grandes gloires sont rééditées à petit prix et les nouveautés variablement intéressantes vendues au prix fort).

Le problème pour Bach est que les oeuvres y sont assez moyennement interprétées (pour faire vite, on dirait que c’est « mou » ), et que Bach est un compositeur, à mon sens, qui supporte mal d'être médiocrement servi (comme Meyerbeer et à l'inverse de Beethoven, par exemple).
En outre, comme j'ai déjà pu le signaler, le type d'écriture de Bach est extrêmement semblable d'une oeuvre à l'autre, ce qui peut donner une impression d'uniformité.

Chopin, oui, n'a écrit que des oeuvres avec piano. Donc pas de symphonies, de quatuors à cordes, d'opéras, de messes, etc.

24. Le dimanche 2 mars 2008 à , par Bigo

J'ai acheté il y a 1an et demi l'intégrale de Mozart et j'en suis ravi. Il y a beaucoup d'œuvres que je ne connaissais pas. J’ai probablement écouté 80% de l’ensemble des disques, certains disques avec énormément de plaisir, les ARIAS que je ne connaissais pas en particulier. Actuellement, je mets une note au crayon sur chaque disque écouté, comme cela je saurai si j’ai vraiment tout écouté.
Il y a 20 ans, j'avais reçu en cadeau un requiem de Mozart acheté en Malaisie dont l'interprétation me donnait la larme à l'œil. Depuis, j'en ai acheté 4, pour aucune des versions je n'arrive à aller jusqu'au bout du disque tellement l'interprétation m'indiffère. La version du coffret est certainement la moins mauvaise (à mon gout évidement) de toutes celles que j'ai acquises.
Permettre d’écouter sur Internet un disque sur 20% de l’œuvre et en qualité de compression autour de 196 bits, permettrait d’acheter plus facilement sur internet. La compression sur 64 bits généralement proposée étant très nettement insuffisante.
Je suis autant attaché à la qualité de l'enregistrement que celle de l'interprétation. Cela fait que certaines ouvres réputées extraordinairement bien interprétées me sont insupportables car datant de 1950 par exemple. Je n'ai aucune formation en musique, j'ai par contre chanté en ténor quand j'avais 20 ans, il y a 40 ans maintenant. J'aime donc les interprétations qui ne suivent pas forcément le rythme écrit par l'auteur, mais où l'interprète fait passer une image sonore très forte, où je sens qu'il joue avec le texte écrit par l'auteur. Cela ferra certainement bondir les mélomanes, mais c’est ainsi et j’ai donc très peur de leurs appréciations. J’ai toujours été éduqué dans la liberté et le respect de l’autre et j’y tiens même dans la musique. Et dans la musique, il y 2 libertés, celle de l’auteur et celle des interprètes.

25. Le dimanche 2 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour Bigo, et bienvenue sur CSS !

Pour 80% du contenu, en effet, c'est une grosse affaire. Je ne crois pas avoir entendu les airs de concert de cette intégrale dont je n'ai que des volumes dépareillés, mais les lieder par Ameling sont vraiment délicieux, cette voix se fond idéalement dans ce style, là où on peut la trouver un peu trop hédoniste passé le Schubert de jeunesse.

Concernant les habitudes d'écoute, pour sûr, il existe d'excellentes choses en disques ultraéconomiques, qui ne cherchent pas à marquer l'interprétation de leur originalité, mais qui exécutent avec une telle simplicité, une telle humilité que moi aussi, j'ai conservé des faibles impossibles à renverser pour des artistes réputés mineurs. Tant mieux.

Du Requiem de Mozart, il existe bien des versions... dont certaines, j'imagine, assez ternes - quoique l'oeuvre, je dois dire, "fonctionne" remarquablement "toute seule". Mais il peut y avoir un décalage si vous êtes habitué aux versions sur instruments modernes ou vice-versa. La première version est souvent difficile à oublier, surtout lorsqu'on l'a beaucoup écoutée.

Celle du coffret est assez prometteuse, Nicol Matt est un très bon chef. Ca risque sans doute de se montrer un peu rond et aimable, mais en tant que chef de choeur, il fait de très belles choses.

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Vous évoquez le problème de la compression sur les sites commerciaux. Oui, à 64 (et souvent 32) kbps, le signal est très abîmé. Cependant, pour des raisons de stockage, de droits (qui doivent être négociés avec les éditeurs), ou encore en raison de la peur d'une écoute, même partielle, sans acheter, ce n'est pas à l'ordre du jour chez beaucoup de revendeurs. Cela dit, la tendance est à l'amélioration de ces standards, avec des lecteurs mp3 qui ne permettent pas de capter la source.
Naxos avait éprouvé douloureusement la difficulté de mettre en ligne tout son catalogue à bas débit (une autre formule) : la charge en visiteurs devenait énorme, et les achats ne grimpaient pas en conséquence.

La possibilité d'écouter en ligne des extraits est en soi déjà extraordinaire. Trente secondes est trop peu, surtout lorsqu'on n'a droit qu'à des débuts, mais une minute donne déjà une bonne vision de ce qui peut plaire ou non.

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Je suis autant attaché à la qualité de l'enregistrement que celle de l'interprétation. Cela fait que certaines ouvres réputées extraordinairement bien interprétées me sont insupportables car datant de 1950 par exemple.

C'est aussi une question d'habitude. On s'y fait très bien.

Je n'ai aucune formation en musique, j'ai par contre chanté en ténor quand j'avais 20 ans, il y a 40 ans maintenant. J'aime donc les interprétations qui ne suivent pas forcément le rythme écrit par l'auteur, mais où l'interprète fait passer une image sonore très forte, où je sens qu'il joue avec le texte écrit par l'auteur. Cela ferra certainement bondir les mélomanes, mais c’est ainsi et j’ai donc très peur de leurs appréciations. J’ai toujours été éduqué dans la liberté et le respect de l’autre et j’y tiens même dans la musique. Et dans la musique, il y 2 libertés, celle de l’auteur et celle des interprètes.

Certains mélomanes sont en effet assez âpres... Il faut laisser dire. Car à ces deux libertés, s'ajouter une troisième, plus importante que celle des interprètes : celle de l'auditeur. Le droit d'écouter une oeuvre en tranches et en faisant la vaisselle, mais aussi et surtout le droit d'écouter l'oeuvre dans des interprétations qui arrangent l'oeuvre, la placent dans une autre langue, etc. Je suis à titre personnel assez mordu de transpositions linguistiques, de réorchestrations, de réductions et transcriptions en tout genre, je ne suis donc pas en mesure de vous jeter des pierres avec mes petits bras.

Ensuite, oui, il existe cependant une responsabilité de l'interprète : ne pas dénaturer une oeuvre par rapport à son écriture, et surtout par rapport à son style. Il doit être un minimum le médiateur du compositeur, il faut pour pouvoir apprécier les "dissidents" que la norme soit le respect du texte écrit.
Ce qui n'interdit nullement le rubato ou tout autres libertés esthétiques qui sont inhérentes à la musique.


Bonne journée à vous !

26. Le vendredi 7 mars 2008 à , par WoO

Bonjour David !

La liste des interprètes de la future intégrale Brahms est désormais disponible sur Amazon.fr : inutile de chercher cette liste sur le site du distributeur français : elle n'y figure même pas ! Pourrais-tu l'analyser à la manière de celle donnée pour Beethoven ? Ca serait très intéressant.
Je suis un petit peu déçu je dois dire car je m'attendais à ce qu'ils améliorent le contenu de leur coffret Masterworks avec leurs autres coffrets publiés sous license EMI. Ca n'a pas du tout été le cas. Les symphonies auraient ainsi pu être remplacées par Sawallisch, et je m'attendais aussi à ce qu'ils incorporent les 4 volumes de lieders avec Fischer-Dieskau, Moore, Barenboim, Sawallisch et Richter. Les concertos auraient également pu être confiés à de meilleurs interprètes parce que Marturet/Lechner : bof bof.... Exit aussi Hélène Grimaud pour certaines oeuvres pour piano seul (à la rigueur ça ne me dérange pas), elle se trouve ici remplacée par Alan Weiss (???).
J'aurais surtout besoin de tes lumières pour les interprètes des lieders. Inconnus au bataillon. Il faut dire que c'est un répertoire que je ne connais guère.
Merci si tu peux y jeter un oeil ! ;-)

27. Le vendredi 7 mars 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonjour WoO !

Effectivement, toujours très habiles, Brilliant. De plus en plus, ils s'ingénient à tout vendre deux fois. Très malin comme modèle économique, ils vendent tellement qu'ils peuvent laisser leurs prix bas et inciter, etc.

Du coup, si tu veux Grimaud ou Sawallisch (EMI leur a réellement vendu les Sawallisch ??), tu devras compléter l'intégrale par d'autres coffrets Brilliant à prix tout aussi attractifs...

Je me charge dès que possible de cette petite récapitulation, avec plaisir. :-)

28. Le vendredi 17 octobre 2008 à , par JACK663

Excellente démarche de BRILLIANT, sans quoi je n'aurais jamais pu trouver de opéras très peu connus de Vincenzo BELLINI, BRAVO !
A quand un coffret (dans le même esprit que supra) de l'oeuvre de Gaétano DONIZETTI , Gioacchino ROSSINI , merci

29. Le samedi 18 octobre 2008 à , par DavidLeMarrec :: site

Effectivement, on trouve Zaira et Aldelson e Salvini dans le coffret Brilliant en plus de Sonnambula, Puritani et Capuletti. Le livret est-il fourni, dans cette édition ?

Je ne dispose pas d'informations sur de potentiels coffrets Rossini et Donizetti, mais il existe beaucoup plus de déchet chez ces deux compositeurs, c'est plus risqué.

30. Le dimanche 15 mars 2009 à , par Papageno :: site

Le problème c'est de trouver le temps pour écouter... les 100 disques de l'intégrale Mozart trônent dans mon salon depuis deux ans mais j'ai du en écouter 7, peut-être 8...

31. Le lundi 16 mars 2009 à , par DavidLeMarrec :: site

C'est aussi l'intérêt de disposer d'une référence (à peu près) complète, on a n'importe quelle piécette sous la main...

C'est peut-être plus intéressant pour le collectionneur / curieux / chercheur que pour celui qui veut découvrir et qui a plutôt intérêt à acheter deux-trois disques sûrs, surtout qu'on peut maintenant tester en ligne avant achat, plus aisément (et surtout plus abondamment) que chez son disquaire. (Les deux n'étant pas incompatibles, bien entendu.)

Par ailleurs, pour la quantité à petit prix, ce n'est pas tant un argument que cela, puisque, si on désire une bonne intégrale des concertos peu chère, cela se trouve désormais, et dans des interprétations enthousiasmantes - alors que tout n'est pas aussi superlatif dans le coffret. Il y a même (surtout dans le Bach) des choses un peu indigestes.

Pour Chopin, en revanche, ça me semblait assez idéal comme proposition : un nombre d'oeuvres ingurgitable, très peu de déchet dans sa production, et du piano solo de grand répertoire que beaucoup de pianistes, même anonymes (et ce n'était pas le cas, autant qu'il m'en souvienne, dudit coffret), savent jouer.


C'est toujours la même histoire, ça dépend du coffret et du profil de l'acheteur.

32. Le jeudi 4 février 2010 à , par Ratin

Vous critiquez Abeille Musique. J'ai passé trois commandes sans problèmes, excepté les délais assez longs de livraisons.
J'ai obtenu le coffret Beethoven à 30 euros et vraiment j'en suis très satisfait.

33. Le jeudi 4 février 2010 à , par DavidLeMarrec

Bonjour et bienvenue Ratin !

Oui, je critique Abeille Musique, pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, le ton idéologique et très vindicatif de la maison ne me plaît pas (on insulte la concurrence, on encense ses produits avant de brûler ce qu'on a adoré).

Ensuite, leurs manières sont extrêmement cavalières avec le public (un mois pour qu'ils retirent une usurpation d'identité sur leurs forums, et j'ai été fort mal reçu).

Pour finir, c'est cher.


Par ailleurs, le coffret Beethoven est remarquablement constitué, on peut juste l'acheter ailleurs que chez eux, via l'Allemagne par exemple, où les prix Brilliant sont généralement assez inférieurs.

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