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Louis Joseph Ferdinand, dit Ferdinand HEROLD (1791-1833) - son temps, son esthétique - et Zampa ou la Fiancée de Marbre

  • liste commentée des oeuvres scéniques
  • contexte musical du temps
  • parentés motiviques
  • définitions et autres auteurs


Nous commençons par reproduire ici le commentaire que nous laissions chez Bra, ce peut potentiellement, un jour ou l'autre, servir à quelqu'un.

Hérold, mais c'est la fleur de l'opéra-comique français !
Dans la veine d'un Auber, mais avec plus de souffle, sans peut-être la personnalité d'un Boïeldieu, plus souple qu'un Halévy...

De la génération de Boïeldieu, fils d'une lignée de musiciens (grand-père organiste allemand), il est connu pour Zampa, oui, mais d'abord pour Le Pré aux clercs, son dernier opéra, et considéré comme son chef-d'oeuvre. Ouverture très réussie également, moins effrénée, un peu plus fine, et dans le même genre pot-pourri. On remarquera que, chez Hérold, les ouvertures sont à l'envers : partie vive d'abord. On est plutôt dans le modèle Das Liebesverbot ou Der Fliegende Holländer que de la Dame Blanche, structurellement parlant, même si la musique en est bien évidemment toute française !

Les amateurs de Chopin connaissent bien le thème de la ronde de Ludovic : Je vends des scapulaires, sur lequel Frédéric C*** a écrit des variations. Certes, il s'agit d'une des oeuvres les moins jouées de Chopin.




Je cite les oeuvres d'Hérold - mais à part le Pré aux clercs (et peut-être, avec beaucoup d'opiniâtreté, Zampa), rien n'est disponible au disque. On trouve en revanche les réductions piano/chant d'occasion, en assez grande quantité, pour ces deux titres. Dont on a tout oublié, même les épisodes les plus fameux.

OPERAS :

  • La gioventù di Enrico quinto (Naples, 1815)
  • Charles de France ou Amour et gloire
  • Les Rosières
  • La Clochette ou Le Diable page
  • Le Premier Venu ou Six Lieues de chemin
  • Les Troqueurs (voilà qui rappelle les origines de l'opéra-comique... Dauvergne avait également écrit un opéra au même titre.)
  • L'Amour platonique
  • L'Auteur mort et vivant
  • Le Muletier (d'après La Fontaine)
  • Lasthénie
  • Vendôme en Espagne
  • Le Roi René ou La Provence au XVe siècle
  • Le Lapin blanc
  • Marie
  • Émeline
  • Zampa ou La Fiancée de marbre. Gros succès dont les réductions chant/piano attestent encore en abondance chez les libraires d'occasion.
  • La Marquise de Brinvilliers. Célèbre morceau de bravoure dont le livret, coécrit par Eugène Scribe et François Henri Joseph Castil-Blaze, servit de glorieux support aux musiques d'Auber, Boïeldieu, Cherubini, Paër et Hérold. Sans compter les désormais moins célèbres (pour ne pas dire intégralement oubliés) Batton, Berton, Blangini et Carafa. Le seul exemple connu d'opéra officiellement à neuf (plus deux).
  • La Médecine sans médecin (Scribe)
  • Le Pré aux clercs. Livret de François Antoine Eugène de Planard d'après Prosper Mérimée - 1572. Chronique du temps de Charles IX. Ultime opéra, décembre 1832. Succès historique.

Carrière brève et intense, comme c'était alors la règle - hors Meyerbeer.

BALLET :

  • Astolphe et Joconde (Aumer)
  • La Somnambule ou L'Arrivée d'un nouveau seigneur (Scribe/Aumer), tiens, ritournelle connue...
  • Lydie (Aumer)
  • La Fille mal gardée (Dauberval/Aumer), un classique
  • La Belle au bois dormant (Scribe/Aumer)
  • La Noce de village

Tout cela (un commentaire informel, à l'origine) n'est pas à proprement parler très informatif, comme on s'efforce dans la mesure du possible de le rester ; mais ce peut être, on l'espère, un début utile.







Mise à jour du 21/11/07 : A l’occasion de la programmation de Zampa ou la Fiancée de Marbre (création en 1831) à l’Opéra-Comique cette saison :

Du 10 au 21 mars 2008. (24 à 101 euros la place).
L'oeuvre, initialement créée dans ce même lieu, sera interprétée par :

Patricia Petibon - Camille
Doris Lamprecht - Ritta
Richard Troxell - Zampa
Bernard Richter - Alphonse
Léonard Pezzino - Daniel
Vincent Ordonneau - Dandolo

William Christie (remplacé par Jonathan Cohen le 17) et les Arts Florissants.

Mise en scène de Jérôme Deschamps, décors & costumes de Macha Makeïeff, pour une esthétique qui devrait leur convenir à merveille.




A cette occasion, donc, un petit extrait tiré d’une représentation récente (Giessen 2006) pour les indécis :

Vous le devinez, la structure est comparable à un Boïeldieu, avec ses longs dialogues et ses expositions ingénues, mais un Boïeldieu qui aurait entendu Weber et plus Mozart – nous nous trouvons déjà sur un versant résolument romantique, et non plus sur une transition. Entre Le Calife de Bagdad, encore du classicisme presque inoffensif d’un Grétry et La Dame Blanche qui annonce Meyerbeer, notre Boïeldieu, de même que Méhul entre Irato, Stratonice et Joseph, se trouve sur la frontière. Avec Hérold, le pas est franchi vers le règne d’Auber.

Notre extrait, un air rêveur qui confine à la berceuse, se trouve à la conjonction entre la romance nocturne de Zétulbé [1] et l'attente plus sérieusement mélancolique d'Inès [2]. D'une tendresse remarquable, ni mutine comme Zétulbé, ni gravement éprise comme Inès.

C'est donc de l'opéra comique de bonne facture ; alternance avec de longs dialogues parlés, musique séduisante mais légère qui « s’emballe », comme à l’ère classique, au moment des finals. On succède à l'opéra comique de Philidor-Grétry-Méhul, avec plus de tenue musicale. On reste dans la perspective d'un divertissement largement théâtral, délicieux, léger - où la consistance musicale n'est pas un critère de qualité. A comparer avec Adam, et à penser comme la droite ligne vers Auber, le tout sous la figure tutélaire mais dépassée de Boïeldieu.




Quelques éléments intéressants à considérer : l'Ouverture est un pot-pourri, encore plus nettement que dans la Dame Blanche, un principe établi depuis Boïeldieu essentiellement (Le Calife conserve un joli prélude quasiment athématique) ; de même que pour le Pré au clercs, on y sent la contemporanéité de Rossini, notamment dans le rapport au crescendo final.
La toute première thématique de l'Ouverture évoque en réalité une scène de mise à table précipitée, d'une hâte comique. La parenté de tournure musicale avec le chant de louanges Bonheur de la table / Bonheur véritable des Huguenots de Meyerbeer, représentés cinq ans plus tard, est assez saisissante. De même, les accords d'effroi dans le final se montrent très proches de l'abrupte harmonie de la célébrissime « bénédiction des poignards » du même opéra. [Dans le texte de Scribe, ce sont plutôt des glaives (pieux) et de (saintes) épées, soit dit en passant].

Enfin, certaines tournures descendantes, des gammes dégringolant en escalier clopin-clopan rappellent furtivement que Tannhäuser sera créé à Paris.

Bref, un opéra de son temps, qui donne une certaine mesure de la bonne production au sein du genre en vogue à Paris. [Les Huguenots que nous citions, entièrement chantés avec de sublimes récitatifs ne constituant pas un opéra comique, il convient de le rappeler - mais un « Grand Opéra (historique) à la Française ».]




On peut aussi signaler à nouveau que Bra propose l’ouverture chez lui, et qu’il l’a lui-même dirigée dans un arrangement pour orchestre d'harmonie : on peut l’entendre ici.




Compléments sur CSS :



[Code : ferdinandherold]

Notes

[1] Dans le Calife de Bagdad de Boïeldieu.

[2] Une romance également - au début de l'Africaine de Meyerbeer.

[3] L'opéra comique constitue en effet un genre musical et pas un ton. C'est pourquoi la Médée de Cherubini ou la Carmen de Bizet peuvent revendiquer leur appartenance au genre sans contradiction. Par analogie envers le nom du théâtre (Opéra-Comique), certains commentateurs font le choix, pour clarifier, d'écrire « opéra-comique » avec un trait d'union, pour le différencier d'un opéra de caractère comique. Une solution bien pratique, même si elle n'est pas officiellement homologuée (et qu'en fin de compte, on ne parle pas plus d'opéra comique que d'opéra tragique pour désigner le caractère d'une oeuvre, ce qui cause peu de confusion lorsque le public a été préalablement informé, dans tous les cas).


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Commentaires

1. Le dimanche 26 novembre 2006 à , par Bra :: site

Merci beaucoup !

2. Le mercredi 29 novembre 2006 à , par ouf :: site

Euh, si Le Pré aux Clercs fut un temps disponible, il ne l'est plus depuis belle lurette. Le Muletier fit aussi couplé avec ce Pré-aux-Clercs, dans la défunte série Gaieté-Lyrique.

3. Le mercredi 29 novembre 2006 à , par DavidLeMarrec

Oui, exactement ! Mais ça se trouve dans les médiathèques. Je dois dire que je pratique surtout la chose sur partitions, plus faciles à trouver que les disques !

4. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Morloch

Mais ça a l'air passionnant comme découverte. Merci pour toutes ces informations !

5. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Passionnant, je ne sais pas, c'est toi qui pourras le dire. Malheureusement, si je me déplace à l'O-C, je devrai choisir et ce ne sera pas Hérold qui en bénéficiera...

Je recommandais à côté la Dame Blanche de Boïeldieu (Minkowski) et la vidéo des Diamants de la Couronne d'Auber (Colomer) pour se faire une idée, mais ce sont des oeuvres vraiment très réussies dans leur genre, le risque d'être déçu existe.

Je suis resté très attaché à la Ballade des enfants de la nuit dans les Diamants (qui sont vraiment un régal de théâtre) : il y a dans cette candeur brigandine quelque chose de vraiment ineffable. Les interprètes (Ghyslaine Raphanel, Christophe Einhorn, Armand Arapian) sont totalement démentiels de surcroît, aussi bien en tant que chanteurs que durant leur - longues - parties parlées.

6. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec

Voici donc cette fameuse ballade, avec ses entrelacements entre choeurs et soli typique de l'esthétique meyerbeerienne, et ce second degré charmant qui met les personnages principaux à distance, tout aussi caractéristique.

Les octaves bizarres entre voix aiguë et graves, en quinconce ; la belle écriture pour choeur qui rappelle la taverne de la Damnation de Faust, tout cela en fait incontestablement pour nous le plus beau moment de toute l'histoire de l'opéra comique.



Du coup, j'ai ouvert un sujet sur la question.

7. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Morloch

" C'est admirable, une chef de bandits qui prend du chocolat, ah ah ah ah ah ah ah ah, ah ah ah ah ah ah ah ah... "

Miam ! Je me régale d'avance si Zampa est dans la même veine. Je ne peux pas rater ça (il n'y a pas un petit côté Korngold en cherchant bien ? hem...)

Je vais voir mon petit pécule puis j'irai jeter un oeil à la billeterie de l'opéra comique en décembre. J'ai peur que la rumeur du redécollage du lieu ne se répande trop vite.

8. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Zampa n'est pas du même niveau, mais c'est sensiblement le même esprit, oui. Avec des des romances gracieuses, des repas bruyants et des frayeurs téléphonées. Un petit régal. :)

Oui, réserve, surtout que c'est tout petit, comme tu sais.

9. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par Faust

On ne peut que remercier le maître des lieux pour cette fiche sur Hérold. Hormis l'ouverture, existe-t-il des enregistrements, au moins d'extraits, de Zampa ?

La ballade des enfants de la nuit est un régal !

10. Le jeudi 22 novembre 2007 à , par DavidLeMarrec :: site

Bonsoir Faust, ça faisait longtemps !

Je suis très heureux que « ma » petite ballade fasse ainsi des adeptes. :-)


Malheureusement, en tant que vraie rareté, si Zampa se trouve assez aisément en partition, ce n'est pas le cas au disque. Le seul opéra publié au CD, Le Pré aux Clercs, est épuisé depuis belle lurette...

Tout ce dont je dispose sont des concerts radiodiffusés, sans les parties parlées (Giessen, avec résumés en allemand, ou Abel, sans dialogues).


Frustrant, oui. Et c'est une raison de plus pour une action de grâces !

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