Carnets sur sol

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Quels compositeurs fêterons-nous en 2007 ?

Après cette année Mozart-Marais(-Chostakovitch), qui sera au programme ?

Petit tour d'horizon.


Bra nous propose de jouer les pronostics.

A mon sens, le principe de l'hommage par date est inepte, mais c'est, il faut bien le dire, souvent l'occasion de réaliser des intégrales, de réactualiser le catalogue d'un compositeur, voire de le faire découvrir.
Aussi, ne nous privons pas de suggérer !

J'ai volontairement limité le jeu aux dates de naissance. Parmi les plus célèbres :


Baroques et classiques :

  • 300 ans de la naissance à Pistoia de Giovanni Angelo Brunetti, qui a notamment mis en musique Alessandro nell'Indie, le Temistocle de Metastasio en 1776 (de toute façon sa date de décès est inconnue).
  • 250 de la naissance à Padoue, le 17 février, d'Antonio Calegari, qui a écrit des opéras sur des textes de Metastasio (Alessandro nell'Indie) et de Bertati (qui a largement inspiré la structure du Don Giovanni de Da Ponte, notamment la mort initiale du Commandeur). Mort en 1828 à Padoue.


  • 300 ans de la naissance de Michel Corrette, célèbre auteur de pièces françaises instrumentales : connu pour l'orgue surtout, mais aussi auteur de divertissements dans des comédies.
  • 300 ans de la naissance de César-François Nicolas Clérambault, le 17 décembre, auteur de divertissements royaux divers (Idylle pour la Paix et Le Temple de Paphos), et ayant notamment participé à la musique de scène d'_Esther_ et d'_Athalie_ de Racine par Moreau !
    • Et ce serait l'occasion de rendre un hommage à l'heureux papa, Louis-Nicolas Clérambault, auteur de superbes cantates profanes « à voix seule & symphonie ». Pyrame & Thisbé bien sûr, mais aussi Léandre & Héro, Médée, La mort d'Hercule, Orphée, L'Isle de Délos, Apollon & Doris...
      • Pour les habitués de ce répertoire, il faut ce disque merveilleux :
      • . Pour les autres, Christie est plus vif :
      • , mais ces cantates existent également par Poulenard/Ragon/Malgoire, par Lesne...


Romantiques et post-pasmaldechoses :

  • 200 ans de naissance, le 25 février, d'Ignacy Feliks Dobrzyński, membre de cette illustre famille polonaise dont il est la caution artistique ! Ce nom vous est peut-être familier : Adam Mickiewicz le réutilise abondamment dans son épopée Pan Tadeusz (lecture recommandée pour sa flamboyance et son esprit ravageur). Il s'agit des habitants patriotes du bourg, menés par Matyjasz, qui interviennent dans la folle querelle des Horeszko et Soplica.
    • Voilà bien un compositeur qui n'est peut-être pas excellent, mais qui suscite le rêve ! Quand même très curieux d'entendre ses Burgrafowie d'après les Burgraves d'Hugo.


Puis les 150 ans de naissance, intervalle faste :

  • Cécile(-Louise-Stéphanie) Chaminade, auteur notamment de mélodies charmantes. Si on veut absolument jouer des femmes[1], mieux vaudrait une intégrale Clara Schumann, un opéra de Silver ou un concerto de Beamish que du Chaminade ou du Farrenc, à mon sens, mais on ne me demande pas mon avis. Elle a aussi écrit un opéra comique en un acte, La Sévillane (qui ne me tente pas du tout...).


  • Wilhelm Kienzl, notamment connu pour son Prêcheur de Saint-Othmar, très belle partition à mettre en parallèle avec Wolf, ou avec Zemlinsky (mais façon bien plus romantique). Il existe aussi, parmi d'autres, un Don Quichotte.


  • Ruggero Leoncavallo, auteur de ce Prologue de Paillasse (I Pagliacci), manifeste du vérisme en musique : « je viens ici non pas pour vous dire comme jadis : "les larmes que nous versons sont fausses" », qui paya cependant son tribut au style romantique avec une Bohème postérieure mais plus lyrique.
    • Paillasse est bien entendu à connaître pour ses très belles trouvailles mélodiques, sa densité émotionnelle, son théâtre dans le théâtre. Emotions un peu primaires (les voix, la violence), mais à connaître.
    • Quant à Edipo re, son dernier ouvrage, achevé par Salvatore Allegra, il se montre vraiment assez commun, mélangeant l'outrance de la ligne avec des harmonies un peu plus délétères. Tout cela colle fort mal au sujet, il faut bien le dire. Malgré une efficacité certaine qui vaut tous les Alfano du monde. Allez plutôt voir du côté de la Fedora d'Umberto Giordano (dont chaque acte est un modèle de construction théâtrale, un mini-drame autonome) ou de la Lorelei d'Alfredo Catalani, pourvue d'une véritable poésie.
    • Et pour Oedipe-Roi, il y a déjà Enescu (réussite moyenne), Stravinski, et Doucet. En attendant une vraie musique de scène, restituée ou non.


  • Alfred Bruneau (Louis Charles Bonaventure) est surtout connu pour sa collaboration avec Emile Zola comme librettiste, tout particulièrement pour Le Rêve qui connut un beau succès, et L'Attaque du moulin dont on exhume tous les vingt ans l'air pour ténor.
    • Il y aurait énormément à dire ! Mais on s'en tiendra pour l'instant à ces quelques banalités.
    • Il faut bien le dire, la musique de Bruneau est d'un postwagnérisme pas très nerveux et ses livrets (particulièrement les Zola affadis par Gallet) plus sordides que poétiques.
    • Bruneau vouait une admiration sans bornes à Zola, et Zola, malgré ses beaux discours, était fasciné par le théâtre lyrique. L'expérience de L'Attaque du Moulin charcutée (car les créateurs n'avaient pas toute latitude, à l'époque, les caprices du public étant préférés pour des raisons financières à ceux des artistes) fut cependant un peu frustrante pour l'auteur, et pour Gallet aussi, qui finit par être mis sur la touche par les deux compères qui collaborèrent dès lors directement.
    • Avec Zola, on eut Le Rêve, d'après le roman homonyme, L'Attaque du Moulin, la genèse compliquée de Lazare (qui, comme on l'imagine, blasphème autant qu'il peut), Messidor, L'Ouragan, L'Enfant Roi. Tous des livrets originaux (sauf Le Rêve, et les deux premiers travaillés avec Gallet). Plus tard, Bruneau fit, entre autres, un Roi Candaule et un Angelo, tyran de Padoue.
    • A part une version de Lazare épuisée depuis quinze ans, aucune intégrale bien sûr. On trouve en revanche les partitions (surtout Le Rêve et L'Attaque).
    • Tout cela est très précieux pour juger de l'attrait de Zola pour le théâtre, très réel. Les études génétiques l'ont aussi établi, par exemple Daniel Compère dans Zola, Genèse de l'œuvre (sous la direction de Jean-Pierre Leduc-Adine). Cela doit se trouver, mais dans des bibliothèques universitaires surtout, et traite surtout de Phèdre et de La Belle Hélène dans La Curée et Nana. Pour balayer le sujet, mieux vaut l'ouvrage très accessible et captivant à chaque page de Jean-Max Guieu, Le théâtre lyrique d'Emile Zola (épuisé, mais dans n'importe quelle bonne bibliothèque). Il y a aussi les mémoires de Bruneau, rééditées.
    • Sinon, pour les pressés, cette adresse, sans être aussi riche et fouillée que l'ouvrage de J.-M. Guieu, met en place quelques points importants sur la question : http://perso.orange.fr/ezola/.
    • Ce que je trouve fascinant là-dedans est que les livrets et la musique de Bruneau sont intrinsèquement plutôt médiocres, mais que ce que représente ce pseudo-naturalisme sur la scène lyrique de l'époque est tout à fait révélateur et passionnant - et pas seulement vis-à-vis du seul Zola.


  • Sir Edward Elgar. Tout le monde connaît. Je recommande tout particulièrement ses Symphonies et, par-dessus tout, son oratorio The Kingdom (belle version dirigée par Britten avec les fidèles Tear et autres Shirley-Quirck).


  • Joseph Sylvio Lazzari, auteur d'une Lulu (pantomime), et surtout de La Tour de Feu.


Figures plus récentes :

  • Les 100 ans de la naissance de Jean Langlais, compositeur organiste fameux.


  • Les 100 ans de la naissance (à Bandoung !) de Henk Badings, élève de Pijper. Illustre représentant de la musique du second vingrième néerlandais. Mort en 1987 à Maarheeze en Brabant.


  • Et pour finir, pourquoi ne pas tenter d'exhumer les opéras de Louis Saguer, né en 1907, mort en 1991 ? Lili Merveille en version de concert RTF 1966 et Mariana Pineda (création Marseille 1970) ont tout des noms qui font les nanars, voilà qui donne envie de découvrir, n'est-ce pas !


Excellent sujet, Bra, voilà qui nous permet de causer de choses inhabituelles ! Bruneau aurait mérité une note à lui seul, bien des choses n'ont pas été développées. Une autre fois.

Notes

[1] Idée au moins aussi saugrenue que les avoir écarté de la composition. Classification bizarre.


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Commentaires

1. Le jeudi 27 juillet 2006 à , par aymeric :: site

C'est vrai qu'un titre comme Lili Merveille, avec ses sonorités de trottoirs, ça vous aguiche terriblement.
On voudrait en savoir davantage.

P.S. : Un orgueil démesuré m'a toujours laissé penser que je n'étais pas tout le monde et vous venez de me certifier dans cette idée : je ne connais pas Sir Edward Elgar.

2. Le jeudi 27 juillet 2006 à , par DavidLeMarrec

Lili Merveille ? Ah, je pensais naïvement à un conte un peu niais. Lulu Wunderschön(berg), déjà plus.

Vous connaissez forcément Elgar, au moins Pump & Circumstance March, voire le concerto pour violoncelle. C'est comme la Chevauchée des walkyries, on ne peut pas y échapper.

3. Le jeudi 27 juillet 2006 à , par Bra :: site

2006 : également Takemitsu, Schumann ou Britten...

4. Le vendredi 28 juillet 2006 à , par DavidLeMarrec

Les grands esprits se rencontrent ! Regarde donc ce que je viens de publier. :-)

Pour 1907, j'ai oublié Veress, qui fait du bon post-Bartók, et qui a été le maître de Kurtág (pièce d'hommage dans les Játékok, naturellement), ainsi que Saygun, qui a écrit des choses remarquables, très influencées par la musique traditionnelle de son pays.

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